dimanche 20 décembre

2009, 2

Bon allez, suffit des diatribes larmoyantes. J'ai trouvé l'idée sur Allociné plutôt bonne, alors je la reprends — à ma sauce.

Meilleur film de l'année: District 9

Meilleur film francophone: Les Beaux Gosses

Meilleur dessin animé: Tempête de Boulettes Géantes — Up n'était pas loin, n'eurent été les dix trop longues premières minutes

Meilleur documentaire: Let's make money — mention spéciale à Home pour les élections

Plus gros bide de l'année: Démineurs suivi de près par Antichrist

Meilleur disque: Rubber Soul — difficile de faire l'impasse sur la réédition de la discographie des Fab Four

Disque classique: Brückner, Symphonie n°8 (Boulez, Vienne, 2006)

Meilleur bluray: Léon, lui aussi réédité cette année

Meilleur livre: Lolita de Vladimir Nabokov (enfin pas que j'en aie lu beaucoup d'autres)

Meilleur concert: Massive Attack au Zénith

Meilleur spectacle vivant: Press

Ville de l'année: Angers

Pritzker Prize personnel: Médiathèque de Sendaï par Toyo Ito

Et me concernant plus particulièrement:

Meilleure soirée de l'année: Crêperie Penn Khalet avec mademoiselle L.

Pire soirée: Anniversaire de Mumu

Plus grand achèvement: Concert Ligeria

Plus gros bide: probablement le projet A*** (au boulot)

Nouvelle de l'année: Je vais avoir une petite soeur

Femme de l'année 2009: Jill, en hommage à ce qu'elle a fait pour nous

Trucs de geek:

Jeu vidéo de l'année: Fifa 10

LOL de l'année: You have a new friend request

Meme de l'année: twitter

Blog de l'année: Aki

Voilà. J'en rajouterai si ça me vient.

2009

Il y a ces chansons qu'on entend parfois sans vraiment les écouter, pour des centaines de raisons, bonnes ou mauvaises, comme il y a ces mois qui passent sans vraiment qu'on s'en souvienne. Mais ce n'est pas triste, non, c'est simplement un fait. 2009 se termine sur cette impression envahissante d'avoir été écrabouillé par le quotidien, cette impression que laissent les allers-retours en train, plus grand place au loisir ou à l'imagination, ils semblent m'avoir lessivé la tête comme leur vitesse lessive les paysages.

Quant au reste de l'année, les rares souvenirs que me remémorent blog et autres Twitter me semblent tellement lointains, c'est comme si j'en avais déjà fait le résumé en décembre dernier. Les concerts, les spectacles — eux aussi enchaînés machinalement, sans que je puisse en retenir quelque chose. Sur ce point en particulier, je devine désormais des problèmes de concentration. Je n'arrive plus à vivre l'instant comme s'il s'agissait d'une seule chose à la fois et me retrouve souvent en train de me reprendre — Yvan, pense à ce que tu es en train de faire, arrête de divaguer.

Le genre de remarques qui devrait m'éviter les bêtises, grosses ou petites, et les indélicatesses dont je suis devenu coutumier. L'autre midi je critiquais ouvertement devant elle un bouquin dont j'avais fait cadeau à une amie, le considérant comme banal et trop à l'eau de rose ; j'imaginerai après coup sa remarque pleine de cynisme, c'est sympa d'avoir pensé à me l'offrir, tue pour des raisons de convenance et de savoir vivre.

2010 devrait être l'année de l'abandon. Trente ans c'est abandonner. Mes idéaux de famille je les ai oubliés depuis au moins deux révolutions, même si je ne peux toujours pas m'empêcher de lever les yeux et regarder par dessus les épaules — et les décolletés. Professionnellement je végète à cent mille lieux de ce que me promettaient, quelque part, des études brillantes.

Voilà donc un chiffre qui sonne définitivement comme un échec. Ma vie restera banale, sans relief.

De toutes façons je n'espère plus grand chose de ce monde, comme il court à sa perte et ne semble pas vouloir s'en rendre compte.

Une claque

Point.

C'est vrai que de nos jours, on ne peut que se sentir blasé par les plans marketing, les produits dérivés, la communication à outrance faite autour des quelques grands rendez-vous cinématographiques de l'année — autour de ces quelques monstres sacrés, décrétés d'office comme tels ou auto-proclamés, selon le point de vue. C'est vrai aussi qu'à douze euros la place (pour la version 3D avec lunettes) on peut comprendre cette impatience nerveuse, presque psychotique, d'un public chauffé à blanc par des semaines d'attente et de bandes annonces, comme il trépigne dans la file toujours trop longue, certains pour leur seule séance de l'année. On comprend aussi leur exigence et, pour certains, l'avis définitif qu'ils ont édicté, avant même d'avoir pénétré la salle.

Mais on apprend à voir au delà de tout ça. Après soixante autres films en 2009, on apprend à passer outre. Pour mieux se plonger dans une vision, dans cette vision, allégorie de notre relation à notre mère-nature, à notre propre nature également, d'êtres humains, à notre histoire passée et à venir. Et force est d'avouer qu'on est impressionné par l'esthétique, très réussie, de l'environnement ; on est subjugué par ce qu'on ne peut qualifier que de délire artistique et créatif — et en tout premier lieu la faune et la flore de la planète extra-terrestre, superbe, colorée et surtout riche, cohérente, crédible.

Avatar est un vrai défi à l'imagination. La maturation tant vantée du projet transpire derrière chaque plan, tant on devine comment tout a été pensé, étudié, documenté, de la plus simple des espèces indigènes à la plus complexe des machines de guerre humaines. On perçoit à peine l'incroyable patience qu'il aura fallu pour concevoir et amasser chacun des détails qui fourmillent à l'écran.

Bien sûr, durant ces deux heures et demie, malgré un montage énergique et sans doute éprouvant, certains passages sont moins intenses, moins divertissants ; et quelques autres, trop caricaturaux, trahissent un formatage trop hollywoodien et, bien sûr, grand public.

On en revient ainsi à la loi du plus grand nombre. Mais de toutes façons, en fin de compte c'est bien lui qui a raison. Et, ma foi, voilà qui m'arrange, cette fois je suis bien de son avis. Le dernier James Cameron fait travailler les sens et vibrer une vielle corde qui rappelle ses meilleurs opus.

samedi 12 décembre

Cycles

C'est vrai, malgré tout, je raconte souvent la même chose. Et ceux qui ont le courage de me suivre depuis plus de sept ans (...) s'en sont probablement rendus compte — non sans observer cependant cette subtile évolution dans la description cynique que je fais de mes banales névroses. Voilà une des raisons pour lesquelles j'ai, quoiqu'on puisse en dire, apprécié le dernier Foenkinos ; parce que c'est un livre que j'aurais pu écrire, si j'avais eu du talent, note, comme il enchaîne traits d'esprit et second degré avec autant de conviction qu'il n'assène les platitudes littéraires et autres effets d'écriture surannés — dont la profusion ferait, elle aussi, presque rire, malgré elle ; parce qu'il décrit également les travers qui font ma vie quotidienne, en les sublimant avec suffisamment de magie pour que le livre se termine, miraculeusement, dans une happy end à la Disney.

Or ces travers n'ont rien d'original, donc. Pourtant je continue de les transcrire comme si du côté psychanalyse de comptoir je pouvais tirer quelque chose ; peut-être cette même impression d'un changement lent mais résolu. A quarante ans je regarderai derrière mon épaule et décrirai avec nostalgie à mon nouveau né à quel point il est compliqué d'apprendre à vivre dans ce monde. Oui, quatre décennies, ça me semble une durée raisonnable pour une adolescence digne de ce nom. Peut-être qu'à cet age je serai enfin sage. Ou plein de regrets, c'est plus probable.

dimanche 06 décembre

Du remplissage

Il y a cet article assez amusant sur le blog de X, amusant par ce ton faussement introspectif dont on l'aurait à peine imaginé capable, qui ne saurait cependant cacher rien d'autre qu'une simple angoisse de la page vide, bien réelle celle-ci. Il faut préciser que, connaissant le personnage, c'est à peine si le conçoit en train d'aligner deux phrases complexes de rang ; comprenez alors mon doux ricanement lorsque, après une dizaine de textes, il s'interroge sans réelle conviction sur la raison de sa présence sur Internet. Mais j'ai beau jeu de me moquer, moi qui me plains sans cesse de la banale médiocrité de mes semblables — ce n'est certainement pas pour ironiser au premier simplet venu qui se désire se prétendre docteur en médecine, après avoir parcouru les seules indications du Vidal.

On a les amis qu'on mérite.

Me convaincs-je en réfléchissant aux cadeaux que je pourrais bien faire aux jeunes de ma belle-famille, ils viennent réveillonner à la maison le vingt-quatre. Je prête toujours beaucoup d'attention à ce que j'offre, en particulier aux enfants, me sentant investi de la divine mission d'élever leurs esprits. Prétention, prétention ultime ; ils me prennent sans doute pour un connard condescendant et moraliste, qui écoute du Brückner et lit du Yourcenar, ils auraient peut-être raison. J'ai en réalité toujours éprouvé beaucoup de difficultés à partager cette sorte d'élan qui me porte vers les grandes choses du monde, c'est peut-être simplement parce que ce que je crois être une manifestation d'un sens inné du beau n'est en vérité que l'expression d'un élitisme vaniteux et pervers. Et bobo. Et snob.

Je ne sais pas si mes amis méritent ce que je leur inflige, parfois.

J'aimerais être indulgent, cesser d'espérer des autres ce que moi-même n'arrive à accomplir — ah, cette jalousie malsaine aussi, quand ils semblent malgré tout s'en approcher ! Arrêter également de me croire au-dessus du lot et d'en attendre autant sans évidemment jamais prendre la peine de demander. Car comme me le disait un collègue, très philosophe, qui suis-je pour exiger cela ?

mercredi 02 décembre

Bonjour mon petit

Je viens, donc, de terminer le Lolita de Nabokov. Ma première impression est une forme de soulagement — celui d'avoir réussi à le terminer, mon premier roman dans un anglais littéraire. Et si la compréhension s'est avérée plus ardue que prévu, principalement par manque de vocabulaire (je ne suis en effet pas certain d'avoir bien saisi toutes les subtilités ) je ne regrette pas moins la démarche, comme à l'instar des doubleurs de films, je ne doute pas que les traducteurs du livre se soient sentis obligés d'imposer une empreinte soi-disant artistique à leur travail d'interprétation. Surtout pour tous les passages, en français dans le texte.

Quant au texte, au delà de son côté plus tellement provocateur (reste-t-il encore des tabous, des situations choquantes à notre époque ?) je reste émerveillé par sa subtile poésie. Oui, l'écriture est plaisante et le contraste avec la monstruosité assumée du personnage principal n'en est que plus accentué ; rimes, consonances et jeux de bons mots animent tout le récit de la déchéance progressive de ce pauvre Humbert Humbert, pauvre européen érudit blessé par un amour de jeunesse qui sombre, progressivement perverti par la jeunesse américaine elle-même — ou alors c'est peut-être bien le contraire, comme s'amuse à le préciser l'auteur, sous le couvert du récit faussement documentaire.

Je renouvellerai l'expérience. Il faudra aussi que je voie l'adaptation de Kubrick.