vendredi 24 avril

Mumu et les peintres

Je ne sais pas trop si j'ai déjà eu l'occasion d'en parler, s'ils pouvaient le faire à ma place, mes amis qui me connaissent assez pour m'avoir subi ivre pourront sûrement témoigner — témoigner à charge, évidemment. Et si je conçois certainement n'être pas le seul imbécile au comportement insupportable dès qu'il a quelques verres en trop dans le nez, je me permets cependant d'en faire à nouveau l'étalage ici, parce que, merde, il faut bien que je donne l'impression d'avoir un semblant de personnalité. Non ?

Samedi dernier, dans le rôle du garçon de bonne famille qui se laisse un peu aller, invité que j'étais aux vingt-cinq ans de ma cousine réunionnaise, je fais honneur plus que de raison au punch maison et finis la tête la première dans la cuvette des toilettes, deux bonnes grosses giclées de vomi plus tard. Non sans avoir passé la moitié de la soirée à faire sans vergogne de l'oeil à Charlotte, la femme d'un autre. C'est fou comme l'alcool vous donne parfois des ailes. L'autre point de détail, c'est cette impression étrange d'avoir participé à ce qu'on se doit bien d'appeler une fête communautaire — réunion sciemment organisée entre gens de la même origine où, paradoxalement, les quelques blancs présents faisaient tâche dans le paysage. Je ne sais pas trop ce que je dois en penser, je ne sais pas si je dois d'ailleurs en penser grand chose. Ce qui me plaît c'est le mélange des genres et, c'est sûrement très bobo comme attitude, alors dans un sens comme dans l'autre les extrêmes m'intriguent.

Bon on s'en fout. En plus j'ai déjà évoqué le sujet.

Pour finir sur autre chose, je dois vous parler de ce site et de ma désormais irrépressible envie d'avoir une reproduction grandeur nature de Klimt ou de Van Gogh trônant dans mon salon. Je parcours les galeries et je trouve tout magnifique. Des fois je regrette que, perdu dans ses substitutifs marketés et préformatés, le peuple du monde semble avoir perdu tout goût pour les subtils arômes des chefs d'oeuvres des époques passées, pour ne plus se contenter que des parfums faciles et de la jouissance immédiate des bonbons ce début de siècle. Après, ça n'est peut-être qu'une impression, et pourtant ce n'est pas force d'avoir essayé de nous l'enfoncer dans le cerveau à l'école.

Ce qui me plaît c'est le mélange des genres. Je rêve à une sublime édition reliée des sombres Fleurs du mal, à un grand poster de la surranée Jeune Fille à la Perle. Lire, écouter, regarder et sans préjugé être curieux de tout : du moderne, de l'ancien, d'ici, d'ailleurs — car à défaut d'avoir une fin en soi, l'histoire des hommes a au moins quelque chose de beau à offrir.

C'est beau ce que je raconte.

jeudi 16 avril

Les possibles

C'est un sentiment à la fois étrange et rassurant, que de rentrer chez soi après quelques jours en voyage, se remettre tranquillement dans le train-train quotidien, après autant de temps passé à observer une toute autre routine — et Dieu sait pourtant que je suis du genre routinier. J'aime mes repères, ils m'indiquent exactement et sans que j'aie à réfléchir toutes ces solutions aux petits tracas du quotidien qui, ailleurs et dans d'autres circonstantes, peuvent rapidement devenir d'horribles emmerdements. Et si malgré tout je voyage plutôt bien, il y a ce je-ne-sais-quoi qui me soulage toujours autant lors du retour à la maison.

Plusieurs week-ends d'affilée loin de mes pénates auront suffi à nourrir ce constat, entre un stage technique à Lille, il y a deux semaines, et une Pâques parisienne dont je reviens tout juste. Je reste toujours aussi mitigé à propos du Nord — et toujours à peu près pour les mêmes raisons : le centre de la ville est joli, le reste l'est moins. Comme partout vous me direz. Le stage lui-même était assez physique, en tout cas j'ai eu plus de mal à suivre que l'année dernière. J'ai eu l'impression d'y apprendre moins de choses aussi, mais c'est peut-être normal.

Quant à Paris, j'y rendais visite à ma soeur — pour une fois que c'est moi qui y monte. Mauvais point, je crois que je fais une nouvelle allergie aux poils d'animaux : j'ai eu le souffle court durant les trois jours et j'ai même dû acheter une Ventoline en catastrophe. Ce détail mis à part, j'ai revu deux de mes cousins, ça faisait un petit moment. On a bien ri ensemble, devant Mozinor et à jouer à Time's Up. Dimanche, on a visité la retrospective Dave LaChappelle à La Monnaie et regardé Un Chat Un Chat, ça aussi c'était amusant. Tout ça pour masquer un peu sa déprime à elle, entre les méandres de sa vie parisienne et les développements de leur différence de point de vue entre elle et mon père. Aux dernières nouvelles ils se sont à moitiés étripés au téléphone, lui reprochant sa soit-disant distance, elle objectant sa non-implication justifiée dans cette affaire.

Je suis en train de réfléchir à la possibilité de m'installer là-bas. Si ça pouvait changer quelque chose pour elle que je vive plus près, alors pourquoi pas. Après tout, plus grand chose ne me retient ici désormais et nouvelle ville, nouvelles opportunités — autant au niveau professionnel que personnel. J'y vois moins de désavantages qu'à une autre époque, alors j'étudie les possibles. Même si ce n'est probablement pas la période révée pour chercher un nouveau travail. D'autre part je n'ai absolument pas les moyens de me payer un nouveau déménagement pour l'instant. Là j'en suis plutôt à essayer de revendre tout ce que je peux sur eBay, afin de combler mon découvert récurrent à la banque. Triste monde.

mercredi 01 avril

Samedi

Christine me donne régulièrement des coups dans la jambe, avec son pied ; et quand son amie Cécile vient s'asseoir à côté de nous, elle se colle encore plus à moi, comme si nous étions vraiment proches. Je n'avais pourtant pas l'impression que ce fusse le cas. Surtout qu'elle vient se s'installer chez son probable futur mari. Allez comprendre. Je l'ai croisée par hasard en ville, elle allait à l'exposition à la Manufacture. Je l'ai suivie sur un coup de tête, chamboulant mon programme reglé à la minute, assez rare pour être remarqué. Mais elle est vivante et drôle, finalement ce fut une belle après-midi. Je ne sais pas comment je me débrouille pour me retrouver dans des situations pareilles, ça arrive malgré tout assez souvent, quelque part ça n'est pas non plus pour me déplaire. Juste à côté de chez moi, il y a un salon de thé, un café pour petites princesses, la bourgeoisie provinciale. Un endroit de filles, comme dit Christine — ces filles qu'on croise dans la rue, avec leur style à la parisienne, grandes écharpes, leggings, ballerines. On est assis par terre, les uns entre les autres, ambiance je prends le goûter avec les copines, des petits gâteaux artisanaux, de la pâte à tartiner, du Marabout Cuisine. C'est décoré comme un petit appartement, passez boire un chocolat chaud à la maison, du jonc de mer, des coussins sur le sol, de petites tables basses. A force les discussions se croisent, avec la serveuse et les nanas d'en face, tu as mis quoi dans ce mi-cuit, c'est moche ces tableaux, il est sympa ton nouveau copain. Je sais, je n'ai rien à faire là, mais c'est un peu comme d'être dans les vestiaires féminins à la piscine. Et tout le monde me sourit, normal je suis le seul mec dans la pièce, j'aurais voulu faire mon outing ça n'aurait pas fait dénoté dans le paysage. Virée dans un autre milieu social enfin, auquel il est vrai je concède parfois quelques signes d'appartenance, que j'apprécie et que je fustige tout à la fois ; pour ses semblants de savoir vivre et ses restes de bonne éduction — contre son côté élitiste et un peu coincé. Et je ne vois que la partie émergée de l'iceberg.