2008
Au bout du quatrième du même genre, j'en étais à me dire qu'il n'y a rien de plus désagréable que ces textos impersonnels envoyés en groupe, dont le ton anonyme et monocorde transpire tellement le copier-coller, le ajouter-nouveau-destinataire, qu'on n'aurait presque rien dit d'autre qu'une carte de concierge avec des chatons, photocopiée et publipostée à tout son carnet d'adresses. En fait, je préfère encore ne pas avoir de nouvelles plutôt d'eux plutôt que mes amis m'envoient leurs voeux de cette manière — quitte dans ce cas à attendre fin janvier, pour les recevoir de vive voix. Mais que voulez-vous, dans le fond ça part d'une bonne intention. Et puis, c'est peut-être un signe des temps, avec Facebook qui ne vous donne plus aucune excuse pour oublier les anniversaires, tous ces bons sentiments automatisés, ça doit être une sorte de progrès.
Mais tâchons de ne pas commencer sur une aussi mauvaise note. Puisque vous me le demandez, je regarde en vitesse par-dessus mon épaule — bien, en vérité, je ne sais pas trop comment classer ce millésime 2008. A priori, dans la bonne moyenne, pas qu'il se soit passé grand chose d'extraordinaire, disons alors que l'année qui vient de se terminer a, de façon prévisible, amené son petit lot de bonnes et de mauvaises choses mais que, tout compte fait, je ne m'en suis pas si mal sorti. D'abord, le plus important, le voyage, cette impression d'avoir changé, un peu, qui s'évanouit malheureusement, trop vite. Ensuite le déménagement et tout ce qui va avec, travailler en ville, vendre ma voiture, m'installer chez moi — ce dernier point tenant encore actuellement, pour sa plus grande part, du concept : je campe toujours dans mon propre appartement. Mais il y a du progrès, du vrai progrès, ce soir j'ai préparé mes premiers yaourts.
Quant au reste, des détails à vrai dire, les tournois de poker, les soirées à droite à gauche, les occassions, ratées, Lise, Emilie, Les Sables. Et puis les cours de guitare, les cours d'archi, les ballets, les concerts — j'ai terminé l'année sur un magnifique récital, deux heures de Bernstein et de Gerswin, du vrai, du grand big band, à tomber par terre. Ces choses ont à voir avec mon envie de me détacher des possessions matérielles et de m'investir ailleurs et, si je n'ai pas fait tout ce que j'avais prévu, je suis plutôt satisfait du résultat. Concession faite aux sirènes de la consommation de masse, à Noël j'ai quand même fini par mettre presque un salaire et demi dans un home cinema. Que voulez-vous, trop de pression.
Ma soeur adorée est là pour quelques jours, histoire de commencer 2009 ensemble. On regarde l'intégrale de Sex And The City en s'empiffrant de nourriture grasse. A l'heure des bilans, j'avoue qu'elle est toujours là, évidemment, en toile de fond, la question de la trentaine, la question de la comparaison avec les autres, la question du moule à yaourts dans lequel il faudra tous qu'on rentre — eventually comme dans la série. J'en parlais avec les autres, avec mes quelques (rares) copains célibataires. Honnêtement je ne suis pas à plaindre, franchement, évidemment ce n'est pas une course à celui qui ira le plus loin et le plus vite, mais j'avance, je trace ma route, je fais mon chemin. Seulement il ne suit pas vraiment une direction conventionnelle, ce que, là aussi, les sirènes de l'uniformisation de masse n'oublient pas de me rappeler. Faudrat-il là aussi que je cède, voilà un débat que moi et moi-même avons déjà eu, ici compris. C'est juste que, parfois c'est difficile de se voir jeter à la figure la femme, les deux gosses, le chien et la voiture, vous ne trouvez pas ? Non, attendez. De quoi je parle, là ? Tout ça c'est dans ma tête, évidemment. Il n'y a pas du tout de pression au quotidien, la pression c'est moi qui me la mets, tout seul, c'est tout. C'est plus une façon détournée qu'a mon subconscient pour me montrer ce qu'il veut, vraiment.
Alors que moi, pour cette nouvelle année je veux plutôt, changer de travail, une fois de plus, avec l'augmentation qui va avec, une fois de plus, profiter enfin de mon chez moi, partir en Espagne et peut-être acheter un iMac. Ca me semble, a priori, dans la bonne moyenne comme objectifs.

- Posté à 00:18
- Sujet : Everyday Life
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