vendredi 10 octobre 2008

Et comment

J'ai l'impression que, ces derniers temps, le contenu de ce blog est devenu sincèrement chiant. Fut une époque, j'avais pris la décision d'arrêter ces grandes tirades soi-disant intellectuelles pour me concentrer sur les évènements — il faut croire que les vieilles habitudes sont tenaces et que chassez le naturel... blah blah blah. Permettez-moi donc ces quelques derniers mots pédants et prétentieux, avant d'en revenir, dès demain je l'espère, à une prose quotidiennement factuelle. Jeudi, la BCE a finalement baissé ses taux, probablement trop tard. Cela a un petit peu ébranlé mes petites convictions et confirmé le fait que, si vous avez les moyens de décrocher un crédit, il y a décidément de bonnes affaires à faire en ce moment. Et moi, persuadé qu'on avait touché le fond lundi... Voilà qui démontre également la tout aussi grande théorie, qu'en économie, tout simplement, on ne sait pas. Prédire l'évolution de la crise relève, à l'heure actuelle, de la pure voyance — Saint François si tu nous entends, viens-nous en aide. Mais vous qui m'entendez gloser comme un adolescent qui a l'impression d'avoir compris quelque chose alors qu'en fait il n'y entend strictement rien, sans doute retenez-vous une légère propension au ricanement ou, pire, un léger glissement vers l'ennui. Dont acte. Changeons de sujet.

Mercredi soir, j'allais récupérer Alessandro, mon nouveau Vespa rutilant de chromes dans sa livrée noire de toute beauté. J'étais comme un gosse. Les premiers tours de roue, grisants, même à cinquante kilomètres heures le seul sifflement du vent dans les oreilles suffit à donner des frissons. Me connaissant, je savais pertinemment que j'allais rapidement faire une bêtise, dès lors que j'aurais acquis cette trompeuse confiance qui bien trop souvent m'a conduit au grand n'importe quoi. Ça n'a pas loupé. Après un quart d'heure à fond les ballons, je me retrouve vers Beaulieu, à la recherche d'une station service. Les ronds points du boulevard De Gaulle sont, comme à leur habitude, chargés, je fais tout de suite moins le fier. Lorsqu'au moment où, décidant de m'engager dans la circulation, un coup d'accélérateur trop vif manque de me projeter dans la voiture d'en face. Je freine, je braque... et je tombe comme une bonne grosse merde. À deux ou trois kilomètres heure, pas trop de dégâts. Rouge de honte, même pas pris le temps de regarder autour de moi, je relève les cent vingt kilos de la bestiole et nous pousse lamentablement vers le trottoir. Après avoir repris mes esprits, je remets la clé dans le démarreur et... rien. Impossible de repartir. Me voilà donc, moins d'une heure après la livraison du véhicule, en train d'appeler l'assurance à mon secours. Heureusement que le courtier m'avait bien fait préciser l'heure à partir de laquelle je voulais être couvert. En fait, il s'avèrera que l'huile avait coulé sur le côté du moteur, l'empêchant de se lancer. Il suffisait donc d'attendre qu'elle se répartisse à nouveau comme il faut — attendre quarante cinq minutes exactement, le temps que le dépanneur, consterné, arrive à ma rescousse. Je me sentais pitoyable. Enfin nous voilà, deux jours à peine et déjà plein d'éraflures sur le garde boue et les protections. Ça me rappelle mes débuts avec titine.

Mais vous, vous qui m'écoutez raconter mes aventures de petit bobo bien sous tous rapports — si vous savez un peu qui je suis, vous avez sans doute l'impression de ne justement pas me reconnaître et vous vous posez la question de savoir ce qu'il est advenu de mes convictions de jeunesse. Comment en suis-je arrivé à parler comme ça, de la bourse et de votre argent (selon la formule consacrée) — de mes petites préoccupations bourgeoises sans grand intérêt, ah grand dieu j'achète un appart, ah grand dieu j'ai ruiné mon scooter à deux briques. Le pire, à l'époque où nous lisions Marx avec mes amis du lycée, nous avions anticipé ce style de revirement idéologique en nous conjurant mutuellement de nous révolter, si jamais nous venions à nous rendre compte de la chose. Bon, d'une part je ne crois pas que la situation soit aussi désespérée (même si, bon, j'ai quand même voté Bayrou) — d'autre part j'essaie de me convaincre qu'il faut apprendre à connaître le système avant de chercher à le combattre — ça c'est de la belle langue de bois. Avoir, par exemple, l'intuition du fonctionnement des marchés dérivés, c'est disposer d'autant d'arguments pour expliquer pourquoi, honnêtement, ça ne peut pas marcher, ça ne peut pas conduire à un équilibre satisfaisant — si tant est que ce soit vraiment le but de l'économie de marché, vaine et prétentieuse utopie. Car les libéraux sont des idéalistes au moins aussi diaboliquement doctrinaux que les socialistes soviétiques. Et c'est un lecteur du petit livre rouge qui vous parle. Pour l'instant, donc, apprenons à combattre l'ennemi de l'intérieur.

Assez francisquement, je m'étais fait la même remarque pour excuser le fait que, un peu contre mes desiderata initiaux, mon prof de guitare me cantonne au registre de la grande variété rock internationale. Car c'est lui qui a raison, il faut d'abord maîtriser parfaitement toutes ces règles et ces codes rythmiques tellement ennuyeux de la mayonnaise musicale contemporaine, avant de pouvoir espérer les faire éclater en morceaux et attaquer le beau et grand jazz, ses syncopes, ses contre-temps et ses dissonances, jouissivement déstabilisantes.

dimanche 14 novembre 2004

Attaque

J'avais ce jeu complètement débile quand j'étais gamin, qui consistait à m'enfermer tout seul dans ma chambre et à simuler une exaltante partie de football. Avec deux ou trois balles en mousses, une verte toute moche que je gardais pour les fins de match, une jaune clair et une jaune foncée quasiment neuve, celle qui rebondissait le mieux, qu'au contraire je gardais pour les actions décisives. Il y avait deux séquences, la partie où je lançais la balle en l'air et où j'essayais de faire les reprises de volée les plus acrobatiques possibles pour envoyer une mine dans la lucarne (en l'occurrence le cadre de mon lit) – et l'autre partie où je lançais la balle le plus fort possible contre le pan de mur au-dessus de mon armoire, en face du lit, le but étant en tant que gardien d'attraper la balle au vol après son rebond, afin d'éviter qu'elle ne finisse au fond des filets. C'était les deux faces d'une même action, que je commentais à voix haute, évidemment, l'attaquant vedette face au goal adverse. Il y avait aussi une variante, qui consistait à dribbler tous les meubles du couloir qui menait à ma chambre, avant de conclure l'action d'un tir hargneux. Et puis bien sûr les fautes, les tacles irréguliers où je tombais tout seul sur le carrelage, les cartons rouges, les bagarres... J'avais même monté un championnat avec des noms d'équipes et de villes fantaisistes, avec mon équipe préférée toujours largement favorisée qui finissait les saisons avec douze victoires sur douze, sans que ça m'embête plus que ça. J'avais une grille de matchs, une carte du pays faite avec Paintbrush, des reportages de journalistes, et tout le bazar. Ce que j'ai pu passer comme temps à faire ce truc, je me demande si les gens s'en souviennent.

vendredi 16 avril 2004

Dîner dehors

On est retournés dans ce restaurant où on avait passé le réveillon il y a deux ans avec mes parents. Je n'en avais pas parlé sur le coup, parce qu'à ce moment là, je n'avais envie d'être avec personne ou plutôt, il n'y avait personne avec qui j'avais envie d'être. C'est bizarre, l'autre jour je me disais que j'avais passé toute mon adolescence avec des gens avec que je n'aimais pas fondamentalement. C'est probablement injuste de ma part de dire ça, je veux dire, on se marrait bien, on passait plus notre temps à déconner qu'autre chose. Mais je me dis qu'au fond, je ne jouais qu'un rôle, tout du long ; j'avais mes petits défauts et les autres, idem, et chacun rigolait des défauts des autres, la maladresse, la grossièreté, la tenue à l'alcool. Je ne suis pas en train de dire qu'on était méchants ou quoi, juste qu'au final mes relations se sont pour la plupart cantonnées à ce schéma, on se marre, on fait des conneries plus grosses que nous, et on se marre de nos conneries. Rien de plus. Jamais. Cette fin d'année-là, j'avais envie de passer à autre chose. Donc j'avais dit aux uns que j'allais avec les autres et réciproquement. Moi j'avais vraiment projeté de partir tout seul sur une plage, mais au final j'étais parti avec mes parents. C'est quelque chose qu'on faisait beaucoup quand on était petits, faire une centaine de kilomètres pour finir dans un restaurant au hasard, et puis y revenir régulièrement quelques mois plus tard. Je ne sais pas pourquoi, il y a sans doute de très bons restaurants à Nantes, mais pour tout te dire, je n'en connais pas un seul. On roulait beaucoup en général, je me rappelle que l'été on traversait la France tous les ans pour aller en vacances dans les Alpes. Ce qui au fond m'indifférait un peu, parce que j'ai tendance à dormir en voiture. C'est somatique. Quand on roule, je m'endors. Mes parents utilisaient ce stratagème avant, je braillais toujours comme un âne à chaque fois qu'ils devaient partir, alors papa me collait dans la voiture, on roulait un peu, je me mettais à somnoler, il me ramenait, me confiait à la bonne et ils pouvaient aller au travail tranquilles. Ça ne marche plus tout le temps, mais ça c'est pour d'autres raisons que j'expliquerai plus tard. Donc on est arrivés dans cette ville, la Roche sur Yon. A chaque fois qu'on va là-bas, papa se met à se comporter comme un nabab, comme s'il était le roi de la ville, et ça a le don de m'énerver, franchement. Comme il y a travaillé longtemps et comme c'est tout petit comme ville, c'est vrai qu'il connaît à peu près tout le monde, soit des gens qu'il voyait tous les jours, comme cette fille au péage, soit des gens qu'il a soignés, comme ce gars qu'il avait opéré, qu'il n'avait pas reconnu parce qu'évidemment il ne peut pas se souvenir de tout le monde, et qui était venu le remercier devant tout le monde au milieu du restau – moi ça m'énerverait qu'on me fasse ça, mais lui non, ça a plutôt l'air de lui plaire – soit des gens avec qui il a travaillé. Comme hier soir, la table à côté était occupée par une brochette d'élèves infirmières, qu'il connaissait pour la plupart. Ça piaillait dans les aigus, à propos de tout et de n'importe quoi, je ne comprendrai jamais comment les gens ils font ça. Et arrivant, j'ai réfléchi une demi-seconde pour savoir si je me mettais face ou dos à elles. Le genre de détails qui peuvent facilement vous gâcher une soirée. Je savais pertinemment que j'allais les trouver barbantes, mais je savais pertinemment aussi qu'au bout d'une heure ou deux, j'aurais fini par en trouver une plutôt mignonne, et que ça m'aurait travaillé tout le reste du repas, et que ce n'était pas la peine de me faire subir ça. Je me suis assis en face de ma sœur. On rigole bien avec ma sœur, on a cette façon de se parler, moitié par mots, moitié par regards, ce qui fait qu'elle me comprend généralement beaucoup plus vite que les autres. Et ça c'est quelque chose qui me manque quand je suis avec d'autres gens. Je n'ai jamais pris l'habitude de parler clairement de ce à quoi je pense, à cause de ça, donc, aussi à cause de ce dont j'ai parlé au début. Maintenant, vu que je suis supposé avoir changé, ça me stresse, enfin ça me rend nerveux d'avoir à le faire. Même si j'en ai envie, ne serait-ce que pour me rassurer, pour me dire que je ne suis pas encore bon pour la psychanalyse. Au moins, la nourriture était bonne, comme la plupart du temps. J'ai pris des raviolis à la vapeur, parce que j'adore ça et des calamars au curry, même si je savais que le curry ne serait pas assez fort, c'était pour changer des sauces aigre-douces. Le serveur a cet air ingénu, qui tient moitié de Tintin, moitié du Dernier Empereur. Il était aussi surchargé. Il doit avoir une sœur, qui est vraiment belle, mais qui apparemment ne travaillait pas ce soir, et donc il devait s'occuper d'une trentaine de couverts à lui tout seul. Un autre truc qui m'énerve chez mon père c'est qu'il est assez prompt pour faire des reproches, malgré la situation, et qu'il a aussi tendance à sortir des arguments farfelus – du genre on vient de Nantes – pour lui grappiller un quelconque droit à être servi plus rapidement que les autres, pas qu'au restaurant du reste. Le serveur lui a envoyé plusieurs fins de non-recevoir, en gros il n'avait pas que ça à faire. Je ne me souvenais plus de cette délicate attention, mais à la fin, on a droit au rituel verre de saké avec la fille à poil au fond. En sortant, je me suis demandé si les restaurants asiatiques assument délibérément cette part de kitsch qui les rend si adorables ou si c'est totalement involontaire. Peut-être un peu des deux.

lundi 15 mars 2004

Stack

J'ai mal au crâne, si tu savais... L'autre jour, par un concours de circonstances, je me suis retrouvé à ranger mes vieux cours dans des cartons. C'est un truc que je fais très bien, ça, ranger des choses dans des cartons. Prendre une pile de bazar, la déplacer de quelques centimètres, sur une autre pile de bazar et à la fin c'est rangé. Ça se fait presque tout seul. Deux cartons, plus précisément, de trente centimètres chacun, remplis à ras bord de ces centaines de feuilles A4 sur lesquelles j'ai pris des notes pendant huit ans. Ça aussi c'est quelque chose que je fais très bien, prendre des notes. Claires, complètes, précises, un jour je te les montrerai. Je les mets dans un coin de ma chambre, je fais un pas en arrière, je regarde ces deux cartons qui presque par hasard sont venus s'empiler l'un sur l'autre, huit ans de notes. J'ai souri. J'avais envie de sortir une de ces phrases toutes faites du genre dans cette pile, huit ans de ma vie. En me demandant si ces feuilles résumaient bien ces années, si elles pouvaient se réduire sans trop arrondir à ces heures passées à gribouiller. Probablement. Il y avait des règles, il y avait un but et tu n'avais rien à décider, simplement avancer d'un bout à l'autre du fil sans réfléchir, apprendre, réussir. Tu en venais même presque à t'intéresser à ce qu'on te racontait, pour passer le temps, pas souvent, mais ça arrivait. C'était simple et il y avait tout ce que tu voulais : des profs pour t'occuper, des gens pour rire, des filles pour regarder. Et une vague illusion d'avenir.

mardi 17 février 2004

Les années fac

J'allais vous pondre mes impressions sur un débat bon enfant avec Raymond Barre et Jacques Delors, ce soir sur France 2 ; un débat qui faisait un peu vieille rencontre de dinosaures de la politique, on aurait dit les retrouvailles de vieux amis qui malgré d'anciennes divergences sont au fond taillés dans le même moule – et sortis du même bocal rempli de formol ; un débat qui bien qu'intéressant, la sagesse de l'âge faisant son petit effet, n'avait strictement rien à voir avec l'accroche annoncée Voter, pour quoi faire ? ; un débat qui ressemblait plutôt à un collage vite préparé de sujets plus ou moins d'actualité, bien loin de l'interrogation fondamentale sur le fait électoral à laquelle je m'attendais ; un débat si plein de politesses et de je suis tout à fait d'accord avec qu'on aurait pu se demander si c'était vraiment un débat, quelque part.

Et puis je suis tombé sur cette citation chez Hemisphair de cet article de l'Express, à propos de l'université qui va ne pas bien, etc. Alors, forcément, malgré tout le respect que je dois à M. Delors, qui reste pour moi le plus grand couard que la gauche ait connu, je me devais de dire quelque chose.

Je suis sorti du lycée avec un dossier scolaire qui aurait pu me faire rentrer où je voulais. J'exagère à peine. Avec l'accord tacite de mes parents et malgré les vociférations haineuses de mes profs qui me voyaient déjà... j'avais choisi d'aller à l'université. Justement parce que tout le monde disait que c'était un pis aller, une voie de garage, une formation ramasse-miettes. Moi, je voulais croire par-dessus tout dans l'éducation de la République, ses capacités à fournir une formation de qualité au plus grand nombre, cette espèce de vision idéaliste que tout le monde avait ses chances, pourvu qu'on leur donne l'occasion de le prouver. J'étais aussi profondément marqué par sept ans dans un collège/lycée élitiste privé catholique intégriste, le genre d'épreuves dont on sort soit nazi soit anarcho-communiste. Faire une sélection à l'entrée d'une formation était fondamentalement injuste, parce qu'entre le dernier reçu et le premier de la liste d'attente se joue, je ne sais pas, peut-être un dixième de point sur une moyenne générale de terminale. Chaque bachelier devrait avoir la possibilité de faire études de son choix. C'était ça pour moi la fac, une formation égalitaire accessible à tous, avec une grande variété de profils, qui demandait travail et investissement personnel tout en fournissant enseignement hyper-théorique, épanouissement et grande rigolade. Et pas juste un cirque où les professeurs malmènent sadiquement des bêtes de concours dans le seul but d'augmenter le taux de réussite et donc la réputation de leur prépa/école et par voie de conséquance leur salaire/ego personnel.

En première année, on devait être un millier, rien qu'en fac de Sciences. Les examens se déroulaient dans une grande salle polyvalente à l'autre bout de la ville, seule capable d'accueillir une telle quantité d'étudiants. Les grandes messes à la Trocardière. Les cours, c'était un immense bordel et je me souviens avoir adoré ça. Selon la capacité et la motivation des profs, les enseignements allaient d'intéressants à vaguement soporifiques et donc totalement dispensables. Heureusement, la fac avait les moyens de nous payer des travaux dirigés en petit groupe – je dis ça parce que dans l'article ils mentionnent que ce n'est parfois pas le cas. La section Sciences était plutôt bien lotie, comparée à la fac de Lettres par exemple, dont les travaux de rénovation viennent de commencer, pour se terminer en 2010 – pour vous dire qu'il y a du boulot. J'ai quand même eu la joie de faire mes premiers TP de Pascal sur un terminal DEC1, une console 23 lignes × 80 colonnes, texte orange sur fond noir, reliée à une machine centrale avec un processeur Alpha qui tournait à 64MHz. C'était en 1998, pour resituer. Et rien que ça, c'est mythique, je veux dire que j'ai presque bossé sur une pièce de musée, et mine de rien, pour ma culture informatique, ça compte.

Lors du passage en deuxième année, le premier constat à faire était celui du taux de réussite aux examens. Environ 50%. Et du reste ça se sentait qu'il y en avait qui venaient, mais bon c'est comme s'ils n'étaient pas là, et même ceux qui ne venaient pas, mais tant mieux on était moins en cours. On leur a donné leur chance et ils ont fait n'importe quoi. Tant pis pour eux. La question de savoir si l'inscription en fac était ou pas une roue de secours pour certains, voire un alibi pour d'autres a vite été résolue. C'était effectivement le cas, mais heureusement ça ne gênait pas ceux qui étaient là pour travailler, et plus les semaines passaient, plus ça se voyait, au nombre d'abandons. L'article mentionne une sélection par l'échec, je dirais plutôt une sélection à la motivation.

Quant à savoir si le système en lui-même est dans l'impasse, c'est sans doute plus compliqué. Je ne sais plus qui disait qu'il y a quelques dizaines d'années, la études supérieures étaient divisées en deux catégories. Les écoles formaient les cadres et l'université les chercheurs. La demande en cadres se faisant plus pressante et les écoles étant incapables de suivre – ah !, l'élitisme à la française – c'est l'université qui a encaissé, parce qu'elle avait les capacités d'accueil et d'adaptation pour, et surtout l'obligation d'accueillir tout le monde. Sauf qu'on lui demandait de former des gens pour intégrer un milieu professionnel auquel elle était totalement étrangère. Pire, on donnait l'illusion aux futurs étudiants que la formation est faite pour ça, alors que ce n'est pas du tout le cas. Un exemple, si je ne m'étais pas un peu bougé le cul – et pourtant vous savez que ce n'est pas mon genre – je n'aurais fait qu'un seul stage dans mon cursus, là où d'autres élèves d'autres formations professionnalisantes en auront fait quatre ou cinq.

Comme dans beaucoup de domaines, on a demandé à l'université (au service public) de supporter le poids d'une évolution de la société, pour ne pas avoir à prendre le risque d'une refonte de l'ensemble du système. Et évidemment on rend l'université responsable des échecs et des abus. Au début ça marchait plus ou moins bien, aujourd'hui, c'est n'importe quoi. Les étudiants s'en rendent compte et ils font grève. Bon c'est pas vraiment pour ça qu'ils font grève. Mais ça va bien dans mon argumentation. Le problème des moyens financiers alloués à l'Université a peut-être aussi à voir avec cette augmentation rapide du nombre d'étudiants et du nombre de missions qu'elle a à accomplir, augmentation qu'on lui a mise sur le dos sans lui fournir les ressources pour l'assumer. Comme l'Éducation Nationale dans son ensemble, en fait.

En sortant de mes cinq années de fac, je dirais que j'ai reçu une formation plus ou moins bonne, enfin plutôt plus. Je noterai aussi le décalage entre mes premières années de fac, plutôt généralistes, distantes et théoriques, et mon DESS, diplôme professionnalisant, sélection à l'entrée, enseignants vachement sélectifs, ambiance marathon. La fac s'est mise à adopter les méthodes des formations d'ingénieur et a oublié sa vocation première. Un peu à mon dégoût. Cette dernière année n'a pas été des plus agréables, niveau cours j'entends. Mais c'est ma faute, j'aurais dû continuer et faire de la recherche, ne pas cautionner cette dérive. Sauf que moi aussi, je suis un couard, le plus grand couard que j'aie connu.

jeudi 12 février 2004

Déviation

Je me souviens avoir eu, jusqu'il y a encore quelques années, une relative appréhension du jour de la Saint-Valentin ; une sorte de névrose irrationnelle, sans doute inspirée par les séries télé dont je me gavais à l'époque, et qui abordaient toutes à un moment ou un autre cette problématique, le plus souvent sous un angle biscornu. Grosso modo, ma principale crainte pouvait être de voir le monde entier (ou du moins l'ensemble de mon environnement direct) se réunir autour du fait amoureux, se faire toutes sortes de cadeaux/papouilles/whatever, me laissant moi, irrémédiablement seul et unique spéctateur de leur transports. Et aussi le secret espoir de voir une inconnue me déclarer sa flamme, parce que bon, y'a pas de raisons, et puis, séries télé, je vous l'ai dit. On peut sans doute rapporter ça à ma psychose de la solitude et à mes éternelles frustrations amoureuses. Parce qu'au final, rien de tout cela n'arrivait, évidemment. Mais c'est le principe même des névroses, je pense, ce genre de délires infondés/incompréhensibles. Comme les gens qui se sentent mal pendant les fêtes, parce que tout le monde est connement heureux, alors que eux ne le sont pas. Ce que je ressens aussi, un peu, du reste. L'année dernière, le 14 février est tombé pendant un week-end. Ça me fait une bonne excuse pour me dire que j'ai mûri et que je suis bien au delà de ça, maintenant. Allez quoi, positivons un peu, que diable !

mercredi 31 décembre 2003

Douze mois

L'année dernière à cette même époque, je prenais des résolutions farfelues, persuadé de toute manière que je ne pourrai pas les tenir. Là, j'ai juste envie de faire un petit retour en arrière, parce qu'il s'en est en fait passé des choses ces douze derniers mois – et la plupart inattendues.

En début d'année, je retournais à Lyon pour encore quelques (pénibles) mois. Heureusement, les premières neiges sont tombées et ça m'a fait au moins une bonne raison d'être parti faire ma dernière année là-bas. Maathieu est venu quelques jours et ça a fini de me convaincre qu'il fallait que je m'en aille à tout prix, que je n'aurais humainement pas pu supporter la cohabitation avec lui et Jean-Mariie.

J'ai cependant eu toutes les peines du monde à trouver un stage, et je n'ai à ce jour toujours pas compris pourquoi. Enfin, si, j'ai de vagues idées, mais bref. Et comme par miracle, cette première semaine d'avril, j'ai reçu trois propositions positives, une à Vierzon, une à Lyon et une à Bordeaux. Vous devinez que je n'ai pas mis bien longtemps à me décider, même s'ils ont fait des pieds et des mains pour que je reste. A posteriori, il ne me semble même pas avoir évoqué ce stage de recherche sur les accidents cérébraux (triste coïncidence) avec Marlene Wiart, une très jolie thésarde de l'INSA. Comme quoi, j'avais vraiment envie de partir.

Entre temps, mes études se sont terminées avec la nostalgie d'un dernier picnic sur le gazon devant la fac, et le souvenir de cette grosse dizaine d'années de ma vie consciente passée derrière les bancs d'une salle de classe. C'est toute une partie de moi qui s'est finie ce jour là.

Quelques semaines plus tard, je partais à Bordeaux pour six mois de stage, la vie en entreprise, la socialisation de bureau, tout cet univers dans lequel je me suis toujours demandé si j'avais ma place. C'est passé assez vite, malgré tout. Ma mission était tout à fait dans mes compétences et j'ai eu largement le temps de m'en occuper. Je me souviens surtout de ces semaines caniculaires d'août, où tous étaient en vacances et où je me retrouvais presque seul dans un grand open-space désertique. J'en profitais pour bloguer, sur ce nouveau site, secret et anonyme.

Et puis j'ai fait connaissance avec Fréd. Par messagerie instantanée, principalement. Le dimanche soir, quand je revenais de week-end de Nantes, mon premier réflexe était de lancer Trillian et de regarder si elle était connectée. Elle était souvent là. Et pas que le dimanche soir. Et pas que pour écouter mes délires d'informaticien miséreux. Je suis un peu tombé amoureux, ce qui, me connaissant, était tout à fait prévisible. Elle ne m'en a pas tenu rigueur. On s'est rencontrés pour de vrai quelques trop rares fois. Dommage qu'elle habite si loin.

En septembre, maman est partie. Trois mois après, je me demande toujours si j'ai vraiment réalisé. Dans ce genre de situations, je me voulais philosophe, mais au fond ça me fait quand même mal.

À la fin du stage, je me suis plus ou moins mis à la recherche d'un travail. Après tout ça, j'ai peut-être eu besoin d'un peu de repos. Et me voilà donc là en cette fin décembre, chômeur solitaire qui se demande quelle tournure cette nouvelle année va prendre. Qu'il y ait au moins autant de changements, ce serait bienvenu.

jeudi 11 décembre 2003

Souvenirs de seconde

Le mercredi après-midi, on allait travailler nos exposés de français chez Thomas Hougard. Enfin, au début, on y allait pour ça. Pour un échange oecuménique avec des lycéens ivoiriens, on avait monté un dossier sur Les Allumées, le grand festival culturel nantais des années quatre-vingt-dix. Et puis, notre prof, le même être abject qui m'a rebuté de la littérature, s'est mis à nous asséner des commentaires composés et des recherches documentaires de plus en plus complexes et de plus en plus sévèrement notés. Alors on s'était regroupés pour s'acquiter de la corvée, moi j'avais les faveurs du prof parce que j'avais fait du grec (oui, je sais, je me demande encore ce qui m'a pris), Thomas n'écrivait pas trop mal, et Samuel commençait à développer des théories intellectuelles intéressantes.

Bon, ça donne l'air d'une bande de petites taupes bien besogneuses, mais la vraie raison à laquelle il a fallu se résoudre, c'est qu'on y allait surtout à cause de la grande fourvoyeuse de la jeunesse de cette époque : la Super Nintendo. Sam avait racheté le tout premier Winning Eleven à Sébastien Moreau pour une bouchée de pain ; et donc à chaque fois qu'on allait chez Thomas, il amenait sa console envolopée dans une serviette. C'était pour les pauses, entre deux figures de styles. Enfin soi-disant. Petit à petit, on a organisé un vrai petit système de minis tournois, et pendant que deux équipes s'affrontaient, le troisième larron se collait à avancer une des questions du commentaire de texte. Sauf qu'évidemment, les derniers matches étaient cruciaux pour l'attribution du titre et qu'en fait d'étudier, on se retrouvait tous les trois devant les manettes.

On a rendu plusieurs fois les mêmes devoirs minables, et pourtant certains continuaient à s'en sortir mieux que les autres. Saleté de prof.

vendredi 31 octobre 2003

Bribes

À vingt-trois ans, le héros se rendit compte qu'il lui serait désormais difficile de changer les traits de son caractère; qu'il ne pourrait plus effacer les défauts de son comportement par sa seule volonté. Comme il ne pouvait non plus effacer les traits inégaux de son enveloppe corporelle, il avait appris à s'habituer à elle : sa peau boutonneuse et trop grasse, ses cheveux rebelles, sa petite taille et son ventre bedonnant, qui lui donnaient une constitution désagréablement trappue, étaient devenus à force de résignation des caractéristiques assumées. Bien qu'il détestât toujours se découvrir dans les cruels miroirs à l'extérieur, et qu'il lui semblât que les miroirs de chez lui étaient toujours plus flatteurs, il arrivait plus ou moins à évacuer cette honte de son corps qu'il avait ressenti à l'aube de sa vie.

De la même façon, il imagina petit à petit qu'il ne pourrait sans doute pas cesser d'être solitaire, renfermé et viscéralement asocial. Comment s'étaient dévelopés ces adjectifs chez lui, il n'en savait rien. Il ne savait pas du reste comment il était devenu aussi aimant, attentif et attentioné envers les autres. Peut-être ceux-là n'allaient pas sans leurs contreparties, que sa solitude l'incitait à aimer plus, et que son altruisme exagéré était trop exigeant pour qu'il puisse se sentir bien avec d'autres êtres humains. Toujours est-il qu'il allait peut-être devoir décider d'arrêter de nier ce qu'il était, de s'habituer simplement à cet état de fait ; au lieu de continuer à se faire du mal en se forcant à un comportement qui n'était pas naturellement le sien. Et même si ça devait le conduire à détester l'image réfléchie que lui renverrait la constante introspection à laquelle il se livrait. Peut-être devait-il abandonner l'idée inassouvissable de se changer, pour accepter celle plus confortable de rester égal à lui-même, d'accepter ses défauts et de vivre avec eux.

jeudi 30 octobre 2003

Amours secrètes

Marie ?. Une petite fille assez teigneuse de ma classe de CE1. Sa mère était d'une manière ou d'une autre reliée à l'école et donc elle bénéficiait d'une certaine permissivité de la part des profs. Elle était aussi suffisemment intelligente pour profiter de la situation. Elle avait alors une certaine aura auprès des autres élèves. Ça a été le premier crush d'une petite série.

Violaine V. On avait systématiquement été élus délégués ensemble pendant un certain temps. Donc on se retrouvait souvent tous les deux seuls dans les classes pendant les récréations, parce qu'on avait des responsabilités à tenir. Elle était taquine et rigolarde. Je me souviens d'avoir fait le pitre sur les tables de cours et d'être tombé. Elle avait tellement ri qu'elle a essayé de m'imiter pour reproduire le ridicule de ma situation. Pendant sa pirouette, j'ai vu sa culotte. On était à nous deux les premiers de la classe en primaire, et l'instit d'alors se servait de ça pour nous monter l'un contre l'autre, ce qui en fait nous a plutôt rapprochés. Je l'ai perdue de vue au collège, parce que c'est des choses qui arrivent. Sur la fin du lycée en la revoyant – elle était en fait la cousine d'un copain – je me suis demandé si elle se souvenait de cette époque. J'espère que oui.

Anne-Solène Q. La première fille pour laquelle j'ai un un béguin tout en ayant des preuves assez tangibles de réciprocité. Bon, j'avais onze ans, mais quand même. Je la croisais assez souvent dans le bus et dans les couloirs du collège. Et elle était assez amie avec Aude-Jade E., une gentille peste qui a joyeusement pourri ces quelques mois de sixième où j'avais été son voisin. Je la regardais. Elle me regardait. La semaine où les trois quarts des élèves étaient partis en camp religieux (le collège était du genre catho-intégriste), on s'était retrouvés en petit comité d'une vingtaine d'élèves. Benoit R. lui avait alors demandé sous forme de boutade si j'avais mes chances avec elle. Elle avait opiné discrètement du chef. Vincent T. m'a après coup fait une petite scène de jalousie, parce que lui aussi voulait sortir avec elle. Mais il ne s'est rien passé.

Julie L. On était bon copains durant la cinquième. Disons que je me foutais de sa gueule et qu'elle me le rendait bien – mais gentiment, hein. Je la taquinais à propos de Florent R. (le cousin de Violaine) de qui elle était assez proche. De la jalousie sûrement. En quatrième, on nous a assis l'un derrière l'autre, au fond de la classe, avec Samuel, mon futur meilleur pote. On foutait un bordel monstre. Donc on nous a déménagé au bureau juste devant le professeur, moi et Julie. Juste derrière Julien P.. Et ça a été encore pire. J'ai eu mon premier mot à faire signer par mes parents à cause d'eux deux. Quand elle a fait son exposé sur les jeux olympiques, je n'ai pas arrêté de lui tirer la langue pour la déconcentrer. Elle m'a répondu et tout le monde a dû le voir. Vers la fin de l'année, elle nous a dit qu'elle était amoureuse de quelqu'un de la classe, dont elle a glissé le nom dans l'oreille de Julien. Je lui ai épluché les noms des autres garçons de la classe et elle répondait à chaque fois que non, ce n'était pas lui. L'année s'est finie et je n'ai jamais eu confirmation. Au début de la troisième (on n'était plus dans la même classe), elle continuait à me dire bonjour dans les couloirs. Je ne sais pas pourquoi je ne lui répondais jamais. Alors elle a arrêté.

Alexandra G, dont j'ai déjà parlé. Je l'ai revue deux fois après ça. Une fois, elle était à l'arrêt de tram en face du mien, et on s'était regardé dans les yeux pendant cinq bonnes minutes – au jeu du premier qui cligne a perdu. Je lui avais souri quand elle était monté dans son tram. Une autre fois, alors qu'elle était partie dans un autre lycée, je l'ai vue se rendre à un entraînement de volley. Elle ne m'a pas reconnu.

Marine E. Elle était en première et moi en seconde. Je la cherchais des yeux à chaque récréation. Je me souviens que ma journée était forcément joyeuse dès lors que je l'entr'apercevais le matin dans le tram – ce qui arrivait assez souvent. Un jour je me suis assis en face d'elle, l'air de regarder ailleurs, tout en la dévisageant dès qu'elle tournait les yeux. J'adorais la façon qu'elle avait de s'habiller, très space et en même temps vraiment original. À la fin de l'année, elle s'était fait implanter des tresses rousses qui lui descendaient jusqu'aux genoux. Je savais tout d'elle. Y compris son adresse et le numéro de sa ligne privée. La semaine où elle est partie en voyage d'études en Angleterre, elle me manquait tellement que j'en avais des noeuds à l'estomac. Une fois elle m'a désigné du doigt au cours d'une conversation avec un grand brun. Il s'était retourné vers moi et avait ricané. Sur ses lèvres, j'ai lu un hypothétique lui, là ?. Et pendant la semaine des oraux, coincé au lycée un mercredi après midi, je l'ai vue traverser la cour en diagonale. Ça a bien duré cinq minutes. Au milieu du trajet, elle a regardé vers moi. Je n'ai pas détourné les yeux. J'aurais du aller la voir. Bref.

Elise D. Vraiment adorable, avec sa tignasse bouclée à outrance. On a fait nos deux premières années de fac ensemble en même temps. Au premier T.P. d'électronique, elle m'avait souri un petit moment, pendant que le prof donnait les consignes. Elle avait tout le temps un espèce d'imbécile vantard dans les pattes, du genre hargneux et jaloux. Un jour j'ai fait un effort incommensurable à la bibliothèque, pour lui demander des cours que j'ai recopié avec soin et attention. Elle a continué dans les maths. Et je sais que j'attendais avec impatience les trop rares cours qu'on avait en commun. Bien que l'amphi contienne largement 200 étudiants, on s'asseyait toujours aux mêmes places, elle et ses copains au rang juste devant nous. Je l'ai souvent regardé écrire. Je ne sais pas ce qu'elle est devenue.

Bon, j'arrête là, le reste est couvert par le secret d'insctruction.

mercredi 15 octobre 2003

Remember

Un petit texte qui résume mon parcours informatique, pour répondre à une annonce. J'y avais jamais repensé, en fait.

Je crois qu’on peut dire que mon parcours informatique a commencé quand mes parents m’ont offert mon premier PC au début des années 90. J’avais auparavant utilisé les T07 et autres ordinateurs à cassettes (essentiellement pour jouer), mais ce n’est qu’avec le PC que j’ai réellement découvert la programmation. Un interpréteur Qbasic était installé sur la machine, avec quelques jeux fournis en exemple (Nibbles et Gorillas). Je m’en suis inspiré pour développer un jeu de labyrinthe et un jeu de shoot rudimentaire en mode texte. J’ai aussi découvert les instructions graphiques de base et je m’en suis servi pour créer quelques applications (une calculatrice, …), toujours en Basic. Mais je n’utilisais pas mon PC que pour « travailler » et il m’a permis de découvrir quelques-uns uns des grands jeux vidéo de cette époque (Day Of The Tentacle, Doom, …)

En première année de fac, j’ai réellement appris à mettre des fondements théoriques sur ma manière de programmer, au-delà de la méthode par tâtonnements que j’utilisais jusqu’alors. On nous faisait travailler en Pascal, ce qui a posteriori je pense a été une bonne chose pour nous apprendre à coder proprement. Malheureusement ce langage ne laissait pas beaucoup de place à la « fantaisie ». En travaillant avec Delphi, la surcouche graphique de Pascal, j’ai développé alors quelques utilitaires pour les mails ou pour écrire des tablatures.

C’est également de cette époque (la deuxième moitié des années 90) que date mon intérêt pour tout ce qui est programmation web. J’ai commencé par le design graphique de mes premiers sites. Mais je me suis vite penché vers tous les aspects liés à la programmation, en écrivant notamment des scripts de gestion de contenu en PHP. A cette période, nous avions décidé avec quelques amis de monter un site dédié à notre passion : les jeux vidéo, avec des articles, des forums, un chat et beaucoup d’autres fonctionnalités que j’ai mises en place. J’ai pu profiter des connaissances que j’ai acquises dans ce domaine pour commencer à découvrir le monde du travail dans l’informatique, grâce à plusieurs stages.

J’ai alors choisi de m’orienter définitivement vers la programmation en ce qui concerne mes études. Cela m’a permis d’appréhender de nouveau concepts, dont certains étaient plus spécifiquement orientés vers les jeux. Après un passage obligé par le C, on nous a rapidement initiés à l’assembleur et aux routines d’interruptions et d’affichages utilisables sur PC. En travaux pratiques, nous avons utilisé ces connaissances pour coder un jeu de casse-briques assez complexe. Par ailleurs, on nous a enseigné les premières méthodes de gestion d’intelligence artificielle, avec notamment les algorithmes alpha-bêta et les heuristiques de décision. En Java, nous avons travaillé sur une version évoluée de Tic-tac-toe, avec jeu contre l’ordinateur.

Je me suis alors rendu compte qu’avec ce qu’on nous apprenait, il était envisageable que je puisse me lancer dans une carrière dans les jeux. À cette époque, la 3d devenait un élément clé dans les productions, et j’ai choisi une option « synthèse d’images » pour ma maîtrise. J’ai continué dans cette voie pour mon bac+5, ce qui m’a permis d’apprendre à utiliser des standards comme DirectX ou OpenGL, mais aussi des notions de programmation avancées. Mais malheureusement nous sommes sortis de nos études dans le creux de la vague et la morosité économique d’après le 11 septembre, période où les studios de développement français étaient au plus mal.

Pour mon stage de fin d’études, j’ai néanmoins trouvé un poste dans une société qui développe des jeux sur téléphones portables. J’ai eu l’impression de retrouver l’ « esprit du début » des premiers jeux vidéo. C’est en effet un secteur encore jeune dont l’évolution fait penser à celle des premières consoles (en accéléré). Les jeux sur téléphones étant pour l’instant encore assez « simples », cette expérience m’a permis d’appréhender de nombreux concepts de base dans la création vidéo-ludique que je n’aurais pas obligatoirement touchés si j’avais travaillé immédiatement sur une production PC de plus grande complexité. Je pense qu’a posteriori une telle connaissance n’est pas négligeable pour ne pas perdre de vue l’esprit et la passion qui font les bons jeux.

En créant un outil de construction de niveaux, cela m’a également appris à gérer les attentes des développeurs pour leur permettre de travailler dans les meilleures conditions. J’espère aujourd’hui trouver un poste dans ce domaine que j’aime et pour lequel je suis prêt à travailler d’arrache pied.

Ça sonne un peu publicitaire pour ma pomme, mais bon en même temps j'ai un entretien lundi, donc bon, no regrets.

samedi 16 août 2003

Trois jours Trois nuits

1. Je suis rentré dévasté, vide, hagard et les larmes aux yeux. Ça a été horrible. Pas tout, il y a eu quelques (trop rares) moments géniaux agréables. Mais la fin a été particulièrement dure.

2. Comme prévisible, les premiers instants en descendant du train à Montparnasse et en la voyant arriver à moi ont été assez étranges. C'était la première fois que je rencontrais une parfaite inconnue et mettre vraiment un visage sur ses paroles familières a été un brin déconcertant. Ça a viré légèrement au chaotique, sur le trajet vers l'hôtel et pendant notre premier dîner dans un bistrot Place d'Italie. C'est vrai, je jouais un peu, à faire ce que je sais le mieux faire pour intéresser les gens: les submerger de blagues pas drôles.

3. Puis sont venus les premiers silences quand, nous dirigeant vers les quais (comme prévu dans un programme première-soirée-planifiée-pour-éviter-les-égarements-et-hésitations), elle a commencé à parler pour de vrai, comme les gens normaux font. Moi je n'étais pas encore vraiment à l'aise. Je n'ai que rarement réussi à sortir quelques vagues paroles incompréhensibles. Je pense que ça s'est senti. On est allé voir un endroit particulier de la série Highlander. Elle était toute joyeuse de fouler ce pavé, et moi j'étais heureux de la voir ainsi. On s'est assis sur le bord de la Seine et elle a monologué pendant une bonne demi-heure.

Et puis il s'est mis à faire frisquet, et comme nous avions raté le dernier métro, la perspective de la longue marche pour revenir à l'hôtel nous a incité à lever le camp. Elle a souffert de ce retour. Chaussures pas adaptées. Je n'ai rien trouvé à lui dire pour la distraire de sa peine.

4. Intimité préméditée, une fois arrivés dans la chambre. Après une bonne douche, on s'est installés au lit et on a commencé à bavasser. Je me suis laissé faire. J'ai aimé ce que j'ai entendu. On est resté longtemps comme ça. Et puis on s'est mis à somnoler légèrement, ne s'endormant quasiment jamais, trop intimidés. Dans la pénombre, je cherchais ses yeux, et quand je tombais dessus, elle avait droit à un sourire attendri de ma part.

5. Je ne sais plus comment c'est arrivé sur le tapis, mais au détour d'une remarque sur les signes physiques d'affection, on a fini par s'échanger quelques gestes simples et innocents. Ma main dans sa main. Sa main dans mon dos. Ma main dans ses cheveux. Sa tête au creux de mon épaule. J'avais envie de cette tendresse, j'ai peut-être un peu insisté pour l'avoir, mais j'ai été ravi de partager ce moment avec elle.

6. Le réveil a été long. Aucun de nous n'avait envie de couper court à cette grasse matinée. Mais la faim nous a tirés du lit, et on a décidé d'aller chercher un café pour petit-déjeuner. Elle aurait voulu un repas plus consistant, mais moi j'avais besoin de sucré. On s'est assis à une terrasse à Bastille et on a commencé à discuter de ce vide naissant. De ces grands espaces entre nous, que j'avais l'impression d'entretenir par mon mutisme, et qui nous renvoyait à la crainte de ne pas vraiment, au final, être bien, pour de vrai, ensemble.

7. Puis elle a voulu de me montrer les magasins à la Madeleine et Place Vendôme, en m'expliquant à quel point elle adorait les brillantes vitrines des bijoutiers et les subtils délices des épiceries de luxe. Son enthousiasme a un peu coupé court, vu qu'on était le 15 août, que donc tout était fermé, et que même les vitrines avaient été vidées. Je l'ai sentie déçue de ne pas pouvoir me montrer ça, et j'étais un peu déçu aussi de voir sa joie un brin dissipée.

Heureusement, les boutiques du Carrousel du Louvre, elles, étaient ouvertes, et on a pu y flemmarder un peu. Elle s'émerveillait sur le papier de carnets, j'ai regardé quelques livres. Je pense qu'on a un peu commencé à se perdre, chacun cherchant ce qu'il aimait et naviguant de manière parallèle mais séparée dans les allées souterraines.

On s'est retrouvé sous la pyramide inversée, et j'ai proposé qu'on aille à Beaubourg. Pour l'expo Alors la chine ? que j'avais vue sur Arte, parce que les musées étaient ouverts aussi, et parce que j'ai eu envie de voir du beau.

Avant de rentrer, on s'est assis pour siroter un peu de liquide, devant les caricaturistes qui opèrent sur le parvis du Centre. On n'a pas manqué de se ficher des gourdes qui se faisaient tirer le portrait, des dessinateurs qui avaient du mal à avancer, des passants aussi, beaucoup. Avant de rentrer, elle a aussi joyeusement envoyé balader un artiste un peu trop pressant qui lui proposait de la griffonner vite fait. J'ai ri.

8. Les expos étaient assez intéressantes, mais j'ai surtout adoré les galeries permanentes, où j'ai passé quelques instants surréalistes à scotcher devant une toile. Et puis, je ne le savais pas, mais il y a à Beaubourg plein d'oeuvres de peintres que j'adore, Kandinsky, Miro, Picasso, Dali, Mondrian, les Delaunay, et j'en oublie.

La seule chose c'est qu'on a pris le parti de visiter chacun de son côté, pour se laisser mutuellement la liberté d'apprécier, sans presser l'autre. Bien sûr, la volonté était altruiste et respectueuse, mais elle résume bien au final un peu de ce qui a tué ce week-end. On y aura eu plus de moments à 1+1 que de vrais instants à deux.

9. À force de trottiner toute l'après-midi, et comme on n'avait en fait rien mangé au déjeuner, une faim tenace a fini par avoir raison de nos velléités culturelles. Nous avons d'ailleurs dû changer une fois de resto, parce qu'on a mis trop longtemps à nous servir.

10. Rassasiés (le mot est faible, tant en fait on s'est un peu empiffrés), on est parti voir un film sur les champs. En attendant la séance, elle m'a fait goûter les macarons de chez La Durée (une autre de ses délicieuses lubies). On s'est aussi reposé les pieds dans un square place Clemenceau. J'ai commencé à participer à la conversation.

J'avais proposé d'aller voir Nadia, une comédie romantico-dramatico-comédique assez légère, amusante mais sans plus. Elle ne valait par contre sans doute pas les neuf euros trente qu'on a du débourser, avec un certain écoeurement, pour rentrer. A un moment quand Ben Chaplin a passé ses doigts dans les cheveux de Nicole Kidman, elle a avalé de travers et a toussé longuement. Je me demande si ça avait un rapport avec nous.

Cette fois, on a bien calculé pour pouvoir prendre un des derniers métros. Contrôle des billets à Bastille.

11. Deuxième nuit. Trop fatigués pour tenir aussi longtemps que la veille. Je me suis réveillé, bizarrement, en plein milieu. Et j'ai commencé à réfléchir sur ce qui était en train de se passer. Je savais que ça n'allait pas dans le bon sens. Je sentais qu'on n'était pas bien ensemble. Ou au moins pas aussi bien que je l'espérais. Je crois que c'est là où j'ai commencé à m'effondrer. J'ai eu terriblement mal, profondément, vivement. J'ai pleuré, en silence, peut-être une bonne heure.

Elle m'a entendu. Elle a deviné. Elle s'est rapproché de moi, et a eu les mots qu'il faut. Elle s'est excusée, injustement, ce n'était pas sa faute, et se sentait désolée de ma déception. On en a un peu parlé. Avec des petites phrases. Je sentais toute la chaleur qu'elle tentait de m'offrir pour me soulager. Merci pour ça.

12. Je l'ai prise dans mes bras. On en a un peu ri, mais au final j'ai senti son corps contre le mien. Dans un excès d'affection, j'ai voulu l'embrasser. Mais elle m'a dit que ce n'était peut-être pas une bonne idée, que cela ne ferait qu'aggraver les choses et rendre la séparation plus dure. Peut-être, oui. Certainement même, aux vues de ce qui est arrivé ensuite. J'ai quand même jeté mes lèvres sur les siennes, et elle m'a rendu ce baiser avec toute la tendresse qu'on a l'un pour l'autre.

On s'est laissés aller. J'ai longuement senti sa langue dans ma bouche, sa salive à mes commissures, ma langue hésitante autour de la sienne et le claquement maladroit de nos dents les unes contre les autres. J'ai aimé ce baiser. Même s'il n'a rien voulu dire. Il n'a été, je crois, que la manifestation de notre amitié, et de notre désir déçu de construire une vraie relation.

On n'a pas couché ensemble. Heureusement. Je n'aurais pas voulu que ça se passe comme ça. J'aurais détesté que ça ne soit qu'un pis aller, en forme de regrets. J'ai eu un grand moment de panique. Elle m'a supplié d'arrêter et de me calmer. Elle a su gérer ça, elle.

13. Le lendemain matin, elle devait s'en aller raccompagner son frère à Charles de Gaulle, parce qu'il partait pour longtemps étudier au Canada. Elle a voulu retarder le moment de son réveil et de son départ, mais je lui ai dit de partir et de profiter de lui. Je sais trop ce que c'est que d'aimer sa chair (comme moi j'aime ma petite soeur) pour avoir le courage de lui voler de ce temps.

Et puis, je me sentais la force de tenir la matinée sans elle, puisqu'elle me l'a demandé, précisément parce qu'on a eu ce moment d'infinie proximité qui m'a temporairement rassuré sur nous deux, et que l'espoir de la revoir très vite (on s'est promis d'aller goûter à cinq heures) m'aiderait. C'est sans doute une des seules choses pour lesquelles je lui en veux a posteriori.

14. Vers dix heures, alors que je m'apprête à sortir me balader dans le quartier, elle m'appelle et me dit que ses parents lui proposent de la ramener. Aujourd'hui. Et qu'elle était assez tentée. Sur le chemin de l'aéroport, elle a aussi eu une grosse crise de panique, sur le fait de passer encore deux jours aussi vides et distants en ma compagnie. Elle aurait préféré qu'on écourte notre idylle, qu'on arrête les frais en quelque sorte.

Je n'ai rien trouvé de mieux sur le moment que de la laisser sur cette idée. Bien trop abasourdi par cette sentence qu'elle jetait sur nous. Je l'avais laissée partir confiant, et elle m'annonce qu'elle ne veut plus revenir. Alors que je comptais sur elle.

J'ai sincèrement pensé que ça pourrait aller mieux quand elle reviendrait. Que j'arriverai enfin à faire sauter le verrou de mon côté, justement parce qu'elle avait su lire, rentrer en moi et me consoler. Conviction fébrile. Quand elle m'a dit que c'était terminé, je n'ai pas trouvé la force morale d'essayer de la convaincre du contraire, de lui expliquer que je recommençais à y croire, qu'on méritait peut-être une seconde chance. Sa conviction m'a été trop lourde. Je n'ai rien osé dire. J'étais encore plus mal.

15. Elle est revenue en quatrième vitesse, histoire de libérer la chambre d'hôtel avant midi. Et de me dire au revoir. Je commençais à être vraiment cassé, mais devant elle j'ai tenu le coup. Parce que je n'avais pas envie de la contredire (ou de lui donner des regrets), et que peut-être, c'était mieux comme ça.

On s'est dit au revoir, debout devant l'hôtel, on a échangé des bisous complètements impersonnels, elle est partie vers ses parents garés à côté, alors que je m'enfonçais dans la bouche de métro. Ligne 6. Montparnasse.

16. Une fois seul, j'ai vraiment perdu tout contrôle. Je me suis vidé complètement. Pas seulement parce que j'étais déçu de l'échec de ce week-end. Parce que la fin avait été complètement apocalyptique, alors qu'on avait été si proches. J'étais six pieds sous terre. Réflexe malsain, j'ai réfléchi aux mots que je pourrais mettre sur ces évènements, dans mon blog. Et ça n'a fait qu'aggraver les choses.

J'ai changé mon billet de train, les larmes aux yeux. Prochain départ : 15h20. Trois heures à ruminer. Je suis allé manger sur le square du Pont Neuf, j'avais besoin de repères. Puis, je suis allé marcher, une heure, des Invalides à Montparnasse, pour me calmer. J'ai fondu devant tous ceux qui ont voulu me parler, pour me demander un renseignement ou une petite pièce.

J'ai touché le quatrième dessous dans le train. Tout le trajet. Immonde. J'ai fait fuir les gens. Je lui ai envoyé un SMS pour la remercier, "quand même", et pour lui faire part de mon affection. Malgré tout.

Je regrette, infiniment. Je me dis que peut-être que j'ai abandonné trop vite. Mais je préfère ne pas y croire.

17. Ce que je vais faire maintenant ? Essayer de la voir par mail ou par téléphone, peut être sur IM, pour être sur qu'elle va "bien". Et puis, je pense que je vais arrêter tout ça quelque temps. Le blog (lire ou écrire). La messagerie instantanée aussi. Histoire de réfléchir un peu sur la tournure que prend ma vie. Voir comment je peux l'infléchir vers des horizons plus clairs. Car ceux du moment me font un peu trop mal.

lundi 11 août 2003

Memories

Hier, je suis retourné à Carcans avec mes parents. Les vieux souvenis des merveilleuses vacances que j'y ai eues avec Sam, Benoît et les autres n'ont pas cessé de me revenir à l'esprit, et il m'est souvent arrivé d'en rire tout seul, à la vue d'un banc, d'un arbre, d'une allée.

Mes premières vraies vacances avec mes copaings, à la sortie de la terminale, deux semaines apocalyptiques, vides de sens mais pleines d'anecdotes. En replongeant dans la mer j'ai à nouveau ressenti cette joie de jouer avec les vagues (impossible pour moi de nager, houle trop forte). C'était bien d'être jeune.

mardi 22 juillet 2003

Smells like...

En parlant d'odeurs, j'ai retrouvé tout à l'heure, en passant devant un buraliste, celle des paquets d'autocollants Panini qu'on collectionnait quand on était gosses. Il y avait ceux des dessins animés (Olive et Tom...), ceux de la Coupe du Monde '90, les Fantastickers, tout ça.

Cette odeur m'évoque mes premiers achats autonomes, quand je claquais mon argent de poche pour m'offrir les bouts de papier tant convoités, et le plaisir que j'avais à ouvrir les emballages et à toucher la surface toute neuve des autocollants. Avec le temps, je suis devenu blasé. Mais j'ai encore parfois ce frisson de joie quand j'ouvre les emballages de caprices high-tech hors de prix.

lundi 21 juillet 2003

Odorat

Parfois je croise encore dans les rues ces parfums qui me rappellent mon semblant d'adolescence, et les quelques soirées entre jeunes où j'ai eu le plaisir de cotôyer quelques membres du sexe opposé. Bon, "cotôyer" est peut-être un brin exagéré comme terme, disons plutôt "faire connaissance" -- non, ce serait plus "être dans la même pièce que", en fait.

Et que donc les odeurs que m'évoquent cette époque, entre la sueur et le vomi, ce sont ces effluves de parfums acides ou sucrés qui remplissaient les pièces, jusqu'à vous forcer à faire fréquemment des sorties dehors, un verre à la main, parce que sinon c'est intenable. Quand j'y repense, c'est étrange que j'aie participé à ce genre d'évènements -- non, "que j'aie été présent", non "que j'aie accepté d'être trainé".

Minable, vous dites ? Oui, certes, j'assume. Ou pas.

vendredi 18 juillet 2003

Amateuring

Il y a comme ça deux ou trois disques que vous aimez entendre, pas parce que c'est de la grande musique, juste parce qu'ils vous rappellent des moments passés avec des gens qui ont compté pour vous. Ce matin, je me disais ça en écoutant le Black album de Metallica, leur seul album que je m'autorise à garder en mp3, parce qu'il faut bien avouer que je ne peux que difficilement les écouter en temps normal.

Ça me rappelle ces étés chez Benoit. Ça me rappelle cette fois où j'avais ramené ma guitare et que j'avais commencé à jouer quelques mesures de For Whom the Bell Tolls (je crois), et que les autres pris d'entrain, m'ont demandé de leur apprendre à jouer. Ça me rappelle que Sam avait déménagé une brouette dans le salon pour imiter le son de la cloche et qu'il tapait comme un fou sur mon pauvre djembe; Christian qui arrivait à peine à enchaîner les trois pauvres notes que je lui avait apris. Ça me rappelle qu'on a fait une pathétique représentation devant d'autres amis complètement effarés.

A posteriori, j'ai adoré ces moments. Il faudrait que je les recontacte, tiens.

vendredi 27 juin 2003

Best Of

La plus belle soirée de ma vie, je pense, c'était lors d'une sortie à Carnac avec des copines de Vannes que les autres avaient rencontré en camping. Bien qu'au départ, je me suis légèrement méfié, voyant que ça n'avait pas l'air de partir de manière très organisée.

C'était un de ces magnifiques étés que l'on passait à squatter chez Benoît pendant que ses parents étaient en vacances. Et quand je dis squatter, ça comprend aussi transformer la maison en un endroit insalubre. Et donc on avait décidé sur invitation de se bouger sur Vannes. Benoît s'est proposé pour nous conduire, et a posteriori, je suis content qu'il l'ait fait.

Arrivés là bas, on nous a vaguement expliqué qu'il s'agissait de rejoindre une fête à Carnac. Evènement massivement social, donc, moi je préfère les groupes restreints, mais admettons. Sur place, on retrouve une trentaine de personnes entassées dans un petit studio sous les toits, dans une ambiance embuée. Décemment, on décide qu'il vaut mieux sortir sur la plage, ce qu'on fait, bouteilles à la main.

Après quelques moments d'hésitation dûe au nombre et à l'incompréhension, on finit par atterir déjà bien entamés sur la grêve. Pas qu'elle fusse loin, juste que la marche ça donne soif. Grand cercle rapidement organisé, me mêle pas trop aux conversations, mais j'aime bien l'esprit, l'alcool et le refrain des vagues faisant le reste. Bref complètement fait au bout de quelques heures, je décide de descendre un peu de coca pour redescendre un peu mes esprits.

Parce que je commençais à faire n'importe quoi, à aller pisser n'importe où, à m'approcher de n'importe qui. Et je me souviens avoir fini la soirée les yeux fermés, collant insistamment ma tête contre l'épaule d'une fille qui n'avait rien demandé; ce qui a fait rire tout le monde, dont elle.

Dispersion des troupes, je reviens à la voiture en compagnie de Bérangère, avec qui j'ai sans doute parlé dans le vide. Sur le chemin, on croise une patrouille de la police municipale responsable de la repression de l'ivresse chez la jeunesse, je présume. Moi j'avais toujours ma salvatrice bouteille à la main. L'agent me demande ce qu'il y a dedans et je lui réponds en toute franchise. Il demande quand même à sentir et se rend compte que c'est effectivement du soda innofensif. Et c'est là que, à moi complètement bourré, il sort un "c'est bien, ça fait plaisir de voir des gens sobres" qui aura le don de nous faire pouffer de rire quelques mètres plus loin.

On est rentré dans un sale état chez elles (sauf Benoît, super responsable sur ce coup là, merci à lui). Mais n'ayant définitivement pas envie de me coucher, je suis resté à discuter avec (ou plutôt à écouter discuter) Sam et Gwenola, jusqu'au petit matin. Si mes souvenirs sont bons (et vous imaginez qu'ils le sont), ils ont passé la nuit à essayer de se persuader l'un l'autre de l'importance ou pas de l'acquis et de l'inné chez l'être humain.

A six heures on est sorti acheter des croissants.

jeudi 08 mai 2003

Whois

Avec tout ces chamboulements, je me suis rendu compte (et on m'a fait remarquer) que ma situation n'était pas toujours très claire pour vous autres qui me lisez régulièrement. Que je soie un étudiant en informatique vaguement asocial et un peu dérangé, on en conviendra assez facilement. Mais qui se cache vraiment derrière ce blog ? Petites précisions sur ma personne.

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dimanche 15 décembre 2002

Futurboy

Imaginons un insant le jour où, après de longues années occupées à des choses bien futiles, je regarde en arrière et je me demande si j'ai de bons souvenirs de ma jeunesse. La première pensée qui me viendra sera-t-elle encore cette impression d'inachevé, d'éternels regrets sur ce que je n'ai jamais pris la peine de faire ?

Aujourd'hui, je peux le dire sans que ça cause trop de remous, mais par exemple, en troisième, j'étais amoureux d'Alexandra G. Et bien que j'étais presque persuadé que c'était réciproque (et peut-être aussi parce que je me faisais des gros films à l'époque - aujourd'hui encore, d'ailleurs), je n'ai jamais osé faire le premier pas.

C'est le genre de sentiments qui me vient, à ce moment précis, à 22 ans, quand je me demande si ma jeunesse a été bien remplie. Quand je mourrai tout seul à 80 ans, je me demande si j'y repenserai encore. Sans doute que oui. C'est le genre de choses qui me marquent.

Ou alors arriverai-je à en rire. Comme de ces scènes pénibles où je me suis souvent ridiculisé. Mais ça, j'ai déjà du vous en parler.

jeudi 07 novembre 2002

PFM

La première fois que je suis allé au cinéma, c'était pour aller voir Jurassik Park, premier du nom, il y a de cela... oh, j'ose même plus compter les années. C'était le mercredi de la sortie, environ tout le monde était allé le voir en même temps, et avec ma soeur, on devait se partager un billet de 50 francs pour se payer les tickets et un paquet de crocodiles haribo. C'était encore la belle époque, quand j'y repense, parce qu'aujourd'hui, on est bien content de tomber de temps en temps sur un tarif réduit à 40 francs.

J'avais trouvé le film bien, par ailleurs. J'étais dans ma phase "délire scientifique" acharné (du genre relire cinquante fois Brèves Histoires du Temps ou Poussières d'Étoiles), et vu que le scénario tenait à peu près la route à ce sujet... D'ailleurs mon passage préféré, c'était quand Jeff Goldblum expliquait sa théorique sur le chaos. Ça et quand le mec se fait bouffer dans les chiottes.

mercredi 30 octobre 2002

PFM

Bon j'avais dit que je ferais alors je le fais. Ce en quoi je suis vachement logique avec moi-même. Et ça, ça fait toujours plaisir. Non ? Si hein ? Ouais, j'aime bien quand les gens sont d'accord avec moi. Oui donc, je devais faire des journées à thèmes, le thème d'aujourd'hui étant Les premières fois, et comme on est mercredi, bin ça sera les premières fois du mercredi.

Continuons donc dans la logique implacable qui nous anime ce soir, pour parler de la première fois que je suis allé sur Internet. C'était en première année de Deug, soit environ à peu près vers 1998. C'était avec mon pote Sam, qui depuis toujours autant de mal à checker ses mails. Bygones.

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dimanche 22 septembre 2002

Confiture

J'avais une pure culture quand j'étais plus jeune. Je me souviens que je savais plein de trucs dans plein de domaines. Je trouvais ça intéressant. Depuis, j'ai beaucoup perdu. Des pans entiers de bouquins d'histoire ont été remplacés par des dizaines de millions de lignes de code. Je regrette. Avant je pouvais réfléchir raisonnablement sur tout ce qui se passe dans ce bas monde. Maintenant, c'est tout juste si je peux justifier correctement ce que me passe par l'esprit. C'est triste. Il faudrait que je m'y remette.

lundi 16 septembre 2002

Peur Canine

Chacun a sans doute un certain animal dont il a une crainte terrible, une sorte de réaction qui vous noue les tripes et vous paralyse rien qu'à l'approche de la dite bête. Il y en a qui on peur des araignées, des souris, des abeilles. Moi j'avais peur des chiens.

Les faits remontent à une soirée lors de ma tendre enfance. Après être venus me chercher à l'école, mes parents comme à leur habitude allaient faire quelques courses dans un magasin chinois pas très loin. Nous sommes donc entrés dans la boutique, et pendant qu'ils discutaient avec le vendeur, je regardais les bonbons dans la vitrine.

Il était là, au coin du comptoir, prêt à me sauter dessus. Inconscient du danger, j'avançais petit à petit vers la bête. Soudain nos regards se croisèrent et, pris de panique, je m'échappai en courant. Pourtant, c'était un petit chien qui n'aurait pas fait peur à une mouche. C'est sans doute la surprise de le croiser au détour du meuble qui m'a fait sursauter.

J'eus beau fuir de toutes mes forces, cherchant la protection de mes parents, l'animal, qui s'était mis à me courir après, me rattrapa rapidement. Il se jeta sur moi et me fit une grande et douloureuse morçure circulaire dans le dos. Je revois encore la marque de la blessure, teintée de mercurochrome, que j'aperçus peu après dans un miroir.

Heureusement, je n'ai pas eu de séquelles suite à cet incident. Mais pendant de longues années, j'ai été marqué par le traumatisme de cette attaque, et j'ai souvent évité tout specimen de la race canine. Avec le temps, ma peur a diminué. Mais il m'arrivait encore de changer de trottoir quand certains gros chiens, par trop menaçants, avançaient dans ma direction.

mardi 03 septembre 2002

My Tailor is Rich

Je repense soudain au total manque d'intérêt qu'ont constitué mes cours de langue au lycée. Anglais ou Espagnol, le principe était le même, substituer aux leçons de grammaire du collège d'interminables études de documents censées améliorer notre pratique.

La plupart du temps, le jeu consistait pour le professeur à nous montrer une photo ou à nous faire lire un texte avec plus ou moins d'intérêt, suivant la relative qualité du magazine dont il avait été sauvagement photocopié. Et nous, pauvres sbires à sa botte, nous devions, après quelques minutes de réflexion, disserter à loisir et à haute voix sur le sujet du jour.

Généralement, les minutes se faisaient plutôt des quarts-d'heure et la réflexion, un grand brouhaha, soigneusement organisé par les fayots du premier rang qui occupaient l'enseignant avec des questions somme toute stupides et les cancres du fond qui profitaient de la diversion pour discuter football.

Bref, au bout d'une période variable, estimée en fonction de la quantité de temps restant avant la fin du cours, histoire de dire qu'on avait "travaillé", il demandait à qui mieux mieux de décrire le document proposé.

Exercice ô combien soporifique, car il s'agissait la plupart du temps de paraphraser l'article, ou de décrire bêtement l'image. La force de la chose était telle qu'elle arrivait même à ôter tout sens humoristique aux quelques rares comics qui arrivaient entre nos mains.

Expliquer un document. Le concept lui-même est ennuyeux. Dire pourquoi le chien a pissé sur la voiture, comment l'Espagne est présentée sur cette affiche publicitaire, déblatérer les pires platitudes tout en essayant de divaguer gentiment autour, je n'ai jamais saisi le but de tout ça.

Et bien sûr, ne voulant pas me corrompre dans ces agissements immondes, je les boycottais systématiquement. Je ne prenais jamais la parole. Je faisais le moins de remous possibles pour éviter d'être intérrogé. Je détournais mon regard quand le professeur insistait pour que je ponde une petite phrase.

Parce qu'au dela de cet épreuve idiote, j'aimais bien les langues et j'avais de plutôt bonnes notes. Ce qui incitait encore plus ces imbéciles à me forcer à participer. Cela m'a depuis totalement immunisé contre l'envie d'être actif pendant les cours.

samedi 31 août 2002

L'imbécile

Quand on mesure la hauteur de deux fûts de bière et qu'on a ce sens de l'humour particulier qui vous fait faire quantité d'actes gratuits et sans grande signification, la honte est un concept qu'il faut apprendre à gérer assez rapidement.

Les situations dans lesquelles mon comportement était plus que pathétique se sont accumulées avec la régularité d'une navette SNCF. Surtout qu'à cet âge là, on n'y va pas vraiment de main morte pour se faire remarquer. Surtout que quand on pèse moins d'une cinquantaine de kilos, certaines sustances vous montent rapidement au cerveau. Surtout...

Je vous ferai grâce des détails peu glorieux de ces temps révolus, car ce n'est ni le sujet ni le moment. Au fur et à mesure des années, ces évènements s'accumulaient. Chaque fois que j'y repensais, la gêne et le désir d'effacer ces terribles expériences de ma mémoire se faisaient sentir.

Quelle fierté peut-on bien retirer d'avoir failli passer une nuit au poste après avoir déambulé en état d'ébriété sur le front de mer de Carnac ? Après tout, une grande fierté.

Car de ces choses là, si on n'apprend pas à en rire, on finit par en pleurer. C'est ainsi que, partant de cette constatation, du jour au lendemain, j'ai décidé de passer en revue tous ces souvenirs pas forcément agréables, de me mettre face à l'absurdité de ces situations, et de finalement les accepter comme faisant entièrement partie de ma vie, au lieu de les refouler sauvagement dans un coin de mon cerveau.

Et je me suis mis à apprécier ces moments de folie. D'avoir essayé d'embrasser un de mes potes. D'avoir vomi les petits fours à peine trente minutes après le début du réveillon. D'avoir passé une nuit blanche à voler des nains de jardin.

À partir de ce moment, une sorte de soupape de sécurité a sauté, m'encourageant à faire des choses de plus en plus incompréhensibles et sans intérêt. Je ne saurai sans doute jamais si c'est une bonne chose. Mais après tout, quand votre nature vous incite à chourer des plots et à porter des t-shirts oranges, à quoi bon la réfreiner ?

mardi 27 août 2002

Génération 80

A y repenser, j'ai la sensation de faire partie d'une génération particulière. Nous avions tous un ensemble de références qui réunissait ceux qui sont nés et qui ont grandi à cette époque.

Etre né dans les années quatre-vingt. Avoir eu vingt ans en l'an 2000. Déjà des signes... Mais plus encore, nous étions probablement la première génération grandement éduquée par la télévision. Un changement sensible de mode de vie, des parents plus accaparrés par leur travail, et des enfants livrés à eux-mêmes avec comme unique sujet de distraction: le petit écran.

Un nombre incalculable de gamins ont ainsi grandi, accompagnés par une quirielle de dessins animés japonais, diffusés pendant des heures interminables sur la cinquième chaine, et qui ont de ce fait définitivement marqué cette époque de leur empreinte. Par les mêmes mercredi après-midi passés devant le Club Dorothée, sorte de grande messe cathodique pour des foules subjuguées.

Aujourd'hui encore, on retrouve ces marques quand ces grands enfants se remettent à chanter un par un les génériques de ces dessins animés, à se rappeler de la profonde débilité de certaines programmes, à rire aux mêmes blagues forcément incompréhensibles à d'autres.

Comment par exemple expliquer le phénomène Grosquick ? Si on n'a pas vécu ce grand tournant qui a laissé ses traces dans beaucoup de cerveaux, comment comprendre tout le mystère et tout le délire apparu suite à la disparition de Grosquick ?

Je ne sais pas si c'est pareil pour tout le monde. Peut-être après tout que pour chaque décénnie, il existe un ensemble de choses qui marquent les mêmes personnes au même moment, et qui ensuite les font tomber d'accord au cours des mêmes discussions. "Tu te souviens..."

Peut-être que ça existe. Mais l'impact qu'à eu la télévision à cette époque, avec une diffusion aussi large, atteignant quasiment toutes les personnes de cette génération, je ne pense pas qu'il se soit jamais reproduit par d'autres media à d'autres époques.

Surtout que cette génération est également arrivée à maturité au moment exact ou l'internet prenait un veritable essor, servant ainsi de ciment culturel à tous ces jeunes qui se sont retrouvés à consulter les mêmes sites, parler des mêmes choses, se souvenir des mêmes anecdotes.

Oui je pense que cette génération 80 est vraiment unie autour d'une même sous-culture que les gens soit plus vieux, soit plus jeunes sont incapables de cerner.