Visions
Évoquons un sujet plus léger, pour changer. Vois-tu lecteur, me connaissant, j'aurais bien pu pester pendant des paragraphes et des paragraphes sur les montagnes de gesticulations nerveuses entre-coupées de signes risibles d'un début latent de panique, tous provoqués par les développements de l'épidémie de grippe A (H1N1). J'aurais pu, ce n'est pas l'envie que m'en manque, déplorer le trop habituel manque de discernement de la part de la masse des médias, mais je m'abstiendrai. Je m'abstiendrai car j'en suis maintenant persuadé, cette épidémie relativement bénigne aura malgré tout son intérêt ; on pourra porter à son crédit de servir de répétition générale avant la prochaine, la vraie, la grande et implacable attaque d'un virus autrement plus agressif, plus contagieux, plus mortel. Cette attaque nous pend au nez comme le nez au milieu de la figure. Car si nous avons réussi à éradiquer une bonne partie des maladies du siècle dernier, voilà qui prépare désormais un terrain fertile et accueillant pour la prochaine salve, cette souche mortelle en sommeil depuis des centaines d'années ; tapie dans l'ombre, attendant son heure, trop fragile pour s'imposer face aux pestes et autres tuberculoses, désormais avec un boulevard devant elle, sept milliards de beaux corps en pleine santé, prêts à servir de bouillon de culture.
J'étais devant Les derniers jours du monde, un bon film catastrophe à la française, desservi par une communication trop orientée cul, et je me plaisais à constater à quel point le scénario était tout à fait plausible. Un quotidien qui essaie de se maintenir malgré tout, comme si de rien n'était, petit à petit bousculé par les signes de plus en plus flagrants d'une apocalypse rampante, l'eau du robinet impropre à la consommation, des incinérateurs recyclés pour brûler les cadavres, pour terminer sur une guerre entre les pays, pour le contrôle du peu de ressources restantes — une guerre nucléaire, forcément. La collusion avec la réalité est du reste assez amusante, elle aura un écho d'autant plus fort avec la sortie de l'adaptation de la glauquissimme Route de McCarthy. Tant mieux, autant que ça prépare les esprits. Car avant la fin de ce siècle, nous aussi nous verrons pleuvoir de la cendre.
- Posté à 23:36
- Sujet : Everyday Life
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