La vie devant soi
Écrit par Romain Gary sous le pseudonyme d'Émile Ajar, prix Goncourt en 75. Le pas si petit que ça Momo, dix ans et quelques poussières, est un enfant de putain au sens littéral, recueilli par Madame Rosa, une ex-prostituée qui a monté un clandé, une sorte de maison d'accueil spécialisée dans le genre. Sauf que Madame Rosa a atteint la limite d'âge et qu'elle n'est plus en état de s'occuper de quoi que ce soit. Leur quotidien est désormais rythmé par les crises de catatonie de la vieille juive, ses cauchemars de la déportation, la crainte de voir débarquer l'assistance publique, la solidarité de tout un immeuble et les aventures de Momo, parce qu'il faut bien vivre. Voilà pour le pitch façon fiche de lecture.
C'est Mohammed qui raconte l'histoire, avec les mots d'un enfant de dix ans. Autant des fois ses abus de langage sont amusants, avec ces proverbes déformés qui ponctuent la langue courante, autant j'ai trouvé que ça rend parfois le récit trop décousu – dans le sens compliqué à suivre. Ça fait partie du jeu, mais c'est lourd par moments. À part ça, ça se laisse très bien lire, c'est émouvant sans en faire trop et on y ressent un peu de cette magie de quand on était gosses. Et puis il y a une belle galerie de portraits, Monsieur Hamil le vieil arabe fasciné par le Livre et par Victor Hugo, Madame Lola l'ancien boxeur sénégalais qui fait travestite à Boulogne, le Docteur Katz, vieux médecin qui veut envoyer Madame Rosa à l'hospice, les enfants du clandé ; et cet amour entre Momo et cette vieille femme, parce qu'ils n'ont qu'eux au monde et parce qu'ils ne veulent pas se séparer par peur de tout perdre.
- Posté à 11:16
- Sujet : Livres
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