Quelques nouvelles
Ne gardez pas l'impression que j'aie totalement disparu de la surface de cette chère terre, malgré le sentiment bien réel que mon pauvre corps soit décidé à m'abandonner — lui aussi. Car je vieillis. Je suis constamment malade, j'ai des difficultés de plus en plus récurrentes à me servir de certaines parties sensibles de mon anatomie — mon audition, surtout, baisse et c'est un véritable crève coeur. Comme ma mère, paix à son âme, qui quitta ce vieux monde à demi sourde, je crains que les affres de l'hérédité n'aient débuté sur moi leurs désagréables méfaits. Mais si l'idée de finir, tel mon père, chauve ou poivre-et-sel ne m'émeut guère, j'ai du mal à imaginer mon quotidien sans les joies futiles de la musique, des disques et des concerts — et les plaisirs subtils de découvrir de nouvelles lignes vocales ou de fulgurants traits de guitare, cachés au fin fond de mélodies qu'on croyait, pourtant, connaître par coeur. Finis désormais donc, les baladeurs et les décibels, j oppose un moratoire sur les écouteurs pour sauvegarde de mes oreilles, un principe de précaution sur les hauts-parleurs pour le bien mes tympans.
Mes absences, je les dois aussi à la lassitude grandissante d'avoir à déballer, à remballer sans cesse mes affaires, guitares, télévision et ordinateur, à chaque fois qu'un artisan daigne bien vouloir venir honorer le contrat que je me suis saigné à lui concéder. Certes, les travaux avancent, en contrepartie j'ai moins la possibilité de flâner sur internet. A un point où, de façon assez improbable, j'aurais presque préféré prendre un portable — si mes moyens avaient seulement pu me le permettre. Mais j'ai des problèmes d'argent. Rien de grave, ce qui me surprend en revanche c'est l'étrange coincidence, leur décision de se manifester au moment même où, par réflexe paranoïaque sans réelle raison, c'est toute l'économie planétaire semble avoir décidé de se recroqueviller sur elle-même. Si c'est probablement totalement égocentrique d'y voir une quelconque relation de cause à effet, après tout il n'y a que moi qui vis ma vie. Ce sentiment nombrilliste que la sacro-sainte crise n'est qu'une forme malsaine de compassion que l'univers consent pour faire écho à ma propre situation, a quelque chose d'amusant et de réconfortant, aussi.
- Posté à 19:42
- Sujet : Everyday Life
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