dimanche 19 août 2007

Réconciliations

Parfois je me dis que c'est la vie qui essaie de m'envoyer des messages, pour que j'apprenne à aller au-delà de mes peurs irrationnelles et que j'affronte mes démons intérieurs. Parfois je me dis aussi que ce que j'appelle la vie, ça n'est jamais qu'un vague concept issu de mon inconscient, que j'utilise pour classifier et interpréter certaines choses qui m'arrivent et n'en retenir que ce que je veux bien retenir.

Encore une fois, des conflits, encore une fois des disputes entre des gens que j'aime, que je vois se nouer et se dénouer juste devant mes yeux. Et ça me ronge toujours, ça m'exaspère toujours, je me demande toujours comment les gens peuvent en arriver à se parler avec une telle violence – et cinq minutes après faire comme si de rien n'était. Yves et Romain se prennent à parti à cause d'un point de détail du jeu de Uno, ils s'enguirlandent tellement que les voisins finissent par tambouriner au mur. Du coup les esprits se calment, chacun abandonne ses positions, on continue l'air de rien. Justement c'est peut-être cela ce que la vie essaie de m'apprendre... Parfois il vaut peut-être mieux que les choses soient dites, plutôt que de chercher constamment à sauver les apparences, à être poli avec tout le monde, à ne se fâcher avec personne.

Quand j'y repense après coup, je me dis que Mademoiselle E. et son homme se sont en fait calés sur un mode de fonctionnement qui semble leur convenir à tous les deux. C'est vrai ils se disputent tout le temps, comme je viens de passer un long week-end avec eux dans le sud j'ai eu l'occasion de le constater, à mes dépens, personnellement je n'accepterais même pas le dixième des réflexions qu'ils ont pu s'échanger. Mais ils finissent toujours par se réconcilier ou par passer à autre chose, comme si l'importance que moi j'accorde à ce genre de détails n'était que toute relative pour eux, tant ces chamailleries semblent faire partie de leur vie quotidienne. Je comprends mieux le sens de l'expression un vrai petit couple, je trouve toujours ça insupportable vu de l'extérieur, mais j'arrive presque à imaginer comment ils peuvent le vivre.

vendredi 10 août 2007

Disputes

Je me demande si vous les gens, vous ne ressentez pas expressément le besoin de vous crêper le chignon, gratuitement, sans raison, juste pour pimenter vos relations. Je rentre d'une semaine chez mon père ; ma soeur et lui de temps en temps c'est assez tendu, pour ne pas dire carrément belliqueux. Je suis étonné par la dureté des remarques de ma frangine, qui n'hésite pas à accuser mon paternel de tous les maux du monde, des fois c'est justifié parce qu'il fait vraiment sa tête de cochon, des fois c'est vrai qu'elle prend la mouche un peu facilement. Et pourtant il ne leur suffit en général que de quelques minutes pour se calmer, et c'est alors comme si rien n'avait eu lieu ou plutôt, c'est comme si la violence de leur dispute n'avait fait que surligner la tendresse de leur réconciliation. Mademoiselle E. et son mec, c'est pareil. Il lui arrive de faire sa tête de mule et d'agir contre sa volonté, à d'autres moments ils se disputent pour un rien, parce qu'il veut descendre boire un verre, parce qu'elle s'est pris la tête avec son chef et qu'il n'est pas d'accord. C'est parfois même pour des broutilles du genre s'il faut mettre du fromage dans les pâtes. Et pourtant, ça va bientôt faire un an qu'ils sont ensemble et ça a l'air de tenir la route.

Moi j'ai beaucoup de mal avec ce concept de confrontation permanente – confrontation avec des guillemets, faut pas exagérer. C'est vrai que j'élude même carrément, alors on me reproche d'être transparent et de ne pas dire ce que je pense. Je me souviens quand j'étais plus jeune, mes parents s'engueulaient le soir dans leur chambre. C'était assez fréquent, je ne savais pas toujours de quoi ils parlaient, ils discutaient en malgache, parfois assez fort, je trouvais ça terrifiant. Forcément je n'arrivais pas à dormir. Une ou deux nuits ça a même été assez grave, je me souviens de ce soir où mon père s'était levé la voix éraillée, presque en pleurant du lit, où il avait prit les clés de sa voiture et était sorti avec précipitation. Je nous revois ma soeur et moi, réveillés, debout sur le perron de la maison, lui nous disant de rentrer, moi faisant signe à ma petite soeur d'aller dans la voiture pour l'empêcher de partir tout seul. C'est vrai je ne supporte pas de me disputer avec les gens que j'aime ; je ne comprends pas pourquoi certains le font de façon quotidienne, anodine, banale, alors que pour moi c'est la pire des choses qu'on puisse faire. Je ne sais pas, il vaut peut-être mieux que ça sorte...

jeudi 26 juillet 2007

Changement de plan

Vendredi soir, à cette heure-ci, je serai officiellement au chômage – en attendant début septembre évidemment. Entre temps j'aurai donc cinq semaines de congés, sans solde. Je dois vous avouer que j'appréhende un peu. En passant mes entretiens, j'avais plus ou moins prévu le coup ; entre deux semaines au Portugal avec Mademoiselle E. et une autre semaine en vadrouille avec les autres, ma frangine en vacances au même moment, j'allais avoir un emploi du temps plutôt chargé. Je demandais donc en conséquence à mes futurs employeurs de bien vouloir décaler autant que possible ma date d'embauche, pour pouvoir profiter de l'été. Mais voilà, entre temps la gamine se décide à mettre les voiles sur Paris plus tôt que prévu, et nos vacances lusitaniennes qui s'était transformées au vu des circonstances en simple séjour dans les Landes, se sont finalement terminées en peau de chagrin : elle part dans une semaine. Peu importe d'ailleurs le gros effort d'organisation que j'ai concédé, pour passer du temps avec elle, alors qu'en fin de compte elle me laisse tomber ; ce n'est pas vraiment sa faute, mais bon... Toujours dans l'intervalle, l'autre groupe d'amis avec qui je devais partir, on ne savait encore pas trop où, peut-être les pays de l'Est, font traîner l'affaire plus que de raison. De sorte qu'on risque de se retrouver comme l'année dernière : coincés la dernière semaine avec plus aucune place disponible dans plus aucun hébergement, obligés de tourner en rond autour de Nantes pour s'occuper. Je me retrouve donc avec la perspective un brin déprimante de cinq semaines à n'avoir que foutre, sans rien de spécial pour m'occuper. C'est là que je me dis que j'ai été un peu trop optimiste, que j'ai eu tort de trop compter sur les autres. Je vais peut-être partir seul et partir loin, comme je l'ai toujours fait. Après tout c'est ce qu'il y a de plus fiable et de plus pratique, et je n'ai jamais été déçu. Ou alors garder mes économies et mon temps libre pour me lancer, enfin, dans le permis moto. Ça me ferait un beau challenge que d'y arriver avant la rentrée, ça me permettrait aussi de rester dans les parages pour gérer la petite affaire que vous savez...

vendredi 06 juillet 2007

Eclaircissements

Eclaircissements

Eclaircissements

Eclaircissements

Voilà, juste histoire que vous mettiez un visage derrière cette lettre.

Elle déménage le 3 août.

vendredi 25 mai 2007

Interactions

Essayer aussi, d'être là quand les gens en ont besoin, même si tu ne sais pas forcément comment t'y prendre, montrer que tu es là, essayer de leur changer les idées, parler d'autre chose. Ce matin Charles apprend par discussions interposées qu'il est la cible de mails incendiaires de la part d'un client, alors qu'il n'y est strictement pour rien. L'histoire tourne un peu au vinaigre, l'encadrement entre dans la boucle et quand je passe devant son bureau pour aller en pause, je le vois à moitié en larmes avec tous ses collègues en train d'essayer de relativiser. Ça m'étonne un peu, lui qui avait l'air tellement blasé, tellement blindé vis à vis des clients mécontents, vis à vis de la direction aussi, de le voir comme ça effondré, je ne m'y attendais pas. Quand il vient me rejoindre au café, je lui demande s'il veut en parler, non, alors je change de sujet. Mademoiselle E. arrive, on discute de la carte au trésor qu'ils organisent, on le soutient à mots couverts. On déjeune ensemble à midi, en fin d'après-midi on se voit pour une réunion des délégués du personnel, on le sent un peu aigri, un peu revanchard, complètement dépité. Heureusement le soir, quand on se revoit à la soirée bowling qu'on a organisée pour les salariés, il a l'air mieux, peut-être grâce à sa femme, enceinte et radieuse, peut-être grâce à l'ambiance. Je pense qu'il a un peu oublié, demain il part en vacances, il pourra décrocher un peu, même si ça risque de chauffer à son retour.

J'apprends, de mon côté, que Mademoiselle E. a décidé d'accepter ce poste sur Paris pour lequel elle a passé un entretien en début de semaine. Voilà, c'est fait, elle part. Je m'y attendais, je m'y préparais et pourtant ça me fait un choc. Je reste un peu distant envers elle, j'ai peur de craquer, alors je la félicite, après tout c'est vrai je suis sincèrement content pour elle. Si tout se passe bien, elle va s'installer avec son homme, il y a des chances pour que ce soit le bon ; et on lui propose un travail mille fois plus intéressant que ce qu'elle fait ici, mieux payé, c'est vrai je suis content. Virginie me demande comment je le prends réellement. Je ne sais pas trop. Je ne réalise pas en fait. Elle me répond que je ne dois pas être triste, c'est pas comme si elle disparaissant de la surface de la terre. Je monterai la voir et elles (les autres filles) resteront toujours là pour moi. Peut-être un temps oui, mais quand j'aurais quitté la boite c'est là que je me sentirai vraiment seul.

Et en toile de fond, tous mes amis qui s'installent, tout le monde qui fait des projets, même les stagiaires de vingt ans qui sortent juste de l'école, me balancent déjà leur vie de couple idéale en pleine figure. Moi en vieux trentenaire je les regarde un peu halluciné, un peu résolu aussi. Ce n'est pas cette vie là que j'aurai. Pas de gosses, pas de maison, pas de crédit. Une partie de moi me dit, tant mieux Yvan, il y a encore tout le reste sur lequel ils font eux une croix définitive. Je ne sais pas, c'est juste pour me rassurer.

lundi 12 février 2007

A Paris

Parfois nous avons des discussions vraiment sérieuses et ça m'étonne presque. Pas sérieuses au sens adultes, disons plutôt graves et mesurées. Ça m'étonne parce qu'en fin de compte ce n'est pas si commun, il s'agit de conversations que je n'aurais pas avec n'importe qui. Peut-être je sous-estime la capacité de réflexion des gens que je croise tous les jours, mais généralement quand on aborde ces sujets au quotidien ça ne vole jamais très haut. Ce sont des petites phrases et des remarques rarement très constructives. Ce matin j'ai redécouvert qu'on pouvait argumenter de façon cohérente et sensée. Sans que cela ait forcément de rapport, j'ai aussi retrouvé le plaisir de discuter avec des gens de gauche, ces derniers temps j'ai craint qu'ils aient disparu de mon environnement. En ce moment je subis plus les objections naïves et populistes de certains.

J'ai passé le week-end dans la capitale, profitant de l'invitation de Philippe pour sa pendaison de crémaillère. Avant de partir j'ai eu le réflexe de chercher un bon plan sur la toile, j'ai bien fait, ce petit concert d'Aldebert à la Fnac St-Lazare a sauvé notre samedi après-midi. C'est peut-être méchant, mais ensemble ils forment désormais un couple commun et sans relief. Lui bourru et renfermé dans ses habitudes parfois peu compréhensibles, elle tatillonne et susceptible. Au début il était prévenant et attentionné, je la trouvais drôle et ouverte. Au bout de quelques mois je ne vois plus que l'addition de leurs travers respectifs. Je ne suis peut-être cependant pas le mieux placé pour ce genre de remarques. Par ailleurs comme j'ai croisé de nouvelles têtes, je m'étonne chaque fois de ma capacité à agir de façon socialement constructive – même si tout est relatif. Il faut avouer qu'avec des gens curieux et à l'esprit large, c'est toujours plus simple. Même en tant que pièce rapportée dans un groupe depuis longtemps constitué.

Dimanche midi j'ai déjeuné avec Yves et Georges vers Denfert, puis on s'est finis dans un Indiana Café du côté de Montparnasse – le Starbucks était plein à craquer. La serveuse me faisait penser à une actrice de série télé dont je ne me souviens plus du nom. En ce moment j'ai l'impression que toutes les serveuses, vendeuses et autres guichetières sont adorables avec moi. Quelquefois ça me donne des idées mais j'ai toujours un arrière-fond de parano, peut-être pas si déplacé que ça, qui me retient. Avant de repartir, j'ai revu Olivier, qui m'a raconté sa dernière escapade professionnelle au Japon au milieu des autres nouvelles de sa vie parisienne. Il s'est remis avec Elodie, je n'en ai pas cru mes oreilles.

mercredi 24 janvier 2007

Life Update (2)

J'étais à deux doigts de pleurer. Je lui demande, en sachant d'avance la réponse, Emilie pourquoi est-ce que tu ne veux prendre que six mois d'abonnement dans ce club ? Parce que : je ne sais pas ce que je vais faire après. Avec tous les sous-entendus. Parce que : elle doit sans doute y réfléchir et comme Philippe ne veut pas partir de Paris, c'est probablement elle qui partira. Dans ce nouvel appart qu'il vient d'acheter. Et je sais ce que je ferai. La seule chose que ma raison me commande de faire, parce que je suis son ami et je veux qu'elle soit heureuse et qu'elle sera sans aucun doute plus heureuse là bas. Je lui dirai que c'est pas si loin, que je passerai les voir (je dois déjà monter le 10...) peut-être même je serai un peu plus distant pour ne pas interférer dans son choix, après tout c'est sa décision. J'y repense un long moment. J'y repense dans la voiture. Et quand la radio chante Porgy and Bess, alors que je suis au second sous-sol du parking, perdu au milieu du béton, voilà j'ai les larmes aux yeux.

Free me réclame de l'argent. Ils ont refusé de me câbler quand j'ai emménagé, prétextant que j'étais inéligible (alors que je suis en plein centre-ville) avec la fallacieuse raison qu'ils étaient incapables de retrouver les coordonnées du précédent locataire. Sauf qu'entre temps ils y ont mis un peu de zèle et beaucoup de bonne volonté et j'ai finalement reçu ma Freebox. Deux semaines après que je me sois abonné à Noos.net. Du coup recommandés, hotline, frais de résiliation, tout ça pour un service que je n'ai pas demandé, pire qu'on ma décrit comme inaccessible. Je suis de bonne foi, chaque fois que je les ai eus en direct ils ont abdiqué sans broncher. Mais ça me coûte du temps et de la patience. Free c'est bien, quand ça marche...

M. S. me saoule. Je n'ai jamais bien compris pourquoi on insistait pour embaucher des gens incompétents. Pire, pourquoi on se complaisait à embaucher des stagiaires qui ont largement eu le temps de prouver pendant leur trois mois d'esclavage légal, qu'ils n'avaient absolument aucune des connaissances nécessaires et que ce seraient juste des boulets intégraux. Ce n'est pas une généralité que je dis, j'ai eu des stagiaires excellents – tous sont partis malheureusement. Celui-là c'est à peine s'il vient me demander s'il faut mettre un point ou un point-virgule a la fin de chaque phrase. Il ne faut pas s'étonner, il a fait dix ans de chimie et après trois mois de formation à Java, le voilà parachuté informaticien. Alors que moi j'ai appris mon métier en cinq ans. L'informatique a ceci de pitoyable que, c'est une science tellement accessible que n'importe qui peut faire semblant de s'y connaître et effectivement peut réussir à faire semblant de bien travailler.

J'ai cédé à la mode du poker. J'ai essayé beaucoup de jeux de cartes, à vrai dire à la fac c'était surtout le tarot. Alors un de plus un de moins. Là je joue sur Internet avec Kévin, qui m'explique avec sa logique probabiliste et ses calculs mathématiques pourquoi il faut toujours payer le flop avec un as en main. Moi je préfère jouer au feeling, quand on doit réfléchir c'est ennuyeux – comme beaucoup de choses du reste, le sport, les filles, etc. Du coup on a décidé de franchir le cap, j'ai acheté une table, lui des jetons, et on va s'organiser des tournois à la maison. Pour de rire évidemment, pas question de lui piquer son Aston Martin. Quoique.

lundi 08 janvier 2007

Life Update

Dans les grandes lignes hein. Passons rapidement sur le sempiternel bilan de l'année écoulée, dont j'aimerais vous faire grâce puisque j'ai désormais l'impression que le temps passe tellement vite, qu'il y a un an tout semblait possible et que c'est peut-être toujours le cas mais rien ne semble vouloir arriver désormais. La faute à pas de chance. Je fais des paragraphes cryptiques si je veux.

Mon baromètre 2006, je le calerai sur le nombre de filles adorables que j'ai eu plaisir de rencontrer. Voyons, Virginie au travail, une collègue dont j'ai gagné la confiance semble-t-il, qui se montre attentive et affectueuse, que j'écoute et que je rassure aussi, ça me donne l'impression de servir à quelque chose. Geneviève que je n'ai croisée que trop rapidement un matin avant de partir travailler. Alice, qui me fait rire, vraiment, c'est agréable. Claire, du club photo, qui est un peu jeune et qui fait un peu trop adolescente fofolle, mais bon. Plus celles que j'ai laissé filer, la faute à pas de volonté. Lucille du cours d'aïkido, Anne-Lise la consultante parisienne et prétentieuse. Pas si mal comme année.

Samedi soir Emilie est venue à la maison. On a regardé Benjamin Gates (anecdotique) en se gavant de chocolats. Depuis qu'elle a un homme elle semble de nouveau plus chaleureuse. En fait non c'est depuis quelques semaines. Déjà j'ai réussi à lui faire comprendre que si elle voulait quelque chose le plus simple c'était de demander – car visiblement pour vous medames ça demande une certaine gymnastique de l'esprit. Et puis elle a peut-être fini par comprendre que je tenais à elle et que je méritais un peu plus d'attention. C'est con ce que je dis. C'est peut-être aussi parce qu'elle va partir et qu'elle prépare le terrain – ça c'est mon côté parano qui resurgit.

Après on est allé rejoindre Kévin en boîte. Vers deux heures du matin mon regard croise celui d'une brune, cheveux bouclés, sourire joufflu, elle me fait penser à Alice. Pour une fois j'insiste, pour une fois je ne détourne pas les yeux. Je m'approche, on parle un peu, je déteste cet endroit, et ça joue Love Is All de Roger Glover et quand les violons s'emporte elle me prend le bras et commence à (essayer de) me faire valser. C'est la deuxième fois en deux semaines que ça m'arrive. C'est peut-être la chance. Et c'est n'importe quoi, on se cogne, on bouscule du monde, on finit par se faire repérer par un videur. Il la prend à part et lui explique de se calmer, je la perds. Quand je la retrouve je constate qu'en fait elle est complètement saoule et qu'elle est enceinte jusqu'aux dents.

Mais je ne veux pas vous donner l'impression que ma vie ne se résume qu'à une succession de rencontres évanescentes. Voici, par exemple, mes résolutions du nouvel an, perdre cinq à dix kilos, arrêter de mentir, recycler mes déchets et... attaquer. Ça me semble largement faisable.

mardi 28 novembre 2006

Je suis sûr que ça vous avait manqué

De temps en temps, ça arrive, on me raconte aussi la même histoire – mon histoire. Celle du mec qui s'est gentiment fait rembarrer, mais qui est tellement accroc qu'il en est réduit à chercher le moindre prétexte pour passer ne serait-ce que quelques heures avec l'objet de sa névrose. Celui qui joue volontiers le bon copain alors qu'il est éperdument amoureux, juste pour pouvoir discuter avec elle comme après tout c'est déjà mieux que rien. Quitte à se faire traiter comme une merde. Dernier exemple, Ludo, un ami de Yoann, rivé aux chevilles de cette infirmière qui apparemment est une vraie connasse, à un tel point que plus personne d'autre n'existe quand elle est là, à un point que ça en devient ridicule. Alors je retourne la situation et je me dis, peut-être qu'on le mérite, après tout il y a tellement eu de filles qui se sont fait malmener par des connards, un semblant de parité voudrait qu'on se mette nous aussi à payer notre tribut d'emmerdes. Et puis en fait non, car la première idée que je suggérerai justement à ces nanas, c'est d'arrêter les frais, de mettre les voiles, de couper les ponts. Alors je ne pourrai probablement pas faire une croix aussi facilement sur Mademoiselle E. mais la seule chose à faire c'est de prendre de la distance. Je crois.

dimanche 03 septembre 2006

C'est quoi l'image du désespoir ?

En ce qui me concerne, l'image du désespoir en ce moment c'est cet emballage de préservatif fraîchement usé que je découvre inopinément au pied de son lit. L'image bête, le détail qui fâche. Comme on s'est finalement rabibochés et que je devais les rejoindre, elle et Philippe, pour aller faire un tour aux Rendez-vous de l'Erdre, je suis passé à la maison boire un verre avant de sortir. Déjà, en arrivant, les premiers signes que je feins de ne pas voir, l'émission sur le couple à la télé, les petites blagues et les grandes attentions : il se passe quelque chose entre ces deux-là. Mais depuis le temps, je me suis fait au rôle du type blasé, que ce genre de choses ne touche plus guère ; depuis le temps, je me suis habitué au rôle du bon copain de service, compréhensif et soigneux de ne pas être trop indiscret. Après tout on est seulement ami, il n'y a pas de quoi en faire un plat. Et puis là, en me penchant nonchalamment pour refaire mon lacet s'agrippe violemment à mon regard l'arme du crime, l'objet du délit. L'évidence. Dommage qu'ils ne m'aient pas vu, car j'ai probablement dû changer de couleur. Je m'efforce de reprendre mon calme, j'essaie de penser à autre chose et laisser cette douce soirée qui s'annonce, rythmée par les notes des concerts de jazz, reprendre le dessus et filer comme une pelote de laine entre les pattes d'un chaton. Et puis, bien plus tard, alors que j'ai abandonné mes deux tourtereaux à leur ébats tout neufs, j'en reparle à Kévin, mon fidèle Kévin que je retrouve un brin éméché à la sortie d'une boîte de nuit. À mes mots je me rends compte à quel point je suis amer et affecté. Mon attitude, c'est tout sauf du je-m'en-foutisme. Pour son précédent ça avait été la même chose, cette sorte de jalousie larvée et contenue. Mais là de constater les faits de moi-même, peut-être aussi parce que c'est Philippe... Philippe elle a toujours dit ne pas être sortie avec parce qu'ils se connaissaient trop bien. Philippe c'était mon garde-fou psychologique en quelque sorte, qui me garantissait que je n'étais pas une espèce à part, un cas désespéré. Je constate aussi comme que je peux être bête, car c'est avant tout à moi que j'en veux, eux n'y sont pour rien. Je... mmm... laissez tomber...

lundi 28 août 2006

Remords nocturnes

Et voilà que pour couronner le tout on s'est engueulés. Ce qui est compliqué quand vous vous disputez avec votre meilleure amie, c'est que c'est toujours difficile de trouver quelqu'un vers qui se retourner. Quelqu'un de suffisamment impliqué dans votre situation pour comprendre les seuls baragouinages que vous arrivez alors à émettre, dans l'état où elle vous a laissé. Qui plus est quand la montre dépasse largement les une heure et demie du matin.

L'objet de la discorde : ma soeur – ou plus exactement ce lien fort et incompréhensible qui me lie à ma soeur. Il faut dire que, samedi soir, j'ai laissé tomber Mademoiselle E. comme une vieille chaussette, deux heures à peine avant qu'on ne se retrouve pour sortir, et ce alors même qu'elle revenait de faire exprès les soixante kilomètres qui la séparent de sa ville d'origine. Ma soeur n'était vraiment pas bien et ne voulait pas que je la laisse toute seule à la maison, le dernier soir de ses vacances.

Présenté comme ça j'ai toutes les excuses du monde, mais cette vision est orientée et me donne le beau rôle. Mademoiselle E. finit par conclure, non sans raison, qu'on ne peut plus compter sur moi pour les sorties en fin de semaine, que je suis toujours sous la menace de mes obligations familiales, auxquelles je consens, c'est vrai, parce que je le veux bien. De toutes façons elle ne saurait être une rivale pour ma soeur, ce sont ses propres termes. Et de changer de sujet pour éluder, comme si l'affaire était close et sujette à aucune autre forme de discussion ; et de changer alors que je sais pertinemment qu'elle elle va s'en souvenir, et longtemps.

Et de changer de sujet, surtout, pour parler de Philippe, le même Philippe avec qui on est partis en Italie, le même Philippe avec qui on est devenus si complices, le même Philippe que je soupçonnais avoir les mêmes arrière-pensées que moi – le même Philippe que j'ai délibérément laissé, en fin de séjour, tenter ce qu'il avait à tenter, parce qu'après tout c'était la seule bonne chose qui pouvait arriver, parce que je lui devais au moins ça pour tous les bons moments qu'on a vécus, vas-y ami, et tout le bonheur du monde...

Il passe le week-end prochain à Nantes. Avec elle. Je suis évidemment invité à les rejoindre en soirée mais Mademoiselle E. me précise, avec ironie, qu'elle ne compte évidemment pas trop dessus. Longtemps, je vous avais dit. Alors moi de clore définitivement cette minuscule parenthèse de trois semaines où quelque chose aurait pu être possible entre nous, en changeant aussi de sujet, pour lui décrire avec détails l'annonce que j'ai faite sur xxxxxxxxx.com

Cette fois je crois que le débat est clos pour de bon.

jeudi 24 août 2006

Yo-yo

Et pourtant c'est pas comme si c'était la première fois que ça m'arrivait. Il y a toujours une partie de moi, la partie raisonnable, la partie qui lutte pourqu'à chaque nouvelle marche à gravir j'arrive à m'arracher les tripes pour avancer malgré tout, il y a toujours cette partie de moi donc qui m'ordonne presque, de passer à autre chose, de considérer les faits objectivement et d'en arriver à la seule et bonne conclusion qu'on doive se faire de la situation. Et puis il y a l'autre, le côté obscur, qui continue de se faire des idées à chaque sourire qu'on s'échange, qui continue de s'épandre en circonvolutions imbéciles pour justifier cette envie d'y croire encore, qui se perd en conjonctures hautement improbables sur ses gestes, ses attitudes et les éventuels signes qu'elle essaierait d'y masquer. Je me sens stupide. Et pourtant c'est pas comme si c'était la première fois.

Mais pour ma défense, j'avais des excuses. Car ces vacances ont été magiques. A trois on a acquis une sorte de complicité tellement forte et tellement inattendue, en fin de séjour je n'hésitais plus à poser calmement ma tête sur ses genoux pour essayer de m'y endormir. Et puis l'air du retour a depuis un peu rompu le charme. Le quotidien a repris le dessus. Mais ce soir on dînait ensemble, alors j'ai saisi l'occasion, j'ai fait des efforts, beaucoup d'efforts : j'ai cuisiné pendant deux heures, j'ai sorti ma plus belle chemise... Les petits plats dans les grands. Je voulais faire le test. Si rien n'en sortait, si ce qu'on avait vécu pendant deux semaines ne refaisait pas surface, alors j'aurais dû me rendre à l'évidence.

Et c'est à peine si elle a remarqué quelque chose. Alors la partie raisonnable a repris le dessus, une fois de plus. Cette fois c'est la dernière. Vraiment.

Je me suis inscrit sur un site de rencontres.

dimanche 21 mai 2006

En vrac

J'ai cinq minutes devant moi, je vais peut-être pouvoir en profiter pour raconter deux ou trois trucs. Demain dimanche, je vais passer l'après-midi avec mademoiselle E., objectif :vacances. Si tout se passe bien, on doit partir en Italie les deux premières semaines d'août, histoire de donner un peu dans la promenade culturelle. Je mets un si parce que je n'ai jamais été très fort côté organisation et je n'ai jamais réussi à ne faire autrement que boucler la planification de mes voyages au tout dernier moment. Voire même après le dernier moment – essayez, vous verrez c'est le meilleur moyen pour ne pas arriver à partir. Et bien là c'est plutôt pas mal, c'est même presque miraculeux, on va prendre le temps d'y réfléchir plus d'un mois à l'avance. Même si à l'origine c'était plutôt mal parti, la personne qui devait nous fournir le moyen de locomotion pour descendre s'étant désistée, pour une sombre histoire d'imparité filles-garçons. Heureusement nous deux restons assez motivés pour essayer de trouver une alternative, on hésite pour l'instant entre prendre ma voiture, en louer une sur place ou prendre un passe interrail. Une de ses copines doit également nous rejoindre, ma soeur sera également sur place pendant une partie de notre séjour, bref bonne rigolade en perspective.

Je suis d'autant plus impatient que ça ne s'arrange toujours pas au boulot et mon besoin d'air frais se fait de plus en plus ressentir. Il y a quelque temps déjà, je ne vous en avais pas fait part, j'ai passé un entretien d'embauche dans une autre société de logiciels pas trop loin de là où je suis actuellement. Et même si l'entrevue devait me confirmer que les (mauvaises) conditions de travail sont quasiment légion dans toutes les entreprises d'informatique, j'avais cependant le mince espoir de changer au moins d'environnement et de projets, tant notre situation s'embourbe. Malheureusement il n'y a pas eu de suite et je vais devoir me coltiner cette routine ennuyeuse pendant encore quelque temps. Je dis ça professionnellement parlant, évidemment, car je n'ai à l'inverse pas grand chose à reprocher humainement aux gens avec qui je bosse, surtout pas aux filles que j'adore et qui me le rendent bien.

Quoi que j'en dise en fin de compte, les choses entre nous sont bien moins ambiguës que je ne le laisse sous-entendre, on en discutait encore dernièrement à mots couverts. Mais j'aime me vautrer dans cette sorte de complainte plaintive et misérabiliste, celle du type dont personne ne semble vouloir. Ce qui n'arrange rien, c'est que j'ai ces derniers temps tendance à prendre de plus en plus de poids. Et pourtant je fais du sport (le foot c'est encore considéré comme un sport, hein ?), je fais attention à ce que je mange, mais rien n'y fait... Je commence à avoir honte quand je me regarde dans les glaces impitoyables des cabines d'essayage. Non finalement rangez le S, je vais rester sur du M... Heureusement j'arrive encore à m'habiller comme je veux.

Ce que je n'arrive pas par contre, c'est à me remettre sérieusement à faire des photos. Ce ne sont pas pourtant les occasions qui manquent, avec la météo du moment entre orages et éclaircies printanières la lumière fait souvent des miracles, c'est souvent l'envie et l'organisation matérielle qui, là encore, pèchent. Mais ça devrait s'arranger, j'ai enfin trouvé sur un site allemand (sic) de quoi transporter mon petit matériel sans trop d'encombres. Je suis en effet depuis quelques jours le propriétaire d'un sac Crumpler, un peu grand d'aspect, je l'espère pratique à l'usage. Enfin je vous tiendrai au courant. Si je retrouve cinq minutes d'ici là...

Yvan.

dimanche 30 avril 2006

Divagations

Des fois pourtant tu as comme l'impression au fond que ce sont les autres qui ont raison, que c'est impossible d'être vraiment ami avec une fille. Car tu as beau avoir trente six mille bonnes raisons de ne pas t'enticher d'elle, la plus importante étant cette envie qu'elle reprenne à nouveau confiance dans le genre humain, et dans le genre masculin en particulier, qu'elle oublie ses mauvaises histoires et qu'elle regarde à nouveau le monde de façon neutre ; il y a ces moments où parfois son pied s'oublie nonchalamment le long de ta jambe alors que vous êtes assis, l'un contre l'autre, dans les sièges trop étriqués d'une tribune pas si inconfortable ; où parfois vos genoux se frôlent comme vous vous lovez gentiment dans le creux d'un fauteuil, presque hypnotisés par la télévision. Tu passes ton temps à chercher des signes, qui t'indiqueraient que ça vaut peut-être le coup de prendre le risque, mais tu finis par te demander si en fin de compte, ces signes tu saurais même les reconnaître.

samedi 29 avril 2006

À part ça...

Je ne me sens pas tellement bien. La principale raison c'est le stress que génèrent désormais toutes mes journées de travail. J'ai encore et toujours beaucoup de choses à faire et pendant ce temps là, tout le monde continue à venir me poser des questions. Le pire c'est quand même d'avoir au téléphone des gens qui travaillent à distance et qui monopolisent toute ton attention, le plus souvent pour des broutilles. Et je n'arrive pas tout bonnement pas à gérer toute cette pression qui me tombe dessus. Les choses fusent et s'entremêlent dans ma petite tête et j'atteins vite une saturation intellectuelle qui conduit à une situation de blocage. Cet après-midi, alors que mon responsable était absent, on m'a demandé d'assumer une décision qu'on m'a imposée, ce qui m'a fait justifier un retard qui était indépendant de ma volonté. Et je suis resté au moins une heure devant une fenêtre de mail, blanche et grande ouverte, incapable d'écrire la moindre ligne pour m'expliqué, trop préoccupé par les éventuelles conséquences de mes actes. Tout ça pour qu'en fin de compte, on constate qu'il ne s'agissait que d'une erreur de communication sur la date finale. Ça m'épuise.

La seconde raison c'est que je stagne avec Emilie. Cette semaine on a passé deux soirs ensemble, c'était plaisant, on a bien ri et pourtant j'ai l'impression que quelque chose a disparu. C'est peut-être tout simplement l'habitude qui fait ça. Et aussi une certaine lassitude de sentir qu'elle ne me renvoie pas systématiquement tous les efforts que fais et qu'elle ne me réfléchit pas souvent toute l'affection que je lui porte. Est-ce là être trop exigeant ? Je ne sais pas, je sais que j'exagère de temps en temps, par exemple j'ai toujours du mal à me faire à l'idée que les gens que j'aime puissent avoir une vie sans moi ; et une vie heureuse. Des fois j'arrive à me raisonner, des fois je me freine aussi comme j'ai l'impression de n'être qu'un bon copain parmi d'autres. Je ne sais pas, je devrais peut-être me satisfaire de ce que j'ai.

Et puis j'en ai marre d'être seul, j'en ai marre de ne pas trouver de nouveau travail, j'en ai marre de MSN, j'en ai marre de mes CDs tous les mêmes. Ma vie est un échec, rien ne me plaît. La routine habituelle, quoi.

samedi 08 avril 2006

Un être vous manque...

Des fois il y a ces moments où l'autre va mal et où vous vous retrouvez désoeuvré. Ça m'attriste, évidemment, ça m'énerve aussi, un peu. J'arrive à comprendre ce qu'elle ressent, pourquoi elle a cette impression d'être transparente, d'être vide et inintéressante : l'un après l'autre toutes ses relations semblent peu à peu l'avoir laissée tomber, il est vrai sans grand ménagement. Mais voilà, forcément, elle fait l'analogie. Fatalement elle me met dans le même panier, elle se dit que ça ne vaut pas la peine qu'on reste amis, si c'est pour qu'on finisse nous aussi par se séparer. Ça m'attriste, évidemment, ça m'énerve aussi, un peu. Je ne sais pas comment lui faire comprendre que je ne suis pas ce genre de personne, que je ne cultive pas cette sorte d'hypocrisie qui me la fera abandonner une fois passée ma curiosité. Je ne vois pas comment souligner l'absurdité de son raisonnement, elle peur qu'on s'éloigne alors elle s'éloigne d'elle-même. Je veux lui dire que je tiens à elle mais elle ne me croit pas, j'essaie de la rassurer mais mes arguments la survolent, bien sûr tu ne vas pas te mettre à dire le contraire. Mais ce qui m'agace le plus c'est qu'elle refuse mon soutien. Pour l'instant j'insiste, ça me fatigue, mais j'insiste.

mardi 21 février 2006

De sortie

J'avais comme l'envie d'écrire, comme l'envie de demander, au fond, est-ce bien possible d'être aussi proches et d'être, pourtant, aussi distants ? Peut-être c'est ça l'intimité, une forme d'intimité – ce luxe de pouvoir s'économiser tout un rituel en fin de compte pas très intéressant, ce luxe de ne pas avoir à s'imposer toute une gymnastique sociale parmi toutes choses rébarbative, juste pour le simple plaisir de pouvoir partager un moment agréable, ensemble. Allons bon, qui croirait-on convaincre avec ce genre d'arguments ? Mais une fois de plus, on me permettra de demander, qu'est-ce qui fondamentalement, physiquement, chimiquement, différencie un couple d'amis d'un couple de parfaits inconnus ?

Et est-ce possible d'être aussi proches et aussi distants ? Je ne lui aurai adressé la parole qu'une demi douzaine de fois de la soirée ; la moitié dans la file d'attente du cinéma et pendant les bandes annonces, l'autre moitié avant de l'abandonner sur une bise, devant sa voiture, sur le parking. Pourtant, comment être déçu, quand entre les deux vous aurez passé trois heures à rire ensemble, à avoir peur ensemble, à être émus ensemble ?. Ces choses qui parfois ne peuvent être appréciées que dans le calme serein de la solitude et qui se retrouvent soudain rehaussées par un écho persistant, celui de l'autre qui vibre à quelques centimètre de vous. Car il aura suffi d'une fois, où vous aurez choisi un film qui vous plait à tous les deux – et que vous l'appréciez d'autant plus que ça fait des semaines que vous avez prévu d'aller le voir sans jamais trouver le temps.

Aussi proches, aussi distants. Le film c'était Munich. Vous savez tous de quoi ça parle et vous savez probablement donc tous quoi en penser. Mais parmi toutes les questions posées, une fois de plus l'interrogation qui me reste, c'est celle de savoir si ça peut finir un jour. La paix est-elle possible au Proche-Orient ? Le flash qui m'est aussi venu, c'est celui d'une nouvelle bipolarisation de ce côté ci de la planète, entre l'occident et une partie du monde arabe. N'est-ce pas en fin de compte une "guerre chaude" telle qu'elle finira en raccourci historique dans les manuels du siècle prochain ?

mardi 14 février 2006

En musique

Je pourrais, comme ça là, vous citer Zazie, On n'écrit pas qu'on manque de rien / Qu'on est heureux, que tout va bien, ça serait un peu facile, ça serait probablement un peu faux également. On est en train d'atteindre le point dans une relation où, le frisson de la nouveauté et de la découverte finissant inexorablement de s'émousser, il faut trouver d'autres histoires à raconter, d'autres envies à partager. Je cherche, tant bien que mal, mais il y a des moments comme ça où vous vous dites que garder un(e) ami(e) en fin de compte c'est bien plus difficile. Yoann trouve notre relation étrange ; ce qui est vrai c'est que je ne me censure plus beaucoup, y compris dans mes pires travers et dans mes secrets les moins avouables. J'ai cette liberté de ton que me permet l'absence de tension amoureuse. Ça a l'air complètement artificiel présenté comme ça, Kévin m'a sorti une ou deux fois sa théorie du tu essaies de te convaincre... Moi au contraire je pense que ça me motive, de savoir que je tiens quelque chose d'au fond pas si banal.

Je lui parle entre autres de ma soeur, même si j'ai peur de la bassiner ; avec cette petite qui occupe la moitié de mes soirées au téléphone, avec cette fille pour laquelle je sacrifie un peu de ma vie sociale. J'avoue, j'ai lâchement laissé tombé l'une pour l'autre, pourtant j'avais promis, c'était dimanche dernier – Émilie ne m'en a pas trop voulu, mais elle je l'aime, c'est pas tout à fait pareil. Elle fait toujours le yo-yo entre l'euphorie des moments simples où tout dans la vie semble lui sourire, et les tragédies quand il suffit, par exemple, que son patron ne lui confie pas les affaires qu'elle a elle-même remportées. Et puis elle manque affreusement de confiance en elle ; elle manque aussi probablement d'une présence à ses côtés. Moi je suis là, au bout du fil, complètement impuissant. Les mots de réconfort ne viennent toujours pas, quant aux solutions, diable si je les avais je ne serais pas dans l'état où je suis.

Car je vivote aussi, à une échelle bien moindre, entre la béatitude et l'expectative ; en fonction du facteur E., en fonction du boulot aussi. En ce moment c'est la foire à l'empoigne, tout le monde me sollicite mais je n'ai envie d'aider personne. Ce que je fais m'ennuie, ce que je pourrai faire à l'avenir me désole encore plus. Heureusement, ai-je envie de conclure, il y a les gens.

mardi 24 janvier 2006

Contrastes

Vendredi soir, après avoir dîné chez Emilie de trois fois trop de pizza, on est allé se voir Je vous trouve très beau : une comédie française façon téléfilm sur France 3, assez drôle au demeurant mais largement desservie par un scénario un peu trop convenu et par une bande annonce qui a eu le défaut de spoiler les (trois) meilleures blagues du film. Heureusement c'est assez bien joué et le ton reste assez cohérent. En ce qui me concerne, je n'appréhende (presque) plus ces soirées et à vrai dire je crois que je les aime bien. Lui parce qu'il a une sorte de présence rassurante et compréhensive – et accessoirement l'art de la conversation, elle parce qu'elle change radicalement de mon archétype traditionnel de relations, pas la même éducation, pas les mêmes attitudes, pas les mêmes façons de faire, et que j'apprécie justement la fraîcheur du changement, le paradoxe de m'aventurer un peu dans l'inconnu.

Samedi je retrouvais mes marques, avec Yves et Romain, devant le film de George Clooney. Le parti pris esthétique d'une ambiance années cinquante, noir et blanc et orchestre de jazz, tient assez bien la route sans jamais virer dans la caricature ; même si pour le coup ça traîne parfois en longueur, disons que le film n'aurait pas souffert d'un peu plus de rythme. Restent les faits historiques que Goodbye and Good luck dépeint, le maccarthysme et ses dérives, avec un angle ni trop réducteur ni trop partisan, et dont les interrogations sur les libertés individuelles et la force du quatrième pouvoir entre autres prennent une résonance toute particulière par les temps qui courent.

vendredi 06 janvier 2006

De l'hospitalité

Allez, abandonnons quelques minutes de sommeil à ma pseudo lubie verbale, histoire au moins de garder une trace de cette soirée. Mon paternel est parti à Madagascar pour quinze jours, des problèmes familiaux à régler, du coup je me retrouve tout seul dans cette grande maison, avec finalement pas grand chose à faire, mais avec tellement de possibilités ouvertes... Comme j'en discute avec Émilie et puisqu'elle me suggère assez subtilement, de fil en aiguille je finis par les inviter à dîner ici, elle et Paco ; j'y mets un ton pas trop formel, il faut dire que parmi les quelques fois où j'ai reçu des gens, il y a eu du bon et du moins bon. Cette fois-ci, malgré un ton général un peu expéditif, jour de semaine oblige, ça s'est plutôt bien passé.

On est allés prendre l'apéro dans un petit bar du côté de la place de l'Edit de Nantes, isolés dans une salle à l'étage et donc heureusement pas trop enfumés. En plus, Paco a l'air d'être un habitué des lieux ; à un tel point que le patron nous offre même les consommations en rigolant, comme il est obligé de nous jeter dehors parce qu'il dit qu'il doit rentrer s'occuper de ses gamins. On décide donc d'aller s'enterrer dans ma campagne. Alors qu'ils franchissent mon palier sur les coups de neuf heures, je laisse gentiment la maison faire son petit effet pendant qu'en coulisses je prépare également le mien. Voilà comment j'avais globalement prévu l'affaire, quelque chose d'assez sobre qui laisse cependant une très forte impression. Au dîner par exemple c'était spaghetti mais avec une vraie bolognaise faite maison, je voulais de l'ordinaire emballé dans les plus délicates attentions, les petits plats dans les grands. Je voulais convaincre que même cet ordinaire je le rends déjà exceptionnel. Ce numéro est désormais assez rôdé et je crois sans exagérer que ça leur a plu.

Ils sont amusants tous les deux parce que malgré tout ce qu'ils peuvent m'en dire, leur attitude dégage quand même une forte complicité, presque amoureuse. Et bizarrement pour une fois ça ne m'a pas rendu jaloux. On doit remettre ça, chez lui, dans les jours à venir.

vendredi 30 décembre 2005

Épiloguons...

... puisque c'est désormais la coutume. L'impression que je garde tout de même, c'est celle d'une année qui est passée en coup de vent et dont je n'ai au final que peu de choses à retenir. Le peu de chose en question consistant, pour sa plus grande part, en une logique de l'échec probablement assez risible. Cette année restera celle où j'aurais essayé, indubitablement, même si ça ne fut la plupart du temps que pour me casser lamentablement la gueule ; au moins j'aurais essayé. Cependant, gager que l'année prochaine sera celle de la réussite serait quand même vendre prématurément la peau de l'ours – animal qui reste d'après les observations ce que je peux en faire, un être mystérieux et plein de contradictions. Je devrais faire gaffe avec ces métaphores un peu trop capillo-tractées, moi.

Mais épiloguons, puisqu'il n'y a plus que ça à faire. Autour de quelques SMS et d'une matinée sur MSN, elle avachie dans son lit son portable sur les genoux, moi baignant dans le jus peu ragoûtant d'un réveil de vacances, j'ai finalement fraternisé avec Émilie. Fraternisé, je crois que c'est le terme. Elle finit de me donner le détail de toutes ses histoires, moi je lui explique deux trois théories personnelles ; et je comprends aussi définitivement qu'on ne restera qu'amis. Au fil de la conversation je finis par me dire que c'est mieux comme ça, bien mieux, les intentions qu'elle explicite étant quoique je puisse en dire assez claires. Paco demeurant, par ailleurs, également de la partie, comme elle me raconte l'estime qu'il me porte – et que je lui rends  ; comme elle m'explique aussi qu'ils ont toujours été amis et que ça continuera ainsi, leur aventure relevant, presque, de l'accident.

Épiloguons, donc, parce que l'année qui arrive au fond ne s'annonce pas si mal. Je retire tout ce que j'ai pu dire sur les gens en général et sur le vide dont ils m'entourent en particulier. Je croise à nouveau des personnes que j'ai envie d'apprécier et ceux dont c'est déjà le cas restent pour ce que je peux en dire fidèles au poste. Après tout ça n'est pas si mal.

samedi 24 décembre 2005

Confidences pour confidences

À vrai dire je ne sais pas vraiment si je dois vous mentionner cet énième rebondissement, comme j'ai un peu peur de verser définitivement dans la caricature et comme j'ai promis, aussi, d'en garder le secret. Oh et puis zut !, après tout n'avais-je pas non plus promis à cette chère Émilie de garder secrète l'existence de son cher et tendre ? Ça ne m'a cependant pas empêché de m'épancher joyeusement ici même. Épanchement qui d'ailleurs ne tombe pas plus mal, puisque c'est à propos d'à peu près la même chose dont il s'agit de vous entretenir. N'étant pas, vous l'aurez remarqué, de nature idiote et peu observatrice, j'ai fini par conjecturer avec assez de conviction sur l'identité du cher et tendre en question ; deux ou trois regards surpris ici ou là, deux ou trois allusions qui leur ont respectivement échappé de la bouche, deux ou trois questions qui l'auront laissée muette, j'ai vite fini de conclure. Je crois bien que j'ai raté une vocation d'inspecteur des moeurs.

Vendredi après-midi, la veille du réveillon de Noël, veille également d'une semaine de congés pour ma part, je m'oublie un peu à discuter de choses et d'autres avec ce cher Paco. Avouons, histoire d'être totalement objectifs, qu'on devisait du rebond que je jugeais quasiment parfait du postérieur de la nouvelle secrétaire, considération avec laquelle il n'était évidemment pas d'accord. De toutes façons elle est avec un pompier et ils vont faire construire. Mon entrain redescend d'un cran. Il me rajoute, de toutes façons ça n'est pas dans cette boîte qu'on trouvera notre bonheur. Mon semblant de conviction du paragraphe précédent descend également d'un cran. Pour changer de sujet, il me demande comment ça avance avec Émilie, je lui réponds que ça n'est pas vraiment censé avancer, vu qu'elle est déjà avec quelqu'un. Il me dit que ça peut changer. Il me dit qu'elle est à nouveau célibataire. Il me confie que le cher et tendre en question c'était bien lui, mais qu'ils ont rompu ce jour même. Pourquoi ou comment, il ne me donne pas vraiment de raison, j'évite également d'insister. Mais ça me rend un peu triste, paradoxalement peut-être. Son aveu explique bien des choses et confirme mes hypothèses, mais je ne peux m'empêcher de ressentir de la compassion, comme il joue au fièrot sans pour autant donner le sentiment d'en mener bien large.

Malheureusement ou heureusement c'est selon, la semaine qui vient je serai bien loin de toute cette histoire. Ça n'est probablement pas plus mal au fond, je ne sais pas vraiment comment j'aurais dû réagir. Envers elle surtout, comme j'aurais dû feindre de ne pas être au courant alors que mon empathie maladive aurait sans doute fini par reprendre le dessus. Envers lui également, comme il est au courant de tout. Mais il m'a également proposé une prometteuse soirée entre célibataires. Pour le moment il est sûrement préférable de laisser l'eau couler sous les ponts.

jeudi 15 décembre 2005

Compte rendu de mission, deuxième

Ci-dessous, le copier/coller d'un mail de debriefing que j'ai envoyé après coup :

Je sais pas trop jusqu'où je dois remonter. Toujours est-il qu'on avait convenu d'une soirée cette semaine sans faute et c'est donc lundi que je me suis lancé. Avant d'accepter elle m'a quand même demandé pourquoi exactement est-ce que je tenais tant à ce qu'on se fasse une sortie. Vous pouvez le comprendre de la façon dont vous voulez; soit elle voulait vraiment connaître mes intentions, soit (et c'est plutôt mon avis a posteriori) elle se demandait pourquoi je voulais organiser quelque chose sachant pertinemment qu'elle était en couple de son côté.

Le jour en question finit donc par arriver. Elle vient au travail plutôt mal habillée – alors que lundi elle est venue en tailleur assez classe; c'était plutôt mauvais signe. Enfin plutôt signe soirée blabla gentille avec mon copain Yvan. Du reste elle ne devait pas se changer par la suite, au restau elle portait le même pull bleu pâle dégueulasse. Avant de partir j'en discute inopinément avec Paco, qui me confirme qu'elle est pas célibataire, ce qui vous l'imaginez bien finit de raboter le peu de motivation que j'avais. D'où le SMS dubitatif que j'ai envoyé à Kévin.

On s'était donc donnés rendez-vous à Bouffay vers huit heures, j'avais réservé pour deux au Vieux Quimper (une crêperie comme son nom l'indique) Elle arrive avec dix minutes de retard, probablement exprès. On se pose au restaurant, on discute de choses et d'autres, des trucs très superficiels, le boulot, ses séjours à l'étranger... Je ne me sens clairement pas à l'aise, de toutes façons j'ai complètement abandonnée l'idée de la séduire, donc le repas se passe gentiment mais tourne rapidement court. J'ai quelques blancs un peu gênés, c'est idiot parce qu'elle donnera l'air de penser que c'était de sa faute; la vérité c'est que je n'ai pas grand-chose à rajouter. De façon consensuelle on finit par éluder rapidement.

On partage l'addition. On marche vers ma voiture à un bon mètre l'un de l'autre. Quand on se sépare sur un à demain cordial, très professionnel, il est environ dix heures et quart. Deuxième SMS à Kévin :)

mercredi 14 décembre 2005

Compte rendu de mission

J'ai tourné mes clés dans la serrure, il devait être dix heures et demie. Autant dire que ça a plutôt tourné court. La faute probablement à mon inaptitude désormais confirmée aux comportements sociaux. Car malgré tous les efforts que j'ai pu déployer, malgré toutes les ficelles auxquelles j'ai tenté de rester accroché, je les ai quand même vraiment et consciemment vécus, ces moments de blocage complet où plus rien ne semble vouloir sortir de votre bouche ; où votre regard se perd machinalement dans le vide, n'importe où mais pas dans ses yeux ; où une légère et sournoise panique commence à vous envahir. Pour des centaines de raisons, parce que ses grands yeux bleus vous intimident, parce votre conversation n'a jamais été naturelle, parce que vous vous perdez dans des enjeux et des circonvolutions imbéciles. Heureusement elle a les mots pour me ramener sur terre alors je reviens doucement, par périodes, à une attitude normale. J'irais même jusqu'à faire un bilan plutôt positif, si on considère effectivement qu'il n'y avait pas d'autre enjeu qu'une sympathique bouffe entre collègues ; à ce niveau là au moins la situation n'a pas empiré. Vers la fin du repas on a fini par aborder des sujets un peu plus conséquents, mais j'étais suffisamment épuisé nerveusement pour avoir perdu toute velléité d'approfondissement. Le pire en la laissant, parce vraiment un bar je n'aurais pas pu, c'est qu'elle donnait l'air de penser qu'elle était responsable de mon état, comme elle s'excusait presque des quelques errements de la soirée. Alors qu'elle n'était évidemment pas en cause et qu'en l'occurrence, c'est plutôt moi qui aurais dû m'excuser. Je n'ai pas non plus pensé à le faire. Tant mieux peut-être, j'aurai plus de crédit si on remet ça. Un jour. More as it develops.

lundi 12 décembre 2005

En vrac

Pour conclure en apothéose un samedi de shopping intensif, ma soeur et moi on est allés voir le dernier Harry Potter. Je n'ai pas vu les trois précédents au cinéma, j'ai attendu qu'ils passent sur le satellite, et bien le moins qu'on puisse dire c'est que celui-ci ne rigole pas. L'ambiance est assez glauque, pas tellement plus que les précédents vous me direz : esthétique gentiment gothique et mystique magicienne bon enfant. À cette différence près que les scènes intermédiaires qui émaillaient le récit ont pris une coloration nettement plus sombre : à la place des traditionnels cours de transformation en crapaud ou de lévitation de plumes, les élèves apprennent désormais des sortilèges mortels interdits ; à la place des parties de Quidditch on a le droit à de jolies courses poursuites dans des labyrinthes brumeux et oppressants ; les personnages secondaires tombent comme des mouches... Enfin pas de quoi vous faire frémir, mais le virage mature qui en résulte surprend, tout comme l'avertissement jeune public apposé sur l'affiche, après coup probablement justifié.

Paris, vingtième, le lendemain. Cette fois en plus de ma frangine on ramène donc sur la capitale quelques meubles, achetés dans une grande chaîne de magasins suédoise, et un ordinateur monté de toutes pièces par votre serviteur, en remplacement du portable qu'on lui a cambriolé. Quelque chose de simple et de silencieux, enfin dans le principe, avec surtout un gigantesque 19” cathodique qui mine de rien accuse un poids conséquent. Elle a l'air contente. J'ai de temps en temps un sacré pincement au coeur quand je pense à elle. Des fois elle me demande si je suis heureux, je lui réponds oui pour ne pas l'inquiéter, même si en fin de compte je pense que c'est le cas. Certes les choses pourraient aller mieux, je ne suis pas satisfait de tout ce que j'accomplis, mais je me dis que c'est probablement impossible de l'être. Après un après-midi de bricolage épuisant mais sans vraie prise de tête, ils ont fait de sacrés progrès dans les notices de montage, comme elle nous le propose avec une gentille insistance on est restés dormir chez elle la nuit dernière. Ses voisins nymphomanes n'ont pas donné dans le concert de grognements, mon père n'a quasiment pas ronflé et pourtant j'ai assez mal dormi. Cet appartement a dû définitivement créer un réflexe de stress pavlovien chez moi.

Voilà, c'est à peu près tout. Ah si, j'allais oublier, je viens d'appeler au Vieux Quimper, une crêperie dans le centre de Nantes, où j'ai réservé une table pour demain soir. Pour deux. Pour moi et Émilie. Je ne sais pas exactement où en était mon compte-rendu de la situation, toujours est-il qu'en fin de semaine dernière et pour je ne sais quelle raison, elle me sort un c'est pas encore cette semaine que tu vas m'inviter à prendre un verre, qui lui-même donnait suite à une suggestion que j'ai dû lui faire il y a quelque temps déjà. En tout bien tout honneur bien entendu, étant donnée sa situation. La conclusion de cette discussion étant grosso-modo, la semaine prochaine, sans faute. En fin d'après-midi je lui demande donc si elle a quelque chose de prévu mardi. De prime abord elle accepte, après coup elle fait un peu la fille qui a des doutes. – Pourquoi est-ce que tu tiens à ce qu'on fasse un truc tous les deux ? Je ne suis pas vraiment une pipelette, tu vas t'ennuyer... En soi c'est vrai que le concept reste étrange pour ne pas dire saugrenu. Mais même si c'est le premier rendez-vous que je file depuis à peu près une éternité, même si ça n'est pas vraiment un rendez-vous non plus, je vais éviter d'en faire des tonnes. Voyons ça comme un énième exercice social.

vendredi 09 décembre 2005

Où l'on doit lire entre les lignes

J'aimerais juste que les choses soient claires, j'aimerais être sûr que tu n'arranges pas la réalité comme ça t'arrange toi. J'aimerais que quand tu me dises blanc ça veuille dire blanc et être sûr que quand tu me répondes non, ça n'est pas juste pour voir si j'insiste. Parce que je n'insisterai pas. Et pourtant j'ai parfois de bonnes intuitions ; mais à force de me faire balader je finis par ne plus y croire. Et c'est idiot parce que tout pourrait être beaucoup plus simple et ce que tu me reproches presque de n'avoir pas eu l'audace de faire, aurait été réglé depuis longtemps. À moins que tu aies des doutes, pas à mon sujet évidemment, il me semble que mes intentions sont assez claires ; mais moi je ne peux pas me permettre de décider pour deux.

lundi 28 novembre 2005

Mise au point

Je vais finir par croire que je n'ai décidément pas de veine. Émilie a un copain, Émilie a un cher et tendre. Elle me glisse l'information entre deux boutades, alors que j'en étais à l'inviter à dîner. Elle a pris ça sur le ton de la rigolade alors j'ai un peu forcé le trait, pour ne pas finir complètement ridicule, mais je vais aussi finir par croire que personne ne me prend jamais au sérieux. Elle n'en a quasiment rien dit à personne, parce qu'elle n'avait pas envie de se faire harceler de questions. En soi ça se comprend mais j'avoue pour ma part que, si elle avait été franche, ça aurait évité beaucoup de problèmes à beaucoup de monde – j'exagère un peu, mais je n'étais visiblement pas seul sur les rangs. J'évite donc soigneusement de creuser le sujet, également pour les raisons qu'on imagine. Me revoilà donc à la case départ, avec encore moins de certitudes qu'à la fin de l'épisode précédent, avec une incompréhension de plus en plus flagrante du comportement de la gente féminine, avec cette question qui revient aussi, celle à laquelle j'avais définitivement répondu non concernant cette chère Aude, est-ce que je continue néanmoins sur ma lancée, juste pour le plaisir de me faire une bonne copine ?

Perspectives

J'ai donné dans le personnel. On m'a conseillé de donner dans le personnel, alors j'ai donné dans le personnel. Dans le familial, plus exactement. On m'a conseillé de la faire parler d'elle aussi, alors je lui ai fait parler d'elle. La chose la plus étrange c'est que malgré tout ça m'a intéressé, ça pouvait sembler n'être que de la curiosité déplacée, mais malgré tout ça m'a intéressé. Rentrer dans l'intime, comme le disait Benoît Poolevorde, le personnel il n'y a que ça qui m'intéresse. Tout cela faisant que je pourrais presque qualifier cet après-midi avec elle d'assez agréable, mais le fait est que la messagerie instantanée vous construit artificiellement une confiance qui ne vous empêche pas de perdre à nouveau vos moyens quand vous vous retrouvez en face d'elle. Avant de partir en week-end, de la laisser retourner dans son choletais familial, je passe à son bureau pour lui abandonner quelques disques. Elle m'a demandé de les lui prêter pour ces deux jours. J'essaie tant que je peux de donner de la consistance à ce moment, mais les mots ne viennent plus. Par maladresse assez risible, vous savez comme dans les films de Chaplin, j'éteins par mégarde le néon au-dessus de son bureau, on se retrouve tous les deux dans la pénombre artificielle du hall d'accueil, loin des autres, loin de tout. Mais je sens mes jambes fondre sous moi au moins aussi vite que mon optimisme, c'est presque en courant que je m'éclipse.

mercredi 23 novembre 2005

Le point

Où ça en est ? J'en ai discuté un peu avec Kévin, que j'ai eu la chance de croiser sur MSN, qui essaie donc de me convaincre et de me sur-motiver pour que j'arrive enfin à faire le premier pas. Il me sort ses exemples de vadrouille en bar/discothèque et me donne quelques conseils un peu convenus qui ont cependant le mérite de me rassurer un peu. Par ailleurs, comme on continue de discuter gentiment via messenger, aujourd'hui c'était cédés et musique entre autres, je dois avouer que n'ai pas forcément le réflexe de fermer la fenêtre dès que des collègues un peu curieux aventurent leur regard sur mon écran. Évidemment une fois ou deux notre conversation tombe sous les yeux de Yoann, évidemment il me charrie, j'imagine que c'est de bonne guerre. Enfin sauf que ce soir, comme il organisait un pot pour ses un an de boîte, il ne s'est pas privé de faire la remarque devant tout le monde, quelque chose du genre toi et Émilie vous discutez souvent par messagerie, ça cache quelque chose ça... Et d'enchaîner plus ou moins au second degré, légèrement alcoolisé j'admets ne pas être complètement certain de la façon dont j'ai pu répondre, au moins ça a eu l'air de la faire rire. Mais il n'est pas impossible que j'utilise demain ce fond de déconne pour, comme le suggère mon cher maître, prendre les devants et faire preuve d'initiative.

Vous dites si ça vous emmerde ce que j'écris, hein.

samedi 19 novembre 2005

At the movies

À la base j'aurais voulu passer cette après-midi au ciné avec une certaine personne ; mais elle n'a pas daigné pointer le bout de son nez vendredi soir, je me suis retrouvé bien coi, mon messenger dans une main et mon semblant de détermination dans l'autre. Bien sûr, techniquement j'aurais pu me débrouiller pour demander son numéro de téléphone à Paco, mais il faut croire que je n'en soie pas encore rendu à ce stade. Après un réveil tardif et une course contre la montre pour arriver à l'heure à la première séance, j'ai donc laissé filer mon samedi devant Free Zone, le dernier film d'Amos Gitai, et The Corpse Bride de Tim Burton, que j'ai finalement réussi à voir.

Free Zone apporte donc un regard de plus sur la situation israélo-palestinienne, sans vraiment montrer les manifestations du conflit lui-même, attentats ou raids militaires, en évoquant plus comment les gens semblent le vivre au jour le jour : on y montre par exemple le zèle presque paranoïaque des douaniers israéliens ou encore la violence presque déraisonnée entre civils, nombre de difficultés supplémentaires pour tous ceux qui essaient de continuer à vivre malgré tout. Le scénario reste anecdotique, l'histoire parle plus de communication et de rencontres, malgré la barrière de la langue, malgré la soi-disant barrière de la religion. Une jeune américaine se retrouve, suite à une embrouille avec sa future belle-famille et à un concours de circonstances un peu mystérieux, embarquée avec la femme de leur chauffeur qui doit se rendre en Jordanie pour faire du business. Hélas rien ne semble vouloir arrêter le cycle de l'incompréhension et de l'affrontement, d'ailleurs ce road-movie semble légèrement se terminer en roue libre, sans apporter ni réponse ni conclusion, démontrant d'autant plus l'absurdité d'une situation qui n'a peut-être d'égale que son insolubilité. Ce film m'a parlé par ce qu'il raconte par l'exemple certains moments forts de l'histoire du proche orient, il m'a aussi donné envie de voyager, d'en apprendre plus sur le quotidien de tous ces gens, souvent confrontés aux pires horreurs mais qui tiennent quand même bon.

À part ça, je dois malheureusement avouer que, et à l'instar de Charlie et la Chocolaterie, Les noces funèbres m'ont un peu ennuyé. Même si les chansons sont marrantes, même si le côté morts-vivants donne lieu à des gags visuels assez bien ficelés. Ça manque cruellement d'originalité et de profondeur. Après, ce n'est peut-être pas la meilleure saison pour que je me montre capable d'émerveillement et animé de bons sentiments.

mercredi 16 novembre 2005

Boulet time

Je suis une merde. Parce que j'ai passé la soirée avec elle et quelques collègues et que j'ai dû lui adresser la parole en tout et pour tout environ trois fois. Le reste du temps se résumant au néant le plus intégral. Soirée d'impro au Live, seconde édition, cette fois Mathieu a joué ; les matchs étaient assez drôles et rythmés dans l'ensemble, de temps en temps à la limite du bon goût, mais on va éviter de relever. De toutes façons, je suis une merde. Avec cette incapacité à faire quoique ce soit d'autre que de lui sourire bêtement quand nos regards se croisent, des fois je me demande si j'ai vraiment les moyens de mes ambitions. Ce qui est marrant c'est qu'au moment où j'ai essayé de le convaincre de venir avec nous, Paco m'a prié au second degré d'arrêter d'en profiter pour la draguer. Sans commentaires. Quelques verres et quelques silences après la fin de la séance et devant l'aboulie généralisée, chacun finit par rentrer gentiment chez soi. Je lui dis au revoir, je la regarde repartir à pied, rien à rajouter. À part que je suis une merde. Sur le chemin du retour, passablement énervé par mon état, je conduis n'importe comment ; enfin comme d'habitude, sauf que je suis ailleurs, définitivement. À un point que je finis par rentrer dans un trottoir, tout seul comme un grand, à la sortie d'un rond-point. Je ruine complètement mon pneu avant gauche, qui commence au bout de quelques mètres par dégager une douce odeur de métal brûlé ; la direction, elle, tourne dans le vide et le moteur patine sans jamais accrocher. Je me gare, j'essaie en changeant la roue – dix minutes dans le cambouis sous un crachin insistant. Rien à faire, la direction est morte. J'arrive tout juste à me traîner jusqu'au garage le plus proche et je finis par appeler mon père. Je vous laisse imaginer la scène. Une belle soirée de n'importe quoi, ça fait bien plaisir.

vendredi 11 novembre 2005

Atermoiements

Il y a juste ces moments où je me rends compte du ridicule de ce que je peux bien lui dire, comme je continue par intermittence à discuter avec elle – Emilie – et à ces moments précisément je pourrais presque me convaincre d'avoir perdu le bénéfice de tous les efforts consentis pendant l'après-midi – efforts pour avoir l'air à ses yeux de quelqu'un qui vaille la peine qu'on s'y intéresse, histoire d'orienter sa soi-disant réflexion à ce sujet. C'est idiot parce que malgré tout j'aime bien lui parler, elle écoute, elle répond toujours, elle fait attention à ce que je dis, c'est assez rare et agréable pour être signalé. Mais de temps en temps ma concentration retombe et je repars dans mes vieux travers, blagues éculées et dérision trop corrosive, effets incompréhensibles et gêne difficilement contenue. J'aimerais que les choses soient plus simples, tout comme j'aimerais pouvoir adresser arbitrairement la parole à des inconnues, pourtant j'imagine à peu près comment engager la conversation, c'est juste que je ne franchis jamais le pas. J'aurais pu l'inviter au concert d'hier soir mais au dernier moment j'ai laissé filer l'occasion. J'aimerais ne serait-ce que lui emboîter le pas quand je la vois aller prendre son café le matin. Et là je me dis que je suis vraiment stupide, parce que dans ma tête j'ai peur qu'elle croie que j'ai des attentions à son égard et pourtant c'est exactement le cas, pire c'est le cas et j'ai envie qu'elle le sache. N'importe quoi. Même si au bout du compte c'est toujours la même chose qui me retient, cette crainte maladive de ne plus arriver à lui faire la causette une fois entre quatre yeux. Il faut vraiment que je trouve une solution. Il s'agit peut-être juste d'éviter de perdre mes moyens aussi facilement.

A titre informatif et puisqu'on me le demande, Émilie, cheveux teints, yeux noisette bleus, est assistante de direction commerciale dans la boîte où je travaille. Elle m'a expliqué en quoi ça consistait exactement mais je ne suis pas sûr d'avoir bien compris. Elle fait attention à ce qu'elle porte, c'est souvent sobre et légèrement chic. Aux dires de la fille dont elle est assez proche (tout comme Aude) c'est une fille bien, un peu effacée, consciencieuse.

mardi 08 novembre 2005

Perspectives

Alors que le pays brûle, comme le raconte Fox News avec poésie, je ne peux m'empêcher de penser que des français qui en arrivent à calciner des bus, à vandaliser des locaux associatifs, à saccager des écoles, bref à réduire en cendres les dernières marches de l'escalier social que notre chère République leur a laissé à portée de chaussure (l'ascenseur étant, selon la formule consacrée, en panne) que ces gens donc sont soit complètement idiots soit complètement désespérés. Évidemment j'ai le réflexe de prier pour que ce soit la seconde solution, ce qui en même temps me laisse un goût amer au fond de la gorge. Hélas comme beaucoup de blogueurs je me contenterai d'éluder sur ces quelques mots d'esprit, moi et mes non-solutions, moi et ma nostalgie nonchalante des années Jospin, les trente-cinq heures et les emplois jeunes, ça c'était un vrai projet de société. Même avec le fallacieux prétexte que mes parents, eux, se sont sortis de ces banlieues, que moi je suis noir, intégré et que je me permets même de faire la fine bouche. Et après ? Quelle sorte de légitimité est-ce que ça me donne ? Je ne ferai pas de leçons de morale, pour changer. Je suis juste inquiet et triste.

Sans rapport aucun, ma frangine a eu la désagréable surprise, en rentrant déjeuner ce midi, de découvrir que sa porte avait été forcée et qu'on avait cambriolé son appartement – malgré la serrure trois points et le digicode à l'entrée. Un ordinateur, un téléphone portable, de l'argent en liquide, maigre butin. Elle a l'air de prendre ça assez bien, enfin façon de dire ; avec un fatalisme et une abnégation que je trouve presque étonnants de sa part, surtout en ce moment. Mon père est quand même monté en catastrophe à Paris, histoire de recadrer les choses, avant qu'elle n'aille porter plainte demain. Je suis inquiet, un peu, mais je pense que ça va aller.

Toujours sans transition. J'ai réfléchi environ toute la nuit et une partie de la matinée pour essayer de trouver les mots qui accrocheraient son attention. Mais aucune inspiration et surtout une trouille bleue des éventuelles conséquences, ça a été page blanche – ou plutôt fenêtre MSN blanche, mais passons. Je la croise à la pause café à midi, elle est assise pas très loin, en face de Paco qui fait les mots croisés. Moi je fais plutôt les quatre cents pas autour de la machine à café, je fais semblant de m'intéresser, j'hésite mais finis par me poser sur un tabouret. À côté d'elle. Je me rapproche discrètement sans dire un mot, elle m'adresse quelques sourires mais s'éclipse plus tôt que prévu. Je désespère légèrement, me convaincs que ça va être une journée sans intérêt de plus, comme tant d'autres journées où j'ai attendu quelque chose qui n'est jamais arrivé. Sauf qu'en fin d'après midi c'est elle qui ouvre une discussion, sur un sujet quelconque. Presque soulagé, j'enchaîne, je blablate, je divague, elle relance, de temps en temps. L'heure tourne, j'ai les neurones qui se touchent, je décide de rentrer. Avant de partir je conclus quand même, un peu comme Ross à la fin du premier épisode de Friends. – Juste un truc. Si un jour je t'invite à aller prendre un verre, tu crois qu'il y a des chances pour que tu acceptes ? (silence) – Je vais y réfléchir... J'ai envie d'être vaguement optimiste.

dimanche 06 novembre 2005

The song remains the same

Hier soir j'étais invité à la pendaison de crémaillère de la fille, qui par ailleurs a donc accouché fin août et profitait ainsi de l'occasion pour nous présenter sa petite. La scène se passe quelque part au milieu d'une zone pavillonnaire immense, banlieusarde et assez quelconque, les linéaires de maisons uniformément grisâtres commencent à sérieusement accuser leur âge. Mais ils ont l'air bien installés, c'est grand, ils ont un jardin. Je n'habite pas très loin et je connais assez bien le quartier (Romain habite à côté) donc je suis le premier à arriver, une bouteille de blanc et des Ferrero Rocher à la main. En entrant je croise le couple de retraités qui leur sert de voisins immédiats, chocs des générations un peu, choc des mondes surtout. Du reste ça pourrait grosso modo résumer la soirée, même si ça fait un peu caricatural, même si ça fait un peu convenu : les étudiants sur le tard et les adultes bien installés. Je vois ainsi les uns et les autres arriver petit à petit, je n'en connais pas les trois quarts et, si paradoxalement j'arrive à peu près à engager la conversation avec certain(e)s plus avenant(e)s que d'autres, c'est avec soulagement que je vois arriver Jésus-Christ, Aude avec son H, Emilie et Mathieu (sa copine nous rejoindra plus tard)

Choc des mondes donc, ça parle accouchements, haptonomie, couches culottes biologiques, lait maternisé lyophilisé, de vache ou de chèvre ; murs porteurs, isolation, déménagement, aménagement intérieur, extérieur. Cuisine américaine. L'ultime grand écart de la soirée consistant quand même en la présence dans ce même salon, des collègues professeurs du mari de la fille (d'age assez avancé pour certains) et d'élèves du lycée professionnel où il enseigne. Au second degré ça négociait sur le contenu des contrôles à venir et sur les notes des trimestres précédents. Original. Malgré tout l'ambiance prend bien, c'est une sorte de joyeux mélange des genres, je ne sais pas si ça a plu à tout le monde, moi-même ça m'étonne que ça se soit passé aussi bien. Et puis quelqu'un a la bonne idée de mettre en fond sonore l'intégrale des albums studio de Led Zeppelin, et puis des gens ont eu la bonne idée d'arriver les bras chargés de tartes et autres crumbles, fatalement ça aide, c'est bon à savoir.

Même si au fil du temps les groupes se reforment et je me retrouve rapidement entouré des personnes sus-nommées, à scotcher sur un canapé déserté par les autres convives qui lui préféraient la cuisine, à essayer de reconnaître les génériques du hit des séries télé. Aude finit par tiquer sur le et toi quand est-ce que tu t'y mets [à faire des enfants] qu'on n'arrête pas de lui rabâcher, parce que c'est la plus vieille d'entre nous, parce qu'elle réclamera le bébé de la fille toute la soirée, parce que c'était drôle – mais pas parce qu'on se voulait vexants. Je découvre qu'elle a des plans assez arrêtés sur le sujet. D'abord le mariage, ensuite les enfants, et puis il lui reste encore du temps. Je comprends la tonalité jaunâtre de son rire, elle a dû y réfléchir probablement plus d'une fois. J'apprends aussi (officiellement) qu'Emilie est célibataire, l'horoscope dit que les Gémeaux aiment qu'on leur courre après et c'est un peu ça. J'essaie de la suivre quand elle se lève, tout en évitant de passer pour un gros pervers, c'est assez compliqué, je me rapproche quand on laisse une place vacante entre nous ; j'ai la vague impression qu'elle aussi multiplie les signes de normalisation des relations diplomatiques, mais je pourrais tout aussi bien me tromper, ça ne serait pas une première, je lui parle peu directement, je n'attrape que rarement son regard.

Reste ce quart d'heure où elle jouera avec la petite Yoana que je tenais amoureusement dans mes bras, mais j'avais l'attention bien trop accaparée par la gamine pour m'amuser de la situation avec elle. Et puis ce trait cinglant de cette chère Aude, et vous deux vous êtes célibataires, quand est-ce que vous vous y mettez, que j'aurai le réflexe de prendre suffisamment à la rigolade pour que ça ne me déstabilise pas trop. Surtout quand on se met à ironiser de concert sur une éventuelle demande en mariage. Charmant. Même si je me dis que ça me donne sûrement de quoi orienter la tournure des évènements si je la revois demain. Soyons fous.

mardi 12 juillet 2005

Petits tracas et conséquences

Demain matin, neuf heures, réunion entre six yeux, moi et mes deux chefs de projet, Guillaume et Seb. Le libellé dans Outlook : salaires. Sachant que ça peut vouloir dire tout et n'importe quoi ou disons plutôt, que ça recouvre un tellement grand nombre de scénarios... De la négociation ouverte à la simple notification de l'augmentation annuelle indexée sur la grille de la convention collective. Sachant que les collègues de l'autre département ont déjà eu ce même entretien et que, même si leur manager est beaucoup plus (con et) expéditif, ça s'est vite transformé en d'accord tu peux toujours dire ce que tu veux de toutes façons on ne te donnera que ça. En me rappelant également la façon dont le sujet avait été abordé à la fin de mon entretien d'embauche : de toutes façons, nous, on suit la grille. J'ai quand même préparé une réponse au cas où on me demanderait, même si j'ai un peu moins confiance dans mon argumentaire depuis que je me suis mis à ne plus rien foutre. Enfin, c'est pas totalement vrai et puis j'ai un passif qui joue en ma faveur ; en plus je passe une partie de mon temps à aider ou à donner des directions ; je sais que je ne suis pas indispensable, encore moins maintenant, mais je pense avoir une carte à jouer.

Mais bref, cessons donc de vous rabattre les oreilles avec ce genre de considérations bassement carriéristes. Ce midi la fille passait faire ses adieux avant son congé maternité, qui commençait officiellement en fin de semaine dernière et qui doit se finir au début de l'année prochaine. Occasion d'échanger avec elle quelques mots sur son marathon de ces deux dernières années. En vingt-quatre mois elle a rencontré son futur, ils se sont mariés, elle est tombée enceinte et là ils sont sur le point de signer pour une maison. Le divorce c'est pour la semaine prochaine ? ironise-t-elle. Moi ça me fait penser à une sorte de marche forcée vers un destin que tout le monde leur a écrit par avance. La liste convenue des choses à faire avant trente ans. Je ne sais pas si j'avais déjà décrit ce sentiment étrange mêlé de pitié, même si je les crois les plus sincères du monde, même si rien de tout cela n'a l'air ni prémédité ni relevant d'une quelconque névrose de la banalité ; mêlé de pitié donc et évidemment d'envie. Parce que cette névrose je la développe aussi et je ne sais pas si je dois me réjouir ou m'inquiéter d'en être à des années lumières de sa réalisation.

Dix-sept heures, je sirote assez idiotement mon troisième café de la journée alors que le thermomètre affiche largement trente degrés. Émilie passe, son sac sous le bras, comme si elle allait partir. Mais elle me voit, elle me sourit et étrangement vient me (nous en fait, mais l'autre c'est Stéphane) rejoindre au bar de la cafétéria. Je ne sais pas comment réagir, je ne sais pas s'il faut comprendre quelque chose, elle partait visiblement pour chez elle, elle n'a aucune raison de s'arrêter en salle de pause, et pourtant elle est assise là. Un peu en face, mais pas trop. Je cogite, je me répète exactement cet argumentaire. Un peu désarçonné, je ne trouve rien de plus original à lui demander que si elle fait le pont vendredi. Non, il faut bien que quelqu'un réponde au téléphone. Ricanements, silence. Silence. Le plafond est très bas, Igmar. Silence. Assez vite quand même j'abdique, prétextant que j'étais là depuis déjà une demi-heure je fuis la confrontation au pas de course.

Des années-lumière, je vous dis.