mercredi 12 août 2009

Sociologie

Platitude numéro quarante deux : c'est parfois au contact des autres qu'on se rend mieux compte à quel point on peut avoir changé. Au bout d'une semaine à vivre ensemble vingt heures sur vingt quatre, je finis par constater que lui et moi ne semblons plus attendre les mêmes choses de la vie. Et je me connais, je sais quel être détestable je peux devenir, à m'énerver tout seul, dans ce genre de situation. Habituellement ça commence par quelques détails insignifiants, des défauts, des tics, qui peu à peu deviennent de plus en plus gênants pour finir par me rendre la personne concernée parfaitement insupportable. Je ne peux alors plus subir la moindre remarque déplacée ou excuser la plus petite erreur. Mais cette colère reste intérieure, sourde, secrète, jamais je ne hausserai le ton pour des prétextes aussi futiles — fussent-ils symptômes d'un malaise plus profond. Je me contente alors de laisser filer et d'éluder discrètement toute nouvelle relation sociale avec l'individu en question.

Néanmoins le moment qui m'a le plus excédé, heureusement vers la fin du séjour, c'est cette engueulade à demi-mots que, lui, nous a fait subir — sous prétexte qu'on n'arrivait pas à choisir entre telle ou telle chose. Notre groupe a un mode de fonctionnement assez particulier, chacun évitant soigneusement d'avoir à prendre toute décision de quel ordre que ce fût — on finit généralement par s'en remettre au consensus mou. Je m'étais déjà fait la remarque et avais voulu prendre plus souvent l'initiative, quitte à passer pour le petit chef qui veut tout régenter. Au moins on avance. Attitude qu'il n'aurait en revanche, je pense, jamais pu se résoudre à adopter. Seulement je trouve ça facile de reprocher aux autres leur attentisme et leur inaction quand soi-même on se refuse à assumer quoi que ce soit. Je le revois encore s'exciter au volant de sa voiture, on fait ce que vous voulez mais faut se décider, maintenant, comme s'il n'avait absolument aucune part à prendre dans cette décision.

Cela et puis plein d'autres choses, on n'est plus sur la même longueur d'onde ; et c'est dommage parce qu'a contrario je pense m'être plus rapproché de l'autre personne avec qui j'étais parti. C'est aussi au contact des autres qu'on comprend ce qu'on est désormais prêt à exiger de soi.

Et au cours de la deuxième semaine, passée cette fois avec ma soeur, j'ai compris que j'étais enfin prêt à vivre avec quelqu'un. J'ai appris à abandonner un peu de mon égoïsme, à oublier mon obsession du rangement, à troquer ma manie de la propreté contre le confort que je n'imaginais pas aussi appréciable, de pouvoir parfois se reposer sur une épaule amie dans le quotidien.

Mais ne tirez pas de conclusions hâtives. Dans cette révélation l'âge a peut-être quelque chose à voir. Aussi.

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