Mademoiselle M.
Kévin m'explique, il faut absolument éviter de leur mentir, parce qu'à partir du moment où tu inventes, tu dois réussir à étayer ton mensonge jusqu'au bout, sous peine de passer pour un sinistre vantard bas de gamme. C'est en fait assez cocasse, parce que j'ai précisément assez de mémoire pour tenir ce genre d'acrobaties sur la durée ; En revanche j'ai souvent plus de mal à me souvenir a posteriori de ce que j'ai parfois pu raconter, avec toute la sinciérité du monde, quand je parle aux gens de que je vis, de ce que je ressens. Des fois, je les surprends à me répéter et je m'étonne de la franchise des paroles ainsi rapportées. Leur ai-je vraiment avoué tout ça, à quel point je m'ennuyais au travail, ma déception sur la tournure que prend ma vie, mes vieux rêves si illusoires ? Et pourtant. Il faut croire j'imagine, que depuis que je me suis décidé à l'ouvrir, je n'arrive plus à couper le moulin à paroles. Des fois je regrette d'être aussi premier degré, typiquement les personnes qui t'emploient n'ont pas à être au courant du moindre de tes états d'âme. Et il y a certainement d'autres de mes travers qui mériteraient parfois d'être tus. Bah. Passons.
Je suis en salle de pause, devant les croissants, je discute avec Émilie. Pas Mademoiselle E., une autre Émilie. Mais il faut croire que toutes les filles sur cette terre ont le même prénom, alors moi en fin de compte je n'y peux pas grand chose. Au début j'avais essayé la théorie de la bille de billard, passer par une tierce personne pour obtenir ce qu'on souhaite, comme lorsqu'on se sert du rebond de la boule blanche sur une autre bille pour marquer. J'avais lu ça dans L'Empire des Anges de Werber, ça semblait clair, limpide, efficace. Ayant malheureusement parié sur le mauvais cheval, je n'ai pas obtenu les résultats escomptés et, contredisant toutes mes théories sur la sociologie des groupes féminins, ces sous-entendus si subtilement suggérés à Florence ne sont jamais arrivés jusqu'à l'oreille de leur destinataire. Ah, sale menteur d'écrivain. Bref. Une chose en amenant néanmoins une autre, nous voilà malgré tout à parler ensemble, devant les croissants, en salle de pause. C'est souvent terre à terre, parfois du boulot, rien de transcendantal. Là encore je ne fais pas tellement attention, si ça se trouve je la dégoûte complètement, si ça se trouve je n'ai pas les mots qu'il faut. Mais au moins on brise la glace, elle vient me parler, je vais la voir. Après, c'est peut-être un gros film que je me fais, c'est toujours possible. Cependant pour éviter de tout foirer comme d'habitude, dans ma tête je me suis monté une sorte de plan d'action Émilie. Dans les grandes lignes, occuper le terrain, phase un, faire passer le message, phase deux. Quitte à être lourd. De toutes façons, je ne reste là bas que jusqu'à mi-janvier. Obligation de moyens donc, pour une obligation de résultats.
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- Sujet : Filles (et Garçons)
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