L comme Lundi
Dans ma dernière note j'avais évoqué, il me semble, une rumeur vaguement vaporeuse — que je considère, après coup, un peu cavalière dans son propos et que je vais donc m'empresser de dissiper céans. Non que je pense que cela ait pu vous empêcher de dormir mais, sait-on jamais...
Je discutais, car oui ça m'arrive, avec entrain et deux de mes compagnons, tous légèrement avinés, sur l'intérêt relatif des sites de réseaux sociaux — je pense que vous devinez duquel je veux en particulier parler. Eux de démontrer avec cynisme que ce n'est que le pendant modernisé de ces désopilants courriers électroniques, diaporama en pièce-jointe, que nous avons tous eu le bonheur de lire. C'était au siècle dernier, avant l'invention de l'anti-spam. Mais ne faites pas les fiers, je sais que vous avez également tous ri devant les mêmes photos de bébé.
A contrario, j'aurais cependant pu leur arguer du nombre de rencontres et de retrouvailles, certaines stériles, d'autres plus prolifiques, que m'ont permis l'outil — leur prouvant ainsi le certain attrait de la chose, surtout quand on est aussi timide que votre serviteur. Mais je ne suis pas du genre à me vanter du fait que, quelques messages plus tard, les mieux construites des conversations m'ont parfois à dessein conduit, sans mauvais jeu de mots, dans le saint des saints :
La chambre d'une fille.
En tout bien tout honneur, évidemment. Car si je parlais avec amusement des souffrances du jeune Werther, c'était non sans noter l'ironique similitude entre ces escapades et la passion sincère, vibrante et dévorante du héros de Goethe pour sa belle, inaccessible Charlotte. Et comme bien souvent le coeur de ces demoiselles est déjà promis, et comme bien souvent je m'égare dans la familiarité de confidences bien impudiques, plus les choses vont plus je pense que tout le monde me prend, en fin de compte, pour le bon ami homosexuel de service. C'est la seule explication que je parviens à échafauder, pour le détachement qui transpire de leur présence et le sentiment de sécurité que semble produire sur elles mon apparente inocuité.
Il y a un peu de vrai cependant. Je préfère mille fois une présence féminine, fut-elle dénuée de toute intrigue, à celle de mes propres camarades. Ce sont les seules filles que je trouve à la fois touchantes dans leur humour, toujours hésitant, et intéressantes dans leur façon d'appréhender ce monde. Bien souvent les garçons n'ont que des traits peu subtils, voire largement graveleux, et ne paraissent s'attacher qu'aux questions matérielles.
Lundi, je suis invité à boire un verre chez Lo, qui loue un minuscule studio perdu dans la ville. Elle a les traits de la jeunesse et des attitudes d'enfant, des yeux bleus profonds et résolus, ces façons de se déplacer presque en jouant. Elle est brillante, elle travaille, beaucoup. Elle est polyglotte et musicienne. En bonne campagnarde, elle se plaint de la distance glaciale entre citadins — elle m'ouvre donc un peu de sa vie de famille. Je réponds, m'épanche sur mon quotidien et mes attentes, comme de plus en plus souvent. Si j'ai l'impression d'avoir mûri dans mes conversations, je pense aussi être devenu plus ennuyeux. Elle, rêve, l'éventail du possible au pied de ses bottines d'étudiante. Elle part bientôt, elle veut se mettre au pair à l'est, peut-être pour échapper au gris de la ville.
Je suis ravi de la connaître — on a, évidemment, pas mal en commun. Et puis pour une fois je suis récompensé de ma curiosité et de mon envie d'aller vers les autres. De quoi excuser, largement, le bruit environnant qu'on peut entendre sur Internet.
- Posté à 00:40
- Sujets : Filles (et Garçons), Lola
- Permalien vers L comme Lundi
Pas de commentaires (pas encore :)