dimanche 25 août 2002

Faux Semblants

La première fois que j'ai lu La Chute de Camus, je fus saisi par l'incroyable sensation de m'y reconnaître jusqu'au moindre détail.

Jean-Batiste Clamence, c'est bien la seule personne à laquelle je me soie autant identifié. Oui, on pouvait dire que c'était moi. Cette façon de chercher à rendre service tout en évitant à tout prix d'en être remercié. Cette volonté à aider autrui, mais pas par gentillesse. Cet intérêt à ce qu'on me voie et qu'on admire mes actes magnanimes, sans pour autant le dire ouvertement.

Oui, j'étais altruiste, mais pas désintéressé. Oui, à chaque fois que j'ai laissé ma place à une personne agée, à chaque fois que j'ai proposé mon aide, à chaque fois que j'acceptais silencieusement d'accomplir des tâches rébarbatives, ce n'est jamais que pour être vu. Et pour que je sache qu'on me considérât, sans pour autant le dire. Le dire aurait été superflu.

Mais après tout, qu'importent les motivations, si l'action est juste ? Si le plus honnête des hommes est motivé par les moins avouables des désirs, il vaut sans doute mieux cela que le contraire.

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