dimanche 10 octobre 2010

Grains de sable

Je regarde ma main gauche avec incrédulité, j'ai littéralement manqué de la broyer en voulant extraire une poussette de sous une voiture, alors que celle-ci reculait — n'eut été un réflexe inespéré, je crois même que j'aurais pu y perdre quelques doigts. J'ai l'impression étrange d'avoir réussi à échapper à une catastrophe, tout en étant incapable de comprendre pourquoi, durant ces quelques secondes où tout aurait pu basculer, j'ai réussi à me sauver et comment un détail aussi infime tenant presque à la chance a pu déterminer une situation normale d'une situation de choc.

Une journée particulière. Des fois c'est juste une question de détails.

Quelque chose d'aussi banal qu'une simple fuite dans une baignoire, par exemple, qui fait dégénérer une situation probablement déjà tendue en engueulade, en panique, en larmes. Et je revis les difficiles soirées de mon enfance où je voyais mes parents s'entre-déchirer, sans doute pour les mêmes broutilles. Je revois ma soeur assise sur le siège passager de mon père pour l'empêcher de démarrer et de quitter la maison.

Je pensais qu'il avait changé, je le croyais apaisé par l'âge. Mais l'impression date peut-être depuis mon départ. Des fois je suis déstabilisé par le manque de patience dont il fait preuve envers sa nouvelle amie et ses beaux-enfants. Je me demande comment il peut en arriver à se plaindre alors que les difficultés de cette situation il les connaissait avant de s'engager. Je me dis qu'il ne mesure pas la chance qu'il a, qu'il refuse d'assumer ses choix, comme un enfant, que parfois les gens s'énervent contre les autres alors qu'ils ne devraient en avoir qu'après eux-mêmes.

La baignoire c'était la goutte d'eau, ce matin le vase a débordé. Quand il m'appelle pour annuler le déjeuner dominical d'une voix sèche et expéditive, je suis déjà sur mon vélo et n'entends pas sonner. Si j'avais décroché, j'aurais fait demi-tour et serais reparti. Encore un détail. J'arrive au contraire et le trouve prostré devant la maison, à l'intérieur Betty en larmes et complètement perdue.

Je n'ai pas les mots, je ne les aurai jamais. Je fais le va-et-vient entre les parties, je parle avec tout le monde, je m'occupe des enfants — peut-être ma présence n'aura servi à rien, peut-être que si. Des fois ça se joue à pas grand chose.

Ce soir je les quitte inquiet. Ma main heureusement est sauve, la baignoire est réparée. Mais si ce n'était que l'arbre qui cache la forêt ?

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