vendredi 20 novembre 2009

87 kilomètres

Pour être optimiste, oui, je l'étais — probablement trop même. Je suis mort de fatigue. Je m'en rends compte ce vendredi après-midi lorsque, somnolant tel un zombie, je suis à deux doigts de m'endormir à mon propre poste de travail. Espérons que ça ne s'est pas vu.

Voilà ce qu'il arrive cependant lorsqu'on me détourne de ce que j'aime faire pour, disons, me demander de réfléchir — comprendre, écrire de la documentation. Pourtant ça ne s'annonçait pas trop mal. Une première semaine à créer des pages web, à main levée, sans spécifications, sans prises de tête administratives ou procédurières ; mon client (mon chef) à deux mètres de moi, ouvert à mes idées et à mes suggestions, suivant mes avancées en affinant sa demande initiale, au fur et à mesure de mes propositions. Pour ça, je me suis fait plaisir, réglages CSS au millimètre, requêtes JSON, études ergonomiques avec mon collègue Régis — désigné, malgré lui, cobaye involontaire.

Là, je vous dois certainement un laïus sur Régis, fraîchement sorti de l'école, le prototype du mec un peu bourru dans ses intonations et ses manières, mais pas méchant. Il y a aussi Guillaume, geek, paresseux mais totalement assumé. Il écoute Rammstein. Je me suis un temps demandé si c'était un imbécile ou un génie, sa légère dyslexie me fait a posteriori désormais pencher pour la seconde hypothèse.

Et puis les autres. Il y a dans l'air cette ambiance particulière, plaisante, détendue, dont je ne sais pas si elle tient plus de cette ville à proprement parler ou bien du fait d'être sorti de la mentalité malsaine des grandes métropoles. Pas de compétition, pas de sourires hypocrites, on dit ce qu'on pense et on pense ce qu'on dit ; on est continuellement dans l'action et les décisions sont prises vite. Tout le contraire de mes précédents projets, tout ce que j'apprécie dans mon métier.

Malheureusement, voilà qu'un directeur quelconque croit bon de vouloir mettre de l'ordre dans cette organisation qui, bonnant mallant, fonctionnait plutôt bien. Voilà qu'il lui prend l'envie d'importer des méthodes industrielles dans ce qu'il doit juger trop artisanal. Pour être plus efficace, pour coacher la production. Alors on engage des consultants hors de prix, qui de leur propre avis n'ont sans doute rien à faire sur ce type de projets — je le sais, je connais personnellement lesdits intervenants. Et je trouve avec eux dommage de pervertir cet état d'esprit.

J'ai peur également qu'une partie de l'équipe ne se braque contre des méthodologies surdimensionnées qu'on leur impose sans leur avis. Car, faisant moi-même partie du lot des derniers arrivés, citadins prétentieux des grandes villes, grands villains parachutés de dernière minute, je crois avoir atterri du mauvais côté de cette barrière. Or pour une fois que je défends la résistance au changement, avouez que ça tombe mal.

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  • Généré automatiquement le lundi 20 février à 05:25
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