Monsieur Malussène
Au quatrième volet de la série, on pourrait croire que Daniel Pennac a commencé à faire le tour du sujet. Et c'est un peu vrai, quelque part. C'est toujours le même fond cosmopolite, Belleville et ses habitants caractéristiques, presque caricaturaux. C'est toujours la même trame incroyable, les mêmes concours de circonstances qui rendent Benjamin Malussène bouc émissaire de tous les crimes de Paris. Mais il faut bien avouer que, même si on s'attend chaque fois à un coup de théâtre, même si à chaque fois on le sent venir, on est toujours autant surpris par la tournure que l'histoire prend, on sent que ça va rebondir mais on ne devine jamais dans quelle direction. Et puis, Monsieur Malussène prend cette fois vraiment le temps de son récit – six cent pages. Le volet policier du roman, qui reprend le sempiternel schéma crimes-accusation-complot-innocence des trois premiers livres est presque relégué en arrière plan, éludé rapidement en quelques pages aux trois quarts du récit. Et pendant tout le reste, Pennac campe ses personnages tout en longueurs et raconte avec délice des tournées viticoles, des histoires de prostituées et de tatouages, des relents de fin de règne, des aventures cinématographiques... Il s'amuse même, en prenant le propre livre en dérision, en faisant du théâtre dans le théâtre
ou plutôt du roman dans le roman, en riant de lui-même en tant qu'écrivain. Enfin, comme à chacun des autres tomes, on a le droit à un exemplaire des plus belles déclarations d'amour que j'ai eu l'occasion de lire.
– Berthold, Benjamin. Ce n'est pas le plus sympathique, mais c'est lui qui t'a sauvé
Un Temps.
– Et tu es tout ce que j'ai.
Elle a bricolé un sourire.
– Tout ce que j'ai. Je ne te le dirai pas deux fois.
- Posté à 12:39
- Sujet : Livres
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