Stupeur et tremblements
Je ne me souviens pas avoir jamais lu un livre aussi vite. En deux traites en fait, même si l'édition du livre de poche est écrite en (très) gros caractères. Et là je me dis que si j'en suis rendu à broder sur la taille des fontes utilisées dans un bouquin, c'est que je n'ai tout simplement rien à rajouter dessus. J'espère sincèrement que les Japonais ne sont pas (plus ?) vraiment comme ça. Même si j'entends parfois des histoires qui corroborent ce stoïcisme infect, cette traditionnalite dogmatique, cette sacralisation du travail, ce racisme aussi. Malgré les circonstances atténuantes, le fait que personne ne puisse vraiment leur donner de leçons, et que je ne sais pas s'ils gagneraient vraiment à adopter un système de valeurs plus... occidental. Par ailleurs le récit le montre bien, cette ascèse qui est à la limite de l'héroïsme, le fait de tout encaisser sans jamais se plaindre, au fond, au-delà du choquant de certaines situations, je pense qu'Amélie Nothomb essaie de faire ressortir la force derrière cette résignation et la noblesse (toute relative) d'un tel comportement. Et même si l'attitude de Fubuki est proprement dégueulasse, elle fait preuve d'une certaine logique, mise dans la perspective des valeurs mentionnées ci-dessus. D'ailleurs la beauté plastique de la jeune femme, telle qu'elle est sublimée par les propos de la narratrice, va sans doute puiser dans les terribles humiliations qu'elle a elle-même dû vivre auparavant. Reste que, sur la fin du bouquin, quand les cadres de l'entreprise essaient de manifester leur compassion, sans pour autant parvenir à remettre en cause un système si profondément intégré dans leurs mœurs, j'en avais les larmes aux yeux.
- Posté à 07:51
- Sujet : Livres
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