Chattering
Le coup de l'humour, de la dérision systématique, à la longue ça peut devenir fatiguant. Je m'en rends compte en observant un de mes collègues, qui ne se contente de prendre part à nos discussions que par des piques cinglantes lancées aléatoirement à tout ou partie de ses interlocuteurs — et par des tentatives au second degré, plus ou moins heureuses du reste. Prodiges de l'introspection, je me revois pourtant dans la même position, interprétant exactement le même rôle, ne faisant montre de ma présence que par quelques bons mots bien sentis et quelques métaphores sarcastiques filées sur toute la longueur de la conversation. Mon dieu, comme cela doit être ennuyant, perturbant aussi, d'avoir en permanence en face de soi un clown qui ne fait que tourner vos propres paroles au ridicule — même si ça vous fait bien rire dans le fond et même si vous arrivez malgré tout à tenir le fil de votre histoire. J'aurais dû me rendre compte plus tôt de cette lourdeur et adapter mon comportement en conséquence. Certes, mais je simplifie la situation, je diminue à vrai dire un peu mes talents de disserteur mondain émérite. Autre technique largement éprouvée pour donner l'impression d'un réel intérêt, ne pas hésiter à interrompre régulièrement en plein milieu d'une explication, si possible assez complexe, pour inciter à digresser sur un détail au premier abord anodin. Garantie assurée de repartir de plus belle, vous laissant tout loisir d'agréer par des hochements de tête savamment placés et des mmm approbateurs. Société du spectacle, société des apparences, hypocrite et bien pensante, les gens vrais et sincères se comptent sur les doigts d'une main. Encore faut-il éviter de rire d'eux au bout des trois premières secondes.
- Posté à 23:53
- Sujet : Everyday Life
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