lundi 24 janvier 2011

Transitive

Lola est revenue et ça m'emmerde. Ca m'emmerde, j'aurais tant aimé qu'on devienne les meilleurs amis du monde. Mais je n'ai pas grand chose à lui proposer, rien d'autre que moi. Et de moi on ne peut guère faire un meilleur ami. L'autre jour je remplissais un questionnaire, un questionnaire censé t'ouvrir les yeux sur ta personnalité, même si tu es persuadé que tu n'en as aucune, te faire prendre conscience de tes centres d'intérêt et, par corollaire j'imagine, t'apprendre à cultiver ces traits mêmes maigres qui pourraient te donner un semblant d'intérêt. Je l'ai rempli. A moitié.

Je suis fier d'elle. Vraiment. Je la présente à mes potes et je suis fier d'elle, vraiment. Elle a ses façons de raconter, de se raconter, sans aucune prétention mais avec l'entrain de la jeunesse, son été, son voyage, son retour. Elle est comme un livre que tu ouvres et que tu ne peux plus lâcher, pour chacune de ses pages trop courtes mais aussi pour le fin mot de l'histoire, de son histoire, qui te rend impatient, presque avide. Moi c'est à peine si j'arrive à enchaîner deux phrases sans bégayer. Alors oui on est assez différents. C'est étrange d'ailleurs comme je ne m'attache que des amies radicalement différentes de moi.

Un peu par ouverture d'esprit, un peu par esprit de contradiction. Tu m'aurais dit il y a trois ans que je me retrouverai là, dans l'appart d'E., à regarder les photos de leur dernier week-end à la réserve, à discuter bivouacs, camps de survie et vigipirate, je t'aurais ri à la figure. Mais j'y suis. Je m'adapte. Par moments je me surprends, je m'étonne de répliques vulgaires dans la bouche des filles. Mal à l'aise car je ne connais personne, j'ai l'impression de me mêler à un autre monde, bien éloigné du mien, avec une forme dissimulée, réprimée, de condescendance.

Lola me sourit et ça m'emmerde. Ca m'emmerde, si ça se trouve elle pense la même chose. Elle se retrouve chez moi, un apéro entre geeks, mêlée à un autre monde qu'elle ne connaît que peu, peut-être avec amusement. Et cependant elle me regarde comme si j'étais le type le plus intéressant sur terre. Dans la nuit elle me lâche un texto assassin, le texto le plus gentil et le plus adorable. Moi...

vendredi 16 juillet 2010

Mademoiselle J

Je voudrais réussir à franchir le cap et ne plus jamais, jamais rien regretter. J'aimerais ne plus me sentir vaincu avant même d'avoir commencé, j'aimerais ne plus trouver ces excuses faciles qui au dernier moment m'empêchent de suivre mes bonnes intuitions. Mais en ce moment j'hésite, je bafouille, je cherche même mes mots. Je pensais d'ailleurs avoir franchi ce cap, je pensais qu'à force d'efforts j'étais parvenu à entretenir l'illusion, même fugace. C'est peut-être la fatigue qui me rend moins vif, je ne parviens même plus à soutenir le moindre début de conversation, même avec mes amis proches.

A chaque fois que Lola passe, j'ai l'impression que c'est la dernière fois ; mais elle semble revenir, toujours, avec le rythme et la patience calme et convaincue de la houle. Convaincue de quoi, je ne sais pas bien, mais elle est là et sa présence me rassure. Pas comme si nous étions si proches, pas comme si un peu de lassitude ne se ressentait pas parfois dans sa voix — mais elle est là, belle, radieuse, tempétueuse et intelligente, assise à deux mètres de moi et elle fait comme si je méritais une quelconque attention.

On évoque rapidement le cas Jess. Ah, je voudrais réussir à franchir le cap et ne plus jamais, jamais rien regretter. Pourtant Lola me conforte, cela ne la gênait pas le moins du monde de me donner son numéro. J'imagine également comme elle a pu dresser à l'intéressée l'inventaire de mes qualités, comme le font d'alleurs toutes mes copines — Ségo le fait, Alice le fait. Ça s'annonçait bien. Deux fois déjà j'avais l'occasion de la voir, les deux fois j'ai éludé par un texto à la limite de l'impolitesse, sans jamais avoir le courage, la décence d'appeler. Je ne sais pas pourquoi. Je bloque. Peut-être la peur du vide. Désormais je ne sais plus comment rattraper le coup, je ferais peut-être mieux de la laisser tranquille avant d'être lourd.

mardi 01 juin 2010

Lundi, alcool

C'est atrocement vrai et c'est vraiment atroce. Je suis l'archétype du garçon gentil, bien sous tous rapports, assis au fond du même canapé au fin fond de la même soirée ; qu'on croise joyeusement au hasard d'une blague mais dont on oublie le prénom aussi vite qu'on a visualisé les quelques anecdotes entamées par une conversation vaguement polie, mais rapidement ennuyeuse. Le pire c'est cette conscience de moi-même, lorsque maladroitement debout de l'autre côté de la pièce, peu à peu abandonné par les trop rares personnes qui se sont risquées à m'adresser la parole, je me retrouve sans autre occupation que de regarder le fond de mon verre et me resservir en chips. Alors je me déplace en suivant le mouvement, je tente un rapprochement vers un autre groupe. Je n'ai pas grand chose pour moi si ce ne sont les restes d'un humour stéréotypé qui masquent une aigreur difficilement contenue et ce rire nerveux qui hésite entre rappeler sa présence et ponctuer le malaise.

Je la revois, elle, essayant désespérément de me raccrocher à sa soirée par quelques phrases anodines. Je revois ses amies et leur gêne mêlée de politesse, quand il s'est agi de me tenir le crachoir quelques minutes. Histoire de donner le change. Putain, comme je me sens inadapté au monde. Je rencontre son nouveau mec et me dis, d'accord, bon, je n'avais vraiment aucune chance. J'essaie de m'intéresser à ses copines et m'emmêle les pinceaux, entre une curiosité un rien déplacée, des points communs à l'à-propos trop marqué pour paraître sincères (pourtant ils le sont) et les descriptions de mon quotidien qui au fond n'intéressent personne et dont j'ai parfois le tort de penser qu'ils peuvent suffire à alimenter une discussion.

Je bois, systématiquement, pour oublier le malaise. Je comprends aussi, que malgré les efforts je n'y arriverai jamais. Ou alors par chance. Mes amis sont patients avec moi et je leur en serai toujours infiniment reconnaissant. Le reste du monde lui m'ignore. Sans doute à raison.

dimanche 23 mai 2010

Séquence

J'alterne, sans que je ne sache vraiment pourquoi, les longues traversées du désert et les périodes où je vois quasiment tous mes amis en l'espace de quelques jours. Et encore, j'avais voulu réunir tout le monde lors d'une même soirée, et puis j'ai changé d'avis. Enfin plus précisément j'ai laissé les signes du destin décider à ma place de continuer à cloisonner, pour éviter les bourdes et autres erreurs d'appréciation.

Du coup j'avais avancé mon petit apéro avec Lola d'une journée, un dernier petit apéro, juste tous les deux, avant qu'elle ne s'en aille. Je suis soulagé pour elle car elle a, contre toute attente, fini par trouver une famille d'accueil en Russie. Comme elle m'explique, et je la crois sur parole, cela va certainement faciliter son acclimatation. Quelques précisions logistiques plus tard, je la laisse s'en aller, sans rien dire — assez tôt du reste, il lui restait quelques partiels à réviser avant son départ. Elle me raconte qu'elle aimerait pouvoir rentrer rapidement et espère trouver un stage sur Nantes. Elle vient de rencontrer quelqu'un.

Je pense être victime du syndrome du bon copain, J'aurais bien aimé l'expliquer aux autres, le lendemain soir, au restaurant. J'attendais avec impatience qu'ils m'interrogent sur le sujet, mais leurs questions ne sont jamais venues. Peut-être par lassitude, comme je me suis toujours contenté de rester très énigmatique à ce propos. Pas de chance, la seule fois où j'aurais aimé vider mon sac, on n'a fait que discuter d'autre chose. Et rire aussi, heureusement, se tournant mutuellement en dérision et jouant à s'attirer les foudres de la serveuse.

Nous célébrions, entre autres, le nouveau poste de S., qui va enfin connaître le plaisir de ne plus se lever à six heures du matin pour aller au travail. Là aussi, une source de soulagement, les trajets en train commençaient visiblement à lui plomber la santé. Et puis je pense qu'ils méritent tous les deux bien mieux que ce dont ils semblent se contenter. Voilà enfin un premier pas vers une situation que j'espère bientôt plus simple et plus sereine pour eux.

Vendredi, barbecue et alcool, on prend en partie les mêmes personnes et on recommence. Quelques nouvelles têtes aussi. Flo et son insoupçonnable second degré, qui me fait juste éclater de rire. Béné la nouvelle copine de F. avec son sourire radieux qui respire l'ouverture d'esprit et cette envie simple, presque indescriptible, de profiter de la vie et d'accepter les gens et les choses comme ils viennent. Pas de la résignation, peut-être de la sagesse. L. qui me fait la gueule comme si elle m'en voulait désormais de ne jamais lui répondre que par politesse, mais ce n'est pas du snobisme, c'est de la timidité.

Et Carole. Avec une idée de déguisement tellement géniale qu'elle a quasiment suffi à me faire tomber amoureux. On restera assis en face presque toute la soirée, elle rayonnante, moi sous ma perruque qui la dévisage discrètement, sans jamais trouver ni le courage ni le prétexte d'aller lui parler. Elle s'en ira finalement, non sans une petite plaisanterie à mon égard. Mais cette fois pas de trace d'elle dans le Facebook de ses copines pour m'aider à rattraper le coup.

Damned. Demain matin je prends le café avec S. J'en profiterai pour aborder le sujet avec elle.

dimanche 25 avril 2010

Visions

J'ai l'impression d'avoir perdu ce don que j'avais, d'arriver à comprendre, pas toujours, souvent un peu, ce que les autres sous-entendent, à lire entre leurs lignes, à deviner ce qu'ils veulent sans oser le dire, et essayer de réagir en conséquence. Soit ça, soit j'ai tout bonnement décidé de m'en foutre. En tout cas, ces derniers temps je suis beaucoup moins prévenant — ça doit du reste jouer sur mon karma, c'est juste que je ne suis vraiment pas d'humeur.

Ce matin je reçois un texto, avec en filigrane une invitation pour aller déjeuner à la campagne, avec la belle-famille. J'ai réfléchi et ai décidé, de façon plutôt égoïste, de l'ignorer, de jouer l'ingénu. Non, en vérité je n'ai même pas répondu. Ce soir mon paternel m'appelle pour s'inquiéter (comprendre, pour m'engueuler), je ne suis pas venu une fois en trois semaines de présence sur Nantes. Désolé. Non, en vérité je ne me suis même pas excusé. Au lieu de cela, je me suis enfermé dans mes lubies habituelles. Un bouquin, du thé, des gâteaux. Et j'ai plutôt passé une bonne après-midi, en fin de compte.

Pas que je me sente coupable cependant, mais j'ai quand même l'impression de mal tourner. Je repense à G., à R., qui lorsqu'on les interroge sur ce qu'ils ont prévu du week-end, répondent en substance d'un laconique : rien. Une partie de moi les plaignait quelque part, de n'avoir aucune perspective pour ces deux jours. Le fait est qu'en ce moment je pourrais répondre exactement pareil. Je le fais d'ailleurs, mais uniquement à la seule à qui j'admets une partie de mes travers. Car socialement, c'est une position indéfendable. Pour les autres il vaut mieux inventer une sortie à la mer ou, au moins, un resto-ciné. Ça sonne moins pitoyable au déjeuner du lundi midi. En réalité, moi je suis presque content de reprendre le train (et le train-train) habituel des journées de travail, les bouquins, les sandwiches et l'informatique.

Période étrange. Je me demande ce que j'en retiendrai. Même les soirées prennent une tournure incongrue. La parenthèse Lo est en train de se refermer, quasiment aussi soudainement qu'elle s'était entrouverte. La blague Facebook qui nous avait mis en contact s'essouffle et avec son prochain départ, l'épilogue se rapproche. Moi qui pourtant pensais avoir compris ses intentions. C'est étrange de m'imaginer que dans six mois, ce sera comme si rien de tout cela ne s'était passé, comme si je n'étais jamais monté chez elle, n'avais discuté avec ses amis. Je revois le sourire complice de Sabine alors que nous finissons cette bouteille de Bordeaux blanc que j'ai quasiment bu tout seul, pour oublier. Autant de visages croisés dans l'intervalle d'un hasard capricieux, eux aussi emportés par la ) fermante.

A trente ans, je me détache peu à peu du monde. Pareil avec la bande, j'ai l'impression d'une nouvelle distance entre nous, que la récente et excellente nouvelle du changement de travail de S. a tout juste réussi à combler.

J'avais prévu que 2010 serait un mauvais cru, voilà qui là aussi confirme mon don de prémonition.

mercredi 21 avril 2010

Un tiens

En fait je n'arrête pas de me prendre de gros vents en ce moment. 87, pas un chiffre porte-bonheur. Je n'ai pas, mais vraiment pas, l'habitude de me lancer avec aplomb et facilité ; et quand par miracle je le fais, c'est souvent après une interminable phase de réflexion. Rajoutez-y ma phobie paranoïaque du rejet et du jugement, que j'entretiens depuis mon enfance et dont j'ai déjà dû parler, vous obtenez un début d'image de mon état habituel après un échec. Ce sont juste les circonstances qui rendent la situation plus difficile, un mélange de fausses certitudes et de pression environnementale.

Les filles 2, Yvan 0.

Moi qui espérais m'envoler avec mes deux L., me voilà cloué au sol par l'irruption d'une ombre évanescente, sans doute celle du petit ami ou du nouveau copain, mon nuage de cendres à moi, surgi de nulle part au milieu du printemps et qui assombrit les horizons des long courriers.

Bah.

Dans l'absolu, même si on ne s'envoie pas en l'air (c'est juste pour le jeu de mots), ça ne m'empêche pas de profiter de ma Lulu, d'ici à ce qu'elle termine son stage et qu'elle s'enfuie loin de cette ville. Ça ne m'empêche pas non plus de profiter de ma Lola, avant qu'elle ne passe à l'Est pour son dernier semestre universitaire. Je rejoue donc dans le même registre innocent qui m'a valu tant de joies par le passé, simples, ténues, éphémères mais bien réelles. Peut-être cela vaut-il mieux que de courir après des chimères et se ramasser de vieux soufflets.

mercredi 31 mars 2010

Nouvelle chance

Alors non, en réalité ce n'était pas un test. Au temps pour moi, ce n'était pas un test. Tant pis pour les intuitions, tant pis pour le premier degré. Enfin, au moins je suis fixé.

Je ne sais, du reste, pas vraiment à quoi cela tient, pourtant je lui en suis infiniment gré — des fois le destin semble vouloir me donner des occasions de me racheter, de vivre à nouveau la même journée, comme dans Groundhog Day, et cette possibilité de gommer mes erreurs, d'essayer une version alternative du scénario.

Hier soir elle m'invite (encore) à prendre le thé chez elle — en compagnie de deux de ses amis (encore). Bien entendu, j'avais quelque chose de prévu : le dernier cours d'archi de l'année, un éventuel apéro au LU, plus un entraînement en filigrane, que je décide cette fois de sacrifier à l'autel des vieilles habitudes, ne voulant pas rater l'opportunité de vérifier (encore) mes théories fumeuses sur la gent féminine.

Je file donc chez Larnicol, le meilleur chocolatier de la ville (publicité assumée) achète un sachet de macarons (placement de produit) et me présente, l'air de rien, chez ma chère Lo.

Et comme promis, j'ai joué le jeu. D'ailleurs ce sont des gens intéressants, parmi lesquels une future ex-RH, dont les conseils pourraient avoir à me servir plus tôt que prévu. Ce qui m'a également rapidement permis de conjecturer du ton neutre de la conversation, bien loin du complot soit-disant subodoré.

J'ai évidemment observé ses réactions à elle, ai relevé deux ou trois questions sujettes à interprétation — mais, vous l'avez désormais compris, voilà un exercice duquel je crois bon de devoir m'abstenir pour l'instant.

Plus d'informations, alors, au prochain épisode.

mercredi 24 mars 2010

L comme Mardi

Je sais que je n'ai pas forcément beaucoup de suite dans les idées et que, si je ne manque certes pas de répartie, c'est parfois la spontanéité qui me fait défaut — moi et cette indécrottable habitude de taire mes premières intuitions, de ne jamais agir au premier degré, par crainte qu'on interprète sans cesse mes actes. A posteriori je regrette, comme toujours ; ces derniers temps plus que jamais, j'ai peur de laisser passer ma chance et qu'on se lasse, à force de me voir tergiverser et éluder les évidences.

J'invite Lo à dîner à la maison. Comme je sais si bien faire, je mets les grands plats dans les petits (ma vaisselle restant relativement modeste) et, malgré ces petites contrariétés dont je ne préfère ne pas parler, je la reçois comme la petite princesse qu'elle est à mes yeux. Je crois que ça lui plait. Son quotidien récent est émaillé de quelques mésaventures, je pense que ça lui fait plaisir qu'on s'occupe d'elle.

Quand elle annonce que c'est fini avec S., j'arrive à me contenir et à faire part d'un étonnement détaché. Voulant surtout éviter l'impression désastreuse de sauter sur l'occasion, je décide de patienter pour innocemment lui laisser l'initiative.

Hier soir elle m'invite donc à prendre le thé chez elle — en compagnie de deux de ses amis. Je pense que c'était un test. Vu les conditions, je pense vraiment que c'était un test. La preuve sociale. Organisé un peu à la sauvette, prétextant nos habituelles occupations respectives de la soirée pour excuser une éventuelle sortie de secours, elle la danse, moi l'entraînement. Pourtant quand j'arrive tout à l'air d'être installé pour un peu plus qu'un simple créneau en afterwork : un table bien préparée, un auditoire attentif visiblement briefé à mon sujet, des signes chez elle qui ne trompent pas.

Comme cette résignation que je lis dans ses yeux lorsque, bêtement, j'élude la soirée après quelques minutes et pour filer à la limite de la politesse. J'aurais pu jouer le jeu et arriver à plaire à ses deux amis. Je préfère sans réelle raison la carte de l'engagement déjà pris, dans lequel je fondais par ailleurs un autre secret espoir. En sortant je me demande quand même ce que je suis en train de faire et hésite à faire demi-tour pour les retrouver.

Je n'ai sans doute rien commis d'irrattrapable. Je me maudis cependant car si je prends toutes nos précédentes coïncidences comme des présages, alors peut-être l'importance de cette relation mérite une vraie attention.

Bon. Après tout c'est bien de se laisser désirer un peu. Je sais, j'essaie de me rassurer.

lundi 15 mars 2010

Non. Pas Moi.

Elle me l'avait demandé, Lo, avec ce semblant d'intimité qui nous vient naturellement, comme si nous étions amis depuis des années. J'avais alors eu une réponse laconique. C'était compliqué ; elle ne savait pas ce qu'elle voulait alors que moi, bien au contraire, je savais exactement ce que je recherchais. Mais puisqu'il faut dire les choses comme elles le sont, je préciserai désormais ainsi ma pensée : je pense maintenant savoir ce que je ne veux pas.

Soyons francs, ce qui m'agace le plus chez Mademoiselle L. c'est son côté paranoïaque. Pas maladivement paranoïaque, assez cependant pour gâcher une soirée — des histoires au travail qui au mieux indiffèrent, au pire inquiètent. Quand en plus je m'imagine avec elle au quotidien, c'est plus fort que moi. C'est allergène.

Ite missa est. Les choses sont claires dans ma tête. A présent je veux passer ce stade et qu'on reste bon amis. Après tout on s'entend bien. Je la soutiendrai si elle en a besoin, s'il le faut je l'aiderai avec sa fille. Vous me direz, certains se contentent d'aussi peu pour construire une vie de famille.

Non. Pas moi.

lundi 15 février 2010

Les petits riens

Les changements subtils ont pris la place des grandes révolutions, malgré la petite voix qui ne cesse de me rappeler qu'on est toujours maître de son destin — et unique responsable des grandes décisions qui seules peuvent changer une vie. Dans mon pèlerinage quotidien en terre angevine, cherchant fortune et gloire, j'ai été rejoint par deux autres collègues nantais — un d'eux, John, prend le train tous les jours avec moi. Changement subtil que cette nouvelle compagnie, la conversation me distrait désormais de cette routine presque installée, depuis trois mois. Avec le même parcours, on est à peu près d'accord sur bien des choses, sur la mission, sur notre boîte, sur notre métier en général ; ce n'est certes plus un réconfort, car je crois que seule une minorité d'informaticiens parvient à se satisfaire de son sort — la plupart pense reconversion à moyen terme et c'est toujours un soulagement de pouvoir se projeter à deux dans un avenir plus ou moins proche, d'imaginer des solutions pour faire évoluer sa carrière respective, de penser perspectives.

Les changements subtils ont pris la place des grandes révolutions, malgré la petite voix qui me rétorque que, trois kilos deux cent, c'est quand même un changement substantiel. Si j'ai déjà pris pas mal de bébés dans mes bras, l'émotion est malgré tout particulière — pas aussi intense que je n'aurais pu croire cependant. Cette envie qui parfois me prenait viscéralement a depuis faibli, remplacée par une béatitude simple et sincère, détachée de toute jalousie. Même lorsqu'elle serrait mon doigt de toutes ses forces.

Je me dis, peut-être tout serait plus simple si j'étais gay. Je me poserais moins de questions. Je ressentirais moins de pressions.

De la rue Lo m'interpelle, elle suspendue à la fenêtre de sa voiture, moi au balcon en train de fermer les volets. On dirait une mauvaise comédie italienne. Un malentendu sur le déroulement de la soirée, là voilà qui repart — et moi qui manque de l'aplomb nécessaire pour la retenir, j'essaierai après coup de me rattraper par textos interposés. Je me souviens avec résignation, comme je crois être capable de citer précisément à quel moment j'ai merdé dans chacune de mes relations.

Pas de révolutions non plus dans ce domaine, hélas !

J'ai seulement l'impression de savoir mieux choisir. Ou alors d'avoir plus de chance. Ou alors d'être plus patient et compréhensif. De petits riens.

samedi 13 février 2010

L comme Lundi

Dans ma dernière note j'avais évoqué, il me semble, une rumeur vaguement vaporeuse — que je considère, après coup, un peu cavalière dans son propos et que je vais donc m'empresser de dissiper céans. Non que je pense que cela ait pu vous empêcher de dormir mais, sait-on jamais...

Je discutais, car oui ça m'arrive, avec entrain et deux de mes compagnons, tous légèrement avinés, sur l'intérêt relatif des sites de réseaux sociaux — je pense que vous devinez duquel je veux en particulier parler. Eux de démontrer avec cynisme que ce n'est que le pendant modernisé de ces désopilants courriers électroniques, diaporama en pièce-jointe, que nous avons tous eu le bonheur de lire. C'était au siècle dernier, avant l'invention de l'anti-spam. Mais ne faites pas les fiers, je sais que vous avez également tous ri devant les mêmes photos de bébé.

A contrario, j'aurais cependant pu leur arguer du nombre de rencontres et de retrouvailles, certaines stériles, d'autres plus prolifiques, que m'ont permis l'outil — leur prouvant ainsi le certain attrait de la chose, surtout quand on est aussi timide que votre serviteur. Mais je ne suis pas du genre à me vanter du fait que, quelques messages plus tard, les mieux construites des conversations m'ont parfois à dessein conduit, sans mauvais jeu de mots, dans le saint des saints :

La chambre d'une fille.

En tout bien tout honneur, évidemment. Car si je parlais avec amusement des souffrances du jeune Werther, c'était non sans noter l'ironique similitude entre ces escapades et la passion sincère, vibrante et dévorante du héros de Goethe pour sa belle, inaccessible Charlotte. Et comme bien souvent le coeur de ces demoiselles est déjà promis, et comme bien souvent je m'égare dans la familiarité de confidences bien impudiques, plus les choses vont plus je pense que tout le monde me prend, en fin de compte, pour le bon ami homosexuel de service. C'est la seule explication que je parviens à échafauder, pour le détachement qui transpire de leur présence et le sentiment de sécurité que semble produire sur elles mon apparente inocuité.

Il y a un peu de vrai cependant. Je préfère mille fois une présence féminine, fut-elle dénuée de toute intrigue, à celle de mes propres camarades. Ce sont les seules filles que je trouve à la fois touchantes dans leur humour, toujours hésitant, et intéressantes dans leur façon d'appréhender ce monde. Bien souvent les garçons n'ont que des traits peu subtils, voire largement graveleux, et ne paraissent s'attacher qu'aux questions matérielles.

Lundi, je suis invité à boire un verre chez Lo, qui loue un minuscule studio perdu dans la ville. Elle a les traits de la jeunesse et des attitudes d'enfant, des yeux bleus profonds et résolus, ces façons de se déplacer presque en jouant. Elle est brillante, elle travaille, beaucoup. Elle est polyglotte et musicienne. En bonne campagnarde, elle se plaint de la distance glaciale entre citadins — elle m'ouvre donc un peu de sa vie de famille. Je réponds, m'épanche sur mon quotidien et mes attentes, comme de plus en plus souvent. Si j'ai l'impression d'avoir mûri dans mes conversations, je pense aussi être devenu plus ennuyeux. Elle, rêve, l'éventail du possible au pied de ses bottines d'étudiante. Elle part bientôt, elle veut se mettre au pair à l'est, peut-être pour échapper au gris de la ville.

Je suis ravi de la connaître — on a, évidemment, pas mal en commun. Et puis pour une fois je suis récompensé de ma curiosité et de mon envie d'aller vers les autres. De quoi excuser, largement, le bruit environnant qu'on peut entendre sur Internet.