lundi 15 mars 2010

Non. Pas Moi.

Elle me l'avait demandé, Lo, avec ce semblant d'intimité qui nous vient naturellement, comme si nous étions amis depuis des années. J'avais alors eu une réponse laconique. C'était compliqué ; elle ne savait pas ce qu'elle voulait alors que moi, bien au contraire, je savais exactement ce que je recherchais. Mais puisqu'il faut dire les choses comme elles le sont, je préciserai désormais ainsi ma pensée : je pense maintenant savoir ce que je ne veux pas.

Soyons francs, ce qui m'agace le plus chez Mademoiselle L. c'est son côté paranoïaque. Pas maladivement paranoïaque, assez cependant pour gâcher une soirée — des histoires au travail qui au mieux indiffèrent, au pire inquiètent. Quand en plus je m'imagine avec elle au quotidien, c'est plus fort que moi. C'est allergène.

Ite missa est. Les choses sont claires dans ma tête. A présent je veux passer ce stade et qu'on reste bon amis. Après tout on s'entend bien. Je la soutiendrai si elle en a besoin, s'il le faut je l'aiderai avec sa fille. Vous me direz, certains se contentent d'aussi peu pour construire une vie de famille.

Non. Pas moi.

dimanche 30 août 2009

La pierre percée

Le regard perdu dans l'immensité bleue à peine perturbée par la trainée d'un avion que le vent dissipe lentement, comme il glisse léger entre les peupliers centenaires qui nous abritent, de ce bruissement de papier froissé qui me berce et presque m'endort, je vis un moment de bonheur fugace auquel je m'accroche tel un mort de faim. Coucou, rit la voix d'Héloïse, qui m'extirpe de mes songes. Avec sa mère elles reviennent des berges du fleuve, s'allonger avec moi au pied des arbres. J'aime leur présence. Comme c'est calme, quel beau soleil, petite escapade bucolique en bords de Loire.

Et tant pis si la réalité finit par reprendre le dessus, cela ne rend l'instant que plus particulier. La réalité, ce sont nos quotidiens, avec les mêmes questions et les mêmes dilemmes toujours irrésolus. La réalité, c'est tout ce qui nous unit et nous sépare et je devine également les côtés plus sombres de la personnalité de mon amie. La dure réalité, enfin, c'est aussi la fatigue du grand air qui agite notre petite invitée surprise. Je découvre la sévérité et l'ingratitude du rôle de parent et mon hésitation à prendre les devants, naturellement due à toute absence de légitimité.

Nous rentrons à Vertou, le temps de se rafraîchir les idées avant la soirée. Nous devons retrouver nos rendez-vous respectifs en ville, au festival de jazz. Je sacrifie, avec regrets, à ma sacrosainte règle du cloisonnement — comme je devine la totale absence d'intérêt commun que pourraient se trouver mon adorable mère célibataire et mes deux grands clowns à peine sortis de l'adolescence. Pourtant seules quelques années les séparent. Malgré tout deux groupes se forment et me voilà contraint dans un absurde numéro d'équilibriste à jongler entre l'incompréhension des uns et le moral lunatique de l'autre, qui trahit son impatience et ses intentions.

Rencontres organisées, rencontres fortuites, en cette fin d'été je suis plus perdu que jamais.

Dans la voiture, Betty me lit mon horoscope, je suis le signe du mois. On me conseille de faire le ménage dans mes relations personnelles, par crainte de perdre ceux qui comptent vraiment. Peut-être alors devrais-je arrêter de tergiverser et décider d'endosser pour de bon mon armure blanche. C'est en bas du marché que je tombe sur eux deux, ils emboîtent mon pas et m'invitent à déjeuner. Life updates respectives, neutres et polies. Ils doivent de toutes façons être tellement habitués à ce que je leur dise que tout va bien, jamais je pense je ne pourrai rentrer dans les détails de la vraie version de l'histoire.

Une fois de plus, par hasard, au bout de la nuit nantaise, je croise enfin François et regrette, si seulement tout était aussi simple qu'avec lui. Nous sommes du même moule, tous les deux, nous acceptons de laisser les choses vivre, avec sourire et abnégation. A chaque fois tu me rappelles qu'en fin de compte, il n'arrive que ce qui doit arriver, qu'à rien ne sert de tirer des plans sur la comète, que tout ce qu'on a on finit par le perdre tôt ou tard, que toute lutte est vaine.

A nouveau me voilà suspendu à mon ciel bleu et à la joie simple d'une après-midi d'été. Même évanescent, j'aimerais garder ce souvenir quoi qu'il advienne désormais.

mardi 02 juin 2009

Hésitations

Je serais éventuellement parvenu à faire abstraction de certaines choses, de certaines intuitions qui d'habitude me font hésiter — après tout, je l'ai déjà fait auparavant, plus d'une fois. Mais seulement parce qu'il y avait quelque chose d'autre, parce qu'il se passait quelque chose d'autre et cela suffisait à changer complètement mon regard, à me faire oublier mes appréhensions premières. Appelez ça comme vous voudrez, après tout, je sais que je reste une éternelle fleur bleue. Malheureusement, avec elle, il manque ce déclic — ce petit rien qui fait qu'on ne restera jamais que bons amis, même si la raison, le bon sens, le côté matériel même commandent tout le contraire. Malgré le fait, également, qu'on soie tellement sur la même longueur d'onde, elle et moi, et je ne fais que reprendre mot pour mot ses propres termes. Alors on se contente de petits dîners, de ces petits tête-à-tête à droite à gauche, elle déverse son sac, moi je joue le rôle d'éponge.

Ce qui me tue, c'est que ça se passe mal avec son mec. Ca me tue, pour des centaines de raisons. Au fond de moi et malgré les apparances, je me réjouissais qu'elle ait trouvé quelqu'un. Son histoire de mère célibataire me fendait le coeur et elle semblait mettre un tel point d'honneur à reconstruire sa vie amoureuse. Ceci explique peut-être cela du reste, elle s'est sans doute installée trop rapidement avec cette grande gueule à peine sortie de l'adolescence — contre sa première intuition, d'ailleurs. Mais je ne m'étalerai pas sur les détails sordides qu'elle me déballe, entre le poisson et le dessert, cependant il n'a pas intérêt à jouer au con avec elle. Ca me tue justement parce que c'est un fantasme personnel d'endosser l'armure du chevalier blanc à la rescousse de la princesse — et de son adorable petite fille. Ca me tue enfin parce que, rationnellement, tous les arguments pointent dans cette même direction. Finalement je pense que je tiens à elle et ce serait le plus simple, pour tout le monde. Mais il manque toujours ce déclic et nous revoilà au point de départ.

Je ne sais pas si c'est moi qui me complique la vie inutilement ou bien si j'ai un don pour choisir les filles compliquées. J'ai besoin d'air. J'ai besoin de voir d'autres têtes, pour relativiser. Ca tombe bien je change bientôt d'environnement de travail.

dimanche 15 février 2009

Fichue Saint Valentin

Parfois je regrette n'avoir que les mots pour retranscrire ces situations, toutes ces situations, celles qui me marquent, me touchent et m'émoeuvent. Il y a les photos, bien sûr, mais les photos c'est si peu naturel. Et puis, comment y décrire, même imparfaitement, l'ambiance, les odeurs et les sons, voilà qui tient de la gageure. Si malgré tout vous en avez la patience, prenez alors le temps d'allumer un peu d'encens, de mettre un album de The Taste — n'importe lequel, tous sont parfaits — et écoutez. Car aujourd'hui je raconte, aujourd'hui je me raconte, et le titre c'est : fichue Saint-Valentin. Vendredi dernier, je suis dans un restaurant avec Mademoiselle L. Pour fêter la chandeleur, je suis dans une crèperie avec Mademoiselle L. Pour fêter son anniversaire aussi, elle a trente-et-un ans. Et trente minutes de retard. Dès le début elle m'annonce, je suis avec Sylvain maintenant, ce qui a au moins le mérite d'être clair. Je prends donc la nouvelle avec aplomb, car pendant le moment de silence qui s'ensuit je devine qu'elle observe ma réaction. C'est étrange, probablement parfaitement logique, je me rends compte que je ne désire vraiment certaines choses que lorsque je suis absolument persuadé que je ne pourrai jamais les avoir. Ce qui en plus me déstabilise, c'est qu'elle trouve quelqu'un malgré la complexité de sa situation — ne lisez pas ceci de façon péjorative, j'ai toujours eu l'impression qu'elle et moi étions embarqués sur le même bateau, embourbés pour des raisons diverses dans nos routines respectives de célibataires endurcis et que, par la force des éléments, nous aurions éventuellement fini par faire voile commune. Car à défaut de me plaire, assez bizarrement, elle me comprend. Sans même m'écouter vraiment, ou alors par simple politesse, elle me comprend. Elle sait trouver les mots justes pour m'expliquer exactement en quoi mes attentes trop fortes, mes exigeances trop pointues m'empêchent d'aller vers les autres. Vers les autres dont j'espère trop, qui me déçoivent donc si souvent. Accepter une présence, c'est d'abord faire des concessions, à ses idéaux surtout, qui ne sauraient résister aux épreuves du quotidien, aux faiblesses de l'habitude. Je me demande si c'est d'elle dont elle me parle. Ce qu'elle me dit de moi, pourtant, je ne suis pas sans l'ignorer, et c'est sans doute la raison pour laquelle ses paroles prennent une telle résonnance, comme si malgré toute ma discrétion et ces carapaces de secrets dont je m'affuble, elle m'avait percé à jour. Elle m'explique ce que j'ai toujours su, comme si elle l'avait directement lu dans ma tête. Pourtant ce n'est pas comme si on se voyait tous les quatre matins, je ne pensais pas être aussi parfaitement lisible. Voilà qui pourrait m'inciter à baisser mes défenses, qui de toutes façons ne semblent servir à rien. A moins que ce ne soit juste qu'une coïncidence.

lundi 31 mars 2008

Dimanche

Je suis dans la vitrine d'Amorino, je déglutis une préparation à base de chocolat fondu, je l'avais prise au début pour un simple Nesquick. En fait, ça a plutôt l'épaisseur et la consistance d'une tablette qu'on aurait oubliée derrière un pare-brise et qu'on rattrape comme on peut, à la petite cuiller. Pas si mauvais, passée la surprise initiale. Dehors, je vois les gens courir sur les pavés de Nantes, sous une pluie battante et tristement saisonnière. Ça fait un peu comme un film en grand format, à travers l'immense baie vitrée contre laquelle je suis accoudé, je ne suis pas mécontent d'être à l'intérieur, au chaud. On s'est réfugié là, avec Lise, juste après cette visite éclair à l'exposition du Château des Ducs. Intéressante mais trop courte et parfois laborieuse – même si nous n'avons pas complètement pris le temps de nous attarder sur ces portraits de nantais. C'est étrange, je me dis que toute cette information compilée là est pourtant aussi accessible à l'extérieur, aller voir ton voisin pour apprendre à le connaître, c'est aussi simple que ça et pourtant personne ne le fait. Non, il nous faut des expositions pour ça. Nous sommes d'intrigants animaux. Lise m'explique que ce n'est pas si facile d'aller vers les gens, de rencontrer du monde, on ne vient jamais lui parler spontanément par exemple, les personnes ici ne sont pas communicatives. Je ne sais pas quoi répondre, elle a sans doute un peu raison ; moi ce n'est pas l'impression que j'en ai, même si a posteriori je me suis désormais plutôt inscrit dans la démarche opposée. Je provoque les rencontres, l'avantage c'est que je garde le contrôle et peux éliminer d'office. Enfin, en pratique c'est un peu plus compliqué que ça.

Elle a une compagnie agréable, mais ça je l'ai sans doute déjà dit, elle est assez bavarde et nous avons quelques préoccupations en commun, l'éducation, la bouffe bio, les voyages, les gens – les autres gens. Elle veut voir mes photos, comme je brosse mon côté artiste lunatique, je choisis mes disques, je fouille dans Pil', je prépare des expositions. Enfin, accessoirement, ça me plaît aussi tout de même. Il y a ce côté un peu déstabilisent chez elle, on dirait qu'il faut que l'initiative soit de son côté pour qu'elle accepte de faire quelque chose. C'est même plus subtil, en réalité elle doit avoir au préalable suggéré qu'elle était libre, que moi je me débrouille pour lui proposer de sortir et là c'est bon. Si je lui parle directement, au premier degré, alors elle délaiera sa réponse – uniquement par SMS – et finira par trouver une excuse. C'est stupide, parce qu'on est dans un schéma purement amical et que je ne comprends pas bien ses hésitations. Enfin, là elle parle de week-ends en randonnée et de vacances en Irlande. Pourquoi pas, je botte en touche.

vendredi 07 décembre 2007

Le Coeur des Hommes 2

C'était un peu difficile parce que l'un des sujets du film concernait la volatilité des relations entre hommes et femmes et par voie de conséquence, le mensonge, les tromperies, l'adultère. Difficile parce que j'avais choisi d'y aller, malheureusement pas en connaissance de cause, avec Mademoiselle L., visiblement encore très remontée contre son ex. Par moments je sens que ça ne la fait pas vraiment rire, des fois aussi elle aura quelques remarques pleines de cynisme et d'amertume... Dieu merci le reste du temps elle l'aura passé à rire, je l'espère de bon coeur, face aux pitreries potaches de cette bonne vieille comédie de garçons. Je dis comédie de garçons parce que c'est parfois pas très élégant, souvent bien en dessous de la ceinture — j'avais envie de dire comme dans une bonne soirée entre mecs, mais elle me fera remarquer que dans le fond, on est tous un peu comme ça. Par moments trop caricatural, l'aspect mélo reste convaincant et vaguement touchant, il garde le mérite de ne pas dévier dans des travers moralistes trop manichéens. Les personnages restent des hommes, égoïstes et maladroits, faibles mais surtout drôles. Car il faut bien sûr tout prendre au premier degré. Mais après tout n'est-ce pas ce dont on avait besoin, une bonne rigolade entre amis, sans prise de tête ni arrière-pensées ?

vendredi 10 août 2007

Dehors

Ce soir nous dînions ensemble. J'avais choisi Les Chemins d'Alexandre, un restaurant plutôt branchouille du côté de la mairie. La cuisine est légèrement décalée, un peu prétentieuse, mais c'est présenté de façon suffisamment rigolote pour que ça ne donne pas trop dans le snobinard. Lise a choisi du canard au cacao amer et Petits écoliers, moi j'ai pris du merlu à la Vache qui rit, je ne sais pas si vous resituez un peu le genre. Mais c'était bon, passé la surprise initiale. Et puis on a eu la chance de pouvoir manger en terrasse, cadre agréable, bambous, acier et parasols ; même si l'air était assez frisquet, même si les habitants du quartier étaient un peu pénibles avec leurs sonos et leurs allées et venues. Le service est juste correct, la note reste raisonnable pour ce genre de restau.

Je ne sais pas trop ce que j'attendais, enfin si, je sais vaguement ce que j'attendais mais je savais presque à l'avance que ça n'arriverait pas. Ça me rappelle un peu cette soirée avec Mademoiselle E., les similitudes sont, il est vrai, assez nombreuses, mais cette fois je savais peut-être plus à quoi m'en tenir. Elle est gentille, vraiment. Elle n'hésite pas à me raconter sa vie quand je l'interroge. Elle a vécu pas mal d'expériences, pas toujours agréables et ça ça m'intrigue, les détails ça m'a toujours intrigué. Comment elle en est arrivée là, comment elle gère le quotidien, comment elle éduque sa fille ? À quoi ça ressemble la vie d'adulte responsable ? Des fois je sens que je suis sur le fil du rasoir, frisant l'indiscrétion la plus impolie et pourtant, malgré la moue sur son visage je me dis que la spontanéité avec laquelle elle me répond trahit forcément une certaine forme de sympathie. Elle me relance aussi, même si je ne suis pas persuadé qu'elle m'écoute. D'autres fois on se contente juste de meubler. Le ton reste assez neutre et plutôt amical. Je serais curieux de savoir ce qu'elle pense de moi, je lui demanderai la prochaine fois, histoire d'être fixé.

lundi 23 juillet 2007

Mademoiselle L

En me relisant, je me rends compte que j'insiste beaucoup sur les côtés négatifs. C'est certain, les jolies choses qui m'arrivent je ne les raconte plus, parce que je n'ai plus vraiment besoin de me convaincre qu'elles sont bien réelles ; pour le reste j'ai peut-être un peu tendance, oui, à noircir les situations.

Finalement je l'ai revue. Nous avons passé la journée de samedi dans un parc d'attractions, comme nous avions gagné des entrées gratuites et que c'était la seule date qui convenait à tout le monde. Mais plus je discute avec elle, plus mes yeux s'ouvrent sur les raisons qui me font hésiter à aller plus loin. C'est évident, Lise cherche quelqu'un avec qui s'installer durablement, à l'entendre parler de l'éducation de sa fille et de ses mésaventures de bricolage. C'est évident, elle accorde beaucoup d'importance à ses idéaux, comme elle me raconte les détails de son mariage et de sa séparation. Adultère : terrain miné. Ce qui me rassure c'est que cela confirme mes premières impressions à son égard, après tout la psychologie féminine n'est peut-être pas aussi hors de portée. Ce qui m'inquiète c'est que je ne sais toujours pas si je suis prêt à me lancer là dedans. J'ai la sensation d'avoir encore quinze ans, de n'avoir pas encore vécu et je ne crois pas au final qu'on désire la même chose. Même si, et je sais que c'est une de mes mauvaises habitudes, penser à ce genre de choses c'est déjà se convaincre de son échec avant même d'avoir essayé. Il faut que j'arrête de tout anticiper, surtout le pire, bien que ça me rassure.

Elle m'avoue aussi, c'est dur d'être seule mais, après tout, il faut apprendre à vivre avec car c'est peut-être son destin. À qui le dis-tu... C'est dur de rencontrer des gens, de sortir, de vivre malgré tout. Et la trentaine qui se fait de plus en plus menaçante, même si elle a déjà réalisé pas mal de choses, elle. C'est vrai on a pas mal de points communs. Et puis, je l'admets, je suis tombé amoureux de sa fille. Cette gamine est tout bonnement adorable, elle est vive, énergique, futée ; elle sait aller vers les gens, elle sait se rendre inoubliable. Si tous les enfants étaient comme ça, ça donnerait envie à tout le monde d'en faire – d'ailleurs je pense que ça a effectivement donné des idées aux autres.

Rien que pour Heloïse, j'ai envie de garder le contact. Et puis sans exagérer, nous deux on s'entend bien, elle est intéressante et curieuse. Peut-être alors, devrait-on devenir bons amis. Même si j'ai appris à me méfier de mes amies, cela me permettrait de me faire une idée plus précise en attendant. Dans le doute, je vais aussi essayer de lui présenter François. Avec leurs aspirations ils iront, je pense, bien mieux ensemble.

vendredi 15 juin 2007

Convolutions

Lundi soir, je finis par rappeler Lise. Je tombe une première fois sur son répondeur. Je réessaie un peu plus tard, re belote. J'avais des soupçons sur le fait qu'elle filtre ses appels, ces deux coups de fil dans le vide confortent ma parano. Je laisse une vague explication sur la boîte vocale, j'ai déjà dû vous raconter à quel point je détestais ma voix, quand je me réécoute ça me fait le même effet de révulsion, mais la flemme de me reprendre. Appuyez sur 1 pour valider votre message. Je suis resté très neutre, j'ai juste déroulé mon prétexte sans vraiment insister. Elle n'a jamais rappelé. Kévin m'explique son point de vue, le signal qu'elle veut faire passer est assez clair. Elle doit être à un match d'improvisation de Mathieu mardi soir, je ne sais pas si j'irai. En même temps il y a la soirée de fin d'année mon club photo, ça me fait une bonne excuse.

lundi 11 juin 2007

Compte-Rendu

Je me disais, quel week-end de merde. C'est le fait que j'aie cassé un peu de vaisselle à cause d'un geste mal maîtrisé qui a fini de me mettre dans cet état. Pourtant quand j'y repense, il y a eu du positif. En fin d'après midi, je suis allé voir Grindhouse, Boulevard de la Mort. Je suis complètement nul dans tout ce qui est références cinématographiques, alors quand on m'a expliqué que le dernier Tarentino en était rempli, je me suis dit dommage, mais tant pis. Ça ne m'a pas empêché de voir un bon film, un peu longuet avec ses scènes interminables de discussions d'adolescentes lascives, efficace dans ses séquences d'action façon slash movie, dans un genre qui rappelle un peu Sin City ; et surtout souvent drôle voire carrément jouissif dans son côté exagéré, trash, décalé.

J'ai aussi donné dans l'atelier stickers histoire d'égayer un peu le grand placard de l'entrée. Les autocollants viennent de chez Nouvelles Images, ils sont jolis et bien finis, ils sont vraiment super faciles à poser et ont l'air de se retirer facilement. Bon après, 15€ pour ça je trouve que c'est un petit peu exagéré, mais il n'y a pas vraiment d'alternative.

Ce qui m'embête le plus c'est, en voulant prendre quelques photos pour vous faire admirer mon oeuvre, de constater que mon 17-85 ne répondait plus. La bague de mise au point a l'air coincée et l'objectif ne veut plus rien savoir... En mise au point manuelle ou en autofocus, il reste désespérément bloqué en début de plage. Encore une réparation qui va me coûter les yeux de la tête. Je vais devoir remettre l'achat du 28mm à plus tard.

L'autre chose qui me turlupine, c'est que je n'ai pas réussi à rappeler Lise. Au début je m'étais dit, en essayant de me motiver, je la contacte avant ce soir, on discute de la journée qu'on a décidé d'organiser avec les autres grâce aux places gratuites qu'on a gagnées, et subtilement en fin de conversation je lui glisse une invitation pour mardi ou mercredi. En fait je crois que je me suis juste mis la pression tout seul, résultat incapable de décrocher le téléphone. Ce n'est pas tant que j'aie peur qu'elle refuse comme d'habitude, c'est plus un manque de confiance dans ma capacité à lui faire passer une bonne soirée. Je me dis qu'elle mérite probablement quelque chose de divertissant et que ce serait irrespectueux de ma part que de l'entraîner dans mes traditionnelles sorties ennuyeuses et prétentieuses. Ce sont aussi toutes les hésitations liées à sa situation, même si je sais que je suis capable de gérer une histoire compliquée, j'ai déjà donné merci, mais je me demande si ça vaut la peine de tenter quelque chose si je suis dans ma tête certain que ça se terminera – voire que ça se terminera mal. La dernière chose que j'aie envie d'assumer c'est de faire du tort à une mère célibataire. Et oui, la vie est dure...

jeudi 07 juin 2007

Quand je vais chez elle

C'est un peu étrange, mais je crois que dans ma tête j'ai tout un tas de schémas et de situations type, auxquels j'essaie désespérément de me raccrocher. Par exemple dans mon esprit, une rencontre doit toujours suivre un déroulement classique, A puis B puis C. Ca doit être une façon de me rassurer, même si en fin de compte je reste quand même aussi stressé. Alors, vous pensez bien, dès que l'on s'éloigne un peu de ces lignes, j'ai immédiatement tendance à trouver ça bizarre ou inconvenant. Par exemple je pouvais penser que, lorsqu'on invite quelqu'un chez soi, même juste pour l'apéro, on prend le temps de s'organiser, de ranger, de prévoir. Quand donc on essuie la table devant mes yeux avant d'y poser quatre verres, voilà ça me déstabilise. Après, me dis-je, peut-être je manque de naturel ou de spontanéité. Dans ce cas, oublions ce genre de détails, car j'ai pour finir plutôt passé une bonne soirée.

Je manque d'abord un peu de me perdre, dans cette banlieue pavillonnaire en cours de construction au sud de Nantes. Les maisons se ressemblent toutes, les rues ne sont pas encore nommées et je n'ai pas très bien écouté les explications de Lise. Je finis quand même par arriver à destination. Au début quand elle me fait entrer, elle est encore au téléphone. Alors je poireaute un peu, le temps de constater que c'est le bazar, de tenter un bonjour timide à sa fille et de deviner qu'il y a un homme au fond, dans la cuisine. Là je me dis, tant pis Yvan, contente-toi de déposer l'autoradio et le chèque et rentrons dîner en face de la télé.

Elle raccroche. Bonsoir. Le temps d'échanger quelques politesses et je comprends en fait que c'est son père qui fait la vaisselle. Il est là pour rendre service, pour garder Eloïse le mercredi, pour s'occuper un peu de la maison. C'est là que je comprends aussi qu'il va rester avec nous pour la soirée. Mais après tout pourquoi pas, il est vraiment très gentil, fait mine de s'intéresser et comble les trous dans la conversation. La petite aussi anime l'ambiance, mais c'est un peu plus décousu. Elle est vraiment adorable et puis c'est incroyable mais, pour son âge, je la trouve vraiment très consciente et dégourdie. Elle intègre et assimile tout ce qui se passe autour d'elle, elle sait s'exprimer intelligemment et obtenir ce qu'elle veut, elle sait surtout faire volontairement le pitre et développer une sorte d'humour primitif vraiment mignon.

Si bien que, l'un dans l'autre, les choses avancent. Et moi qui la connaissais encore à peine la semaine dernière, moi voilà à dîner de façon presque accidentelle avec son père et sa fille. Vous voyez c'est ce genre de schémas peu communs qui me déboussolent un peu. Si j'écoutais Kévin, je penserais que tout ça c'est un test. Depuis sa séparation elle doit se méfier des garçons, la gamine c'est pour tester ma réaction et mon adaptation, son père c'est pour avoir un garde fou et un avis extérieur. Mais je n'ai pas envie de me prendre la tête pour ça. Dans le doute j'ai juste fait un peu attention, ne pas poser les questions qui vexent, sympathiser aussi avec son père. Pour Eloïse j'ai eu moins de mal, c'est venu naturellement.

Maintenant à mon avis les deux ou trois choses qui fâchent : sa maison est sale, moi qui suis maniaque dès qu'il y a trois miettes de pain sous la table à manger, c'est le genre de détails qui me bloquent. Et puis j'aurais aimé un peu plus d'attention, mais j'imagine que ça n'était pas forcément évident et qu'elle ne voyait pas forcément ça comme une soirée d'approche. Après peu importe, je vais quand même sans doute l'inviter à sortir.