vendredi 26 décembre 2008

Décembre

Samedi soir, je me suis tapé cinq minutes de honte, cinq bonnes minutes de bonne vieille honte, celle qui te bloque, t'empêche absolument d'enchaîner, parce que tu es complètement consterné par ta propre bêtise. Mais pour ma défense j'objecterai que, par divres concours de circonstances, ces derniers temps je croise de plus en plus d'anciennes connaissances du lycée, voir même d'avant, et que l'un dans l'autre ce n'est pas toujours évident de s'y retrouver. Lutter pour remettre un nom sur un visage, passe encore, c'est pitoyable mais au bout d'un certain temps ça finit par revenir — alors que, croyez-moi, rouler des yeux pour remettre carrément une histoire sur un nom, malgré la personne en face qui, elle, se souvient parfaitement de tout, c'est nettement plus embarassant...

C'était à la crémaillère de Mathieu — d'ailleurs voilà autre chose qui me désole. Bien que déménagés seulement quelques jours avant moi, ils sont nettement plus avancés dans le déballage et l'installation de leur appartement. Du coup j'ai vraiment le sentiment de me traîner comme une larve. Heureusement, j'ai pu profiter de l'occasion pour discuter avec Martin de chauffage et de radiateurs — et tant pis pour le gros cliché du trentenaire qui parle gamins et bricolage. J'assume. Donc, comme moi ils sont aussi allés chez Casto et ont acheté exactement la même combinaison d'appareils. A l'entendre parler, son expérience me rassure, ce qu'il m'explique a l'air simple et largement à ma portée. En revanche pour le reste, je vais devoir faire faire et ça, ça risque de prendre nettement plus de temps. Pourtant j'avais supplié le Père Noël, cette année je veux mon nouveau parquet et ma nouvelle cuisine. Et bien non, faut coire que je n'ai pas été assez sage. A la place j'ai eu un Vaporetto et une yaourtière. Mais j'en avais aussi cruellement besoin, donc finalement je ne lui en veux pas trop.

On est partis réveillonner pas loin de Vannes, du côté de la belle-famille. Ca s'est assez bien passé, même si ce n'était pas forcément évident, même si par conséquent j'ai un peu fait mon autiste. Comme d'habitude, vous me direz, mais pas seulement. C'est étrange, parce que la vie de famille c'est une chose dont quelque part je regretais vraiment l'absence et, maintenant qu'elle est là, que, dans une certaine mesure, elle semble vouloir s'installer, je deviens hésitant et gauche, comme un gamin à qui on vient d'offrir une glace et qui, surpris, ne sait pas trop comment s'en dépatouiller. L'exemple typique c'est Chacha, la fille de, une gamine adorable avec qui j'aimerais sympathiser, mais je ne vois pas du tout comment m'y prendre. En fait le problème est bien plus général. J'ai envie de plein de choses — pas des choses matérielles, vous l'aurez compris — mais je ne sais pas comment faire. Et quand bien même, comme par hasard elles me tombent toutes cuites dans le bec, je suis encore plus déboussolé, comme un cheveu sur la soupe, je n'arrive pas à faire ce que j'aie pu m'imaginer qu'il eut fallu que je fasse. Ce n'est pas évident à expliquer, c'est comme une sorte de blocage, de culpabilité aussi. Une fois que je tiens ce que je veux, je ne sais pas quoi en faire. Ca sonne très tradition catholique comme comportement. Peut-être qu'inconsciemment j'accorde plus d'importance à l'obtention qu'à l'obtenu. L'image du gamin et de la glace résume donc bien la situation, l'attente dans la file du marchand a plus d'impact que le moment où il me tend le cornet.

Avec les filles, c'est pareil. D'ailleurs, ne vous méprenez pas, quand je dis belle-famille, je parle de la famille de l'amie de mon père, pas que j'aie quoi que ce soit à vous annoncer me concernant. Ségo et Yo continuent à essayer de me caser, enfin je ne suis pas complètement certain que ce soit le cas, mais c'est quand même une forte présomption. Et c'est mignon, c'est super gentil, c'est le genre de chose que j'apprécie que mes amis fassent. Or disais-je, avec les filles c'est exactement la même chose. Ils me présentent des personnes sympathiques, intéressantes, avec quelque chose dans la tête — moi je me retrouve debout en plein soleil avec ma boule chocolat, qui fond, qui dégouline de son cornet. Tellement je ne sais pas par où commencer. Au bout d'un certain temps, je me liquéfie tellement au fond de mon canapé, je n'arrive même plus à saisir les bonnes grosses perches qu'on me tend. Mardi encore, c'était ça, pourtant c'est pas faute d'avoir essayé, la pauvre n'a rien dû comprendre non plus... J'ai l'impression que je me complais dans cette sorte d'instant étrange où rien n'existe encore mais que tout reste possible. Comme quand tu croises un regard à l'autre bout d'une pièce et que tu crois y lire. Mais une fois que les choses arrivent, tu ne sais plus quoi faire d'autre. Je crois que j'ai vraiment un problème, je devrais peut-être consulter.

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