Perspectives

Je pensais sincèrement avoir plus de temps pour écrire ou, du moins, pour tweeter. Malheureusement les événements se sont un peu enchaînés et je n’ai vraiment pas pris le temps de me poser. Ça sonne un peu déjà-vu comme phrase.

Mais nouvelle année, nouvelles perspectives !

Les choses sont devenues très officielles avec Mademoiselle N. On passe beaucoup de temps ensemble, je l’ai présentée à (presque) tous mes amis, j’en ai parlé à ma famille, on parle de faire des tests, un semaine chez l’un, une semaine chez l’autre. Si je compte bien cela va faire trois mois dans quelques jours seulement. Les choses ont tellement la force de l’évidence que je ne me pose pas de question. Et si ça va vite, c’est tant mieux.

La situation est également en train de s’arranger au travail. Quelques entretiens de décembre m’ont permis d’obtenir une proposition d’embauche dans une autre société. Il me reste juste à négocier ma date de départ, ce qui n’est pas une mince affaire. Je dois embaucher début mars et mon préavis n’est toujours pas ficelé…

Je devrais être soulagé mais ce n’est pas encore le cas. Pour l’instant ça reste encore un peu flou, il faut absolument que je positive. Dans quelques semaines tous les voyants devraient être au vert pour la première fois de ma vie.

Jorge

Peut-on parfois se tromper complètement au sujet de quelqu’un, avoir malgré soi de bêtes préjugés liés au physique et se rendre enfin compte qu’on avait condamné avant d’avoir jugé ? Il faut dire que l’œuvre a pour moi une qualité particulière, faisant partie des quelques pièces que je connais par cœur et qui me font – hélas ! c’est devenu rare – encore frissonner à chaque fortissimo. Alors lorsque je vois monter sur scène cet ours pataud et gauche, j’ai peur pour mon second concerto, je crains le massacre. Après la première progression d’accords, l’orchestre entre à une cadence effrénée et je pense à faire mon deuil pour la soirée de tout lyrisme, de tout romantisme, et me résous à n’entendre qu’une performance technique, qu’une bouillie sans âme. Et pourtant je serai surpris, plusieurs fois. Non pas par la délicatesse mais par une certaine élégance qui viendra sourdre au milieu de la tempête. Et pourtant je serai soulevé, encore, par les mêmes mesures toujours aussi efficaces. Je serai étonné enfin, par l’inattendue douceur du second mouvement que le début de l’interprétation laissait à peine présager. Ce n’est définitivement pas la prestation que j’aie eue le plus de plaisir à entendre. Mais chamboulé dans mes habitudes, j’ai pu écouter un Rachmaninov moins larmoyant, plus énergique et revanchard. Ne pas voir dans cette pièce seulement le dépit, la déception de la création du premier concerto, mais aussi une sorte d’envie vitale de montrer, de passer à autre chose.

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Comme un samedi

Je prépare des cookies au chocolat pour Lola, qui vient pour la première fois me rendre visite depuis mon déménagement. Quand je les observe toutes les deux, j’ai toujours cette impression étrange qu’elle est complètement débordée par sa fille. Je peux comprendre, parfois, à quel point les enfants peuvent être ingérables, surtout chez les autres. La petite mourrait évidemment d’envie de visiter tous les recoins de la maison, de jouer avec tout ce qui lui attirait l’œil ou ressemblait de près ou de loin à un jouet. Et c’est difficile pour ma pauvre Lola de gérer les caprices de sa gamine et de conserver en même temps un semblant de conversation avec moi – comme autrefois, quand l’étudiante qu’elle était s’inquiétait sincèrement de mon quotidien, de ma vie personnelle et professionnelle. Pourtant elle essaie, mais nous sommes interrompus toutes les trente secondes par le bout de chou qui monopolise complètement l’attention. Je ne lui en veux évidemment pas, qui sait comment je serai lorsque les rôles s’inverseront. Lorsqu’elle s’éclipse je ressens néanmoins un peu de lassitude dans son au revoir trop rapide – quelques regrets aussi, de ne pas encore pouvoir être autre chose qu’une maman, de ne pas pouvoir prendre assez de temps pour elle. La prochaine fois, juste tous les deux peut-être, on aura plus de temps pour discuter.

Quelques minutes plus tard, timing impeccable, Mademoiselle N. vient me chercher en voiture, toute pleine d’élégance: nous sortons. Je m’étais mis en tête d’aller voir le dernier Woody Allen, avec j’avoue assez peu de conviction et beaucoup plus de curiosité, peut-être aussi pour vérifier comment notre embryon de relation pouvait s’épanouir dans le cruel monde extérieur. La comédie était charmante, sans être désopilante, la version française relativement supportable, bref un divertissement étonnamment plaisant pour ce début de soirée. Et je dois avouer que j’étais assez fier d’y être avec elle. On faisait petit couple d’intellos bourgeois. Plutôt que de manger dehors, je l’invite ensuite à dîner à la maison. Je lui fais des pâtes au citron et lui propose quelques cookies en dessert. Je pense qu’elle aime ma cuisine, je reste dans le simple et dans le bon et je pense sincèrement marquer des points. Comme depuis trois jours sans discontinuer nous passons la nuit ensemble. Notre cadence au lit frise toujours la démesure.

On a résolu le problème du préservatif de manière un peu cavalière. J’ai l’impression de faire exactement ce qu’il ne faut pas, tout ce qui est interdit dans les livres. J’espère vraiment que ça ne portera pas à conséquences. Je dois voir mon médecin cette semaine pour en discuter. Et en même temps, debout près du canapé, quand je soulève les replis de sa robe pour assouvir un de mes fantasmes les plus secrets, je me perds à des centaines de lieues de ces considérations, ce qui m’arrache encore des sourires béats lorsque je repense à cette soirée.

Le dimanche soir, à l’épreuve du quotidien, elle passe après dîner, juste pour regarder un DVD. Elle n’a pas le temps de rester, elle doit partir à Paris le lendemain soir. Elle est super mignonne avec sa tenue retour de week-end à la plage, Converse et marinière. Elle se dit étonnée, elle a du mal à croire que ça ne fait qu’une semaine. J’ai pourtant cette même impression, que nous sommes ensemble depuis bien plus longtemps. Elle me répond qu’elle est à l’aise avec moi et qu’en général ça lui prend vraiment beaucoup plus de temps pour être à l’aise – ce qui explique cette décontraction et cette apparente distorsion temporelle. Je crois qu’elle a complètement raison. Je suis incroyablement bien avec cette fille et c’est si naturel que je n’ai même pas besoin ni envie d’y réfléchir.

La panne

C’est peut-être la fatigue à répétition. C’est peut-être le stress et l’envie de vouloir trop bien faire. C’est peut-être les préliminaires interminables qu’on devrait peut-être écourter. Je ne sais pas. Je pourrais bien sûr donner dans le cliché, dire que je ne pensais pas que ça m’arriverait un jour, feindre l’incompréhension, singer l’embarras. Ce qui me chagrine c’est que, tant qu’on se contentait de câlins, je n’avais aucun mal à me mettre au garde à vous. Mais dès que j’ai déballé mon bout de plastique, plus personne au rendez-vous. Et pourtant c’est pas faute d’avoir essayé, hier soir et encore ce matin. Elle me dit en rigolant, pas possible sans protection, trop de conséquences fâcheuses. On finit donc par se satisfaire autrement, un peu comme des ados.

Ça me prend encore aux tripes quand j’y pense.

Ce matin je regarde ses yeux et je constate, médusé, qu’ils ont changé de couleur. Quand je lui pose la question, elle me répond que c’est en fonction du taux d’humidité. Spécificité bretonne. Je trouve ça magique. On dirait un de ces détails improbables de romans d’heroic fantasy. Un café rapide, elle est déjà en retard, elle doit repartir au boulot. Je lui souhaite bonne journée mon cœur. Je crois l’entendre me répondre je t’aime.

Confidences

C’est la première personne à qui j’en parle et du reste, elle était déjà au courant d’une bonne partie des détails avant même qu’on ne se voie pour officialiser. C’est elle qui m’a conseillé le café, le restaurant et le timing de cette première soirée avec mademoiselle N. C’est elle qui me rassure et me dit que c’est une fille bien et qu’on irait bien ensemble. C’est à elle que je confie ma petite mésaventure du vendredi soir et c’est elle que j’invite lundi à la maison pour la débriefer les événements de ce fameux dimanche. On s’honore d’une confiance infinie, elle me raconte sans détours les détails intimes de sa vie et j’ai envie et besoin en retour de lui dire, pas tout, mais de lui dire. Et je peux compter à la fois sur sa discrétion et sur son point de vue de fille et c’est inestimable.

Mardi soir j’ai passé ma première nuit chez Mademoiselle N. Et je reconnais qu’on n’a pas forcément beaucoup dormi. On l’a fait, trois fois, la première c’était un peu moins bien, on cherchait des positions pas forcément confortables, la seconde mieux, on est définitivement plus en forme le matin, la troisième complètement inattendue et ça m’a presque retourné le cerveau. Je ne sais pas ce qui se passe, je deviens complètement irrationnel, je perds tout contrôle. Je me dis que je devrais peut-être me calmer et essayer de redevenir ce gentleman au charme désarmant, comme elle m’a décrit dans un précédent message.

Dn me conseille de ne pas m’enflammer. C’est peut-être trop tard. Physiquement c’est peut-être trop tard. Et ces textos qu’elle m’envoie c’est peut-être trop tard. Je lui réponds la vérité, je n’ai aucune raison de ne pas lui faire confiance tant elle me semble naturelle et sincère. Et pour être franc j’ai même envie de brûler les étapes. Et je ne pense même pas que ça lui fasse peur.

Sunday morning

Elle a cette façon de m’embrasser avec gourmandise, comme si elle avait peur que quelque chose lui échappe. J’aimerais que ce soit plus délicat, avoir à jouer un peu, avec sa bouche, avec sa langue, avec ses lèvres. J’essaie de ralentir le rythme. Et elle s’y plie et elle s’adapte et je souris. Il est dimanche matin. Nous venons de changer d’heure. Mademoiselle N. vient prendre le petit déjeuner, un petit déjeuner de compète m’annonce-t-elle, pour être sure que je finisse le week-end en forme. Elle est encore marquée par ma chute. Elle arrive avec son panier à pique-nique, pleine de charmantes attentions. Elle a un parfum entêtant de rose et de noix de coco, qui me restera longtemps sur la peau.

La chaîne hi-fi joue Pizzicato Five. Mes mouvements sont surs, affirmés, comme si mes doutes et mes appréhensions avaient été dissous dans le jus d’orange du matin et dans ce regard, mélange de surprise et de satisfaction, que je lui retourne avec passion. Je devine ce que je dois faire, tout s’enchaîne avec tellement de facilité, mes initiatives sont justes et elle comprend tout, tout de suite. Je me surprends à la mordiller, à la griffer, des gestes dont je n’ai pas l’habitude. Elle répond avec des gémissements et mouvements du bassin qui me semblent un peu exagérés. Elle a un goût de transpiration, un goût d’océan. Je me perds en elle, j’ai du mal à rester concentré.

Nous restons quasiment trois heures allongés nus sur ce canapé et la douceur et la violence et le jeu n’en finissent pas. Elle me rentre dans le crâne et c’est déconcertant. Et j’ai l’impression que je peux lire en elle, voire à travers elle et cette confiance absolue qu’elle m’accorde me rend fou et aventureux.

Dix-neuf heures. Je me prépare pour partir à la répétition. Je lui envoie un texto pour mardi soir. Je crois que je suis en train de craquer.

Tremblements

Séquence d’événements un peu étrange… Hier soir j’avais invité mademoiselle N. à dîner à la maison. Vous savez à quel point je peux être méticuleux lorsque que je reçois. Pour me simplifier la tâche, j’avais décidé, toujours mon côté hyperactif, de caser une séance de sport entre la sortie du boulot et le moment où elle arrivait. Sauf qu’évidemment l’entraînement a traîné un peu en longueur, que je suis rentré en catastrophe, douche en quatrième vitesse, pas le temps de faire le ménage, encore moins de préparer l’apéritif. En plus je ne lui avais pas communiqué le code de l’interphone et elle a dû poireauter quelques minutes en bas, le temps que, inquiet de son retard, je décide de descendre vérifier.

La soirée s’est plutôt bien passée. J’ai raté une partie de mes préparations (je déteste ça) mais ça a eu l’air de lui plaire. Je me mets sans doute trop la pression. On a continué à discuter de la pluie et du beau temps, tous les deux calés au fond du canapé, ce qui devait arriver n’arrivant pas, la faute à mon traditionnel manque de discernement et d’initiative. Diane dit que c’est mignon, que c’est bien aussi de ne pas sauter sur les gens. Mais qu’il ne faut pas attendre trop longtemps non plus.

Et puis il s’est passé quelque chose de très étrange au moment de repartir. Nous étions debout l’un en face de l’autre dans la cuisine. On se regardait, on se souriait, on se rapprochait, on s’écartait. Et c’est là que j’ai soudain été pris de vertiges. Elle m’a dit que j’avais vraiment l’air pâle et c’est en allant vers le miroir pour constater que j’ai perdu connaissance. Le trou noir. Je me suis réveillé, apparemment une trentaine de secondes plus tard, avec une douleur à l’épaule et au coin de la tête. Elle m’a expliqué que je m’étais cogné dans la chute. Elle tremblait. Elle a eu très peur.

Je ne sais pas du tout ce qui a pu se passer. C’est peut-être juste la fatigue, ou le stress. Peut-être une simple baisse de tension. Je ne sais pas si je dois m’inquiéter. Ce matin je lui envoie un message rassurant.

Dans le même temps, je devais apprendre le décès de ma grand-mère maternelle, elle avait quatre-vingt-sept ans. Nous n’étions plus particulièrement proches, ça me fait de la peine quelque part, mais je suis un peu perdu. Mais j’en reparlerai plus tard.

Et au bureau ?

Ma vie professionnelle est devenue un enfer, depuis bientôt deux ans maintenant. J’ai quitté les bons les loyaux services de ma société de prestation informatique, pour les sirènes prometteuses de l’édition logicielle. Au début ça se passait bien. Le domaine était intéressant, le contexte de travail était interternational, les évolutions de mon poste prometteuses.

J’aurais peut-être dû commencer à me méfier la première fois que j’ai vu mon responsable décrocher son téléphone en plein milieu d’une réunion et planter le reste de ses collaborateurs pendant une dizaine de minutes pour répondre à son coup de fil. Ou bien s’excuser pendant trente secondes le temps de rédiger un courrier électronique.

Ce ne sont que de petits exemples. La vérité, c’est que nous sommes complètement désorganisés. Personne ne gère rien, les projets avancent au fil de l’eau sans aucune coordination et la plupart du temps on se contente de pallier au plus urgent. Quand bien même, cela pourrait fonctionner… si on n’avait que quelques clients actifs. Malheureusement les ouvertures s’accumulent et les mails et les coups de téléphone suivent la même courbe exponentielle.

Concrètement je passe mes journées à traiter le quotidien des demandes fonctionnelles et des questions de paramétrage toutes plus importantes les unes que les autres, auxquelles s’ajoutent les mises en places de projets techniques dont j’assure la coordination ou le développement. Je dois constamment jongler entre une dizaine de choses à faire en même temps. Heureusement, j’ai développé un workflow de malade avec Outlook, qu’il faudra que je vous décrive un jour et qui me sauve un peu la vie. Mais c’est incroyablement stressant et surtout épuisant nerveusement.

Les meilleurs moments sont quand le collègue avec qui je travaille principalement part en vacances. Non seulement je dois répondre aux appels à sa place, mais la plupart du temps il n’a pas pris soin de transmettre le minimum d’information vitale sur les projets en cours de son côté. Ou alors de manière partielle et complètement cryptique. Il n’est pas fondamentalement méchant, mais je pense sincèrement qu’il fait volontairement de la rétention d’information, probablement par jalousie pour son poste et ses prérogatives. Par contre pour ce qui le concerne moins et qui est moins intéressant, il n’hésite pas à refiler le bébé et à transférer les appels.

Les astreintes téléphoniques (non rémunérées) un week-end sur deux c’est sympathique aussi. Enfin il faut avouer que les appels sont plutôt rares. Mais cela implique de rester totalement joignable à tout moment. Je devrais utiliser le conditionnel parce qu’en réalité, je ne respecte absolument pas cette règle. Je touche du bois, pour l’instant il n’est jamais rien arrivé de grave.

Evidemment toutes les deadlines sont dépassées d’un mois minimum, même pour le plus insignifiant des projets. Et évidemment c’est de ma faute. On me demande de hiérarchiser l’urgence tout en revenant à la charge tous les matins pour remettre un projet en haut de la pile. Heureusement que mon cerveau change vite de contexte d’exécution.

J’ai aussi dû tirer un trait sur la perspective de pouvoir mettre en place un pôle de ressources dédiées au développement dans l’entreprise. Je resterai ad vitam la seule personne en charge de l’informatique. J’ai simplement le droit de recruter trois stagiaires au printemps. Mon responsable appelle ça « la main d’oeuvre saisonnière ». C’est consternant de cynisme et en même temps ça résume bien ce qu’il pense de mon métier en général.

Qu’ajouter de plus, que je dois gérer l’infrastructure réseau de tout le bureau – j’ai mis en place une baie de brassage pour une vingtaine de postes (informatique et téléphone), que je dois composer avec des collègues à l’étranger qui n’expliquent jamais rien et attendent que tout marche du premier coup, que le système est instable et que tout le monde est un peu sur les nerfs.

Mon seul soulagement c’est de renter déjeuner à la maison le midi et faire une vraie coupure. D’aller au travail en vélo aussi ça m’aère la tête. Et de pouvoir partir assez tôt pour aller au sport.

Un nouveau collègue est arrivé aujourd’hui. Enfin une nouvelle embauche qui j’espère va nous aider à sortir un peu la tête de l’eau. J’aimerais rester positif et éviter de le décourager, ce serait dommage qu’il ne termine pas sa période d’essai. J’aimerais aussi pouvoir m’organiser suffisamment avec lui pour me permettre de planifier mon départ. J’ai passé quelques entretiens dans d’autres boîtes. Je n’ai rien dit encore mais je pense que mon patron est au courant.

Je me rappelle la maxime de vie, l’important ce n’est pas ce qui t’arrive, c’est la façon dont tu arrives à gérer ce qui t’arrive. J’essaie de me persuader à nouveau de la toute puissance de la volonté. Ne pas subir la difficulté, mais s’affirmer solide et prendre les bonnes décisions.

Mademoiselle N.

Je pense à elle et je souris. Je me dis que c’est plutôt bon signe. Je suis touché par sa sincérité. J’ai l’impression qu’elle n’a pas d’arrière-pensée, ni ne fait de sous-entendus. Je me berce peut-être d’illusions. Elle me dit, simplement, qu’elle est contente d’être avec moi. Autant de franchise, j’avais perdu l’habitude.

Samedi nous dînions ensemble, j’avais choisi un restaurant plutôt chic à côté du travail. C’était bon. Nous avons parlé pendant des heures, de sa famille, de mes voyages, de son travail, de nos hobbies. Le dessert était excellent. L’heure avançait, avançait, et c’était comme si elle n’avait pas envie de me quitter. La discussion continuait. Pas une fois elle n’a regardé sa montre, pas une fois elle n’a vérifié ses horaires de bus. Au bout de la soirée nous avons fait la fermeture du dernier café du dernier verre. Ce whisky japonais était parfait.

Je l’ai raccompagnée jusqu’à son arrêt. Nous avons attendu ensemble. Je me mis lentement en face d’elle. Elle se rapprochait, doucement.

Je la revois demain.

Virée

Je nous revois filant sur les quais, toutes lumières clignotantes, nous sommes une petite dizaine, il est vingt-trois heures. Sur le chemin les gens se retournent, on remarque le groupe, le pack, la horde. Le frisson de l’air frais sur mes joues me donne cette impression grisante de liberté.

Plus tôt j’avais rejoint Hélène, Antoine et leur amis au Lieu Unique. Le fond de l’air était agréable et tout le monde était venu en vélo, pour profiter de la soirée. Au gré de l’humeur, nous devions par la suite changer plusieurs fois d’endroit. A chaque fois nous enfourchions nos fidèles montures pour aller de l’autre côté du centre. Et à chaque fois venait cette sensation, si particulière, de participer par notre pratique de la ville à la promotion d’une certaine idée de la modernité.

Pouvoir naviguer, insouciants, dans les rues de Nantes, rejoindre d’un simple coup de pédale un ami à quelques minutes de là, être libre d’arriver, de poser les vélos et de se jeter dans la nuit en quelques instants, sans jamais réfléchir au matériel, à la logistique, à l’organisation.

Il y a la fierté d’être parmi l’exemple. Il y a une forme de joie aussi, de participer à quelque chose de plus grand, un mouvement de fond. Et le soulagement de constater que ce n’est pas juste une lubie, que petit à petit les habitudes changent.

Le matin je me retrouve parfois au feu rouge, dans le sas à vélos, aux côtés de quatre ou cinq cyclistes, la tête dans leur journée de travail, tous prêts à repartir. Il y a quelques années ça aurait été une rangée de scooters et de motos. Les temps changent, comme une note d’espoir qui me fait dire que, tout n’est peut-être pas complètement perdu.