samedi 01 novembre 2003

Contact(s)

Je crois que j'en suis à peu près là :

Un soir de décembre, Bruno s'assit à côté de Caroline Yessayan avant la projection de Nosferatu le vampire. Vers la fin du film, après y avoir pensé pendant plus d'une heure, il posa très doucment la main gauche sur la cuisse de sa voisine. Pendant quelques secondes merveilleuses (cinq ? sept  ? sûrement pas plus de dix), il ne se passa rien. Elle ne bougeait pas. Une immense chaleur envahissait Bruno, il était au bord de l'évanouissement. Puis, sans dire un mot, sans violence, elle écarta sa main. [...] Il y avait eu chez ce petit garçon quelque chose de très pur et de très doux, d'antérieur à toute sexualité, à toute consommation érotique. Il y avait eu le désir simple de toucher un corps aimant, de se serrer entre des bras aimants. La tendresse est antérieure à la séduction, c'est pourquoi il est si difficile de désespérer.

Michel Houellebecq, Les particules élémentaires

Ça a du m'arriver deux ou trois fois, le plus souvent dans le train. Ces longues heures assis à ne rien faire d'autre qu'à divaguer, étaient remplies de l'espérence qu'à chaque gare une gentille inconnue vienne s'asseoir sur le siège d'à côté. Je devais avoir une vingtaine d'années la première fois que je suis monté seul à Paris pour un entretien de stage. Le hasard des réservations m'avait placé à côté d'une jolie genevoise – ou du moins, elle allait à Genève. Elle avait passé les deux heures profondément assoupie. Elle portait des nu-pieds et le temps où je n'ai pas dormi volontairement avec elle, au son de sa respiration, je l'ai passé à regarder avec émoi ces ongles vernis qui vivotaient sur le repose-pieds.

Quelques années plus tard, au cours deux expériences assez similaires dans un autre Nantes-Paris et un Nantes-Bordeaux, j'ai pu sentir la chaleur s'échanger entre deux bras posés sur un même accoudoir trop étroit. Bénis soient les designeurs de la SNCF. La première était une rouquine en débardeur dont le visage angélique et la voix timide (je lui avais demandé d'enlever son sac, posé sur mon siège) m'avaient enchantés. La seconde était une adolescente rebelle qui sentait les Lucky Strike – et je crois que je n'avais jamais autant apprécié l'odeur du tabac sur des vêtements – qui descendait des litres d'Évian et qui m'a gratifié de quelques coups dans son sommeil agité.

Et bien sûr ces fois où j'ai eu les deux filles que j'aime à moins d'un centimètre de moi. Je crois que ces instants inconscients d'infinie proximité, sans un mot, sans un geste, où l'on parle ce langage secret sans paroles, sont parmi les plus agréables choses que j'aie vécues.

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