mercredi 07 novembre 2007

Voyages

Comme vous me voyez là, je reviens de Béthune avec un méchant rhume, de douloureuses piqûres d'insectes, quelques égratignures et deux ou trois autres bricoles dans mes bagages, que je n'avais pas forcément prévues. Même si pour dire vrai, je ne savais pas tellement ce que j'allais y chercher de prime abord. En effet c'est un peu sans réfléchir que j'ai répondu à ma soeur quand elle m'a proposé, il y a un mois de cela, de l'accompagner dans le Nord sur l'invitation de son amie Priscille. Cette dernière a fait ses voeux l'été dernier, cela fait maintenant plusieurs années qu'elle est engagée dans la vie religieuse. Et comme sa communauté fait régulièrement appel aux bonnes volontés pour participer à des camps et des chantiers, combinés avec des temps de rencontre, une chose en entraînant une autre, me voilà parachuté chez les petites soeurs. Elles ont actuellement pour projet de construire un monastère sur place, ce week-end nous avons donc donné les premiers coups de pelle pour l'inauguration des travaux.

Béthune en soi, j'ai été agréablement surpris. Vous imaginez tous les préjugés que je pouvais avoir sur cette région, triste est sinistrée. Mais la cité est assez jolie, un mélange plutôt heureux d'architecture traditionnelle, partout ces maisons en brique rouge so cliché, et de style plus moderne, plus art nouveau, quelque part entre le cubisme soviétique et le néo-rétro à la Gotham City. En revanche l'environnement immédiat est bien moins agréable, en fait on ressent le même sentiment d'oppression qu'en région parisienne, au milieu de kilomètres et de kilomètres de béton uniformément gris et monotone, entourés d'une campagne boueuse et minimaliste, où la nature donne l'impression de se sentir à l'étroit. Et puis il y a des endroits vraiment glauques. C'est ainsi que j'arrive de nuit, presque symboliquement, un autorail m'amène bruyamment dans le noir, vers l'inconnu.

J'y repense, ma démarche n'est pas complètement anodine. Concernant la foi, comme on me le demande sans vraiment attendre de réponse, je me définis depuis un certain moment comme agnostique. Pas athée, agnostique, au sens littéral, sans connaissance. Je suis incapable de dire s'il existe ou pas une force supérieure au-dessus de nous, voilà quelque chose que je ne peux pas décider. C'est un cheminement assez compliqué, je n'ai pas envie de vous l'argumenter maintenant, peut-être un autre jour. Toujours est-il que dernièrement, dans la même optique, je me suis cependant mis à considérer à nouveau la religion, cette fois sous un angle purement empirique, de façon complètement dé-corrélées de la foi elle-même. Après tout, le fait religieux peut ne se concevoir de façon primaire que comme une simple collection de préceptes moraux régissant la vie quotidienne, la croyance en Dieu revêtant alors un aspect purement folklorique à vocation de socialisation de l'individu et d'apaisement des angoisses fondamentales. Car si la religion se compose de trois éléments, une cosmogonie, une liturgie rituelle et une morale, et si les deux premiers sont constamment battus en brèche par l'évolution de la pensée occidentale, alors dans ce schéma l'adhésion à une religion relève plutôt d'un choix de mode de vie que d'une réelle décision philosophique sur le sens du monde. Etant moi-même ignorant et ainsi détaché de ces interrogations métaphysiques, on pourrait alors donc dire que c'est sous cet angle pragmatique, dans une volonté d'aller voir comment la religion catholique se pratique au jour le jour, comment vivre telle expérience mystique au quotidien, que je suis parti. Mais pas de façon condescendante ou pseudo éthologique, avec une vraie curiosité et un réel intérêt pour ce choix. Avec aussi le besoin de confronter cette expérience avec les quelques souvenirs qu'il me reste de ma jeunesse et de mon éducation.

Plongée dans le monde réel. C'est un peu particulier parce que nous étions accueillis chez l'habitant et non directement par les soeurs. En effet elles n'ont pas encore de lieu, puisque c'est justement le but du projet auquel nous participions. Ce sont donc deux familles de la région qui nous ont proposé leur hospitalité. Je reste d'ailleurs étonné par la générosité de ces gens, c'est quelque chose qui m'a vraiment marqué et à laquelle je ne m'attendais pas. Sans réfléchir ils ouvrent leur maison aux inconnus et offrent le gîte et le couvert. Sans a priori non plus ils offrent la chaleur de leur vie de famille et ça aussi ça m'a touché. Et mine de rien, le fait de vivre en communauté au milieu de gens accueillants et généreux, gratuits et désintéressés, cela me renvoie directement à ma façon habituelle de vivre, un peu égoïste, un peu renfermée et m'incite à changer radicalement d'attitude. S'ouvrir complètement aux autres en leur laissant d'emblée le bénéfice du doute et en leur accordant toute sa confiance, être ensemble aussi parce qu'après tout nous ne sommes qu'une seule grande famille, pas une famille spirituelle, non, une famille humaine.

Même si j'idéalise sans doute le tableau. Difficile en effet de discerner quelques notes de cynisme ou des arrière-pensées dans un tel contexte, bien que j'aie certains doutes sur certaines personnes. Comment en effet s'imaginer que tous ces gens demeurent constamment dans cet état d'esprit jovial et bon enfant ? A posteriori j'aurai quelques mots avec ma soeur sur le sujet, elle m'expliquera que selon elle leurs convictions sont également extrêmement fragiles, tout comme l'est ma propre réflexion. Je lui demandais comment ils pouvaient cependant continuer à vivre sans jamais remettre en cause leur croyance. Probablement parce qu'ils savent à quel point leur situation est précaire, ils se contentent alors de s'y tenir uniquement par choix intellectuel, sans s'accorder le luxe du doute car ils savent que le doute leur sera fatal. Voilà qui conforte ma première hypothèse. Une des mères de famille aura d'ailleurs quelques répliques assez caricaturales et un peu trop proches de l'objection de conscience pour ne pas être le symptomatiques d'un certain refus de l'introspection.

Maintenant, concernant ma propre interrogation, j'ai été à vrai dire conforté par ce que j'ai vécu. Pas conforté dans ma foi, paradoxalement, plus que jamais convaincu que la religion catholique ne correspond justement pas à ce que je cherche. Ce qui me rebute le plus c'est ce dogmatisme et ce manque d'ouverture. Nous aurons ainsi eu l'exemple d'un prêtre, fondateur d'un institut de formation théologique, assez cultivé et avec un lourd bagage aussi bien intellectuel qu'au niveau de ses expériences. Il aura vécu plusieurs années en Israël, dans une école rabbinique, afin de se forger une expertise dans sa connaissance des textes anciens. Mais au lieu de l'ouvrir sur le monde et les autres religions ce séjour l'a enfermé dans ses préjuges. Et sous couvert de dédouanements un peu faciles et politiquement corrects, malgré tout je les comprends et je les respecte ces pauvres bougres, il aura une critique assez grossière et peu nuancée d'une philosophie qui n'aura comme seul tort que de ne pas être la sienne. Cela ne correspond vraiment pas à l'idée que je me fais d'une spiritualité tournée vers autrui, compatissante et compréhensive, humble et sans orgueil, qui admet ses limites et ses incohérences. Mon état de doute permanent m'incite naturellement à refuser tous les dogmes, et si un jour je fais ce choix, je veux aussi qu'on me laisse la possibilité de m'être trompé. Mais cette notion en fait est assez peu commune et assez peu comprise. Il n'y a que dans le bouddhisme que j'ai pu trouver quelque chose de vaguement similaire.

Mais j'arrête le compte rendu pour l'instant, c'est déjà assez dense comme ça. More to come.

dimanche 14 octobre 2007

Nouvelle donne

Samedi matin nous étions à Malakoff, une cité HLM comme tant d'autres, qu'on pourrait classer parmi les moins favorisées de Nantes. Elle fait actuellement l'objet d'une opération de rénovation urbaine à grande échelle et Bernard, qui travaille directement pour l'agglomération, voulait en profiter pour organiser une sortie sur l'évolution du quartier. Il a également eu l'occasion de faire venir deux personnes d'une association culturelle / sociale, dont l'objectif est de fournir aux habitants les outils nécessaires pour comprendre, appréhender et surtout se réapproprier ce nouvel espace longtemps délaissé. Il y a beaucoup de choses à dire, je ne sais pas par où commencer.

Les barres ont été construites dans les années soixante dix, en entrée de ville, au bord de la Loire. Enclavé par le fleuve, les voies ferrées et jusqu'à peu une voie rapide, excentré et presque inaccessible, je vous laisse imaginer la ghettoisation progressive du quartier. Les travaux actuels essaient de briser cet enfermement, par la rénovation des immeubles et des rues ; par l'ouverture de nouvelles voies vers un voisinage en plein développement, le centre d'affaires, l'Île de Nantes, le centre-ville, un nouveau pont, des tunnels creusés sous les rails ; par le rééquipement en infrastructures pour sortir du cliché de quartier dortoir, une piscine, de l'enseignement supérieur, un nouveau centre commercial.

J'avais déjà fait part de mes interrogations sur l'évolution à long terme de ce type d'opérations. C'est vrai qu'il y a aussi en filigrane une volonté, à peine voilée, de casser la cité pour la transformer en tout autre chose. Enlever les pauvres pour y mettre des riches. Sur ce point, j'admire la totale franchise de Bernard, comme je lui fais part de mes inquiétudes. Il m'avoue, clairement on n'en sait strictement rien, les logements ont été construits avec les meilleures intentions du monde, à l'époque c'était ce qu'on savait faire de mieux, on voit ce que ça donne aujourd'hui. C'est impossible de savoir comment cela va tourner et si l'opération se révèlera un succès ou un échec. Mais au moins on essaie de faire quelque chose. Mettre en place une mixité sociale sans pour autant chasser les habitants historiques, transformer le ghetto en quartier normal, un endroit qu'on n'évite plus, où on vient, où on passe, où on travaille, où on s'instruit. Travailler aussi, en direction de la population, pour qu'elle soie partie prenante des changements dans son environnement.

Ce qui est dommage c'est de ne pas pu avoir l'avis des habitants eux-mêmes. Ils ont été conviés à la rencontre, mais en pleine fête de rupture du jeûn, ils étaient tous occupés ailleurs et c'est bien normal. Malheureusement la seule réaction qu'on a pu constater, c'est une certaine lassitude d'une partie de la population, qui a un peu l'impression d'être devenue actrice malgré elle d'une nouvelle sorte de safari urbain. L'objectif du projet est ambitieux et toute la ville en parle. Toute la ville vient également constater de ses propres yeux, ce qui est parfois mal vécu par les jeunes, certains nous ont insulté, nous prenant pour des journalistes, un habitant est venu nous expliquer son point de vue.

Les réactions dans notre groupe aussi étaient mitigées. Il n'y à qu'à voir aux euphémismes que j'utilise pour décrire la situation, que je ne suis pas vraiment certain de ce que je pense de tout ça. Effectivement nous étions un peu un troupeau de bobos parti en goguette dans la ZUP. Effectivement certains étaient complètement hermétiques à l'approche sociologique et intellectualisée qui soustend toute la démarche, préférant une attitude plus pragmatique et plus directement en phase avec les attentes des gens. Mais l'important comme je l'ai dit, en fin de compte, c'est de voir, d'être témoin puis d'agir. Les travaux dans le quartier ne peuvent pas, à eux seuls, être une solution suffisante. Pas plus que le fait de faire prendre conscience aux habitants, qu'ils vivent dans un endroit qui risque de devenir intéressant et agréable. Il y a beaucoup à faire, chacun apporte sa pierre à l'édifice.

Je n'ai pas beaucoup de photos. Personne d'ailleurs n'en a pris, par honte de ce côté un peu voyeuriste, par auto-censure aussi. Finalement c'était plutôt pédagogique.

Nouvelle donne

Pour finir sur une note un peu plus positive, il faut se dire qu'à quelque chose malheur est bon. Paradoxalement c'est cet enclavement, qui a tant fait de tort à Malakoff, qui l'a également doté d'une des petites curiosités nantaises : la Petite Amazonie. Une zone complètement sauvage, perdue au milieu du béton, s'est développée de façon autonome et incontrôlée, pour devenir un herbier improvisé des plantes caractéristiques de la région. Des vaches écossaises ont également été réintroduites pour entretenir la zone.

Feuille d'arbre

Vache écossaise

dimanche 19 août 2007

Vacances

Un point rapide, so far. Début août, j'étais avec ma petite soeur. Nous avons pris le temps de visiter un peu Nantes, notre propre ville, comme cela fait en fin de compte un certain moment qu'on ne l'a plus fait – à vrai dire probablement depuis les visites guidées qu'on faisait au primaire. Beaucoup de choses ont changé ces dernières années, la cité est vraiment devenue très agréable et même, touristiquement parlant, intéressante. Le château a réouvert, il y a le projet des Machines de l'île, la biennale d'art contemporain, les rues et les places qui se métamorphosent et que les piétons se réapproprient petit à petit. Il y a encore beaucoup de travaux mais à terme ça devrait être vraiment pas mal.

Reliquat du coeur d'Anne de Bretagne

Au château il y a une exposition sur l'histoire de la ville, un peu longuette (il faut compter trois heures pour parcourir toute la galerie) parfois inintéressante mais souvent instructive. La section sur le commerce triangulaire qui a fait la fortune de Nantes, sur l'esclavagisme et sur le devoir de mémoire est je trouve assez émouvante.

Le Code Noir

Puis j'ai passé un week-end du côté de Royan, essentiellement farniente et baignade, avec deux ou trois visites culturelles. Ça fait du bien de glandouiller. Nous avons grimpé la dune du Pilat, juste à côté d'Arcachon, ça m'a rappelé les vacances dans les Landes après le bac, ça nous a aussi permis de faire un peu les idiots à dévaler la pente à gorge déployée.

Direction Dinard pour la fin de semaine, avec en objectif principal le concert des Smashing Pumpkins (enfin ce qu'il en reste) à la Route du Rock. Billy Corgan a encore de beaux atouts, il a cette dégaine assez caractéristique, crâne chauve, dos arqué, guitare au niveau des genoux et il envoie le bougre. Il fait presque le show à lui tout seul, avec une gestuelle très théâtrale et cette voix nasillarde, inimitable. Pour l'essentiel ils reprennent de vieux tubes avec quelques extraits de leur dernier album, plutôt moyen. Quand il entonne les premiers vers de Bullet with Butterfly Wings le public est quasiment en transe, et puis Drown, Tonight, Tonight, Zero. Assez excellent.

L'organisation du festival alterne entre le très bien, le site principal est très bien encadré, un peu bordélique sur la fin mais encore très correcte, sécurité satisfaisante, ravitaillement correct à prix raisonnable – et le beaucoup moins bien, les sites de Saint-Malo (la plage et le palais des congrès) sont inaccessibles, parce que géographiquement excentrés et surtout parce que non compris dans le prix du billet pour le site principal. Rajouter quinze euros pour deux concerts dans l'après-midi à l'autre bout du canton, désolé mais pour moi c'est un peu du vol.

Dinan aussi c'est très joli. La ville fortifiée, qui garde un cachet très médiéval assez pittoresque, surplombe la vallée de la Rance et le port en contrebas. Et c'est réellement impressionnant de voir les remparts, presque à flanc de falaise, dominateurs, presque fiers, et deux cent mètres plus bas, les petites maisons au bord du fleuve. Ce contraste lui donne un petit peu plus de personnalité que Saint-Malo, mais c'est peut-être parce que j'y suis allé trop souvent.

lundi 05 décembre 2005

Nantes, Demain

Par un pluvieux dimanche de décembre en début d'après midi, je suis enfin allé faire un tour là l'exposition Nantes Demain, une présentation très grand public de toutes les opérations d'urbanisme en cours et à venir sur la métropole. L'expo a lieu dans un hall désaffecté de l'Île de Nantes, dans une sorte d'ambiance post-industrielle un peu surréaliste, une grande salle cachée derrière des palissades au fond d'une petite cour, béton nu et mobilier de chantier. En entrant j'ai pourtant été déçu par la taille de l'évènement, on n'y faisait visiblement qu'effleurer gentiment les grands chantiers à venir, le busway, la réurbanisation de l'île, le zénith ; quelques plaquettes explicatives décorées d'épures d'urbanistes, concises mais superficielles, peu de plans d'ensemble des opérations comme peut en dessiner ma frangine, pas assez de détails sur les enjeux. Le plus intéressant restant quand même les quelques interviews d'intervenants, projetés au fond de containers réaménagés pour l'occasion et qui permettent de toucher du doigt l'idée, la vision, la pensée des hommes derrière les travaux. En les écoutant cependant et malgré tout l'enthousiasme qu'ils dégagent, on finit par se demander avec une légère inquiétude, ce qui au fond les différencie des mêmes urbanistes qui, il y a quelques dizaines d'années, ont vu s'allumer dans leur imaginaire la brillante perspective de grands ensembles urbains qui réinventeraient des villes nouvelles, des quartiers de barres sans fin symboles d'une modernité devenue accessible au plus grand nombre, mais qui finiront au fil du temps par ne devenir que les ghettos de la république. A-t-on une garantie que leur façon de penser la ville n'aboutira pas elle aussi à de vrais échecs sociaux comme ceux dont on a récemment pu constater la violente expression ?

lundi 31 octobre 2005

Thera, part II

Pour le peu que cela puisse servir, rendons grâce à Google, voici donc deux ou trois choses bonnes à savoir à propos de Santorin (ou Thera, le nom grec original – et je vous fais grâce du θηρα, ça se prononce Fira d'ailleurs...) De une, essayez d'éviter le Dameia Palace Hotel à Kamari. Certes, les chambres sont confortables et spacieuses, le personnel parle français, la nourriture est correcte, le gros problème de cet hôtel c'est son emplacement. D'une part il est collé à la piste de l'aéroport de l'île – et quand je dis collé, c'est du genre on voit le va-et-vient des avions par la fenêtre... Bon c'est pas Roissy non plus, les rotations ne sont pas trop fréquentes et personnellement ça m'était plus ou moins égal, vu que je n'étais jamais là. Mais quand même, de prime abord ça surprend. D'autre part l'hôtel est assez paradoxalement perdu au milieu de nulle part, puisque du côté opposé à l'aérogare. Il y a donc environ deux kilomètres de marche jusqu'au village de Kamari – une demi-heure à pied, ça se fait normalement assez bien, sauf à la fin d'une journée de randonnée... Une fois rendu au village vous pouvez utiliser l'excellent réseau d'autocars pour atteindre le reste de l'île. Ça doit être faisable entièrement à pied (30km de long) mais ça me parait une légère perte de temps, sans parler du côté subtilement suicidaire que comporte la chose. Un aller-retour en autocar coûte environ deux euros et laisse largement le temps de tout visiter – même en se levant à onze heures tous les matins... Pendant qu'on y est les prix sont à peu près ceux d'une petite station balnéaire bretonne, sauf dans les nids à touristes – je suis allé jusqu'à payer sept euros pour une glace, c'est limite même si j'avais un besoin urgent de sucre. La cuisine en général est acceptable sans plus ; les kebabs sont excellents et coûtent une bouchée de pain, par contre le café grec est dégueulasse, on dirait une purée de cacahuètes infusée à l'eau chaude avec deux tonnes de sucre. Ah si, un peu cher mais à faire absolument, le café Kastro sur la Caldera à Ia, où on m'a servi une salade de scarole au fromage fouetté, aux noix et aux tomates confites, relevée d'une vinaigrette balsamique au miel et suivie d'un mi-cuit au chocolat à tomber par terre. Pour le climat, début octobre il fait encore super beau, trente degrés et plein soleil tous les jours sauf le lundi de mon départ. D'ailleurs c'est marrant mais précisément ce dernier jour, les habitants commençaient à démonter les terrasses et les lits de plage. Ça donnait un petit côté nostalgie de fin de saison pas désagréable.

Au restaurant

Mes fidèles baskets, complètement mortes au bout d'une semaine

Mes pieds bien morts au bout d'une semaine aussi

Dans l'autocar

Dans l'autocar

No pictures

Vue imprenable sur la piste d'envol depuis ma chambre

Vivement que je reparte en vacances !

P.S.: Plus de photos là...

lundi 17 octobre 2005

Thera, part I

La première impression, c'est celle de faire tâche dans le décor. D'une part parce que la plupart des autres vacanciers sont des retraités ; je m'y attendais un peu en partant aussi tard dans la saison, mais peut-être pas à ce point là. Mis à part le contraste des générations, ça n'a pas trop été un problème, sauf les deux ou trois fois où j'ai dû faire la queue derrière eux. Et il y en a qui feraient presque de la peine, tellement ils sont accrochés à leurs derniers lambeaux de vie, ils se battent bec et ongle pour gagner une demi-centimètre sur le voisin, pour être sûrs de ne pas perdre leur place, comme s'ils se jetaient avec avidité sur leurs ultimes moments pour ne pas qu'on leur vole. Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, sur le principe c'est assez énervant de se faire bousculer de toutes parts par des hordes de petites vieilles enragées. D'autre part parce que hormis les retraités, le reste du contingent était surtout constitué de petits couples. J'ai eu à maintes reprises l'occasion d'être confronté à cette impression de solitude qui fatalement se dégage d'une telle situation ; assez bizarrement, ce sentiment ne s'exprime qu'en face des autres, j'ai souvent effectué de longues marches sur des chemins quasiment déserts, où l'on ne ressent que le vide apaisant de sa propre présence, ce n'est que dans les endroits grouillants que ressurgit l'angoisse, qu'on arrive pas toujours à assumer. Le tourisme de masse n'a pas l'air d'être très ouvert à la réflexion sur soi.

La deuxième impression c'est de constater justement qu'on fait malgré soi partie de cette masse de touristes. C'est probablement une erreur de se prendre pour autre chose, un couple que j'ai gracieusement aidé pour le cliché de rigueur façon carte postale, me demandait si j'étais un apprenti photographe en voyages d'études ; non en y regardant bien [I'm just] following the herd down to Greece comme dirait la chanson. Ce constat je le fais d'autant plus quand, en parcourant les ruelles de ces villages que tout le monde connaît par coeur, je compte le nombre de gros légumes américains qui se baladent les poches débordant de dollars et leur reflex numérique en bandoulière. Quelque part on se demande si ça vaut la peine de prendre ce cliché que d'autres ont déjà photographié un million de fois dans la journée ; quelque part ça libère aussi, quand les obturateurs se mettent à crépiter dans tous les sens, on se sent tout permis, y compris les poses bizarres et les tenues acrobatiques – au fait, les photos sont là.

Touriste malgré tout, oui, mais avec l'impression de se sentir en terrain connu, de ne jamais avoir à chercher son chemin, d'être serein bien qu'à l'étranger... Malgré cet alphabet différent et pourtant si familier – ce sont les souvenirs du lycée et de mon précédent voyage qui reviennent, mince c'était il y a dix ans ! Malgré cette langue inconnue qu'on entend sur toutes les lèvres, on est content d'avoir un anglais qui se défend. Malgré ces chemins et ces routes qu'on parcourt pour la première fois, même si l'île n'est pas bien grande (30km de long). Un peu comme les premières fois où je me suis promené à Paris, ce vague sentiment de toujours connaître les endroits indispensables, de ne jamais être dépassé par les évènements. Le dernier jour j'ai même loué une voiture pour boucler un dernier tour rapide de l'île. Je ferai un résumé du périple un peu plus tard.

lundi 22 août 2005

Débordements

Oui sauf que c'était tout sauf un week-end touristique façon découverte de la ville et de ses environs. Le lieu était plus un prétexte pour un week-end entre mecs, et vous aurez beau mettre dans cet italique les pires connotations qui vous viendront à l'esprit, je ne pourrai pas vous en vouloir car elles sont probablement encore loin de la vérité. Bon j'exagère. De Châlon j'aurai vu un peu la Cathédrale et le centre piéton, beaucoup plus l'île Saint-Laurent avec ses restaurants et ses bars. Samedi on s'est offert un pique-nique dans le vignoble et une petite dégustation au Château Meursault. Je garderai en mémoire quelques regards, quelques sourires et quelques débuts de soupçons d'entames de conversation. On est aussi allé faire un tour à Beaune, petite ville ceinte et pavée assez charmante au demeurant, et dimanche ça s'est terminé dans un parc d'attraction façon je joue à me balancer entre les arbres à vingt mètres du sol. Eprouvant. Ajoutez-y le fait qu'on ait dû se lever à quatre heures ce matin pour prendre le train et que je soie resté au travail jusqu'à huit heures ce soir, et vous pouvez avoir un début d'idée sur le moelleux du pâté qui tapisse l'intérieur de ma tête. Mais more to come, très certainement.

Débordements

Débordements

Débordements

Débordements

lundi 04 juillet 2005

Madagascar

Pour donner dans l'opposition de principe et même si je ne suis pas forcément le mieux placé pour ce genre de remarques, je tenais à rectifier une impression trompeuse que laisse selon moi le dernier long métrage de Deamworks. Non, Madagascar n'est pas une petite île déserte et paradisiaque perdue au beau milieu de l'océan indien. C'est la quatrième plus grande île du monde, une fois et demie plus vaste que France, il y a environ dix millions de gens dessus, c'est un pays excessivement pauvre (dont la dette est dieu merci en cours d'annulation), les bidons-ville y sont légion et la nature à l'état sauvage y bat sérieusement en brèche. Même si je comprends que ces quelques approximations soient là pour faciliter le scénario, j'ai envie dans ce cas précis de les corriger car elles participent à mon avis d'une sorte de malentendu général, largement entretenu par l'ignorance voire l'inintérêt. J'en profite également pour réparer quelques lieux communs un peu trop énormes que j'ai eu la navrante occasion d'entendre ici et là. D'une part ce n'est ni un département ni un territoire d'outre mer, c'est une ancienne colonie française indépendante depuis le début des années soixante et d'autre part on n'y parle pas un quelconque créole, mais le malgache, une langue étymologiquement proche des dialectes indonésiens.

La contradiction me vient à l'esprit parce que, il y a quelques semaines de cela j'avais assisté à une projection d'un documentaire musical sur Mahaleo, un groupe de la génération de mon père – documentaire qui ne se contentait pas tant de raconter les trente ans du groupe sur scène, mais soulignait également la misère de toute une nation au travers des luttes de chacun de ses membres dans leur vie quotidienne. En fait peu de musiciens malgaches sont complètement professionnels, ceux de Mahaleo continuent par exemple leurs métiers de médecin ou de député dans la vie civile. Evidemment ça renvoie un tout autre éclairage sur la situation et ça nuance légèrement les images de synthèse idylliques précédemment citées. Reste que, pour être totalement honnête, le film aurait pris le nom d'une autre île tropicale, je n'aurais probablement rien dit.

dimanche 15 août 2004

Souvenirs d'ailleurs

La Grèce, Athènes, ouais, j'y suis allé en voyages d'études quand j'étais môme, et même si c'est vrai que c'était il y a bien dix ans, j'avoue que je prends également un malin plaisir à employer cette expression. La Grèce, donc. C'était à l'époque où j'étais pas encore un vrai français, du coup ça a été un bordel monstre pour me faire prendre l'avion. On est monté à Paris, un truc incroyable, on est tombé en panne à mi-chemin, une vraie galère, tout ça pour aller chercher un visa qu'on n'a jamais trouvé et c'est finalement grâce à une relation d'un prof qui m'avait à la bonne que j'ai pu obtenir un laisser-passer du préfet. Carrément. Le pire c'est que j'ai perdu ledit laisser-passer au bout du deuxième jour, je l'avais oublié dans le premier hôtel, du coup ça a un peu viré à la crise, mais en fait on s'est débrouillé pour le récupérer juste avant de repartir.

Je me souviens de la bouffe, un peu spéciale mais pas vraiment dégueulasse, à chaque repas on avait le droit à une assiette de tomates-feta-olives en entrée suivie de trucs plus ou moins orthodoxes. Ça et les huit heures de marches en plein caniard pendant cinq jours, à mon retour ma mère s'était inquiétée parce que j'avais dû perdre dix kilos. On n'était pas vraiment nombreux, peut-être une vingtaine, mais on était tous de classes et d'âges différents et le prof en question était du genre emmerdant, alors c'était plus ambiance studieuse que colonies de vacances. Pour dire, on devait remplir des petits carnets de voyage qui étaient notés à la fin. Là où c'était chouette c'était quand on allait dans les musées parce que c'était climatisé, ça et deux ou trois autres trucs, comme la patine glissante que les vieilles pierres prennent à force que les gens les piétinent, c'est comme s'il y avait de l'huile partout. Comme les grands trous immenses dans Athènes à cause du métro qu'ils étaient en train de faire et comme les câbles de trolley-bus suspendus dans le ciel et qui s'enchevêtrent dans un tel bordel quand deux lignes se croisent.

Le soir on crevait de chaud alors on dormait avec la fenêtre ouverte et on entendait le bruit des voitures comme si on dormait dehors, à même le trottoir, sauf qu'on était au quatrième étage, dedans et dehors, avec une espèce de vent chaud pas toujours agréable parce qu'il puait la graisse et la poussière. Au début je sortais mon doudou, une espèce de peluche affreuse récupérée dans une offre promotionnelle un vendredi treize, mais j'ai vite compris qu'il valait mieux le planquer. Et puis il y a eu ce soir où j'ai voulu faire une mauvaise blague à un copain, en renversant une bouteille d'eau dans son lit, et la personne en question a voulu se venger sauf qu'elle s'est vengée sur le mauvais gars et du coup ça a un peu dégénéré. Et puis il y a aussi eu ce soir où j'ai fait un truc sur le balcon que je peux pas vraiment raconter, mais bon voilà.

Il y a eu aussi la blague de Thomas qui a recouvert la tronche de Pierre-Alexandre de soupe de fenouil. Il y a eu ce jeu d'échecs en marbre que j'ai marchandé pour ce qu'il me semblait être une fortune à l'époque, moi j'avais juste quatorze ans, au fond le vendeur il a bien dû rigoler en me voyant si près de mes sous. Il y a eu ce poster aussi que j'étais vraiment à deux doigts de voler à l'étalage d'un magasin, j'ai hésité dix bonnes minutes, juste le temps pour le vendeur de se ramener. Et cette photo d'un de nos profs qui me marquera toujours, on était dans une sorte de tombeau vachement sombre et lui il a cadré sur la porte d'entrée et résultat on voyait le paysage dehors entouré par la silhouette noire et triangulaire de la porte, un truc vraiment beau et presque indescriptible, parce que c'est ça qu'il y a de bien dans la photo, c'est de pouvoir partager tous ces moments vraiment beaux avec d'autres gens. Moi à la place de ça, j'ai pas trouvé comment rembobiner la pellicule de l'appareil de mes parents, du coup j'ai brûlé tout le négatif en le sortant. Alors les souvenirs, je les ai plus que dans ma tête. Mais bon, c'est de bons souvenirs quand même.

mercredi 21 juillet 2004

Dans l'attente d'une réponse...

On va dire simplement que le pire est passé et que maintenant ça ne dépend plus de moi. En fin de semaine, monsieur Machin doit me donner une indication pour le poste sur Nantes, sachant qu'il m'a explicitement notifié avoir un a priori plutôt positif concernant une embauche. Après c'est des histoires de gros sous et de levées de capital, rien à voir avec mon cas personnel, mais qui peuvent retarder leurs plans. Sachant que ce serait pour commencer au pire mi-septembre et que je serais calé dans leur grille sur un peu moins de 2.000 euros mensuel brut – ces deux informations n'ayant strictement aucun lien entre elles, à se demander pourquoi je les mets dans la même phrase.

Évidemment ça me permettrait de rester dans le coin et je vous cache pas que plus je vais à Paris, moins j'ai envie d'y vivre. L'autre jour, à côté de la gare RER du Stade de France, mes yeux sont tombés sur un bidonville, un vrai, avec de vrais mioches qui jouent dans la vraie boue entre les tôles des vraies caravanes. Ne vous méprenez pas, c'est pas que je trouve ça dégueulasse – enfin si, mais c'est moi que je trouvais dégueulasse, planqué derrière ma vitre, avec mon costard à 3.000 balles. Et c'est pas (pas seulement) pour me cacher pudiquement les yeux que je n'ai pas envie d'aller là bas. C'est (aussi) par découragement devant le boulot qu'il y a à y faire. Sincèrement.

À propos de Paris, on doit également me répondre, en début de semaine prochaine. Là je suis un peu plus circonspect. C'est quelque chose d'assez étrange que de bafouiller des arguments censés être représentatifs de ta personnalité, devant un asiatique à l'anglais très oxfordien, limite intimidant. Il a bien eu trois hochements de tête plutôt approbateurs, mais pour le reste, impression mitigée... Advienne que pourra. Sinon, c'est un peu la fête, voilà que d'autres cabinets de recrutement se mettent à m'appeler en nombre, comme ça, du jour au lendemain. Alors soit ils se sont passé le mot, soit quand les gens disent que ça repart dans l'informatique, et bien ils font pas semblant... Donc au pire si je fais 0 sur 2 cette semaine, j'ai déjà au moins un autre entretien sur Paris de calé pour mercredi prochain, plus un autre moins sûr sur Rennes – en espérant sincèrement ne pas avoir à y aller. Croisons les doigts. Allez ! Plus fort que ça !

vendredi 16 juillet 2004

Montmartre

Montmartre: Moineau

Montmartre: Pigeons

Montmartre: Fenêtre

Montmartre: Metro

mercredi 14 avril 2004

Les beaux jours

Ce n'est pas tant la chaleur, bien que ce soit loin d'être désagréable, c'est plus le fait que les arbres reverdissent, surtout en ville. C'est peut-être une idée utopique que de faire pousser de la végétation au milieu du béton, une illusoire volonté de paraître encore attaché à la nature malgré l'urbanisation incessante, une démarche tellement artificielle. Mais moi j'aime bien. Le fait que tout ça pousse au milieu des voitures et des poubelles, ce vert envahissant qui s'étale partout où il peut, dès lors qu'on lui a aménagé quelques trous dans le bitume. Je ne peux pas supporter les villes sans arbres, j'ai toujours trouvé ça choquant. Et pas juste quelques arbres ramassés dans des parcs à l'écart, non, il me faut de grands marronniers sur de grands boulevards. Pendant des années, tous les matins, j'ai été témoin de ce renouveau, boulevard du Petit-Port, à Nantes, un des seuls endroits où ils n'ont pas été obligés d'abattre les grands arbres pour faire passer le tram. Quand le printemps arrive, c'est une sorte de plafond vert qui recouvre petit à petit la fourmilière humaine. Et plus l'année avance, plus ce plafond devient dense. En été, la lumière du jour pointille à peine au travers des branches. J'aurais pu y rester des heures à attendre que mon tram arrive.

mardi 06 avril 2004

Pique-nique

Quand on roule vers Quiberon, à un moment la route fait un écart sur la gauche, avant de décrire une grande courbe à droite qui descend comme pour prendre son élan pour atteindre la presqu'île. À ce moment, on peut voir la mer, des deux côtés. Plus loin, la même chose, un ruban d'asphalte, les rails du chemin de fer et deux plages adossées l'une à l'autre. Un quai SNCF avec un écriteau, Isthme. Sur le côté exposé au vent, beaucoup de houle, alors qu'à gauche la mer semble lisse, presque paisible. Avec mon père, on a cherché une boulangerie pendant une demi-heure, après avoir poireauté je ne sais combien de temps devant la conserverie. Tout ça pour arriver à déjeuner vers quinze heures, de quelques sardines sur un bout de pain, sur la plage, adossés à une dune, face à l'océan. Ça peut sembler horriblement improvisé, mais au fond ce n'était pas si mal. On avait le sable et les galets rien que pour nous. Hors saison. Pourtant on est début avril, les gens sont en vacances, le ciel était clément (pour un mois de mars sur la côte, s'entend), mais non, pas grand monde et tous les commerces fermés. On ne va pas s'en plaindre.

jeudi 04 mars 2004

Comme avant

La montée sur Paris, toujours la même. Les trains n'ont pas beaucoup changé et cette odeur de vieux sièges monte toujours à la tête. Les voitures, minuscules, qui avancent à reculons sur les deux bandes d'asphaltes à gauche. Les tunnels, qui font mal aux oreilles, plus ils sont longs plus ils font mal. Et puis les premières tours, hideuses, de la pauvreté en barre, qui fait pitié à voir. Le long des lignes de chemin de fer, les entrées de ville ne sont pas souvent réjouissantes. Des trains de banlieue qui rentrent chez eux. Quelque part, quelqu'un qui rêve d'évasion, assis sur sa banquette, en voyant les TGV fuir vers des ailleurs toujours plus beaux. Il est coincé tous les soirs dans cette rame où on viole les jeunes filles, alors que quelques mètres plus loin, tous les soirs, on s'envole en première vers l'océan. La cohue à la descente, comme si le train allait repartir. Heureusement, j'aperçois un sourire accueillant au bout des quais. Montparnasse grouille, la foule, toujours la même. L'odeur du métro, mélange de ferraille et de sueur. Deux changements, cinquante minutes. Et puis ce quartier, pas loin de Belleville, vivant et cosmopolite, comme dans les livres. Le digicode, toujours le même, l'odeur de peinture, le pianiste en dessous qui donne ses cours. La musique, Keith Jarrett, que je préfère calme et mélancolique plutôt qu'improviste et dansant, The Melody at Night, With You. J'apprends qu'un grand poète est mort, dommage mon Claude, merci pour tout. Le journal des sorties que tient ma sœur, qui ressemble à un blog culturel parisien. Un dîner simple, une bonne douche, prêt pour demain.

lundi 16 février 2004

Détails

Dimanche 15 février. Un ensemble de cordes jouait du Brahms sous les arcades de la place des Vosges. La jeune fille qui fasait la quête portait des Converse roses et chantait Vive le vent... aux touristes qui la snobaient. Un petit garçon écrivait pédé en grandes lettres, à l'ombre de la statue de Louis XIII. La foule compacte se bousculait sur les trottoirs minuscules du Marais. Un vendeur exagérément stéréotypé conseillait mon père dans un magasin d'huiles d'olive. Ma soeur m'offrait une souris en Pistache. Un couple de japonais attendait sagement à l'abri de la devanture du BHV et j'aurais aimé les prendre en photo, juste eux deux, seuls, silencieux, calmes, mais ils auraient peut-être refusé. Le vase devant Beaubourg était toujours aussi laid. Et la nuit tombait sur cette ville où je ne pouvais pas rester. Au bout de trois heures, l'autoroute de Nantes jouait aux montagnes russes sur ses collines familières qui annoncent la fin du voyage. Périphérique 3, Centre-ville 14. Sous les néons, les numéros étaient toujours les mêmes, 22, 23, 24, 26. La voiture frôlait la maison et le projecteur de la cour s'allumait. Éteindre l'alarme, tourner la clé, de retour, une fois de plus.

mardi 23 décembre 2003

Ailleurs

Paimboeuf est une bourgade anonyme de l'estuaire de Loire, avec ses baraques grises et ses jardins marrons. Un long terre-plein borde le fleuve, devant les premières maisons, aménagé en grand espace de promenade et de détente. Comme si la ville avait eu autrefois des velléités balnéaires, vite lessivées par l'eau graisseuse sur ses rivages vaseux. La Loire en elle-même n'attire que peu les touristes, la mer est à moins d'un quart d'heure. Quand le soir tombe un dimanche d'hiver, cet espace est vide et désolé. Le phare ne tourne pas, il clignote, pour signaler aux bateaux les bancs de sable, sur lesquels il serait relativement malheureux de s'échouer. En face, les lumières de la raffinerie de Donges, avec ses brûleurs, se reflètent dans l'eau, et c'est joli. On en oublierait presque les huiles et les composés pétro-chimiques qu'elle vomit chaque jour.

samedi 20 décembre 2003

Voyages

Quand j'étais petit, chaque voyage en voiture vers Paris était une vraie expédition. On partait pour une dizaine d'heures de nationale, avec un pic-nic et de quoi nous occuper en conséquence – une fois on a même amené toutes nos peluches. On y allait une à deux fois par an, pour voir nos cousins banlieusards. De manière assez vague, je me souviens voir défiler les arbres et les paysages, je me souviens embêter ma soeur, je me souviens que c'était un calvaire mais que ça passait, parce qu'il y a quelque chose au bout. Aujourd'hui, on monte sur paris en trois heures d'autoroute, environ une fois par mois, pour aller rendre visite à ma soeur et lui amener des choses. C'est autre chose, mais au fond, c'est pas plus mal. Et en plus, elle est revenue pour les vacances.

mercredi 27 août 2003

Odorama

Les éboueurs vident les bennes à ordures en bas de chez moi, du coup avec le petit vent d'ouest et la fenêtre ouverte, tout l'appartement sent l'air du large. Il faut aussi que je vous parle de la méthode assez étrange qu'ont les agents de la municipalité de Bordeaux pour gérer la propreté. Passons sur le coup de la grève de deux semaines, de manière générale les grandes places/rues sont assez nettes et je vois les balayeurs tous les matins finir fièrement leur tournée Place du Parlement.

Juste, certains recoins sont crades à souhait, et, enfin, je ne sais pas, c'est peut-être les bordelais qui ne sont pas propres, mais au bout de quelques heures c'est de nouveau dégeulasse. Rectification, ils ne sont pas propres, ou en tout cas beaucoup moins civiques qu'à Nantes en ce qui concerne les déchets sur la voie publique. Bref, ça, au moins, je ne le regretterai pas.

jeudi 05 juin 2003

Shitty place

Il y a un coin sur le chemin vers le boulot qui sent particulièrement la merde. Je ne sais pas d'où ça vient, ni pourquoi c'est localisé à cet endroit bien précis. C'est sans doute dû aux crottes de chiens, mais il n'y en a pas plus qu'ailleurs, donc bon. D'ailleurs, Bordeaux est une ville assez sale dans son ensemble. Moi qui croyais que les municipalités de droites étaient justement réputées pour être attentives à ce genre de choses... Ou alors c'est justement une tactique pour maintenir l'électorat dans un sentiment permanent de dégoût et les inciter ainsi à voter à droite. Je reconnais, c'est farfelu comme idée.

mardi 15 avril 2003

Se la vida e

Donc j'ai deux rendez-vous pour visiter des appartements après-demain. Et je commence mon stage mardi prochain. La vie est belle. Malgré le petit pincement au coeur que j'ai eu en partant de Lyon la semaine dernière. Je repense à tous ces gens qui ont fait une partie dans ma vie pendant six mois, le temps de survoler rapidement un DESS quelconque. Je repense à tous ces endroits qui ont fait une partie de ma vie pendant six mois, le temps survoler rapidement une ville quelconque. Quelconque et pourtant si particulière. Ce n'est pas grand chose et pourtant ça compte beaucoup. Comme la vie est parfois étrange. Pas mal faite, juste étrange.

samedi 05 avril 2003

Bordeaux

Le Pont de Pierre illuminé la nuit, c'est une magnifique image. Ces arches rouges qui enjambent la Garonne semblent s'étendre indéfiniment vers une improbable rive qu'on entr'aperçoit à peine.

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jeudi 20 mars 2003

Turista

Une dernière chose ce soir, et je vais me coucher. J'ai encore fait mon touriste aujourd'hui, j'ai pas pu m'en empêcher. Le petit parc au bout de l'ile de la Cité (côté Pont-Neuf) est super sympa -- par contre faut arriver à supporter les troupeaux de touristes qui passent de temps en temps pour embarquer sur les bateaux-mouche. Et d'autre part, bin la Villette c'est quand même assez surréaliste dans son concept, je veux dire, ce mobilier rouge qui tombe par hasard un peu partout, muni d'escaliers qui ne mènent nulle part; et cette énorme boule à facettes à l'entrée; et ce Quick tout rouge avec anémomètre surgi de nulle-part. Dépareillé, c'est le mot je pense, mais l'un dans l'autre, ça passe assez bien.

mercredi 19 mars 2003

Ah oui tiens

Une chose marrante (enfin marrante) à Paris, c'est la perspective qu'on a en regardant du Louvre, côté pyramide. Un seul regard embrasse d'un coup la pyramide donc, l'arc de Napoléon, l'obélisque, les Champs, l'autre arc (le grand) et l'arche de la défense. Sans doute que c'est voulu, quelque part, sinon ce serait quand même une drôle de coïncidence.

Ça m'est venu comme ça

C'est même pas une ville. C'est tout juste un agglomérat de maisons, posées par là comme par erreur, au fond d'une vallée perdue. C'est vide et muet comme Miss France dans une bibliothèque. Ça vous tombe dessus avec l'improbabilité d'un cancer des testicules et ça vous effraie au moins autant. On ne s'arrête pas dans cette ville. Tout juste on y passe, de loin, sur l'autoroute, en espérant ne pas avoir à faire une pause pipi dans les environs. On l'ignore. Les quelques personnes qui y sont restées, on n'en a plus entendu parler. C'est que le pays a peut-être son charme, comme une vieille triperie où l'on vous sert les abats tout frais, encore sanguinolants. Ou alors son air est tellement pourri, que passé un certain délai, le fait de ne pas en avoir fui vous conduit irrémédiablement vers la morgue.

vendredi 07 mars 2003

Erratum

Ouais mais en même temps Paris vous savez sûrement à quoi ça ressemble et ça vous ferait chier plus qu'autre chose si je racontais. Déjà que là... Et puis c'est pas comme si c'était super intéressant non plus. Sauf que les escaliers à Abbesses sont plus agréables à descendre qu'à monter je pense, et qu'en voyant le genre d'énormités que j'en viens à sortir, bin vous vous rendez compte que c'est forcément pas plus mal que je m'abstienne. N'est-ce pas, hein ?

jeudi 06 mars 2003

Résumé

Je vous aurais bien raconté les tribulations de Yvan a Paris, mais là j'ai 15 kilomètres dans les pattes et je suis un peu crevé. Plus de détails au prochain épisode.

jeudi 20 février 2003

Visite

Quand on va dans certains quartiers de Lyon, on se retrouve face à ces espaces hyper-urbains, que les années 70 ont joyeusement recouvert de leur joli béton massif et granuleux, et décoré de leurs artistiques alvéoles en plastique orange; des passerelles enchevêtrées qui enjambent des échangeurs et des tunnels qu'une certaine complexité; des immeubles imposants qui montrent la fierté d'une époque où la maîtrise de la construction s'affichait à chaque coin de rue, comme de grands blocs de pierre livides au pieds desquels grouille une foule monotone; et le constant mauvais goût qui martyrise l'oeil de toute personne censée; et les vagues tentatives de réaménagement des années 90, qui ont fait réapparaître la verdure au milieu des délires architecturaux d'une époque mégalomane.