samedi 18 septembre 2010

L'auberge

Au moins je m'amuse. C'est étrange d'ailleurs de constater qu'en général, j'ai beaucoup moins de mal à aller vers les autres (les filles) lorsque je suis déjà accompagné. Lorsqu'on est plusieurs je n'ai aucune difficulté à m'adresser à de parfaits inconnus, chose qu'il me semble en revanche relever de l'impossible tout seul. Sauf quand j'ai bu. Mais c'est une autre histoire.

Une histoire qui commence du côté de Carquefou, une énième réunion de boulot, cocktail dînatoire en fin de journée. Pour arriver à l'heure, je fais la route depuis Angers avec quelques collègues, nous voyageons dans l'A4 break d'Edouard. En nouveau trentenaire, j'essaie d'abonder à leurs considérations de bons pères de famille, comparativement c'est quand même plus pratique de charger le lit parapluie dans le coffre de la ZX. Je me sens malgré tout un peu étranger à la conversation. Les primes d'assurance, le prix d'un train de pneus, je suis soulagé de ne plus m'imposer ce genre de casse-têtes.

Les réceptions de l’ambassadeur sont toujours assez bien arrosées, on se donne donc implicitement consigne de garder le contrôle, de ne pas laisser échapper la petite phrase malheureuse. Contexte oblige, juste en face de ton patron, modérer ses propos tient de l'instinct de survie. La solution serait bien sûr d'éviter sa proximité immédiate, une fois sentis les effets de l'alcool, mais il risque de s'en rendre compte. De toutes façons, quand la soirée avance ce sont toujours les derniers mêmes qui restent, dont le chef, il faut donc savoir composer.

Je discute avec Hélène, je discute avec Nadia, avec Barbara, je prends conscience de cette forme d'aisance que j'ai malgré tout avec les filles. J'en prends d'autant plus conscience comme je constate que ce n'est pas forcément évident pour tout le monde, même lorsque la conversation est détachée de tout enjeu. Les ingénieurs sont timides. Accompagné je dispose d'une sorte de point de repère qui m'aide à m'extraire de ma coquille. Pour peu que mes compagnons soient plus réservés que moi et j'ai l'impression d'être le séducteur du siècle.

Avec quelques irréductibles nous nous dirigeons rapidement vers un bar en centre-ville. Pas de contrôles sur la route. La situation s'inverse un peu et nous croyons, pauvres naïfs, que nous allons pouvoir apprendre des infos croustillantes par la bouche un peu avinée du patron. La vérité c'est que sa communication reste très professionnelle. Il garde aussi le contrôle. Il sait ce qu'il faut dire pour rassurer et policer cette image dernièrement écornée, comme lors du départ de Jill. Je commence à être sérieusement éméché.

Ils veulent me traîner en boîte, je ne me débats pas vraiment. Nous nous retrouvons au Loft, c'est étrange et un peu nostalgique d'y retourner maintenant. On est obligés de commander une bouteille pour rentrer. J'ai le réflexe vestiaire, heureusement pour mes clés et mon portable. Je ne danse pas, le mauvais whisky n'aidant pas, et finis par sortir vers les trois heures.

En redescendant vers le tramway, je rencontre une bande d'Erasmus, espagnols pour la plupart et Nina, une belge. J'avais déjà croisé avec amusement ces joyeux drilles qui ont le don de faire pester la France qui se lève tôt, à force de chanter sous ses fenêtres. Il attendent l'ouverture des rames. Dans l'intervalle, l'alcool décrasse un peu ma langue de Cervantès et j'arrive à discuter longuement avec une étudiante au Staps. Il y a si peu de différence, physiquement parlant, entre ton meilleur ami et un étranger croisé dans la rue. Tout le reste n'est que question de caractère et d'envie. On rigole. Je passe un bon moment.

jeudi 10 juin 2010

Us and Them

Les exemples se multiplient avec la régularité presque ridicule de ces blagues à répétition qui ponctuent parfois les films muets. Ce soir je suis de covoiturage avec mon chef, une sombre histoire de reprise de données qui s'est éternisée. Mais au lieu de profiter de l'occasion et de son expérience, comme je me l'étais cent fois imaginé, pour obtenir des conseils sur ma carrière et lui demander son avis sur l'évolution possible de ma vie professionnelle, je me contente, transi et impressionné, de l'écouter disserter sur tout et n'importe quoi : les collègues, l'entreprise et ces détails néanmoins croustillants sur le monde des hautes sphères, duquel mon inaptitude à toute interaction sociale un tant soit peu élaborée me tiendra définitivement éloigné.

Mercredi, on me confie la lourde tâche de monter au cinquième étage, en soutien de la relation clientèle, pour aider à la prise en main d'un nouveau logiciel. Je passerai une bonne partie de l'après-midi au milieu d'une dizaine de jeunes femmes, toutes plus jolies les unes que les autres, certaines arborant constamment un sourire évocateur — et moi dans cette attitude prostrée et interdite qui, tant qu'on ne m'adresse pas spécifiquement la parole, m'empêche tout semblant d'interaction.

Hiatus sur Julie, ses pupilles écarlates de brune aux yeux bleus vissés sur un visage angélique, légèrement tanné comme un week-end à la mer, réhaussé par une paire de lunettes dont la prétendue sévérité laisse entrevoir un caractère sérieux mais rieur, Julie ses bagues aux doigts mais pas aux annulaires, ses questions innocentes comme pour m'inciter à venir l'aider et moi, plus que je n'aurais voulu, régulièrement debout derrière son bureau à faire comme si je m'assurais qu'elle faisait bien comme il faut, alors que je ne voulais qu'être près d'elle.

Car même dans les situations les plus favorables me laissent coi. Lundi, alors que j'arborais fièrement un de ces t-shirts qui font ma fierté, on m'aborde ouvertement dans le train en plaisantant, en pointant du doigt lé détails amusants du visuel. Mon autre défaut, je supporte mal les compliments et ne sais jamais comment réagir face à eux. Qui plus est lorsqu'il il s'agit d'une jeune étudiante à laquelle je n'arriverai à m'adresser que par l'intermédiaire de mes amis, qui plus est sarcasmes peu élégants qui auront probablement suffi à la décourager.

Voyons le verre à moitié plein, déjà ce n'est pas si mal. Ts. En tout cas ça explique pourquoi je végète dans un poste inintéressant, bien en deçà de mes aspirations et de mes capacités, et dans des amitiés bon enfant qui souvent tournent en ennuyeux malaises.

jeudi 27 mai 2010

Galères

C'est un peu l'enfer au travail en ce moment. Comme en général à chaque fin de projet, vous me direz. Sauf que celle-ci me contraint à me rendre à la gare une demi-heure plus tôt le matin et à revenir par le train d'après le soir. Moi qui me croyais invincible, je découvre comme mon corps me reproche petit à petit ce manque de sommeil et ces journées interminables. D'autant plus qu'elles ne sont pas vraiment de tout repos, les journées en question.

Je vais l'expliquer comme je le perçois, même si ce n'est qu'un aperçu partiel de la situation. Notre chef est en porte-à-faux par rapport aux obligations de résultat qui justifient probablement le tarif de sa prestation. Et en effet, à trop vouloir passer pour le pompier de service et l'homme des missions impossibles, choses qu'en temps normal il arrive à assumer parfaitement, évidemment il est attendu au tournant. On comprend alors pourquoi toute la société lui tombe dessus, lorsque surgit le moindre petit risque de dérive par rapport au planning initial. A s'habituer au meilleur on râle quand vient le moins bon. Je constate du reste comme les gens savent toujours manier à loisir cette forme d'ingratitude qui consiste à rester parfaitement muet lorsque tout se passe bien et à ouvrir la voix le plus fort possible, lorsque le plus petit grain vient gripper la machine. Quitte à remonter l'information jusqu'à la direction.

Alors que tout cela n'est motivé que par leur résistance au changement. Bien ancrés qu'étaient ces mauvais esprits dans un process antédéluvien, impossible à maintenir, ils cherchent le moindre prétexte pour ne pas avoir à bousculer leurs habitudes et changer de méthodologie de travail. Et évidemment, le moindre petit défaut dans le nouvel outil qu'on leur fournit devient un prétexte idéal pour bloquer toute la mécanique, alors que tout fonctionne par ailleurs très bien.

Enfin, j'enjolive peut-être. C'est amusant d'ailleurs, on peut établir une sorte de parallèle avec ma propre situation. Je vis assez mal, je dois le dire, les reproches qu'on peut faire à propos de mon travail. Mais ça c'est habituel. C'est juste que je me retrouve également en porte-à-faux, à force de passer pour capable de débloquer n'importe quel problème, j'ai l'impression qu'on me reproche rapidement le moindre défaut, le moindre bug.

Et puis on aura beau dire, la pression nous retombe également dessus quelque part, malgré tous les efforts de filtrage de ma hiérarchie. Mes collègues et moi la vivons plus ou moins bien. Il faudrait personnellement que j'arrive à relativiser. Il faudrait que j'arrive à ne pas me vexer, lorsque je me prends des remarques d'incapables à la répartie facile, dont je suis pourtant obligé de corriger les erreurs après coup. Il faudrait que j'arrive à ne pas m'énerver, contre ces même personnes qui ne font rien de leurs journées et se permettent de la ramener.

Par moments j'ai l'impression d'être le seul qui travaille. Alors que j'ai énormément de tâches à accomplir, les autres semblent se tourner les pouces. Et c'est à moi bien sûr qu'on reproche d'être en retard, évidemment puisque les autres n'ont rien à faire.

Je ne sais pas bien. Peut-être je fais une montagne de la situation. Et puis après tout, je ne sais pas pourquoi je me donne tant de mal, alors que les autres ont bon jeu de ne rien foutre et de critiquer. Ça a l'air tellement plus simple comme ça.

Bon. Les deux tire-au-flanc dégagent à la fin du mois. Voilà déjà une bonne nouvelle.

samedi 08 mai 2010

J

C'est pas possible comme ce mec me sort par les trous de nez... Par moments, une partie de moi voudrait essayer de lui faire comprendre, qu'il cesse de me tourner autour en nous considérant comme bons copains, mais j'ai définitivement beaucoup de mal avec le concept de devoir vraiment rembarrer quelqu'un. Pourtant ce ne sont pas les occasions qui manquent. Des fois j'ai des répliques douces-amères qui fusent hors de tout contrôle, j'arrive cependant à les dédramatiser in extremis d'un rire nerveux ou d'une blague ; je ne peux pas réfréner ce besoin de détendre l'atmosphère, je n'arrive pas à me convaincre d'aller jusqu'au bout de mes pensées. En plus c'est souvent en milieu professionnel que ça me prend, à bien y réfléchir ce serait mal venu de perdre mes moyens dans ce genre de situation. Alors je me retiens ; frustré, je me lève parfois de ma chaise, juste pour sortir faire un tour... Son bureau est juste en face du mien.

Je me rappelle l'école et les salles de classe. Je me rends compte que je m'y plaisais, énormément, parce que le succès y était conditionné par un système simple et objectif : celui des facultés intellectuelles. De bonnes notes suffisaient à vous attribuer la reconnaissance de vos camarades et surtout celle des adultes, récompense ultime à cette époque où l'on cherche à s'affirmer face au monde — soutien également, quand en même temps on tâtonne pour trouver sa voie, de se sentir encouragé par cette logique binaire et bassement comptable.

Le monde réel fonctionne malheureusement tout autrement et la désillusion pour moi est grande. On peut être un gros ours mal léché, se déplacer avec deux de tension, avoir le QI d'une huître, tout en étant habité par la pire des mentalités, celle du pauvre immigré raciste qui crache dans la soupe et grogne au moindre désagrément contre ces cochons de français — et malgré tout aspirer aux mêmes avantages que les autres. Et s'en sortir, plutôt bien, dans tous les compartiments du jeu. Moi qui m'accrochais à cette bonne vieille morale catholique, celle du succès uniquement mérité par l'effort et le sacrifice, j'en suis également pour mon grade.

Je me raisonne. J'aimerais éviter les conclusions à l'emporte pièce et, par dessus, tout les jugements de valeur. Voilà pourquoi je me contiens, pourquoi je ne m'énerve pas. Après tout je ne le connais pas bien, il me tape sur les nerfs douze heures sur vingt-quatre, mais je ne sais rien des circonstances extérieures qui pourraient expliquer ceci ou cela.

Bon, je m'en fous de sa vie, en vérité. Ma seule raison, je veux juste éviter de bousiller mon karma.

vendredi 23 avril 2010

Mauvaise tête

Bon c'est vrai que je faisais plutôt la gueule ces derniers temps. Je prétextais avoir trop de travail pour éviter d'aller déjeuner avec les autres, je refusais le rire candide et bon enfant avec lequel je ponctuais d'habitude les blagues potaches de mes collègues. Comme victime d'une régression autiste, je m'enfermais dans mon travail, ça me permettait de penser à autre chose et d'avoir l'impression de mériter quelque part — quoi, je ne sais pas exactement. Enfin si je sais, mais je n'ai pas le droit d'en parler.

Il y a un truc qui m'énerve par dessus tout, qui m'a toujours énervé mais encore plus en ce moment — la situation de l'emploi restant ce qu'elle est, si le marché donne des signes de reprise ils restent rares et fragiles. Malgré cela certains se permettent de se plaindre avec un aplomb à la limite de l'impolitesse, tout en continuant à faire des pieds et des mains pour se donner l'air, eux aussi, de mériter quelque attention, en partie financière. Malgré leur propre incompétence, ils se plaignent quand on ne leur affecte que des actions bêtes et méchantes, font du mauvais humour quand on essaie simplement de les aider — comme s'ils ne se rendaient compte de l'incohérence de leur démarche. Comme s'ils faisaient du bon travail, ils recherchent reconnaissance et les tâches les plus gratifiantes.

Je discutais avec notre manager, il voulait avoir mon avis sur certains membres de l'équipe qui semblaient avancer à reculons, complètement en dehors du projet. Par réflexe de classe, j'ai commencé par les défendre mais après coup je me suis rangé à son avis et essaie désormais de me dissocier d'eux.

Je constate l'horrible mentalité qui anime certains. Ceux qui te coupent la parole alors que tu es visiblement concentré avec quelqu'un d'autre sur un problème important, pour te demander s'il faut aligner les virgules à gauche ou à droite ; ceux qui te tannent toute une matinée pour arriver à faire fonctionner une bibliothèque graphique et à la première heure de l'après-midi roucoulent auprès du CP pour faire une démo, l'air de dire c'est moi qui l'ai fait tout seul ; ceux qui envoient des mails assassins pour souligner le seul oubli que tu as pu faire sur tel composant, alors que leur travail à eux est pourri jusqu'à la moelle ; ceux qui s'étonnent de se retrouver à faire du test unitaire parce que c'est tout ce qu'on les juge capable de faire.

Ceux qui font tout ça en même temps. J'aimerais pouvoir les envoyer chier mais je n'y arrive pas. J'aimerais qu'ils se prennent une grosse claque dans la figure pour les remettre en place. Je n'aime pas me rendre compte que ces pensées sont mauvaises. Mais si j'ai bien compris ils devraient sortir rapidement et sans les honneurs et je ne peux m'empêcher de me réjouir qu'il existe une justice.

En attendant j'avoue que je mets tout le monde dans le même panier, si certains sont pire que d'autres, c'est à l'ensemble que je tire la tronche. C'est un peu caricatural mais c'est comme ça.

samedi 10 avril 2010

Recul

A dire vrai, j'avais presque choisi ma rationale, je la répétais d'ailleurs secrètement ces derniers temps, avec de plus en plus de conviction. Mais maintenant que la situation a l'air de se débloquer dans un sens plutôt que dans l'autre, j'ai quelques scrupules à mettre ma décision en pratique. Moi et ma tendance à me laisser influencer par ce qu'on appellera les signes du destin, les derniers développements me laissent dans l'expectative. Ce sont plutôt des détails, en réalité, peut-être cependant ferais-je bien d'y prêter attention.

Avant de lancer toute la machinerie, je me garde le temps du week-end pour réfléchir.

Enfin un grand week-end tranquille — ça faisait un moment, presque un mois, que je n'avais pas eu l'occasion de me retrouver un peu seul à la maison, entre le traditionnel stage en Normandie, une escapade à Paris et une Pâques familiale.

A cette occasion j'avais accueilli dans mon humble deux pièces une cousine, avec mari et enfants. Une expérience déplaisante, pas tellement sur le principe, j'adore les enfants, plutôt à cause de cette sorte de paresse intellectuelle qui a fait annoncer à mon hôte : prépare-toi, on vient t'envahir. Lire entre les lignes, je suis désolée, ça va être difficile à gérer. Je sais pertinemment que, mais je n'essaie pas de mieux m'organiser pour que ça se déroule bien, ce qu'exigerait un minimum de savoir vivre, je me contente de te prévenir des éventuelles conséquences.

Comme je ne supporte pas chez les gens ce fatalisme, cette résignation dans l'échec ! Surtout quand à la base ils sont le noeud du problème — comme dans ma dernière note, du reste. C'est vrai, on peut toujours se trouver toutes sortes d'excuses ; moi je suis désormais persuadé qu'on a toujours la main sur sa vie et sur les décision qu'on prend ou qu'on ne prend pas. Chacun fait son propre malheur.

On a tous la liberté et la possibilité d'améliorer sa propre situation. Encore faut-il déjà le vouloir. Moi j'ai un deux jours pour décider.

vendredi 09 avril 2010

RH

Le charme des premiers temps est légèrement retombé même si, comme je l'affirme avec plutôt pas mal de conviction à qui prend la peine de me le demander, le cadre de ma mission sur Angers continue de me convenir. J'avais d'ailleurs fini par prendre le pli, admettre les soubresauts du quotidien, accepter les compromis sur les méthodologies — pourvu, après tout, qu'on en vienne à bout.

Jusqu'à un certain point, tout de même. Jusqu'au même point, à vrai dire, où j'en étais venu à détester mes précédents jobs, enfermé que j'étais dans un rôle que personne ne m'a attribué, mais qui m'est tombé dessus par magie, comme la moisissure sur le bon pain. Ce qui est d'ailleurs paradoxal, c'est ici que les éléments à l'origine de cette perturbation sont de la même condition que moi : des voyageurs qui font la transhumance depuis Nantes tous les matins. Seulement, eux, l'environnement ne leur convient pas et ils le font savoir, en râlant, en trainant des pieds. En plus ces parasites n'hésitent pas à profiter de votre expérience pour pallier leur propre incompétence et phagocytent votre temps de travail pour quasiment vous faire faire le leur, par la même occasion. Par montre de quelque bagout ils arrivent à arrondir les angles et semblent ainsi faire illusion.

Heureusement il y a une justice et quelques gens bien placés ne sont plus dupes de la supercherie. Ils se rendent compte de la différence. Pour l'instant on les cantonne à des tâches annexes sans conséquences, à terme ils sortiront plus tôt du projet. J'espère maintenant que ça remontera la chaîne de décision jusqu'à ce qu'on se rende compte, là haut, qu'on ne peut décemment pas considérer à valeur égale ceux qui accomplissent correctement leurs tâches et ces simples prestidigitateurs.

Ce soir, première réunion d'agence d'après crise, notre cher patron nous annonce la politique salariale des mois à venir. Des chiffres moyens risibles mais la perspective, pour certains cas particuliers, de bien plus. Mon responsable commercial m'avait indiqué tout son soutien, sans même que j'aie à lui demander, par rapport aux efforts fournis et à la qualité de mes indicateurs. J'espère que ce sera suivi des faits.

Cela me fait réfléchir. Ce n'est peut-être pas un hasard si je me retrouve sans arrêt sur des postes juste intéressants mais sans envergure — à tirer constamment certains collègues vers le haut, à faire du baby-sitting, moi qui rêve de programmes ambitieux et d'international. Peut-être que c'est tout ce que cette entreprise a à m'offrir dans sa situation actuelle.

Entre cela et la question pécuniaire, ça explique pourquoi j'ai remis à jour mon Viadeo.

lundi 15 février 2010

Les petits riens

Les changements subtils ont pris la place des grandes révolutions, malgré la petite voix qui ne cesse de me rappeler qu'on est toujours maître de son destin — et unique responsable des grandes décisions qui seules peuvent changer une vie. Dans mon pèlerinage quotidien en terre angevine, cherchant fortune et gloire, j'ai été rejoint par deux autres collègues nantais — un d'eux, John, prend le train tous les jours avec moi. Changement subtil que cette nouvelle compagnie, la conversation me distrait désormais de cette routine presque installée, depuis trois mois. Avec le même parcours, on est à peu près d'accord sur bien des choses, sur la mission, sur notre boîte, sur notre métier en général ; ce n'est certes plus un réconfort, car je crois que seule une minorité d'informaticiens parvient à se satisfaire de son sort — la plupart pense reconversion à moyen terme et c'est toujours un soulagement de pouvoir se projeter à deux dans un avenir plus ou moins proche, d'imaginer des solutions pour faire évoluer sa carrière respective, de penser perspectives.

Les changements subtils ont pris la place des grandes révolutions, malgré la petite voix qui me rétorque que, trois kilos deux cent, c'est quand même un changement substantiel. Si j'ai déjà pris pas mal de bébés dans mes bras, l'émotion est malgré tout particulière — pas aussi intense que je n'aurais pu croire cependant. Cette envie qui parfois me prenait viscéralement a depuis faibli, remplacée par une béatitude simple et sincère, détachée de toute jalousie. Même lorsqu'elle serrait mon doigt de toutes ses forces.

Je me dis, peut-être tout serait plus simple si j'étais gay. Je me poserais moins de questions. Je ressentirais moins de pressions.

De la rue Lo m'interpelle, elle suspendue à la fenêtre de sa voiture, moi au balcon en train de fermer les volets. On dirait une mauvaise comédie italienne. Un malentendu sur le déroulement de la soirée, là voilà qui repart — et moi qui manque de l'aplomb nécessaire pour la retenir, j'essaierai après coup de me rattraper par textos interposés. Je me souviens avec résignation, comme je crois être capable de citer précisément à quel moment j'ai merdé dans chacune de mes relations.

Pas de révolutions non plus dans ce domaine, hélas !

J'ai seulement l'impression de savoir mieux choisir. Ou alors d'avoir plus de chance. Ou alors d'être plus patient et compréhensif. De petits riens.

mercredi 20 janvier 2010

Si je veux

Je m'étais fait la remarque à propos des émissions de télé, le premier détail qu'on donne pour présenter les candidats, enfin le second techniquement, après les indispensables nom-prénom, ce détail, dis-je, c'est leur métier. Guy est taxidermiste, Colette videuse de poisson... Je constate, j'acquiesce : après tout c'est assez révélateur, en fin de compte ça indique pas mal de choses ; ce qu'ils font dans la vie — pour reprendre les propos de Jean-Luc Reichmann. Et je repense à cette discussion que j'avais eue, avec elle, sur le mélange vie privée-vie professionnelle. Bien souvent la seconde déteint, déforme, détourne la première, bien souvent on les assimile et on les entremêle — mais c'est en bien comme en mal, du reste, pour être totalement honnête.

Avouons, je n'échappe pas à la règle, tant ces derniers temps je semble exclusivement ne me définir ici que par rapport à mes aventures professionnelles. Mes aventures angevines. Ce qui n'est pas totalement sans me déplaire, comme je l'ai déjà expliqué. N'eurent-été les deux heures quotidiennes de trajet. Pour dire, là-bas, même les jolies filles (et Dieu sait qu'il y en a) sont abordables. Après je reste Yvan, informaticien, il ne faut donc pas non plus espérer de miracles.

Comme j'aurais aimé, moi, naître Yvan auteur-compositeur ou vivre Yvan artiste-peintre. Un métier à deux facettes, avec un trait d'union. Non, je dis ça pour frimer, je ne saurais tenir ce genre de discours plus de cinq minutes. Lorsque je suis moi-même passé dans le petit écran, j'ai déclaré être artisan-charcutier. Peut-être ça avait plus de sens, quelque part.

vendredi 20 novembre 2009

87 kilomètres

Pour être optimiste, oui, je l'étais — probablement trop même. Je suis mort de fatigue. Je m'en rends compte ce vendredi après-midi lorsque, somnolant tel un zombie, je suis à deux doigts de m'endormir à mon propre poste de travail. Espérons que ça ne s'est pas vu.

Voilà ce qu'il arrive cependant lorsqu'on me détourne de ce que j'aime faire pour, disons, me demander de réfléchir — comprendre, écrire de la documentation. Pourtant ça ne s'annonçait pas trop mal. Une première semaine à créer des pages web, à main levée, sans spécifications, sans prises de tête administratives ou procédurières ; mon client (mon chef) à deux mètres de moi, ouvert à mes idées et à mes suggestions, suivant mes avancées en affinant sa demande initiale, au fur et à mesure de mes propositions. Pour ça, je me suis fait plaisir, réglages CSS au millimètre, requêtes JSON, études ergonomiques avec mon collègue Régis — désigné, malgré lui, cobaye involontaire.

Là, je vous dois certainement un laïus sur Régis, fraîchement sorti de l'école, le prototype du mec un peu bourru dans ses intonations et ses manières, mais pas méchant. Il y a aussi Guillaume, geek, paresseux mais totalement assumé. Il écoute Rammstein. Je me suis un temps demandé si c'était un imbécile ou un génie, sa légère dyslexie me fait a posteriori désormais pencher pour la seconde hypothèse.

Et puis les autres. Il y a dans l'air cette ambiance particulière, plaisante, détendue, dont je ne sais pas si elle tient plus de cette ville à proprement parler ou bien du fait d'être sorti de la mentalité malsaine des grandes métropoles. Pas de compétition, pas de sourires hypocrites, on dit ce qu'on pense et on pense ce qu'on dit ; on est continuellement dans l'action et les décisions sont prises vite. Tout le contraire de mes précédents projets, tout ce que j'apprécie dans mon métier.

Malheureusement, voilà qu'un directeur quelconque croit bon de vouloir mettre de l'ordre dans cette organisation qui, bonnant mallant, fonctionnait plutôt bien. Voilà qu'il lui prend l'envie d'importer des méthodes industrielles dans ce qu'il doit juger trop artisanal. Pour être plus efficace, pour coacher la production. Alors on engage des consultants hors de prix, qui de leur propre avis n'ont sans doute rien à faire sur ce type de projets — je le sais, je connais personnellement lesdits intervenants. Et je trouve avec eux dommage de pervertir cet état d'esprit.

J'ai peur également qu'une partie de l'équipe ne se braque contre des méthodologies surdimensionnées qu'on leur impose sans leur avis. Car, faisant moi-même partie du lot des derniers arrivés, citadins prétentieux des grandes villes, grands villains parachutés de dernière minute, je crois avoir atterri du mauvais côté de cette barrière. Or pour une fois que je défends la résistance au changement, avouez que ça tombe mal.

lundi 09 novembre 2009

La route

Comment décrire cette première journée, première d'une longue série ? A chaque bouleversement je ne peux m'empêcher ces remarques mêlées d'introspection et de nostalgie — me rends-je seulement compte que ce nouveau trajet que je découvre va au fil des jours devenir une habitude, que ces nouveaux paysages qui défilent sous mes yeux deviendront bientôt familiers ? Peut-être oui, comme je n'ai plus bien l'air d'hésiter et que mes pas dans cette nouvelle aventure semblent déjà décidés, guidés par l'assurance du quotidien. Je suis une pâte. J'apprends à m'arranger de tout.

Le lever à six heures et demie fut laborieux, malgré ce que je peux en dire — la faute à une mauvaise nuit de doutes et d'anticipation, la crainte du mauvais timing, la peur du grain de sable. Ça prendra du temps avant que je ne me règle complètement, argué-je néanmoins en arrivant bien trop en avance à la gare. Au moins je peux trouver une place assise dans le train. Eva, étudiante en médecine, s'installe à côté ; on échange seulement quelques mots.

Angers, vingt minutes de marche me séparent encore de mon futur lieu de travail. Le chemin est agréable, malgré un fond d'air frais, malgré les travaux. Je traverse rues pavées et plateaux piétonniers qui me rappellent Bordeaux — en plus cossu, en plus bourgeois. Ça se voit dans la pénombre du matin sur les façades dix-neuvième, blanches, immaculées, ça se voit sur le visage des filles.

Je suis une pâte. Je m'arrange de tout, mais mes repères m'aident. Me voilà dans cette entreprise où je ne connais personne et je crois déjà deviner les façons de travailler, les caractères de mes collègues, comme en fin de compte les gens se ressemblent, les postes se ressemblent, vraiment. C'est peut-être ce qu'on appelle l'expérience professionnelle. Ça a un côté rassurant.

Au retour le train a quinze minutes de retard et c'est avec avec circonspection que je constate les dix neuf heures quarante-cinq qu'indiquent l'horloge, dans mon entrée. Mon optimisme me réplique, cette heure et demie à faire la navette, ne la vois pas comme du temps de sommeil qu'on te vole — c'est du temps que tu peux t'offrir, toi qui te plaignais de ne jamais trouver de moments pour lire. Là, c'est le pauvre Humbert Humbert de Nabokov qui m'accompagne, en anglais dans le texte. Plaisante consolation.

dimanche 08 novembre 2009

Épilogue, ou la fin d'une époque

Je reviens vite-fait à mon bureau pour éteindre mon ordinateur et trouve, presque par accident, un post-it signé N. qui dit :

Merci.

Quelque chose bouillonne alors depuis mes tripes, ce sont presque des larmes qui me montent aux yeux. Je lis avec soulagement sur ce morceau de papier sa gratitude, comme secrètement retenue pendant si longtemps pour ne pas perturber notre relation, s'exprimant enfin avec une grâce et une concision qui frôlent presque la poésie. A ce moment j'oublie tout, cette rancoeur sourde due au manque de reconnaissance, à l'impression de lui sauver sans cesse la mise sans jamais être remercié. Et mon opinion sur elle de basculer du tout au tout — en bon spécialiste de ces petites attentions éthérées (voire cryptiques) je n'en apprécie que plus la vue de chacune de ces cinq lettres.

Et chavire.

Presque.

Passée la surprise initiale je me rends cependant compte de leur véritable signification. Pas un merci pour tout, je n'y serai jamais arrivée seule. Pas de je ne savais comment dire à quel point je suis désolée que tu doives partir, alors je le résume dans cette formule absconse et impersonnelle. Comment pouvais-je en espérer autant, après toutes ces semaines, si ce n'est comme dans un rêve où les frustrations finissent par se résoudre par magie ?

Merci, simplement comme dans merci pour ce dernier verre avant ton départ.

Voilà ce qu'il fallait comprendre. Rien de plus.

Ma colère chiffonne la note et la jette dans la première poubelle. La seconde poubelle, me ravisé-je, la première est trop près de son poste. J'ai joué au pompier de service, y ai épuisé ma patience et mon abnégation, pour rien. Rien de plus.

Ma déception redouble.

Ce soir j'y repense, le doute subsiste malgré tout. Après tout je ne connais pas la personne, je ne connais que l'employée. L'habitude, sûrement, hâte les jugements. Laissons lui donc le bénéfice de l'histoire, de toutes façons je n'en saurai jamais le fin mot.

vendredi 06 novembre 2009

Départ

La projet peut potentiellement se prolonger jusqu'à juin prochain, ça ne vous dérange pas de devoir faire le trajet tous les jours jusqu'à Angers pendant une aussi longue période ? J'attendais la question, j'avais ma réponse — suffisamment franche pour démontrer ma motivation, suffisamment copiée-collée pour laisser sous-entendre un soupçon d'ironie. Vous savez, j'habite à côté de la gare de Nantes donc pour moi c'est presque la porte à côté — en plus j'adore lire, je ne verrai quasiment pas le temps passer ! Rires.

Car voyez-vous, je joue sur deux tableaux et dois donc constamment me livrer à ce genre de contorsions mentales que j'affectionne malgré tout. D'un côté il faut prouver au client et au commercial que le poste vous intéresse, malgré ses contraintes, il faut d'ailleurs croire que ça a marché, je commence lundi — à l'inverse il faut montrer de la solidarité envers ses autres collègues, ménager les susceptibilités et faire mine de trainer les pieds pour y aller, évitant ainsi de les mettre en porte à faux par rapport à leur hiérarchie, eux qui à l'inverse sont moins enclins à ce genre de concessions.

Je les comprends cependant, après tout on s'habitue vite à son confort. Moi j'ai plus de mal à tenir en place, la routine me lasse vite, j'ai besoin de changer d'air. Surtout en ce moment. Quitte à partir, loin. Nouvelle ville, nouvelles têtes, voilà des perspectives autrement plus prometteuses.

mercredi 16 septembre 2009

Moi, Marchandise

Je ne sais pas trop, en ce moment, au niveau de ma boîte, c'est plutôt déception sur déception. Je ne pense même pas au travail en lui-même, de toutes façons je considère désormais l'informatique comme une cause désespérée — ni même des clients, après tout ils sont comme ils sont ; je parle de l'entreprise et des gens même avec qui j'ai choisi de travailler. Car peu importent les circonstances, crise économique ou pas, peu importe le bien fondé (ou pas) des raisons qui peuvent y conduire, il y a des comportements que je considère tout simplement catastrophiques professionnellement — sans parler de leur impact humain, évidemment dévastateur. Je pense, par exemple, à la critique ouverte en public d'une collaboratrice sur le départ, qu'on accuse forcément de tous les torts, des objectifs non atteints au manque de motivation pour le poste, en bref un costard taillé bien en règle. Quand bien même ç'eût été motivé sur le fond, sur le principe je trouve déjà ça très moyen. Alors quand la personne en question est dans l'assistance, quand en plus les trois quarts de la boîte pensent a contrario qu'elle faisait du bon travail, je crois que notre cher patron ne s'est pas fait que des amis lors de la réunion de ce soir.

Et puis, même si ce n'est pas aussi grave, comment ne pas transposer la situation, les termes employés, à son propre cas de figure ; grosso modo comprendre la leçon ainsi : si demain tes résultats ne correspondent plus aux objectifs qu'on attend de toi, on n'aura aucun état d'âme à t'indiquer rapidement la sortie, quels que soient les services rendus auparavant, quelle que soit la qualité du travail que tu fournisses par ailleurs. Et on n'hésitera pas à te pourrir pour l'exemple devant tous les autres. Après je veux bien qu'on se dédouane en disant que la communication est un art difficile à maîtriser, que parfois c'est compliqué d'annoncer sur un sujet si particulier, qu'on ne peut pas raconter l'omelette sans casser des oeufs. En fait plus j'y réfléchis plus je me dis que cette fausse proximité, ce semblant d'être ami-ami avec ses collaborateurs, ne sont que des prétextes pour excuser les manières les plus grossières et les façons de faire les plus irrespectueuses — sous le faux couvert d'une bonne ambiance hypocritement entretenue.

Ca fonctionne, la preuve : hallucination collective, le D.G. passant du coq à Francis demande s'il y a des gens intéressés pour prendre des participations dans l'entreprise. Un bon tiers de l'assistance lève la main. Attends, je rêve là, soit ils se voilent complètement la face, soit ils assument à cent pourcent le comportement abject de leur management et veulent au contraire les encourager dans ce sens, c'est ce qu'il faut pour le bien de tous. Je suis consterné.

Mais en réalité, à part moi, qui est-ce que je crois surprendre ? Peut-être me voilais-je la face, voulant me convaincre à tout prix que ma société était différente des autres : pas une usine à viande, pas une boîte de pions interchangeables à loisir. Hélas !, se rendre compte que ce n'est probablement pas le cas, c'est aussi avouer quelque part que je m'étais sans doute trompé lors de mon choix initial, misant sur le mauvais cheval, lâchant la proie pour l'ombre. Admettre ses erreurs, ça laisse toujours un goût amer dans la bouche. Ce soir je l'ai particulièrement mauvaise.

vendredi 11 septembre 2009

999

Le quotidien révèle parfois quelques bonnes surprises, un patio aménagé dans une véranda entièrement en bois donne en fond de cour sur une forêt tropicale miniature et tout de suite on se croit au bout du monde. J'en avais parfois eu l'intuition, la découverte de ce restaurant rue de l'Emery me l'a confirmée ; derrière nos façades nantaises pourtant si familières, blanches, bourgeoises et cossues, se cachent parfois de petits havres paradisiaques empreints de cette douce saveur que seuls laissent les endroits trop rares qui arrivent à t'extraire du quotidien. De ce neuf septembre j'aimerais retenir cette image d'un de nos derniers déjeuners avec Jill, qui du reste a officiellement quitté la société ce jeudi soir. Drôle d'impression, comme derrière sa façade de nantaise pourtant si familière, sérieuse, citadine et sophistiquée, on devine la vraie Jill, un peu susceptible, mais tellement attachante. Ikéa, compacts discs et séries américaines, peut-être finalement qu'on aurait pu être potes dans une autre vie. Je la quitte définitivement sur un énième trait d'humour vaguement décalé, un merci pour l'apéro qu'elle nous offre, un merci sous-entendu pour tout tout le reste.

Plus tard, Ségo et Yo passent manger à la maison. Avec le match en arrière plan, ils nous racontent les détails de leur voyage en Thaïlande et les mésaventures que réserve, parfois, l'amitié mise à la dure épreuve du quotidien. Je compatis. Ils me font le plaisir simple de quelques cadeaux (en avance) pour mon anniversaire, je leur fais montre de mes dernières expériences culinaires. Cette grande tristesse que j'avais ressentie entre eux, il y a quelques semaines déjà, est apparemment passée désormais. Et si j'ai ma petite idée, je ne saurai probablement jamais de quoi il s'agit vraiment. On boit, on rigole, on évite (presque) les sujets qui fâchent, un jour il faudra que je leur explique où j'en suis vraiment.

Si tant est que je soie capable de me l'expliquer à moi-même, m'avoué-je, comme je parcours le Facebook d'Elise — avec pas mal de regrets. Vingt neuf ans. Peut-être devrais-je arrêter de rêvasser et me résigner au seul choix raisonnable que tous les signaux pourtant me dictent.

vendredi 10 juillet 2009

M

Je me sens con. Pourtant, il faudra bien que j'arrive à me faire une raison. Des fois on discute ensemble, parfois même on rit ; moi je ne suis jamais spécialement à l'aise. Car si j'ai appris à me dépêtrer de ce genre de situations, après presque trente ans de tentatives (et d'échecs) ; si j'ai même réussi à les retourner de temps à autre à mon avantage, armé d'un humour guère subtil mais toujours efficace, avec elle je me résous à l'évidence, ça ne fonctionne pas. Elle me déstabilise et je perds tout semblant de naturel. Un mot, un regard et je me liquéfie. Le plus drôle c'est que c'est elle qui me charrie, pour les bêtises que je raconte, pour cette histoire d'émission de télé, et paradoxalement ça la met encore plus hors de portée. Adorable, amusante ; jamais on ne sera amis, jamais on ne fera partie du même monde. Déçu, je finis de m'en persuader dans le tram, lorsque je la vois monter à l'arrêt suivant le mien, me sourire et venir entretenir une conversation distante et superficielle. Elle doit avoir l'habitude, après tout c'est son métier. Je vois les gens défiler à son bureau, essayer d'avoir l'air sympathique et compatissant. Je ne sais pas ce qu'elle en pense, si pour elle cela fait partie du job, façon assistante sociale pour autistes, ou si sincèrement elle prend tout ça au premier degré. Dans mon cas en particulier, ça doit être le premier choix, comme je n'imagine pas une seconde qu'elle puisse sincèrement trouver de l'intérêt à ma personne. C'est dommage. C'est comme ça. Un jour elle sortira de ma vie, elle aussi, et je n'aurai que ces quelques mots pour me souvenir.

mercredi 24 juin 2009

Du travail, encore

A bien y réfléchir, je serais presque en droit de me poser de sérieuses questions sur la viabilité des projets informatiques en général, sur leur capacité à arriver correctement à leur terme en particulier. Car si je ne lui pressentais pas forcément un avenir tout rose, me voilà bien obligé de constater que, rendu à peine au tiers de son avancement, ma nouvelle mission semble déjà prendre l'eau de toutes parts et tenir ainsi fièrement ses sinistres promesses.

Je n'ai pas envie de parader, comme convenu je fais tout ce que je peux pour ne pas jouer au monsieur-je-sais-tout, mais c'est dur. C'est dur d'éviter la crise de nerfs, lorsqu'on constate la totale absence d'organisation de son chef, son incapacité à donner efficacement des directives claires, son besoin de s'y reprendre à quatre fois pour communiquer le message même le plus anodin. Et ses errements vis à vis du client, il y a des problèmes en interne dont il faut éviter de parler, évidemment, même moi je le sais. Je veux bien excuser l'inexpérience, j'attends au moins qu'on apprenne de ses propres erreurs, qu'on ne retombe pas dans des pièges dont même moi je connais les effets dévastateurs.

Hélas ! Je ne sais pas comment réagir. Je ne sais pas si je dois laisser filer la situation, me contenter de mes tâches — qui du reste ne me demandent pas réellement d'efforts et laisser les autres assumer la dérive du projet. Après tout cette responsabilité n'est pas la mienne. J'ai peur malgré tout que notre échec ne me rejaillisse dessus. Même si j'ai tous les arguments pour me dédouaner : mes délais sont tenus (je suis le seul dans ce cas), le client a déclaré officiellement être content de ma production, j'ai même donné des coups de main aux autres lorsque j'en avais la possibilité.

D'un autre côté je me demande si je serais capable de faire mieux — en eussé-je l'opportunité. Je ferais les choses différemment, c'est certain. Mon plus gros problème c'est justement mon incapacité à déléguer et à faire confiance. Vaut-il alors la peine de reprendre l'initiative et suppléer aux absences de ma hiérarchie ? Donner un avis qu'on ne me demande pas et faire remonter mes impressions ? Aller de moi-même aider comme je peux mes compagnons de galère. J'ai tous les scrupules du monde, malgré mon envie que cette histoire se termine bien. J'en ai assez que l'incapacité s'en tire à bon compte, grâce aux efforts secrets des travailleurs de l'ombre.

Et puis qui sait, peut-être que je me trompe. J'ai vu des gens faire, j'ai connu des managers autrement plus efficaces, qui savaient proposer les bonnes idées pour atteindre les objectifs — avec la manière, également. Mais en fin de compte, ces projets aussi sont allés dans le mur (je pense à un en particulier) peut-être pour d'autres raisons, peut-être à cause d'une malédiction secrète. J'aurais alors bon dos avec mes soi-disant conseils, avec mes remarques prétentieuses.

Comment y arrivent-ils dans les autres corps de métiers ? Le taux d'échec ou d'anomalies doit quand même être moins important, chez ceux qui construisent des ponts ou font décoller des fusées. Il doit bien y avoir une bonne façon de faire, non ?

lundi 22 juin 2009

Des visions de l'inutile

J'emprunte le yukulélé que mon collègue a ramené au bureau, histoire de détendre l'ambiance entre deux prises de tête avec des documents word. A se demander pourquoi on nous demande spécifiquement de rédiger toutes ces pages, tant la tâche est rébarbative pour le commun des développeurs. J'imagine d'ailleurs que cette lassitude se ressent également à la lecture, si tant est que ces fichiers soient jamais lus. Mais l'important est de donner l'illusion d'une démarche qualitative, d'une production à peu près réfléchie. Alors rédigez, petits tâcherons-matricules, qu'importe le peu de temps que le client voudra bien accorder à la validation de votre prose. Rédigez, rédigez, une relecture vite-fait dans le train et quelques remarques si constructives suffiront à contenter son monde.

Je joue la mélodie de l'Empire Contre Attaque, ça les fait bien rire, même si en vérité il n'y a pas de quoi fanfaronner. La crise, encore elle, vient à nouveau de faire une victime dans nos rangs, sacrifiée sur l'autel de la réduction des coûts et de la diminution des taux d'encadrement. Elle vient juste de sortir de notre bureau, la voix tremblante, après nous avoir annoncé la nouvelle — pour dit-elle couper court aux débuts de rumeurs. Voilà, on se sépare presque l'air de rien d'une collaboratrice qui a pourtant tellement fait avancer la boîte, en trois ans de présence, et ce tellement sèchement que c'est presque sans lui dire merci. Une fois de plus ça me révolte, surtout vu les conditions. Seulement j'ai une réaction un peu conne et, au lieu de faire montre de tout mon étonnement et de tout mon désarroi, je me contente de faire le pitre, une fois de plus — hautain et prétentieux, distant et éthéré disais-je.

Je suis désarçonné car c'est Jill qui cette fois se fait mettre à la porte — s'il y a bien quelqu'un dont la présence nous était utile, à nous pauvres tacherons-matricules, c'était celle de la dernière RH en poste, survivante des précédents vagues de licenciements. Voilà qui risque de changer énormément de choses, pour tout le monde, voilà une décision dont nous allons rapidement ressentir les effets. Voilà surtout qui augure d'un retour progressif vers ce cliché, inévitablement paternaliste, du patron en charge de tout, du recrutement aux démarches commerciales, en passant par le suivi des missions. Je suis déçu. Sans même parler de la personne, que j'appréciais même si je n'ai jamais vraiment eu l'occasion d'apprendre à connaître, malgré ces dernières semaines passées à l'agence.

Sale époque. Ca me rappelle ma sortie de fac, il y a six ans.

mercredi 03 juin 2009

Aller retour

Tu parles d'une journée, de toute une journée de trajet en voiture pour seulement deux petites heures de réunion clientèle. Me voilà réaffecté, oubliée la précédente sortie de mission en queue de poisson et vivent les comités de lancement au fin fond de la France — d'autant plus lorsque ma présence n'apporte pas grand chose dans l'absolu. Si ce n'est le bénéfice d'une recontre de visu entre futurs interlocuteurs opérationnels, mais comme de toutes façons on doit y retourner dès la semaine prochaine pour une formation... Voilà qui n'était donc pas forcément très productif, à défaut du reste d'être de tout repos, les déplacements professionnels personnellement ça m'épuise — à défaut également d'être dénué de tout embarras. Car si je me sens toujours gêné pour eux, lorsque j'entends mon commercial ou mon chef de projet être repris par le client après une approximation, cela n'est rien par rapport au manque de professionnalisme, à l'impression que je déteste de passer pour une sacrée brochette d'incompétents, que laissent toujours derrière elles ces petites hésitations. Espérons malgré tout que ces errements ne soient pas trop préjudiciables. Je suis plus inquiet par le fait qu'ils laissent transparaître l'apparente inexpérience de mon chef, dont on dirait visiblement le premier projet à gérer, et par sa capacité à être crédible dans son futur rôle d'interlocuteur. J'ai hésité pourtant, à appuyer son manque de présence dans sa tenue de réunion, à la suppléer plusieurs fois en séance sur les quelques errements sus-mentionnés, en toute modestie je pense avoir l'aplomb et la bouteille nécessaires. Mais je me suis ravisé, voulant lui laisser une chance de faire ses preuves et accessoirement éviter de passer pour l'ambitieux de service — attitude qui m'a toujours horripilée chez les consultants en général, toujours prêts à se tirer dans les pattes au détriment de l'intérêt général. Il faut savoir tenir sa place face à des gens de l'extérieur, faire preuve d'esprit d'équipe, montrer qu'on est soudés — certainement il y aura d'autres moments plus propices pour tirer la couverture à soi. Demain le projet commence et on va bien voir ce que ça donne. Méthodes client artisanales, équipe restreinte, technologies exotiques et travail à distance ; des ingrédients qui nous annoncent un été des plus prometteurs.

dimanche 17 mai 2009

Courts termes

Je ne sais plus vraiment si j'en étais aussi persuadé que je voulais bien (me) le faire croire ; que le fait de n'être que prestataire, de n'être jamais que passager clandestin sur un projet, de n'intervenir qu'en roue de secours, m'éviterait à tous points de vue de m'impliquer plus que de raison, tant au niveau émotionnel que professionnel. Si cette théorie a été, à raison, battue en brèche par ma mission chez les vendeurs de chars d'assaut, pour de toutes autres raisons du reste, catégorisons-les comme affectives, je m'attendais moins au choc que la récente annonce de la prochaine fin de mon contrat actuel m'a, malgré tout, fait. Dans le cas présent, bien que la perspective de ne plus travailler à cinq minutes de chez moi me déçoive, c'est cependant plus le fait d'abandonner derrière moi toutes ces heures de travail, sans jamais avoir la satisfaction de les savoir servir à quelque chose, qui m'agace. Pour ajouter à ce sentiment d'inachevé, le projet lui-même est entré brutalement une période assez particulière, il va être rapidement arrêté. Stoppé, en plein vol, abandonné, tout simplement. Décision de l'administration.

C'est contradictoire, quelque part ça me rassure que cette usine à gaz, que personne ne semblait réussir à apprivoiser complètement, ne serve heureusement jamais à son but final — trop de délai, trop de retard et des spécifications en complet décalage avec une règlementation qui a depuis évolué ; d'un autre côté c'est difficile de ne pas prendre cet échec personnellement, ayant participé aux phases initiales, au prototypage d'une mise en production dont le côté anarchique et tentaculaire, en grande partie dû à une complexité tant dans les processus mis en place que dans les méandres fonctionnelles, en dit parfois long sur la parfois desespérante inventivité de l'esprit humain, quand il s'agit de se rendre la vie plus difficile. Le post-mortem pourrait être encore plus sévère, connaissant l'historique avant mon arrivée.

Je me bornerai aux pires travers constatés de mes pauvres yeux ; citons le comportement improductif d'un de ces dignes représentants des managers tout droit sortis de l'école, inaptes à penser autrement qu'avec les archétypes de gestion de projet qu'ils ont appris par coeur pour obtenir leurs diplômes, incapables d'adapter leur réflexion à une situation où ils ne voient qu'une opportunité dans leur carrière, un moyen d'augmenter leur coefficient. Si diviser les tâches par équipe permet de les simplifier, il est aberrant de constater comme certains, aux dents bien plus longues, se concentrent rapidement plus sur la réussite de leurs seuls objectifs, quitte à mettre des batons dans les roues des autres, en oubliant totalement le sens commun, le but initial, l'oeuvre originelle. Mais passons, on m'explique que c'est assez caractéristique de cette société de services, où la culture du management en complète déconnexion de toute considération technique fait loi.

Les prochaines semaines doivent donc permettre une rupture à l'amiable avec le client. Chose assez étrange, puisqu'il est convenu que l'échec est dû aux deux parties, les conditions de cette rupture incluent la facturation de toute la production déjà réalisée. On nous demande donc désormais de sortir un maximum de lignes de code validées, afin d'optimiser le profit sur les millions d'euros en cours de négociation — ce alors qu'il est notoirement acquis que ce code ne servira évidemment jamais. A partir de maintenant, je ne travaille donc uniquement plus que dans le but, assumé par ma hiérarchie, de faire gagner le plus d'argent possible à une boîte dont les méthodes sont, à mon avis, en grande partie responsables de la bérézina que nous vivons. Ils parlent de sortie de crise par le haut. Voilà qui est certainement au delà de toutes mes attentes, je ne pouvais, en ce qui me concerne, pas espérer mieux comme sortie de piste...

mercredi 18 mars 2009

Mise à jour

S'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, je dois donc ma foi être doué d'une certaine forme d'esprit, compte tenu du fait que je soie une vraie girouette. Nous sommes le 17 mars et c'est la Saint-Patrick. Des gens passablement ivres en bas de chez moi beuglent à qui veut bien l'entendre leur amour pour l'Irlande, ses traditions, ses céréales et son climat arrosé. Un de ces abrutis manque de se jeter sous les roues d'une voiture, la police est intervenue, une petite demi-heure d'animation — qui m'a permis de voir la tête de mes voisins d'en face, de l'autre côté de la rue. Puisque vous voulez vraiment savoir, j'ai changé d'avis à propos des Doors. J'ai appris à dépasser le statut d'icône ringarde d'une époque déchue que représente Morrisson, pour me concentrer sur cette musique, ce son, cette ambiance. Mais quelque part, ce revirement de situation est également cohérent avec ma nouvelle vénération de tout ce qui date d'avant 1980, année qui marqua définitivement le début de la misère du monde — en ce qui me concerne du moins. J'ai changé d'avis, aussi, à propos de mon travail. Si la situation ne s'est guère améliorée dans mon quotidien, j'ai cependant abandonné l'idée de vendre mon âme au diable pour quelques centaines d'euros en plus par mois, même si ça aurait bien arrangé mes finances. Exit donc ce fameux et mystérieux poste, manne providentielle et myrifique. J'en étais déjà plus ou moins convaincu lors de notre une seconde entrevue au mois de janvier : pas la force de me lancer dans cette aventure, potentielle resucée à la puissance dix des aspects les plus désagréables de mon premier boulot, la pression d'un poste à responsabilités en plus. Pas l'envie non plus de mettre à dos les trois quarts de mes amis, qui n'auraient probablement pas compris un tel choix. Je me rappelle la remarque de ma soeur, s'ils réagissent ainsi c'est que ce ne sont pas vraiment des amis. Tu as certes raison, très chère, mais en bon asocial que je suis, je ne pense pas pouvoir me payer le luxe de ce genre de distinction.

vendredi 12 décembre 2008

Changements

Entretien annuel, ce midi, avec mon responsable d'agence. Un peu étrange comme réunion, faire un retour sur les missions que j'ai pu effectuer au cours de l'année précédente et envisager mon évolution dans la société pour les mois à venir — le tout sachant que, dans ma tête, je suis déjà quasiment parti... Exercice difficile, donc, sinon périlleux. Ne pas trop s'impliquer dans la boîte pour ne pas les laisser espérer plus que de raison et, dans le même temps, éviter de se griller pour ne pas complètement fermer cette sortie de secours — rester en poste chez eux, si tout ne se passe pas comme prévu — ce qui en soi est loin d'être une perspective aussi désagréable. Car personnellement je n'ai pas grand chose à leur reprocher, ni à mon entreprise ni à mon staff : par rapport au retour que j'ai pu avoir d'amis dans d'autres sociétés de service, je ne m'en sors pas si mal — malgré le contexte actuel et bien que je ne soie probablement pas augmenté. C'est juste que j'estime désormais avoir l'expérience suffisante pour faire la part des choses et dire ce qui ne me plaît pas dans ce métier. Et force est de constater que, malheureusement, ce sont les gens au jour le jour qui ne m'exaspèrent — pas tous, mais une partie.

Cette minorité de blocage qui fait que, dès qu'une société atteint une certaine taille, plus aucune décision collégiale ne peut être prise de manière consensuelle — et Dieu sait comme je les déteste, ces médiocres petits privilégiés, leur gros cul assis dans leurs grosses chaises, qui hurlent au sacrilège à la moindre suggestion de changement, fut-il minime, sous le prétexte souvent fantasmé que ça risque de chambouler leurs bonnes grosses vieilles habitudes, mêmes absurdes et illogiques — vous comprendrez alors peut-être pourquoi, par exemple, je n'ai pas voté aux prud'hommes. Et puis, précisément parce que nous ne sommes pas assez gros, la direction refuse de se mouiller pour imposer l'avis du plus grand nombre, par peur de faire trop de remous. Tout le monde est bloqué et c'est l'immobilisme béat, le consensus mou et satisfait qui triomphe.

Et puis je ne tiens pas non plus en très haute estime ceux qui restent enfermés dans leurs préjugés et leurs façons de penser, qui refusent de remettre en cause leurs méthodes de travail sous prétexte qu'ils ne connaissent pas ou qu'ils ne savent pas faire ; ceux qui transforment leur temps de travail en autant d'occasions pour ronchonner de plus belle, au détriment du projet et de la qualité de ce qu'ils produisent, sans se rendre compte des dégâts que leurs atermoiements puériles peuvent causer. Enfin je me rends compte qu'il y a des gens désormais trop vieux dans leur tête pour accepter d'apprendre de nouvelles choses et, croyez-moi, surtout dans le milieu ou j'évolue, c'est affreux d'avoir à interagir avec. Ca et les gens qui passent leur temps à te répondre comme si tu étais de la brave merde — qui ne sont pas forcément légion, il suffit juste d'en avoir un assis à deux mètres de toi.

Comment alors expliquer, après toutes ces mauvaises expériences, que je ne veuille plus avoir à traiter avec ce type de personnes — comment justifier que la seule façon que j'aie trouvé pour y échapper, ce soit de partir quelque part où on soit suffisamment peu pour pouvoir être efficaces, suffisamment réactifs pour agir, sans perdre de temps dans des cycles de décision interminables ou de simples blocages de principe ? Autant dans mes missions que dans ma société, je suis confronté au jour le jour à ces comprotements qui m'horripilent et c'est dommage car ça occulte complètement tous les bons côtés que je peux trouver. C'est peut-être moi qui suis trop exigeant ou trop susceptible. Je sais en tout cas que je ne peux plus continuer ainsi.

vendredi 28 novembre 2008

De l'évolution

Ca va donc bientôt faire une petite semaine que je suis installé. Au rayon des petits détails désagréables, je n'ai pas encore de chauffage et l'eau chaude est capricieuse dans la douche. Mais je positive, au moins ça me fait faire des économies d'énergie : je dois consommer grand maximum un centilitre d'eau à trois degrés pour me laver le matin... Plus sérieusement, l'électricien doit passer lundi et c'est peu dire que je l'attends comme le messie. Le fait aussi que les travaux prennent plus de temps que prévu, me laisse dans un joyeux bazar qui a l'air de vouloir s'installer, pour au moins quelques semaines — voire même un bon mois pour la cuisine. En attendant, pas de quoi faire à manger, pas de quoi faire une lessive, je suis obligé de tout faire dehors, comme au bon vieux temps de la fac. Heureusement, voilà qui m'amène aux côtés plus agréables : je suis à moins de trente secondes à pied d'absolument tout ce que je veux, le ciné, les magasins, les bars, et c'est juste génial. A tel point que je me demande comment j'ai pu vivre avant. J'espère juste que le moins d'exercice pour me déplacer au quotidien ne va pas trop avoir de répercussions sur ma santé à moyen terme. Mais il faut bien l'avouer, par le froid qu'il fait, se déplacer à vélo demande une volonté surhumaine — ou alors une bonne dose d'alcool dans le sang.

Du coup je prends le scooter pour me déplacer, c'est rare mais ça arrive. Hier soir j'étais au Dock Yard pour une réunion d'agence. Notre patron bien aimé avait la dure tâche de nous expliquer le plan de sauvegarde qui allait être mis en place pour réduire les coûts et compenser les effets de la crise. Quand les temps sont durs, c'est l'informatique qui trinque et les prestataires sont les premiers sur la sellette. De façon pédagogique, sans nous prendre pour des imbéciles, il nous démontre comment le resserrement des lignes de crédit accordées par les banques impacte la trésorerie des entreprises qui, au mieux ne peuvent plus financer leur croissance, au pire doivent diminuer rapidement leurs charges. Qui plus est, nous, en tant que sous-traitants, non seulement nous sommes abandonnés par les clients avec qui on traite directement et dont l'activité décélère, mais, deuxième effet Kiss Cool, on subit également les décisions stratégiques des autres sociétés de prestataires avec qui on travaille habituellement, qui désormais préfèrent nous remplacer par leurs employés fraîchement débarqués de l'entreprise X ou l'administration Y, plutôt que de renouveller leurs contrats de sous-traitance avec nous. Du coup, pas mal de mes collègues sont sur le carreau, donc gel temporaire des embauches, gel des salaires et quelques licenciements en perspective. Mais le chef se la joue optimiste, il faut essayer de tirer les marrons du feu et profiter de la crise pour saisir les quelques bonnes opportunités qui vont se présenter. J'ai assez de lucidité pour lire cette bonne vieille méthode coué entre les lignes de sa présentation PowerPoint trop bien ficelée. Jouer la transparence pour expliquer, pour rassurer, jouer au pompier de service et tourner les choses de façon positive, belle performance de management. Moi je m'attriste surtout du départ de Laure, une de nos deux chargées de recrutement, qui est simplement mise à la porte. C'est dommage, elle aussi me faisait bien rire, elle était très sympatique, mais on n'a pas vraiment eu l'occasion de se connaître.

Voilà qui me convainc, petit à petit, qu'il est peut-être temps de virer de bord. Comme le navire tangue, que c'est dans l'adversité qu'on aperçoit vraiment la nature des gens, je ne suis pas vraiment sûr d'apprécier ce que je vois. Sous son air aimable et bon enfant, notre patron reste un bon vieux gestionnaire au côté humain sinon relatif, au moins très calculé. C'est surtout son humour grinçant et cassant qui m'agace de plus en plus. Il y a des blagues qu'il vaut mieux éviter, surtout juste après les annonces qu'il a faites. Et puis même, la prestation c'est amusant cinq minutes, mais on tourne assez vite en rond, surtout aux impôts. Difficile de s'investir quand on n'est qu'un numéro, difficile de s'impliquer quand on ne vous considère que comme un tacheron, un tacheron de luxe certes, mais un tacheron magré tout. Enfin, même si ça me chagrine de parler comme ça, ce n'est surement pas dans ces conditions que je vais progresser, professionnellement parlant. Je commence donc à envisager sérieusement mon mystérieux plan B. Entre temps j'ai revu l'ancienne connaissance qui m'a recommandée pour ce nouveau poste. Elle a plus d'informations sur le projet et ses aspects techniques, a pour le coup l'air moins enthousiaste que moi, demande surtout des garanties sérieuses. Ca peut se comprendre, avec sa famille à entretenir, moi je suis me sens plus libre, malgré mon crédit et ma cuisine à payer.

Mais vous savez quoi ? Je suis de plus en plus persuadé que tout ça, la vie en général, ce n'est qu'une histoire de volonté. Combien sont ceux qui hésitent alors qu'ils ont l'opportunité au bout des doigts ? Combien sont ceux qui passent leur temps à se plaindre sans jamais rien faire pour améliorer leur sort ? Ceux là s'étonnent de voir tout ce que je peux faire de mes journées, me demandant si je me déplace à la vitesse de la lumière, si j'ai le don d'ubiquité, s'imaginant que j'aie gagné au loto, s'interrogeant sur le fait que je dorme la nuit. Pourtant, s'ils savaient... C'est juste aussi simple que la formule consacrée est banale. C'est la vérité, quand on veut, on peut.

mercredi 19 novembre 2008

J-2

Je déménage donc, les prochains vendredi et samedi, en espérant que les problèmes logistiques du genre est-ce que j'aurai terminé les cartons à temps seront résolus d'ici là. Et si je ne suis pas du genre à donner dans le sentimentalisme, j'avoue que c'est tout de même étrange de voir à nouveau l'appartement vide, comme lorsque j'y avais emménagé la première fois, il y a maintenant plus de deux ans. Evidemment ma présence sur Internet risque d'être toute relative, le temps de la migration. Donc, concrètement, vendredi matin des professionnels vont venir gentiment se ruiner le dos pour la manutention des encombrants — parce que faut pas déconner non plus, faire le tour de Nantes avec un frigo, j'ai déjà donné et, croyez-moi, c'est très surfait. Certes, je me demande encore comment est-ce qu'ils vont faire passer le canapé dans l'escalier, mais après tout c'est leur métier, ils savent ce qu'ils font. Et du coup, samedi, ça devrait être nettement moins pénible de déplacer le reste de mes affaires, quelques cartons et autres petits meubles, à peine de quoi remplir une camionette. Ce qui ne m'a pas empêché d'inviter la moitié de mon carnet d'adresses, plus d'une dizaine de personnes ayant répondu. A bien y réfléchir, je vois désormais ça moins comme une contrainte que plutôt comme un gros prétexte pour passer une après-midi rigolote tous ensemble. Même ma frangine sera là, depuis le temps que je pensais lui présenter François.

Quant au reste de mes aventures de nouveau propriétaire, la situation avance couci-couça. Si certains travaux se mettent en place plus facilement, d'autres traînent en longueur, entre les crénaux horaires incompatibles et la difficulté de trouver des artisans qui veuillent faire ce que je leur demande — c'est fou, la mauvaise volonté de certains donnerait presque à croire qu'ils ne veulent pas travailler. Par ailleurs, je me fais régulièrement peur à signer des devis pour plusieurs milliers d'euros, alors que j'ai déjà trente années de crédit sur le dos, mais bon c'est bien du moi tout craché. Reste à espérer que ma situation financière se maintienne, au lieu de se dégrader à cause de la crise — car oui, je peux presque la toucher du doigt, la crise, comme j'apprends aujourd'hui que ma boîte commence à se séparer de certains collaborateurs qu'elle a trop de mal à placer en mission. Enfin bon, quand bien même, au pire, j'ai déjà une solution de secours, qui me convainc, du reste, de plus en plus.

mardi 11 novembre 2008

Repas de travail

Je n'en avais toujours parlé à personne, silence qui d'ailleurs a généré une légère frustration, chose dont je me suis étonné encore être capable. Mais, comme elle est venue me rendre visite ce week-end, j'ai avec soulagement pu évoquer rapidement le sujet avec ma soeur. Cependant avec tous ses problèmes, je me voyais mal lui demander son avis, je reste donc pour l'instant dans l'expectative, j'attends que ça se précise dans ma tête. Et puis la chose est plus ou moins censée demeurer secrète, donc j'évite avec soin d'ébruiter la situation. Vous n'aurez d'ailleurs que des bribes. Mercredi dernier, je déjeunais avec une ancienne connaissance qui a récemment quitté sa boîte pour monter sa propre structure — plus exactement, pour monter à Nantes une filiale française d'une entreprise étrangère, précision qui évidemment aura son importance. Sur les conseils d'une autre relation, qu'il est aussi en train de débaucher, il voulait me voir pour me proposer de les rejoindre dans l'aventure. Techniquement l'offre est intéressante, participer à nouveau à la mise en route d'un projet, potentiellement un poste avec pas mal de responsabilités. Logistiquement c'est également idéal, il loue des bureaux en centre-ville, donc aucun changement à prévoir dans mon mode de vie, et promet des conditions matérielles plus que raisonnables — en gros quinze pourcent d'augmentation et des avantages en nature. Plus le fait qu'une multinationale se pose garante en arrière-plan, histoire d'être complètement rassuré. Bon maintenant les côtés négatifs, d'une part j'ai peur de l'aspect chronophage que peut prendre une telle organisation, surtout si je suis amené à en gérer une partie — même s'il me garantit qu'on a tout le temps pour mettre les choses en place et qu'à côté de cela, l'activité existe déjà pour faire vivre la société en attendant. D'autre part, j'ai eu vent par conversations interposées de certains détails intriguants dans sa façon de travailler. Je me dis donc, c'est un peu foncer tête baissée dans l'inconnu. En même temps, je suis tellement en train de m'enterrer dans mon travail actuel, moi qui voulais du changement, voilà qu'il frappe à ma porte sans que j'aie à demander. Je réfléchis donc, une fois de plus le même dilemne. Soit je continue dans ma petite routine bien confortable et bien ennuyeuse, soit je prends à nouveau le risque de tout plaquer et peut-être de me plaire dans ce que je fais. En plus l'expérience pourra me servir, à moyen terme, quand je déciderai de vraiment devenir mon propre patron. C'est vrai qu'ainsi présentée, elle a l'air simple comme alternative.

samedi 01 novembre 2008

A la chaîne

Encore une semaine à cent à l'heure, alors que je ne me suis même pas livré à la moitié des occupations auxquelles je me livre d'habitude — puisque, vacances scolaires obligent, quasiment toutes les associations étaient fermées. Parfois je me demande après quoi je cours, à galoper ainsi de club en club, de salle en salle, de groupes en groupes — alors qu'en fin de compte, peut-être devrais-je plutôt me demander ce que je fuis. Bref.

Dimanche dernier, Kévin et moi étions à la manche nantaise du France Poker Tour. Pour notre premier vrai grand tournoi en live, quatre cent joueurs étaient réunis sur une quarantaine de tables, avec du matériel de qualité, de jolies hôtesses et une organisation en conséquence. C'était assez plaisant et ça changeait de la traditionnelle cacophonie des tournois amateurs. Le hasard m'a donné le privilège de m'asseoir, pour ma première partie, à côté de Michel Abécassis — spécialiste français s'il en est. C'était, comment dire, particulier, un peu surréaliste en fait, de voir se matérialiser à quelques mètres de soi cette sorte d'icône en papier glacé que l'on n'a appris à connaître qu'au travers des émissions télé. C'est la même personne et pourtant on dirait quelqu'un d'autre, tant sa présence, qui démontre de fait qu'il existe en chair et en os, est en complète contradiction avec l'habituelle image, qui elle cesse de vivre dès la minute où l'on éteint le poste. L'histoire retiendra que je me suis fait éliminer dans les premiers tours, au bout de seulement quelques heures, la faute à un jeu trop forcé que je m'étais imposé afin d'augmenter le plus vite possible mon tapis et mes chances de revenir le deuxième jour.

Mardi, je remettais ça, cette fois-ci avec mes collègues. Un de ces jours il faudra que je prenne le temps de vous faire un petit topo sur mes nouveaux collègues — et pas seulement les prestataires anonymes avec qui je travaille tous les jours, mais également mes collègues de l'agence, bien plus intéressants, que je ne vois malheureusement que par intermittence. Nous avons joué à Himalaya, un jeu de plateau aux règles assez astucieuses, qui mélangent stratégies de collecte de ressources et de conquête de territoire — un peu comme un bon vieux STR, mais pour de vrai avec des petits pions et des petits jetons. En rentrant, j'ai eu la mauvaise surprise de constater qu'on avait essayé de forcer la serrure de mon scooter. Impossible de réouvrir le coffre et de récupérer mon casque, du coup je suis rentré tête nue. Là je dirais bien, heureusement que je n'ai pas croisé de flics, la vérité approcherait plutôt d'un heureusement que je ne me suis pas éclaté la tête la première contre un trottoir. Ce qui devrait finir par arriver d'ailleurs, le lendemain à Leclerc. Je suis en effet encore tombé de selle, après une mauvaise glissade sur une bande blanche d'un passage piéton détrempé par la pluie. Le garagiste doit bien rigoler à chaque fois que je lui ramène Alessandro pour redresser le guidon et resserrer les chromes.

Et tant qu'on est dans le détail de mes folles aventures, la semaine a été plus que rythmée par le feuilleton Yvan, aura, n'aura-t-il pas son crédit immobilier ? En fin de compte mon père a eu l'occasion de voir directement avec le banquer ce qu'il était possible de faire, ce qui compte tenu du porte-feuille qu'il a chez eux, n'a apparemment pas dû poser de problèmes. L'argent devrait être débloqué vers la mi-novembre, pour une signature dans la foulée. D'un côté c'est frustrant, parce que je n'aurai absolument pas le temps de terminer les travaux avant le déménagement (merci les samedi feriés et le week-ends perdus devant les magasins fermés) — quelque part ce n'est pas si mal non plus, puisque ça décale mon prêt d'une mensualité. Du coup je n'aurai même pas eu à cumuler remboursement et loyer, ça me laisse les coudées plus franches pour la suite des évènements — notamment la négociation d'un crédit pour la cuisine, qui s'annonce encore plus folklorique.

Ce midi, déjeuner avec Mathieu, Martin et JC, au Beckett's, un restaurant irlandais au pied de la tour, cadre agréable qui se veut sans doute typique — mais je n'en sais rien, je suis jamais allé en Irlande. Toujours est-il que la nourriture est très bonne, j'ai été agréablement surpris par un cake à l'indienne dont la description peu ragoûtante m'a légèrement inquiété de prime abord, alors que servi avec sa salade et une petite sauce sucré-salé, c'était plus que correct. En dessert, un cheesecake, un vrai, fait maison, la part était trop petite, servie avec un thé de Chine. Bonne adresse. Faut-il mentionner les deux demis que j'ai bus, sans que ça ait même eu d'effet sur la productivité de mon après-midi ? Non, je ne pense pas. Sérieusement, il y a quelques mois, autant de bière à déjeuner m'aurait fait piqué du nez dès quatorze heures trente. Il faut croire que j'ai pris le pli.

Enfin, ce soir, petite séance avec Kévin et Steph. Nous sacrifiions à ce nouveau rituel qui consiste à aller voir le dernier James Bond dès sa sortie. Kévin a un peu été déçu par la tournure trop spectaculaire que semble vouloir prendre la série — le côté frénétique des premières séquences lui donne sans doute raison, en particulier ce montage quasiment épileptique qui ne laisse que peu d'occassions d'apprécier l'art et la manière de fliguer deux ou trois DBS, comme ça, pour le plaisir, pour la beauté du geste. Personnellement j'ai moins de regrets pour le charme désuet des anciens films, pour moi c'est devenue une franchise à grand spectacle, qui désormais assume presque avec ironie son côté blockbuster-placement-produit. Et puis il y a ces touches esthétisantes qui forcément me parlent, les ralentis, les typos, Jack White, Puccini — malgré leur effet un brin tarte à la crème.

En sortant, on s'est goinfré un Mezzo Di Pasta, c'était cool.

samedi 04 octobre 2008

Abîmes

Je reviens, complètement exténué, d'un séminaire de trois jours organisé par ma chère entreprise. Quand je dis ça, il faut bien sûr prendre mes mots au troisième degré ; vous l'avez peut-être remarqué, j'ai parfois tendance à bouder mon plaisir et à feindre un détachement très calculé, à faire semblant de me projeter en observateur elevé quelques mètres au-dessus du réel, en train d'envisager les évènements en termes relationnels, sociologiques, comportementaux. La vérité, comme l'expliquera Etienne à Marie, dubitative sur la quelconque corrélation entre le degré d'alcoolisation d'un groupe et le niveau d'amusement de la masse, la vérité donc c'est que parfois c'est bien de faire le con, de hurler à tue-tête, de chanter à s'en crever les tympans, entouré de ces gens tous plus saouls les uns que les autres. Et que si je fais parfois semblant d'être consterné — je l'ai quand même été, sincèrement, plusieurs fois — je n'en ai pas moins rigolé.

Les évènements en question, deux soirs consécutifs dont l'ambiance donnait plus dans le style camp de vacances ou, pire, dans la beuverie étudiante de fin d'année — que dans la soirée détente après une intense journée de formation professionelle. Après, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures, essayer d'y voir autre chose que ce que cela n'a été, compte tenu de la moyenne d'âge des collaborateurs et des motivations à peine voilées de la direction. Mais les gens en général avaient l'air sincère, rien ne semblait prémédité et je trouve ça bien que la boîte ait, pour l'instant, su conserver dans une certaine mesure cette ambiance bon enfant — comme j'ai eu l'occasion de participer à des sorties similaires, autrement plus guindées et faussement relachées. Cependant je n'irai pas non plus dans l'excès inverse, j'ai été déçu par le contenu des formations, le tournoi sportif était complètement naze et puis il y a des personnalités et des comportements que je déteste et que je détesterai toujours. Il faut de tout pour faire un monde, mais l'un dans l'autre c'était plutôt amusant.

vendredi 26 septembre 2008

Longueur de temps

Histoire de faciliter mon retour au train-train, je m'étais personnellement convaincu qu'heureusement, en revenant, j'allais complètement tourner une page de mon histoire et changer radicalement d'environnement et de façon de vivre : déménager dans un nouvel appartement, changer de quartier, circuler en scooter, prendre de nouvelles habitudes, ça me permettait relativement d'atténuer toute la monotonie dont j'avais peur qu'elle me revienne inévitablement en pleine face, sitôt le pied reposé en France. Mais évidemment ça n'a pas raté ; certes tout ça va changer, mais bien moins vite que je ne l'espérais, comme la transition va prendre quasiment un gros mois. Ce qui me rend donc vraiment impatient, là je suis pressé que toute la machinerie se remette en place, que les choses s'enchaînent, car en attendant, je tourne un peu en rond et l'ennui me guette à chaque coin de site internet. Du coup, ça me laisse largement le loisir de replonger dans exactement les mêmes travers qu'avant le départ, ce qui me mine légèrement le moral. Le pire c'est au travail, notre projet part vraiment sur la mauvaise pente et dans cette purée de pois, moi je navigue à vue, sans réelles perspectives. Pour compenser, pour changer d'air, histoire de vraiment casser cette spirale, j'en suis même venu à penser me proposer pour partir au Maroc, comme ils ont besoin de monde pour encadrer le personnel off-shore — alors que c'est complètement ridicule, vu les engagements que j'ai pris, les gens, les crédits, les concerts. Je ne peux vraiment pas me permettre de m'en aller maintenant. Alors j'essaie de me convaincre que dans le fond, je ne suis pas si mal loti et que j'ai beau jeu de me plaindre, il y a des gens bien moins chanceux que moi. Pas besoin de chercher bien loin, il suffit d'imaginer Ségo, qui reprenait le rythme du travail mardi dès six heures du matin, avec en prime une grève de bus pour bien te dégoûter. Pour le moment donc, je rumine, je ronge mon frein, en attendant que tout se débloque. La patience, ça aussi il faut que j'apprenne à la maîtriser.

jeudi 24 avril 2008

Chemin de croix

Même si ça semble un peu s'améliorer ces derniers jours, en ce moment je n'ai plus qu'une seule hâte : me jeter tête baissée dans l'ascenseur quand ma montre indique l'heure et m'enfuir en quatrième vitesse du boulot. Ce qui est assez terrible, quelque part, mais il faut bien avouer que je passe le plus clair de mon temps à m'y ennuyer. J'ai encore changé de bureau, je travaille à nouveau pour les impôts, mais dans une autre section, au dixième étage de la tour. Je suis censé réaliser une étude prévisionnelle pour valider les différents processus mis en place pour le développement d'un logiciel. Projet passionnant s'il en est, vous en conviendrez, le côté un peu amusant c'est qu'il faut s'assurer que la démarche de conception est assez fiable pour... délocaliser la production au Maroc. C'est la première fois que je vois la mondialisation d'aussi près, surtout qu'à long terme cela pourrait même concerner des postes similaires au mien. Mais bon, en réalité ça ne me fait ni chaud ni froid. Vu ma productivité du moment, je peux comprendre la démarche. Certes, ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, sûrement pas la dernière, sauf que je ne ressens presque plus ce sentiment de culpabilité qui me forçait parfois à serrer la vis et mettre un coup de collier. Non, je suis de plus en plus désabusé de l'informatique. Heureusement, donc, le midi j'ai suffisamment de temps pour flâner en ville et pouvoir rentrer manger à la maison. Le soir je suis libre de tout mouvement dès six heures et quart, alors j'en profite pour sortir ou aller au sport. Sans ça, je crois que je pèterais les plombs, à tourner en rond dans ma tête, huit heures par jour devant un écran d'ordinateur. Je repense à ce que disait Jill, mais me convaincs aussi tôt que c'est complètement irréaliste comme état d'esprit. Il vaut mieux lutter pour avoir son chèque à la fin du mois mais, au moins, avoir le loisir d'en profiter.

jeudi 17 avril 2008

Déjà vu

Ah, Jill. Je la revois adossée à un coin de la cafétéria, sous les questions inquisitrices de ses ingénieurs un peu trop curieux, en train d'essayer d'expliquer le soudain départ de Marie. Après tout vu le temps qu'on y passe, si on ne s'éclate pas à son travail ça ne vaut pas la peine d'y rester. C'était touchant de sincérité et de mièvrerie, mais je pense qu'elle y croit vraiment. J'adore son air calme empreint d'une lassitude toute nonchalante, j'adore son style décalé de parisienne chic qui ne se prend pas la tête, j'aime surtout sa voix douce et un peu cassée, un peu comme après une petite grippe le matin au réveil. Et même quand elle hausse le ton, Jill, comme pour y mettre plus de conviction, sa voix reste joviale, suave et sensuelle. Jill, je suis fan.

Nous sommes au restaurant du Lieu Unique, Jill, moi et deux autres collaborateurs, avec les gens de la communauté urbaine. La semaine prochaine, ces chers messieurs vont présenter leur analyse sur l'enquête menée auprès des salariés, à propos de nos modes de transport, et exposer leurs préconisations pour la mise en place du plan déplacement d'entreprise. Pour nous inciter à laisser la voiture au garage, notre employeur va prendre en charge une partie des abonnements de bus, ça et quelques autres mesures complémentaires. Le tout forme la partie transports d'une politique plus globale de développement durable que nous tentons de mettre en place, avec quelques autres. Recyclage, énergie, tout y passe, avec l'aval de la direction. Même si personne n'est dupe, si le patron nous soutient autant c'est aussi parce qu'il a aussi à y gagner en termes d'image. Mais après tout, qu'importe le flacon... Par la force des choses, petite victoire à petite victoire, on changera les habitudes.

Je me dis, peut-être qu'on arrivera à quelque chose, peut-être pas. On nous dit de garder des objectifs raisonnables, pour ne pas être déçus. Par exemple, réduire l'utilisation de la voiture de vingt pour-cent produirait déjà un effet visible. Et pour cela il suffit de la laisser au garage un jour par semaine. Ça laisse de l'espoir. Même si c'est vrai qu'en la matière, j'ai déjà eu des retours d'expérience pas très encourageants, face au mur glacial du nombrilisme ordinaire. J'en vois encore les effets pervers dans ces échanges de mails aigrelets sur notre liste de diffusion interne, à propos des élections à la représentation du personnel – entre préjugés sectaires et branlette intellectuelle stérile. Je méprise la bêtise des gens qui râlent juste pour le plaisir de râler, qui pleurent même avant d'avoir mal, qui tiquent sur des tournures de phrase qu'ils montent comme une mauvaise mayonnaise, trop acide.

Mais c'est ça aussi la vie, on ne peut pas faire son marché, il faut tout prendre ensemble, ce n'est pas l'ingratitude absolue de certains qui doit vous décourager de travailler avec les autres.

lundi 17 mars 2008

Riding

Nouveau rebondissement dans ma passionnante carrière (car il faudra sérieusement que je pense à me reconvertir) je me retrouve temporairement affecté à l'agence, à dix minutes de chez moi, une sombre histoire de contrats non validés, de statuts non confirmés et de factures impayées, qui de concert se sont entendus pour faire capoter mon début de mission aux impôts. En même temps, je me dis que ce n'est pas plus mal, finalement ça ne me disait trop rien d'aller là bas : projet soporifique, potentielle usine à gaz, cadres quadragénaires propres sur eux. Je me retrouve donc sur un petit projet au forfait, gestion de personnel et optimisation de tournées sur PDA. Enfin bon je ne vais pas me mettre à vous parler d'informatique, non plus, faut pas déconner.

Comme donc c'est à deux kilomètres à vol d'oiseau, je peux me permettre d'y aller en vélo, assouvissant par la même mon désormais frénétique intégrisme écologique. Et bizarrement, comme dans la chanson de Lilly Allen, sur mes deux roues je retrouve une sorte de liberté étrange, un sentiment que je pouvais me rendre n'importe où sur un coup de tête et en deux coups de pédale, sans avoir à ne me soucier ni des caprices des tramways ni des soucis de parking. Enfin, heureusement qu'il ne pleut pas, quand même.

À l'agence je retrouve cette même ambiance bon enfant que j'avais eue l'occasion de croiser de temps à autre. Cela colle d'ailleurs plutôt bien avec mon état d'esprit du moment, je ne sais pas pourquoi je suis complètement détendu et j'ai envie d'être gentil avec tout le monde. Même si par moments mon côté cynique et paranoïaque reprend le dessus et me demande si tout ça, c'est bien sincère, c'est bien premier degré. Les rires de Marie semblent parfois un peu forcés, les fausses engueulades ont parfois l'air nourries d'un fond de vérité. Bah, déformation professionnelle, sans doute.

Evidemment je ne peux pas m'empêcher d'envoyer quelques mails à mes ancien(ne)s collègues. Je me dis que je ne peux pas faire comme s'ils étaient tous sortis de ma vie et les oublier définitivement, d'un autre côté c'est certain que je n'aurai pas la chance (ni le courage) de m'attacher systématiquement à tous les gens sympathiques que mon statut précaire de prestataire me fera croiser. Mais bon. En ce moment je travaille beaucoup mon socio-relationnel.

jeudi 28 février 2008

L'enfer c'est les autres

Aux dernières nouvelles, je termine ma mission actuelle chez les marchands d'armes, mi-mars. Il était plus que temps et c'est un doux euphémisme que de dire ça. Ce qui m'insupporte le plus en ce moment, c'est l'indécente médiocrité de certains collègues, que j'envoie désormais systématiquement paître. Je ne leur réponds presque pas quand ils m'adressent la parole, j'essaie d'éviter tout contact physique avec eux, par moments je suis même à la limite de l'impolitesse. Et ça m'étonne parce que je ne me savais pas capable de ça, moi qui essaie tout le temps d'être gentil avec tout le monde. Au hit-parade des choses qui m'agacent, le type qui vient t'expliquer mot pour mot ce qu'il fait de ses journées pour s'occuper, en poussant le vice jusqu'au moindre détail inintéressant, comme le nombre de paires d'accolades vides qu'il a trouvé dans un fichier, alors qu'à la base tu ne lui as strictement rien demandé. Voilà un scoop, cher ami : je m'en fous. Et surtout ne te sens pas obligé de venir me rendre des comptes, je ne suis ni ton chef ni ton psy. Numéro deux, la fille qui se donne l'air d'avoir tout vu et tout fait et qui se croit tenue de t'en décrire les plus subtiles nuances, pour te faire profiter sa grande expérience de la vie. Avec son humour désopilant, aussi drôle qu'un safari photo dans un hôpital psychiatrique, il faudrait qu'on prenne le temps de lui expliquer que la dérision est un art dont la décence nous interdit la pratique lorsque, comme elle, on a à peu près la répartie d'un poulpe autiste. Ça et le fait qu'on ait désormais bien compris qu'elle n'était plus célibataire, puisqu'elle conclut la moitié de ces phrases par un invraisemblable avec mon copain. Enfin, que voulez-vous... c'est dommage, ça suffit presque à me gâcher la présence des autres que j'aime bien, mais l'un dans l'autre ce n'est pas forcément plus mal, il ne faut plus trop que je m'attache. Prochaine mission donc, probablement Tour Bretagne, pour faire vaguement la même chose. Au moins ça me permettra de voir d'autres têtes.

mercredi 09 janvier 2008

At Work

De temps en temps tu vois passer des devis de réalisation, fraîchement validés par les gens du ministère, et ça te fait un peu halluciner. Il y a des corrections d'anomalies, du genre enlever l'espace superflu au-dessus du fil de fer d'une page web, dont la seule facturation au service public équivaut à environ deux fois le montant annuel de ton impôt sur le revenu. Même si j'ai du mal à évaluer précisément la valeur de ce que je fais, après tout comment justifier un quelconque prix sur une chose aussi immatérielle qu'une prestation de services, je dois avouer qu'à chaque fois que j'ai le malheur d'essayer de prendre un peu de recul sur mon travail, j'hésite entre la consternation et l'inquiétude. Un peu comme dans Le salaire de la peur, peut-être qu'à un moment on arrête de réfléchir sur le vrai sens des choses ; on fait juste ce pour quoi on est payé sans aller chercher plus loin, sinon on n'arriverait jamais le faire.

L'autre truc amusant donc je me suis rendu compte, c'est la propension certaine du plateau technique sur lequel je travaille à se choisir des moutons noirs et à s'acharner sur eux de façon unanime et systématique. Il y a quelque temps, c'était cette responsable qualité ouvertement critiquée parce qu'elle passait soi-disant tout son temps à jouer au démineur. Avant son départ c'était un de mes anciens collègues prestataires qu'on décrivait comme trop ronchon et déprimant. Depuis le retour des vacances, tout le monde semble s'être ligué contre une informaticienne dont le clic de souris est apparemment un peu trop frénétique. L'impression que j'en ai, c'est plutôt un rejet frontal de ceux qui ne veulent pas rentrer dans le moule, travailleur et bon esprit, jeunesse et déconne, imposé par le plus grand nombre. Ce qui est plus grave c'est que tout ça est fait de façon mesquine et insidieuse, souvent dans le dos des personnes concernées. Après, je ne sais pas si c'est justifié ou non, je m'estime quand même chanceux d'être du bon côté de la barrière. Et quelque part je les plains aussi.

vendredi 26 octobre 2007

Tranchées

Pas besoin d'en remettre une couche, je crois que vous aviez à peu près saisi le message quand je décrivais à quel point mon travail actuel était inintéressant. En restant poli, ça m'ennuie d'avoir effectué cinq ans d'études pour faire ce que je fais — mais après tout s'il y a des gens assez stupides pour payer le prix qu'ils paient (je dois être facturé plusieurs centaines d'euros par jour) et me faire supprimer des cellules vides dans des tableaux, j'ai envie de dire que c'est leur problème. Pour le reste, j'accomplis les tâches qu'on m'assigne, j'essaie de le faire avec un certain sérieux, en testant et validant systématiquement avec des outils automatisés par exemple. Ce qui ne va pas sans me poser de problèmes d'ailleurs, cette attitude résignée mais active n'est pas du goût de tout le monde.

Resituons la chose. Je suis donc prestataire de service, affecté à une mission d'assistance technique chez un client. En tout nous sommes quatre personnes de la même entreprise, là bas. Acte 2 : le projet sur lequel nous travaillons est une catastrophe sur pattes. Vous allez rire en apprenant qu'il sert à déclarer les impôts des sociétés. Là où vous allez peut-être moins rigoler c'est quand je vais vous citer l'anecdote comme quoi un bug dans les télé déclarations 2006 aurait causé le dépôt de bilan de plusieurs entreprises. Passons. Devant l'absence d'intérêt et l'ampleur sysiphienne de la tâche, devant aussi le manque complet d'organisation de notre client et son absence de volonté pour faire évoluer la situation dans le bon sens, les trois autres prestataires font des pieds et des mains pour se sortir de cette mission suicide, où ils ne peuvent pas travailler dans des conditions satisfaisantes, où changer la moindre virgule implique de vérifier toute l'application, mais sans aucune procédure formelle de validation derrière.

En l'occurrence votre serviteur est, lui, plus rompu à manipuler ce genre d'immondices, après tout j'ai travaillé trois ans dans un environnement au moins aussi hostile. Je sais comment faire pour corriger le tir en causant le moins de remous possibles. Je me retrouve alors dans une situation assez inconfortable. D'un côté mes collègues galèrent et cassent du sucre sur le dos de l'encadrement parce que ça tourne carrément au vinaigre et que c'est intenable sur le long terme — entre nous ils ont raison. D'autre part mon chef de projet qui lui est content de ce que je fais, tout simplement parce que j'arrive à quelque chose au milieu du chaos. Malheureusement en contrepartie il sous-entend ouvertement que les autres ne foutent rien. Me voilà donc tiraillé entre l'envie de bien faire (ou juste de faire) et la solidarité envers mes compagnons d'infortune.

Cet état de fait contamine d'ailleurs progressivement les relations humaines au sein de la société. Je me retrouve pareillement tiraillé quelque part entre le groupe autochtone et le groupe des envahisseurs. C'est dommage parce qu'il y a des gens intéressants des deux côtés. Enfin, j'ai l'impression que je devrais m'en foutre, mais d'une part je n'ai pas envie d'être considéré comme un traître ou un collabo, d'autre part l'avis du client pour ma première prestation est quand même significatif. Et puis j'ai toujours ce réflexe d'essayer de bien m'entendre avec tout le monde, de ne me mettre personne à dos. Je n'ai pas envie de rentrer dans leur petite guéguerre pour savoir qui a raison et qui a la plus grosse. Alors je me désengage et j'essaie de penser à autre chose...

jeudi 18 octobre 2007

Briefing

Je passe en coup de vent à l'agence, pour préparer un entretien clientèle qui aura lieu vendredi après-midi. Une mission dans une autre société qui fabrique également des missiles et des sous-marins nucléaires, je crois que le destin essaie de me dire quelque chose. En coup de vent je croise Stéphanie, sur le départ, que j'ai eu par mails interposés durant l'après midi, une sombre histoire de documents administratifs. Comme elle finit de m'expliquer le pourquoi du comment, c'est étrange mais elle me fait penser à Virginie. Elle fait à peu près le même boulot, elle lui ressemble physiquement, en version un peu plus sportive, Nicolas mon commercial chéri m'explique qu'elle fait du football en club. Je vous avais d'ailleurs déjà exposé ma théorie sur les archétypes des salariés de l'entreprise moderne, une fois de plus ça se vérifie. Mais ce dont je me souviens surtout à son égard, c'était la deuxième ou troisième question qu'elle m'avait posé la première fois que nous nous étions vus. Ça se résumait en gros à Yvan, est-ce que tu as une copine ? Vous n'êtes pas très subtiles, les filles.

Exit Stéphanie, donc, qui a des obligations — je me retrouve avec Jill, chargée de recrutement, et Laure son assistante. Qui me claquent la bise. Plus j'accumule d'expérience dans ce domaine, plus je me dis que responsable d'agence, c'est vraiment le meilleur prétexte pour s'entourer de jolies filles. Même si je ne remets pas en cause leur professionnalisme, ce qu'elles me racontent a du sens, leur argumentation très RH se tient. Du reste la simulation d'entretien se passe plutôt bien, même si j'ai un peu de mal à entrer dans le jeu de rôle, moi le candidat, elles les recruteuses. J'ai plutôt tendance à essayer de les faire rire, à donner dans l'autodérision, à prendre ça au second degré. Chose que je serai bien entendu incapable de faire vendredi. Mais il faut avouer qu'à part ça, elles ne m'apprennent pas grand chose, elles pointent du doigt mes tics de langage, elles me recadrent sur des détails que j'ai oublié de mentionner. La faute aussi à tous ces entretiens que j'ai déjà passé. Cependant c'est quand même assez rassurant d'avoir fait cette préparation. Au moins ça m'aura permis de réfléchir sur ce que j'avais à dire. Et puis en fin de compte, je me demande si le but n'est pas autant de remonter à bloc le moral et la confiance du collaborateur, que de le préparer réellement aux conditions logistiques d'un futur rendez-vous. Voir deux adorables minois acquiescer sympatiquement à mon jargon technique assez peu compréhensible, même si je fais volontairement des efforts, les entendre me complimenter sur la fluidité de mon discours, finalement moi ça me motive. Enfin, j'imagine que chacun prend ça comme il veut.

lundi 08 octobre 2007

Premier jour

C'est consternant. Au bout de dix minutes j'en avais déjà assez. C'est peut-être le fait d'avoir passé autant de temps éloigné de tout ça, qui n'a rendu le retour face au mur des réalités que plus violent et plus décourageant. À peine avais-je ouvert le premier document de spécifications, à peine avais-je parcouru mes premières lignes de code, que la lassitude et la procrastination m'avaient à nouveau noyé. L'informatique c'est vraiment un travail de merde. Et les informaticiens sont vraiment tous des demeurés. Je me revois encore à la cafétéria — on ne change pas les bonnes habitudes — je les entends encore râler avec véhémence sur la médiocrité de cette application vétuste que nous utilisons. Il n'y a pas de code de JSP là dedans, en fait c'est carrément une classe Java... – Avec juste le fichier qui s'appelle .jsp ! – Ouais, en plus il fait deux mille lignes ! Je vous laisse replacer les ricanements de circonstance. J'étais consterné, ça m'a même quasiment figé, en position debout, incapable de réagir, cloué sur place. Je suis vraiment obligé d'y retourner ? J'ai cru à un moment pouvoir m'en sortir, lorsque Florence, la copine de Damien, et Nicolas sont arrivés. Mais il aura suffi de trente secondes à les entendre abonder dans le sens de tout le monde, pour me faire définitivement déguerpir. C'est dommage parce qu'à l'extérieur, ils ne sont pas comme ça, là je n'avais même plus envie de faire un effort. Je suis retourné en courant à mon poste, à poireauter jusqu'à ce que la journée se termine.

dimanche 07 octobre 2007

Ma petite rentrée

Demain, je reprends (enfin) le boulot, après presque deux mois de vacances plus ou moins volontaires. Je commence par une mission temporaire, quinze jour en coup de feu chez TrucMuche Systèmes. Je ne sais même pas pourquoi je m'embête à essayer de vous cacher le nom de cette grande entreprise française qui conçoit également des chars et des missiles, vu que j'ai posté une photo de leur proposition d'embauche ici même, il y a quelques temps déjà. Je sais, c'est assez étrange, j'avais vu le responsable d'agence en entretien tout au début de mes recherches, il m'avait rapidement fait une offre, que j'ai a posteriori déclinée. Demain je me retrouverai donc quand même là-bas, cette fois en tant que prestataire et, ce qui est amusant, je travaillerai avec cette même personne. Enfin bon, n'en étant plus à une douce ironie près, je me suis fait une raison.

Autre détail pittoresque, ma boîte travaille également sur le même projet, mais en direct avec le client final ; chose que je me dois de taire pour des raisons politiques évidentes. Il faut croire que c'est notre lot à nous les prestataires, de n'être que les pions sur le grand tableau des magouilles commerciales et des arrangements à l'amiable. Je suis l'agent YR42, je représente 218 unités de production annuelles, à répartir de façon optimale pour maximiser l'investissement. Mais j'ai beau jeu d'être médisant, cette situation c'est moi qui l'ai voulue. Et puis avec le salaire que je touche, je ne pense pas être spécialement à plaindre. Donc : les côtés positifs. C'est à deux pas de mon ancien travail, je garderai donc mes vieux points de repère, comme le chemin idéal pour éviter les embouteillages le matin. Autre élément, je connais déjà deux personnes qui travaillent là bas, sur le même projet. D'assez bonnes connaissances, même, je devrais retrouver mes marques. Et puis, je suis quand même relativement content de la relation avec mon nouvel employeur, le contact est bon, je suis bien suivi, même si les mauvais esprits que vous êtes n'auront certainement pas manqué de remarquer que l'age et le sexe de mes collaborateurs ne sont probablement pas étrangers à cet état de fait.

Je ne suis qu'une quequette avec un (minuscule) cerveau au bout, depuis le temps vous avez dû vous en rendre compte.

mardi 04 septembre 2007

Tant va la cruche à l'eau...

Je ne vous en ai jamais parlé, de ce petit jeu auquel je joue chaque soir avant de me coucher et qui parfois me réserve quelques surprises assez cocasses. Pour choisir le disque que je vais mettre dans le radio réveil et qui aura la lourde tâche de m'arracher de la couette le lendemain matin, chaque soir je me rends dans le salon, j'éteins là lumière et je me plante devant mon étagère, celle où ils sont tous rangés par ordre alphabétique — véridique. Là, je fais trois tours sur moi-même, je pointe un album au hasard et je l'amène avec moi. Toujours toutes lumières éteintes, je l'installe tant bien que mal dans le réveil et je m'allonge. Si bien que le jour suivant, quand il se met à jouer aux alentours de sept heures et quart, je ne sais jamais à l'avance quel morceau je vais entendre. Des fois je suis un peu déçu, ça me met presque de mauvaise humeur, si c'est un de ces CDs que j'ai acheté sans bien faire attention. Des fois ça se passe un peu mieux. Ce matin, j'ai ouvert les yeux sur le kyrie du Requiem de Mozart. Lugubre et... prophétique.

C'était aussi le jour de la rentrée pour moi, puisque après cinq semaines de glande vacances bien méritées, je retournais au turbin. Qui plus est dans ma nouvelle société, du coup pas mal de changements en perspective. Je ne savais pas encore à quelle sauce j'allais être mangé, ayant décliné la semaine précédente la mission suicide qu'on me proposait si gentiment. Je me rends donc au siège, fraîchement rasé, costume trois pièces, avec un peu d'appréhension, celle du parachutiste qui va se jeter dans le vide — soulagé cependant d'avoir pu clarifier mon point de vue, pas question que j'aille là bas. Quand j'arrive, Philippe mon patron n'est pas encore là. Alors j'en profite pour tenter de discuter avec un autre nouvel embauché, un informaticien pur jus lui aussi. Ça tourne court. Vers dix heures on nous installe enfin sur des postes temporaires, le temps de nous trouver une nouvelle affectation. Peu après, Philippe vient me voir, il me demande comment se sont passés mes congés, puis il enchaîne l'air de rien. Pour finir, il a eu sa confirmation tard vendredi soir, mon ancienne entreprise acceptait la proposition commerciale qu'il leur avait faite. Du coup pour lui c'était bon, je devais repartir en prestation dans mon ancienne boîte, en attendant autre chose, jusqu'à la fin de l'année. Il me signe un ordre de mission, m'explique que pour l'instant il n'y a pas d'autre solution, que c'est temporaire, me dit cache ta joie, en plaisantant. Or toute action entraîne une réaction, pas vrai ?

Il est quatre heures. Je me retrouve comme à la belle époque, en salle de pause avec mes anciennes collègues, la fille, Virginie, Séverine, Aude avec son H. Au moins ça m'aura permis les revoir une dernière fois, de passer mon après-midi sur MSN à discuter avec Kévin aussi. Tout ça me manquera, évidemment, énormément. Je suis touché parce qu'elles me disent que je leur manque aussi, qu'elles étaient presque contentes que je revienne, un peu navrées quand même de la façon dont tout ça est arrivé, derrière mon dos, contre ma volonté. Et puis vous savez comment je suis, même s'il m'arrive parfois de jurer le contraire, la présence de tous ces gens que j'aime me fait énormément de bien et remonte mon moral à bloc. C'est peut-être pour ça que j'arrive à encaisser toute l'ironie de la situation aussi calmement. Après tout, mieux vaut en rire...

En arrivant sur place, j'avais directement annoncé la couleur à David : je risquais de ne même pas terminer la semaine. Il comprend. J'enchaîne avec Sébastien. Je les vois un par un et je leur expose mon opinion. Ça se passe plutôt bien. Me reste alors à affronter le dernier obstacle : appeler Philippe et aller jusqu'au bout de ma logique. Je me souviens très bien de ce que j'arrive à lui dire alors, ainsi que de l'effort surhumain qu'il m'aura fallu. Je ne reviendrai pas à Axxxxx demain, je pense que le plus simple pour tout le monde c'est que je mette fin à notre collaboration. Il fait le mec étonné, comme s'il n'avait rien vu venir. Il me demande pourquoi, quelles sont les raisons. Comme s'ils n'avaient pas négocié entre eux à mon insu depuis des semaines comme je l'apprendrai plus tard, comme si mes avertissements n'avaient servi à rien. Il y a de grands silences. Après tout peut-être qu'il est sincère, mais à ce moment là je n'en ai plus rien à faire. Alors je coupe court, je lui envoie un recommandé dès demain, on est quitte pour le dérangement. Je suis encore étonné de l'aplomb avec lequel j'ai traité cet incident, du culot aussi qu'il a eu d'espérer que je plierai sans broncher. Si je me souviens bien c'est la première fois que je gère une situation de ce genre avec autant d'assurance et de conviction. Il faudra que je m'en souvienne pour la suite.

Et donc me revoilà, à nouveau chômeur et cette fois pour de vrai. Mais il ne faut pas trop abuser des bonnes choses...

mercredi 29 août 2007

Derniers développements

Je ne sais pas trop si je dois poster sous l'emprise de l'alcool, comme c'est un peu le cas en ce moment. Enfin en même temps, je ne suis pas totalement ivre non plus. C'est juste que j'aie dû finir une bouteille de bière presque vide, du coup j'essaie de m'occuper un peu avant de reprendre le volant. Yoann et Damien sont finalement passés prendre l'apéro à la maison. Ils auraient normalement dû venir la semaine dernière, mais à cause d'un soi-disant moment d'absence Yoann n'a pas pu se libérer. C'est pareil, j'apprends presque par hasard qu'il avait voulu m'inviter à une soirée d'anniversaire il y a deux semaines mais, là aussi, il a complètement zappé, à la dernière minute. Je sais. Vous avez l'impression que j'ai quatorze ans. Mais c'est normal, tout est sous contrôle ; ne touchez pas les réglages de votre ordinateur, vous êtes bien sur le bon blog. Je me fais seulement une petite crise d'adolescence, là. Comme j'ai parfois le sentiment que les gens s'en foutent royalement de moi, en fait. Je ne suis que le pitre de service, la touche de couleur locale. Pour le reste ma présence importe peu, le fait que je sois sorti de leur vie il y a à peine un mois aura suffi pour rayer mon existence. Troisième effet Kiss Cool, j'espérais bien être le premier parmi eux à qui Virginie l'aurait appris, si vous suivez vous savez bien de quoi je parle, et bien non, c'est par Yoann que la nouvelle arrive à mes oreilles. L'un dans l'autre elle attend peut-être pour me l'annoncer et elle l'aura laissé entendre sans faire exprès, ça lui arrive souvent. Enfin ce n'est pas comme si elle était censée m'appeler depuis vendredi dernier, pour qu'on discute de cet autre truc, là, déjà, elle pourrait en profiter pour me le dire. Mais j'admets, ma réaction est peut-être un peu exagérée. Bon, je vous avais prévenus.

Ah si, vous voulez sans doute entendre le dernier truc hilarant qui m'est arrivé. En fin de matinée, Philippe mon nouveau patron, m'appelle pour me parler d'une mission qu'il m'aurait trouvée, à débuter à partir de la semaine prochaine. Et là l'air de rien il me propose gentiment d'aller retourner travailler dans mon ancienne boîte, en tant que prestataire de service. D'une part c'est histoire de rendre service à mon ancien patron qui est vraiment dans la mouise, ils ont ce projet à boucler d'ici la fin d'année, je sais bien j'y étais et c'était déjà infernal quand je suis parti. D'autre part cette mission tombe plutôt bien, il n'a pour l'instant rien d'autre à me proposer, en plus je connais déjà l'environnement, enfin il préfère que je travaille à lui rapporter de l'argent plutôt que je reste en intercontrat en attendant une mission. J'essaie de lui faire comprendre que clairement je souhaiterais vraiment éviter cette situation un peu ubuesque, j'ai justement quitté ce travail à cause de la mauvaise organisation et du manque de qualité de notre travail, ce n'est pas pour y retourner un mois après, sous couvert de prestation clientèle. Et non, ce n'est pas un problème d'argent. Il me répond que pour l'instant rien n'est signé, qu'il a donné son accord en théorie et qu'il attend la réponse à la proposition financière qu'il leur a faite. J'ai l'impression qu'il n'a pas bien saisi le message. Dans l'après-midi, j'ai un doute, je le rappelle pour préciser les choses ; même son de cloche. Du coup il attend de voir et il me tient au courant d'ici la fin de semaine. D'ici là, j'ai le temps de gamberger un peu ; mais entre nous pour moi c'est désormais clair. S'il a le culot de vouloir m'imposer cette mission, je mets directement fin a ma période d'essai et il a ma lettre de démission sur sa table dès le lendemain. Je commence déjà à réfléchir, avec quels recruteurs nous nous étions quittés en assez bons termes pour que je puisse désormais les relancer ?

samedi 14 juillet 2007

Transitions

Que j'aie du mal à assimiler le fait que je change complètement d'environnement de travail d'ici à la rentrée, c'est un fait ; les échéances sont encore trop lointaines et je commence à peine à imaginer ce que ça risque d'être. Que je ne me rende compte qu'à la dernière minute que, d'ici maintenant trois semaines, il y aura une bonne partie de ma cinquantaine de collègues actuels que je risque de ne plus jamais revoir de ma vie, ça c'est une perspective déjà moins réjouissante.

Vendredi matin, très tôt, j'avais un entretien clientèle dans une grande banque – la même où travaillent plusieurs des personnes rencontrées à cette fameuse soirée. Ma nouvelle boîte présente deux prestataires à leur client pour une mission à débuter en septembre, l'un des deux prestataires en question étant, vous l'aurez deviné, votre humble serviteur. L'immeuble est un grand bloc de béton avec une esthétique assez typique des années soixante-dix, il me fait d'ailleurs plus penser à un hôpital qu'à un siège social. Mais passons. Après avoir poireauté dix minutes devant l'entrée, à attendre Philippe mon directeur d'agence, nous voilà accrédités dans l'antre de la bête, badge en main et carte d'identité en caution. Je vois des filles, beaucoup de jolies filles, pas mal de cadres grisonnants et tristounets aussi. On nous présente alors un quinqua, directeur de service, et un jeune loup, chef de projet, avec qui je dois passer en entretien. Je suis assez surpris parce que ça se passe assez vite ; c'est à peine si j'ai à chaque fois le temps de répondre aux questions que l'on me pose, j'imagine qu'ils font confiance à leur société de service et que cette entrevue, c'est juste une question de principe. Le premier m'interroge de façon assez déstabilisante sur mon éducation, sur mes choix d'études et de carrière, sur ma vie en dehors du travail, sur mes loisirs. Heureusement j'ai assez de recul pour pouvoir broder, sans doute des restes de précédents entretiens. Je me sens par contre beaucoup moins à l'aise pour expliquer pourquoi je veux changer de poste. Le second reste beaucoup plus terre à terre et se contente de questions techniques sur mon parcours.

Les minutes s'écoulent, mais c'est uniquement quand je sors une demi-heure en avance que je comprends. Le directeur de service d'ailleurs me le confirme à mots couverts, ils cherchent quelqu'un de beaucoup plus expérimenté pour la mission en question et, dès le départ, leur choix avait été bien orienté vers l'autre candidat. Je me rappelle alors les remarques que Philippe avait pu me faire avant le début de l'entretien et qui maintenant sonnent différemment : au pire ça te fera un premier coup d'essai, pour cibler ce qui va et ce qui ne va pas dans ta présentation. Pour lui aussi, cette entrevue était une question de principe, une sorte de test grandeur nature. Sachant pertinemment qu'il voulait plutôt placer l'autre personne, il voulait voir comment je m'en sortais. En plus en quelque sorte je servais de soupape de sécurité, de point de comparaison pour faire contraster l'autre CV. Mais contre mauvaise fortune bon coeur, je regrette seulement ne pas avoir eu les répliques suffisamment justes pour contrer leurs arguments. Je suis jeune mais j'ai pris beaucoup de responsabilités, sur un projet avec des contraintes fortes et avec des technologies très à la pointe. Quelque chose comme ça oui.

Vendredi soir alors, sur les coups de dix-sept heures, encore un apéro avant le week-end, cette fois pour fêter un départ en vacances. C'est un peu de saison. Mais comme Arnaud ne revient que début août, c'est aussi la dernière fois que nous aurons l'occasion de nous croiser, tout au moins dans le cadre du boulot. C'est un ingénieur commercial, la trentaine avancée, un peu façon vieille école, quelque chose qui sonnerait dans le genre macho rigolo, au second degré évidemment. Je ne sais pas trop pourquoi mais il m'a toujours considéré avec beaucoup de respect, il a toujours cautionné sans réserve les projets dans lesquels je me suis impliqué, bien que n'y ayant lui-même pas forcément pas d'intérêt – le comité d'entreprise, les consultations, les soirées, les ateliers. Dans le civil, il est arbitre de foot, cela lui donne une certaine aura et une certaine autorité, j'ai toujours pensé qu'il était franc et professionnel. Même si j'ai aussi entendu quelques remarques contradictoires, même si je l'ai vu aussi s'engueuler avec les filles – et vous savez tous ce que je pense des filles.

Et donc, alors que je le salue une dernière fois avant de partir en week-end, forcément ça me fait un peu bizarre. Il se renseigne à nouveau sur mes futures occupations, comme j'imagine qu'il connaît un peu le marché sur Nantes. Le but c'est aussi de découvrir de nouvelles expériences et d'autres environnements, me dit-il de façon un peu convenue. Alors il me souhaite bonne chance je pense sans trop d'arrière-pensées. Et là je me dis, je quitte des gens qui me font entièrement confiance et qui me portent en estime, pour d'autres qui m'utilisent stratégiquement. Bon, peut-être que je noircis un peu le tableau. On sait ce qu'on perd, on ne sait pas ce qu'on gagne...

vendredi 01 juin 2007

Chez les marchands de viande

Jeudi soir. Me voilà parachuté à ma première réunion d'agence dans ma future entreprise qui, drôle de coïncidence, avait lieu quelques jours seulement après que j'ai signé mon contrat. Restaurant branchouille du côté de l'île Feydau, le cadre est très correct. Je retrouve sur le trottoir Philippe, mon futur directeur d'agence, à l'intérieur Marie, je ne sais pas si vous resituez, un commercial et un ingénieur système que j'avais eu l'occasion de croiser à mes premiers entretiens. Évidemment je ne connais personne, mais comme les gens ont l'air d'arriver petit à petit, cela fait suffisamment diversion pour que je parvienne à me planquer discrètement dans un coin. En attendant que ça se passe.

L'entrée du restaurant se remplit petit à petit, j'entame deux ou trois embryons de conversation avec les quelques malheureux qui croisent mon regard, mais ça reste assez distant. Heureusement, je ne suis pas le seul dans mon cas, il y a apparemment beaucoup de monde en clientèle qui donc ne passe que très peu de temps avec leurs collègues de leur entreprise. L'isolement nous rapproche, en quelque sorte. J'essaie de glaner quelques informations sur mon futur environnement de travail, ici c'est comme partout, ça va, ça va pas Les gens dans l'ensemble ont l'air assez résignés, certains font l'essuie glace entre Nantes et Rennes mais ils se satisfont de la situation.

Hasard des mouvements de foule, je me retrouve à discuter avec Amélie, en prestation dans une banque à côté de mon travail actuel et qui, justement, fait la navette. Au début on est un peu timides, se passe un bon quart d'heure d'observation, je ne sais pas trop comment briser la glace. C'est elle qui finalement se lance, une banalité sur l'apéro un peu fadasse qu'on nous a servi. Elle a l'air gentille, un peu moins convenue que les autres. Elle m'explique qu'elle fait un boulot qu'elle n'aime pas, qu'elle préfèrerait refaire du développement de logiciel, qu'elle essaie de faire bouger ses commerciaux mais que ça n'évolue pas. Entre ça et ses heures de route matin et soir, elle se dit qu'elle risque de ne pas faire de vieux os. Merci pour tes encouragements. On rigole. Je suis peut-être un cas particulier. Elle s'éclipse juste avant le dîner, elle a ses enfants à récupérer. Méfie-toi de Philippe quand même.

Avant de manger, le président nous fait un diaporama sur les résultats 2006. Même si leur chiffre d'affaire augmente, ils grognent parce que la marge de l'agence parisienne n'est pas aussi formidable que les autres. Ils devraient déjà être contents de dégager des bénéfices, je pourrais leur expliquer comment c'est chez nous.

Buffet. Je sympathise avec quelques chefs de projets, un canadien qui fait de la spécification, sympathique, cultivé, presque pas d'accent, et qui se plaint aussi de l'uniformisation de notre mode de vie par le bas, supermarchés et télévision en premiers. Il fait ses courses au marché, il grogne parce qu'on veut pasteuriser le lait qu'on met dans les fromages, bref il me plaît bien. Finalement ça se passe, je reste distant et réservé, forcément je choisis mes mots. J'ai entendu du bien et du moins bien, je me dis que c'est partout pareil et qu'on verra quand je commencerai vraiment à y travailler. Au pire, la période d'essai c'est à ça que ça sert.

En fin de soirée, un caricaturiste vient pour croquer les meilleures bouilles de l'audience. Tout le monde se prête plus ou moins au jeu avec bonne volonté. Et puis vient le tour de Marie. Je crois que j'arrive un peu mieux à la cerner. Elle est du genre à avoir du mal à te parler quand t'es en face d'elle, mais elle n'hésite pas à discuter avec toi par l'intermédiaire d'une troisième personne. Elle est du genre à rire à toutes les blagues sans pour autant assumer complètement. Elle a des traits assez marqués et qui prêtent bien le flanc à une caricature pas vraiment valorisante. Pendant que le dessinateur s'exécute, je lis sur son visage un rictus d'agacement, de l'inquiétude sur certains coups de crayons un peu trop accusateurs, du haut de sa chaise de bar elle n'a pas l'air vraiment à l'aise. Ses lignes sont exagérés, son cou allongé à l'extrême, elle trépigne, moi je jubile. Pour finir, le caricaturiste pose sa signature et lui montre son oeuvre. Elle sort un ricanement de façade et fait mine de bien s'amuser de cette bonne blague. Je pense que je vais me méfier.

dimanche 13 mai 2007

Suite des évènements

Je ne sais plus exactement où j'en étais. Je crois que lors du dernier épisode, je venais tout juste de poser ma démission, avec deux promesses d'embauche en poche et deux autres sur le feu. Dans la foulée j'ai dû envoyer paître tête d'ampoule, responsable d'agence de chez Alpouet, qui évidemment l'a un peu mal pris. C'est dommage, parce que j'avais votre oui de principe, j'espérais vous voir à notre soirée d'intégration de jeudi prochain, vous me mettez un peu dans l'embarras. Dans le genre tu m'as planté un couteau dans le dos, il essaie de me culpabiliser, il essaie de me mendier les contacts d'autres informaticiens à débaucher. Je jubile légèrement.

S'en sont suivis sept jours d'interminable indécision, vous me connaissez je suis capable de rester quinze minutes dans un rayon de supermarché, parce que je n'arrive pas à choisir entre les jus de fruits X et Y. Obitruc me faisait une offre financièrement alléchante mais un peu hasardeuse, Abling me suggérait un environnement de travail plus favorable mais avec moins de zéros sur le chèque. Pour finir, j'ai suivi mon portefeuille, un peu conforté dans ma décision par le mauvais retour que m'ont fait Yves et Jésus-Christ sur la seconde option. Un peu appâté, aussi, par la perspective de tout un mois d'août entièrement chômé, entre la fin de mon préavis de départ et ma date d'embauche, que j'ai réussi à négocier sans trop de difficulté.

Là je dois vous parler de ma future boîte. Mes deux patrons se connaissent, apparemment Nantes c'est petit. Le second qualifie le premier de sanguin et de têtu. Pour ce que j'en sais, c'est fort envisageable. A peu près trente secondes après le début de notre entretien, il se met à me tutoyer. Les locaux me rappellent ceux de mon tout premier stage, bidouilleur informatique pour un transporteur routier, qui me traitait avec la même proximité paternaliste. La même impression et la même crainte d'amateurisme se dégagent de ces murs préfabriqués, mais après tout, j'ai peu de chances de travailler là, ce sont uniquement des bureaux commerciaux. Il me fait son laïus sur leurs clients et leurs profits, ça me rassure vaguement. Il sort son tableur Excel qui permet d'évaluer les salaires de trois clics, avec un peu de bol ça tombe sur ce que je demande.

La chargée de recrutement, celle qui m'a conduit là en premier lieu, s'appelle Marie. Bon contact au téléphone, elle a une voix agréable, elle rigole à mes blagues, bon public. Elle me complimente sur mon site de photos, on discute de choses inintéressantes. La première fois qu'on se voit de visu, c'est en début d'après-midi, elle revient en retard de son déjeuner. Je ne dirais pas qu'elle est jolie, non, et pourtant dieu sait que je ne suis pas exigeant. Quand je lui récite mon cursus universitaire j'entends ma voix devenir monocorde et soporifique, je la devine presque en train de s'endormir. La fin de l'entretien se passe mieux, elle dégage un léger tremblement dans sa voix qui est censé mimer l'ironie mais qui en fait traduit une certaine nervosité, qui n'est pas sans me rappeler la géante.

J'ai un peu du mal à faire la part des choses mais après tout c'est dans ma nature. La semaine dernière je reçois une lettre de confirmation par courrier, je dois aller signer dans la semaine. Officiellement je ne sais absolument pas ce que je vais faire, et eux non plus vu que je n'arrive que dans trois mois. Advienne que pourra.

samedi 28 avril 2007

Reconnaissance

J'ai du mal à parler de façon naturelle. En fait j'ai du mal à dire sincèrement ce que je pense. C'est sans doute parce que je réfléchis trop. Mercredi matin, parce que j'en avais décidé ainsi, j'ai retenu Seb après une quelconque réunion technique pour lui annoncer la nouvelle. J'ai décidé de partir. Je lui dis que c'est le premier à qui j'en parle et c'est vrai, disons que c'est le premier de l'encadrement à qui j'en parle. Je lui donne deux ou trois raisons politiquement correctes mais qui sonnent déjà faux. Sur le moment je suis un peu surpris par sa réaction – ou plutôt par son manque de réaction. Je suis même un peu déçu. Il se contente d'acquiescer, de faire celui qui comprend, après tout c'est normal après trois ans que tu aies envie d'aller voir ailleurs. J'ai l'impression qu'il s'en fout. On se quitte, il va annoncer la nouvelle à David.

Quelques instants plus tard, il revient comme l'écolier qui aurait oublié de répondre au verso du sujet du contrôle, il me demande s'il y a un moyen de me retenir, même financièrement. Je hausse les épaules.

Je suis déçu mais soulagé, maintenant c'est officiel. Je finis par le déclarer tout haut à la cafétéria à l'heure du déjeuner. Il y a Virginie et Emilie, qui savent déjà, Charles qui fait à moitié son surpris, et quelques autres. Élodie, stagiaire, en couple. Je n'ai plus envie de m'expliquer, je l'ai fait déjà tellement de fois, et pourtant il faut que je recommence. A chaque fois je trouve de nouvelles raisons, parce que le manque d'organisation me lasse, parce que je n'ai plus envie. Mais surtout j'évite de parler des personnes avec qui je n'en peux plus de travailler. Toujours cette sorte de réserve.

Vers deux heures tout le monde est au courant. Une rumeur enfin se lève, qui semble s'inquiéter de mon départ. Je sais, ça peut sembler tellement égoïste comme réaction, mais après tout ce que j'ai donné à cette boîte sans que ça ait l'air d'importer ou si peu, le peu de reconnaissance que cette rumeur m'apporte m'apporte un peu de réconfort. Sur MSN les gens sont étonnés, on me pose des questions, on vient taper le bout de gras, on s'inquiète. Je ressens enfin un peu d'attention, dommage que j'aie dû partir pour cela.

Vers les seize heures, premier signe de mouvement de la direction, Céline demande à me voir. Elle me raconte comment mon intervention du matin a plombé leur déjeuner, Seb semblait complètement démoralisé. Il s'était donc retenu lors de notre entretien. Elle, a poussé un coup de gueule, mon départ devait être la goutte d'eau qui les ferait réagir. Je souris. J'essaie de lui expliquer, mais ça ne sort pas comme je voudrais. Je reste assez retenu malgré tout parce que j'ai peur de dire une bêtise. Je n'ai pas le courage de lui donner le fond de ma pensée parce que je ne veux pas faire du tort à mes collègues. Et pourtant, je devrais.

Puis c'est Pierre, le président, qui me convoque. L'entrevue est bizarre. Je perds complètement mes moyens, sans doute parce qu'il m'intimide. C'est idiot, je devrais pouvoir prendre les choses à bras le corps, pour qu'au moins ça serve à quelque chose, mais je n'y arrive pas. J'élude, je reste évasif, je dis que je ne m'inquiète pas pour la suite. Je ne sais pas donner des leçons. Vous me direz, après tout je pourrai être individualiste et les laisser s'arranger avec leurs problèmes, mais j'ai quand même des remords après coup. J'ai envie que ça bouge pour tous ceux que j'aime et qui vont rester, mais je suis bloqué dans une attitude lâche et convenue. Et voilà, maintenant, c'est fait.

Avant qu'on se quitte, il me dit que sa porte restera ouverte jusqu'au bout et même après, si je change d'avis. Alors peut-être que je lui rédigerai un mail, une fois que j'y aurai réfléchi. Peut-être je dirai tout le mal que je pense de Martin et de Thierry. On verra.

Je démissionne le 27 juillet.

dimanche 22 avril 2007

De mon week-end

L'annexe de l'école primaire du Vieux Chêne, dehors un grand soleil, dedans des dessins d'enfants et des électeurs consciencieusement appliqués. Aujourd'hui je me suis surpris. Je me suis surpris à vouloir claquer une petite fille, que sa mère n'arrivait pas à tenir et qui avait l'extrême impolitesse de se balader un peu partout autour de la salle, y compris au-delà des lignes de confidentialité. J'en aurais bien profité pour toucher aussi deux mots à la génitrice, irresponsablement laxiste et donc tout aussi coupable, mais après tout qui suis-je pour donner des leçons.

Je montre ma carte au président du bureau, qui bafouille mon nom de façon un peu trop prévisible avant de me faire signe d'avancer. Alors je me présente devant la machine. Oui, nous utilisons des machines, il y a une partie de moi qui se dit "économie de papier" et l'autre qui se dit "boîte noire anti démocratique". Et c'est perdu dans ces réflexions que machinalement je me lance et appuie sur 4. F. Bayrou. Oui je sais, aujourd'hui je me suis surpris. Plus tard dans la soirée, Robert Hue aura l'amabilité de rappeler à gauche ceux des électeurs qui se sont portés sur le vote centriste, parce qu'ils pensaient que Bayrou avait plus de chances que Ségolène Royal de l'emporter face au nabot. Merci Robert, que Dieu te garde, toi, tes restes d'électorat et ta Clémentine Autin.

Car c'était bien ça mon objectif. En 2002 il fallait battre Le Pen, cette année il faut battre Sarkozy. C'est pour ça que ça m'emmerde tant qu'il y ait des gens de droite dans mon entourage. S'ils avaient un peu de bon sens ils comprendraient... Ou alors c'est parce qu'ils adhèrent vraiment au projet sarkoziste : Oui je suis un enculé, et alors ?

Vendredi soir, je passe sur les coups de 18 heures dans les bureaux de Alplouf, deuxième entretien avec tête d'ampoule et son responsable commercial. Il a un sourire carnassier derrière sa chemise de cadre sup'. Sa voix est grave et presque bovine, il montre une volonté manifeste de faire peur physiquement. À eux deux ils essaient de me monter un plan qui pue l'arnaque à deux kilomètres. Oui notre entreprise est idéale et moi j'acquiesce parce que j'ai besoin de réponses positives. Je baratine même, je ne dois pas être crédible pour un sou, mais ils doivent être encore plus désespérés.

Avant de conclure ils sortent deux minutes et là je devine exactement ce qu'ils ont pu se dire, comme tête d'ampoule revient et me fait une offre. D'accord Paul fais-lui une proposition, présente-lui notre package en mettant les formes là où il faut, insiste sur les frais de déplacement comme si c'était quelque chose d'exceptionnel, mets l'accent sur le salaire sur 12,12 mois, surtout sur le 0,12 mois et... ah tiens il fait de la guitare, parle-lui de ta Gibson. Et sa proposition d'embauche est effectivement miraculeuse, il me promet un mois de vacances (sans solde) avant de commencer, il me promet mille euros de plus qu'ailleurs. En fait il se contente de passer un peu de polish sur des choses très communes. Pire, il a le malheur de sortir sa calculette et de refaire son addition devant mois ; mauvaise idée, il me démontre par a + b qu'il me propose exactement le même salaire que celui que j'ai actuellement.

Hypocrisie commerciale, Oui je suis un enculé, et alors ? Il essaie d'embrayer tant bien que mal. Vous savez, nous on a l'esprit ingénieur, chez nous un "oui" de principe vaut presque un accord signé, est-ce que vous me donnez votre "oui" de principe ? L'air de dire qu'on vaut tellement mieux que ces cons de smicards, il me graisse la patte avant de me forcer la main. D'ailleurs je vous invite à notre soirée d'intégration qui aura lieu jeudi soir, je dis à Sophie de vous mettre sur la liste.

Là je dois bien avouer que, pris dans son élan, il n'est pas possible que je ne lui aie pas dit non. Je m'en mordais hélas les lèvres à peine sorti. Heureusement, je n'ai encore rien signé. Mais après tout ce cirque et mûre réflexion, il faudra que je soie assez fort demain, quand il va me rappeler pour venir conclure le contrat, pour l'envoyer se faire foutre. Enfin, je suis injoignable à Paris toute la journée pour un conseil de surveillance, ça devrait le faire patienter.

lundi 09 avril 2007

Sans commentaire particulier

Sans commentaire particulier

mercredi 04 avril 2007

Projet de carrière

Je ne sais pas trop bien. Cela fait maintenant une semaine que j'enchaîne les rendez-vous, le soir je quitte le travail de plus en plus tôt, je pense que les gens commencent à se douter de quelque chose. Après tout je m'en fous. Mes entretiens se passent bien, les échanges sont plutôt fluides ; je me surprends encore à bafouiller mes arguments mais, l'un dans l'autre et vu le peu de préparation que je veux bien y consacrer, ce n'est guère étonnant. Ce qui me préoccupe plus, c'est de ne pas vraiment être convaincu par les gens que je vois. C'est étrange comme point de vue, je sais, mais le marché de l'informatique s'est une fois de plus retourné et désormais ce sont à nouveau les entreprises qui proposent et nous qui réfléchissons. C'est d'ailleurs aussi ce contexte qui me pousse à mettre le nez dehors. Ah les joies du grand capital !

Je sors de TrucMuche Systèmes, mon costume Mexx à 500 euros sur le dos et une drôle de question dans la tête. Est-ce que je suis vraiment prêt à travailler pour une entreprise qui fait ses choux gras grâce à l'industrie de l'armement ? Et puis, est-ce que je suis vraiment prêt à me la jouer le cadre sup' propre sur moi, qui roule en Z4 et qui passe ses week-ends avec des putes à La Baule ? Il faut dire que je me plais dans ce rôle. J'aime me balader dans cet accoutrement, l'air sérieux mais faussement détaché, classe mais pas guindé, j'adore jouer avec les codes, bousculer le costume-cravate ça me fait jouir . Mais quelque part ça n'est pas vraiment moi. Est-ce que je peux assumer ça 365 jours par an ?

Je revois la tête du directeur d'agence de Alchose, sa tête d'ampoule vissée sur son corps trop petit, de là haut s'échappe une voix étriquée qui me récite un argumentaire commercial bien trop poli pour être honnête. Non ici on ne travaille pas comme les autres sociétés de service. On prend soin de nos collaborateurs. Il me dessine un graphique, les compétences du salarié en fonction du temps. Le trait monte, deux barres horizontales symbolisent le manger et le responsable commercial. Ensemble nous formons un trépied qui fournit une basse stable à l'évolution de votre carrière. C'est un cercle vertueux. Il cherche win-win dans sa mémoire mais le mot ne semble pas venir. Il me fait presque de la peine. Je me demande la tête qu'il fait quand il rentre chez lui le soir, quand il dîne devant Confessions Intimes du reste de sardines froides que lui a laissé sa femme. Je me demande s'il a tracé un graphique, épanouissement personnel en fonction du salaire, quand il monte embrasser ses gosses qui sont couchés depuis deux heures, quand il allume le néon de la salle de bain et qu'il se voit dans la glace. Et de détester ce reflet, ce reflet qui s'est jeté tête baissée là où on lui a dit de jeter, sans réfléchir. Ce reflet qui sonne le regret de ses vingt ans. Et le corps froid de sa femme sous les draps qui sentent la vieille cigarette et les bouquins de Dan Brown.

J'en finis par douter, est-ce que je veux vraiment partir, surtout pour travailler avec ce genre de personnes ? Et je me mets à rêver. De créer ma propre boîte, après tout pourquoi pas. Mieux, d'arrêter l'informatique et d'ouvrir une crèche.

Mon idéal secret.

Bon j'ai encore du boulot.

mercredi 21 mars 2007

À saisir

Yoann m'avait prévenu. L'autre jour il a mis à jour ses coordonnées téléphoniques dans Monster, juste pour le principe. Comme sous l'effet d'un up subliminal, son curriculum vitae a dû remonter aux oreilles des grands pontes du recrutement sur Nantes. Ou alors c'est qu'ils ont des assistantes assidues payées uniquement à rafraîchir les dates de dernière modification dans la banque de candidatures. Résultat dès le lendemain il a reçu trois coups de fil pour des entretiens.

Ce qui m'a poussé à faire pareil ? L'ambiance qui se dégrade de plus en plus. Les départs se multiplient, à un rythme encore plus élevé. Pire que ça, on n'arrive même plus à garder les nouveaux, qui plient les gaules dès la fin de leur période d'essai. Vous avouerez que ça plombe un peu. La faute aussi à une organisation qui ne va pas vraiment en s'améliorant. Récemment nous avons perdu un gros client, qui a lui seul a financé la boîte pendant toute l'année dernière. Motif : manque de visibilité sur la stabilité du projet. Super. Alors pour rattraper le coup, on a décroché un contrat avec un client dix fois plus gros. Histoire de bien se finir. Une démarche qualité a bien été mise en place, mais pour l'instant ses seuls répercutions pour nous, simples mortels, c'est plus de boulot et plus de contrôles.

Ce qui m'a vraiment mis à bout ? Kévin barbote sur un projet qu'on lui a confié et dont j'ai écrit les spécifications. Parce qu'il est en retard, Sébastien nous convoque et lui demande de s'expliquer. Il dit, et c'est vrai, que c'est parce que les choses sont un peu plus complexes que prévues. Et là Sébastien se retourne vers moi et me demande : mais tu l'avais signalé ça dans tes specs ? Pris au dépourvu et n'ayant pas le document en tête, je réponds que je ne sais pas. Il m'engueule à moitié, typiquement c'est le genre de choses à anticiper, les points délicats, les zones à risque. Sauf que, c'est lui qui a chiffré ce projet complètement à la louche sans m'avoir consulté. Pire que ça. Après relecture je constate que je les avais bien notés les points problématiques, preuve qu'il n'avait pas même pas ouvert le fichier et qu'il a planifié tout ça avec les pieds. Franchement, constater qu'il ne faisait au final que me reprocher son propre manque d'organisation, ça m'a mis hors de moi.

Alors voilà. J'ai moi aussi copié-collé mon CV dans le formulaire Monster. En une journée j'ai reçu sept mails de demande de contact. Je vais essayer de planifier les rendez-vous pour la semaine prochaine.