mercredi 20 avril 2005

L'empire des anges

Vaguement la suite des Thanatonautes. Je me souviens avoir lu ce bouquin avec entrain, je devais avoir quatorze ou quinze ans, même que Bernard Werber était à l'époque un des seuls auteurs que je supportais. Je découvrais aussi le confort des éditions grand format (pas de poche, je sais pas comment ça s'appelle) et mine de rien, ça soulage quand même infiniment les yeux. Il y avait également le découpage du récit en chapitres relativement courts qui faisait que je pouvais rentrer dans l'histoire, à la faveur de mon temps libre, aussi vite que j'en étais sorti. Enfin, je m'en rends maintenant compte, l'écriture de Werber reste vraiment très accessible, même pour un gamin, limite parfois simplement déclarative – cela apporte une immédiateté reposante, on n'a pas besoin de réfléchir plus que ça à l'intrigue. Ce qui ne l'empêche pas par ailleurs de transmettre des réflexions profondes et de poser des questions intelligentes. Ainsi dans l'Empire des anges, au-delà de l'histoire naïve mais pas inintéressante de cet ange-gardien qui doit apprendre à gérer les âmes dont il est désormais responsable, on trouve des interrogations sur Dieu, évidemment, sur le rapport à autrui, et plus généralement sur ce qui nous inspire, ce qui nous motive, ce qui attitre notre attention, sur la façon dont nous, animaux grégaires, fonctionnons/interagissons avec notre environnement. Un peu comme dans Les Fourmis. Je citerai par exemple ces deux passages relativement marquants, qui comme par hasard décrivent presque parfaitement mon état d'esprit sur les sujets concernés.

Ce que décrit cet Edmond Wells, c'est la malédiction de la vie en groupe. Quelles que soient les intentions originelles, il y en aura toujours pour grimper sur la tête des autres. Et si les exploiteurs refusent d'assumer leurs rôles, les exploités les y obligent ! Les ouvriers exigent des patrons, les disciples exigent des gourous et les citoyens des présidents. Les gens redoutent tellement la liberté, ils ont si peur de penser par eux-mêmes, ils craignent tant d'avoir à s'assumer...

– Bon, alors juste une dernière question. Vous ne me répondez que si vous le souhaitez : croyez-vous en Dieu ?
Il éclate de rire.
– J'y crois comme on croit aux chiffres. Est-ce que le chiffre 1 existe ? Est-ce que tu pourras un jour rencontrer l'incarnation du chiffre 1, ou du chiffre 2, ou 3 ?
– Non. Ce sont juste des concepts.
– Eh bien même si le chiffre 1, les chiffres 2 ou 3 ne sont, comme tu dis, que des concepts, ils permettent d'apporter des solutions à beaucoup de problèmes. Qu'importe dans ce cas si on y croit du moment que ça aide...

Reste que ce bouquin n'est évidemment pas parfait. Il traîne par-ci par-là quelques énormités scientifiques, pas juste des fantasmes qui sont bien compréhensibles dans ce genre de livres, mais des explications fausses et faussement justifiées. Et puis certains passages sont vraiment d'une bêtise caricaturale, notamment la scène de bataille vers les 3/4 du livre, où anges et fantômes se battent à coup d'amour, de haine, d'humour et de moqueries. Mais je recommande quand même, c'est divertissant et ça fait réfléchir.

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