dimanche 10 octobre 2010

Grains de sable

Je regarde ma main gauche avec incrédulité, j'ai littéralement manqué de la broyer en voulant extraire une poussette de sous une voiture, alors que celle-ci reculait — n'eut été un réflexe inespéré, je crois même que j'aurais pu y perdre quelques doigts. J'ai l'impression étrange d'avoir réussi à échapper à une catastrophe, tout en étant incapable de comprendre pourquoi, durant ces quelques secondes où tout aurait pu basculer, j'ai réussi à me sauver et comment un détail aussi infime tenant presque à la chance a pu déterminer une situation normale d'une situation de choc.

Une journée particulière. Des fois c'est juste une question de détails.

Quelque chose d'aussi banal qu'une simple fuite dans une baignoire, par exemple, qui fait dégénérer une situation probablement déjà tendue en engueulade, en panique, en larmes. Et je revis les difficiles soirées de mon enfance où je voyais mes parents s'entre-déchirer, sans doute pour les mêmes broutilles. Je revois ma soeur assise sur le siège passager de mon père pour l'empêcher de démarrer et de quitter la maison.

Je pensais qu'il avait changé, je le croyais apaisé par l'âge. Mais l'impression date peut-être depuis mon départ. Des fois je suis déstabilisé par le manque de patience dont il fait preuve envers sa nouvelle amie et ses beaux-enfants. Je me demande comment il peut en arriver à se plaindre alors que les difficultés de cette situation il les connaissait avant de s'engager. Je me dis qu'il ne mesure pas la chance qu'il a, qu'il refuse d'assumer ses choix, comme un enfant, que parfois les gens s'énervent contre les autres alors qu'ils ne devraient en avoir qu'après eux-mêmes.

La baignoire c'était la goutte d'eau, ce matin le vase a débordé. Quand il m'appelle pour annuler le déjeuner dominical d'une voix sèche et expéditive, je suis déjà sur mon vélo et n'entends pas sonner. Si j'avais décroché, j'aurais fait demi-tour et serais reparti. Encore un détail. J'arrive au contraire et le trouve prostré devant la maison, à l'intérieur Betty en larmes et complètement perdue.

Je n'ai pas les mots, je ne les aurai jamais. Je fais le va-et-vient entre les parties, je parle avec tout le monde, je m'occupe des enfants — peut-être ma présence n'aura servi à rien, peut-être que si. Des fois ça se joue à pas grand chose.

Ce soir je les quitte inquiet. Ma main heureusement est sauve, la baignoire est réparée. Mais si ce n'était que l'arbre qui cache la forêt ?

vendredi 24 septembre 2010

Sensible dégradation

Samedi en revanche, je lâche complètement prise. Et dimanche, c'est un Yvan assez hébété qui reçoit avec incrédulité le récit ubuesque de ses exploits de la veille. Pourtant, je commence au Live, avec Flo et Damien, apéro tranquille en terrasse. Je les connais mieux à présent; parfois j'ai eu des doutes sur d'éventuelles arrières-pensées qu'ils auraient pu avoir à mon égard. Doutes entièrement dissipés désormais. Flo est dans son rôle pince-sans-rire hilarant, Damien dans celui du le mec passionné et touche à tout; ça sonne un peu « mes amis sont formidables » mais j'ai passé un bon début de soirée.

C'est après que c'est devenu n'importe quoi. Ils décollent pour une visite des journées du patrimoine, moi je rejoins Yves et Romain et, de retour au Live quelques pintes plus tard, je bascule en mode boulet intégral. En attendant mon tour au bar, je joue avec la patience de l'(adorable) serveuse, qui n'aura pourtant pas manqué de raisons de me dégager, merci à elle. Dans la salle je vanne gratuitement les trois quarts des (parfaits) inconnus que je croise, ça les fait bien rire du coup je me fais offrir plusieurs verres. A un moment il paraîtrait que j'aie même joué au piano. Vous m'en direz tant.

Mais c'est dehors qu'aura lieu l'apothéose. Course poursuite (à pied) derrière la mairie, saltos arrière dans des cartons, rencontres aléatoires, abordage (ou plutôt sabordage d'ailleurs) d'une pauvrette qui n'avait rien demandé à personne, ridicule poussé à l’extrême et une petite touche de grossièreté également; il semblerait que j'aie été relativement loin. Pourtant je n'avais pas bu autant que ça.

C'est peut-être le contre-coup de l'âge...

Le lendemain, l'air de rien, pique-nique avec l'association coréenne au Grand-Bottereau suivi de retrouvailles avec la (belle-)famille et la petite Suzanne. Il faut croire que j'ai quand même récupéré. Un peu déçu malgré tout de ne pas avoir réussi à m'intégrer plus que ça, surtout qu'il y avait du beau monde — mais je suis sûrement moins sociable, à jeun.

Malgré tout, je ne suis pas mécontent de mon après-midi. J'avais un problème insoluble d'emploi du temps pour réussir à voir tout ce petit monde en quelques heures. Et c'est quand j'en étais presque à choisir entre les uns et les autres que l'idée m'est venue d'inviter les seconds au pique-nique organisés par les premiers. Et ça s'est très bien passé. Il est de ces petites victoires sur le quotidien qui vous remotivent presque.

Le soir, ciné-concert à Scopitone. Là encore, plein de jolies jeunes filles. Des intellos branchouille avec un peu de style et de nonchalance. Mais attention, on ne touche qu'avec les yeux.

mercredi 04 août 2010

Friday night

Vendredi, soirée chez Alice et Ludo, dans leur charmante petite maison en bord de rivière, sur les hauteurs de Clisson. C'est amusant comme ils sont revenus dans ma vie, à la faveur d'une coïncidence improbable. Il y a maintenant quelque temps qu'Alice a changé de boulot et par hasard j'apprends que Ségo vient d'être embauchée dans la même agence. Bref, après le monde est petit et autres amabilités apparemment échangées entre elles à mon égard, nous voilà invités les uns chez les autres.

Alice m'impressionne toujours autant. Par son sens de l'humour, évidemment — mais surtout par cette sérénité implacable qui se dégage de tous ses faits et gestes. Elle parle avec une voix posée dont le rythme lent et assuré parvient à faire baisser d'un ton même les plus énervés, son attitude réfléchie et décidée met au diapason même les plus impatients. Et je trouve ça incroyablement fort. Dans ce monde où tout le monde cherche à vous imposer son avis, à celui qui hurlera le plus, son calme et sa force d'esprit non seulement s'expriment, mais en plus prennent le pas.

Quant à Ludo, je pense que c'est un incompris. Les gens prennent ses réponses parfois maladroites ou ses bons mots trop connotés pour un trop plein d'assurance, voire de la prétention. Mais quand on discute avec lui on comprend que ce n'est vraiment pas le cas. Il a du courage de faire ce qu'il a fait et en conséquence, il répond peut-être sèchement à certaines questions trop invasives. C'est un malgache, voilà tout — enfin un demi-malgache pour être précis.

Les autres invités sont des collègues à Alice, graphistes pour la plupart. Je nourrissais tout un tas d'idées sur ce milieu, idées sans doute préconçues ou trop généralisées à partir de cas particuliers qui se sont avérés non significatifs. Cela reste des gens comme les autres, ni plus ni moins, un peu dans leur bulle c'est vrai, certains sont sympa, mais pas (ou pas tous) aussi extraordinaires que je ne me l'imaginais. Nos conversations tournent souvent court et se terminent en concours de blagues plus ou moins heureuses.

Rapidement je me retrouve donc à discuter avec les mêmes. Ségo et moi nous absentons dans la cuisine, pendant une demi-heure, le temps de me raconter les derniers développements du côté de sa famille et, par effet de bord, du côté de son travail — choses qu'elle n'a pas forcément envie de déballer devant ses nouveaux collègues... Une histoire poignante, presque triste, une fois de plus. Surtout pour moi qui ai toujours eu du mal à m'imaginer les malheurs de mes amis. Par facilité intellectuelle, je croyais que leur vie s'arrêtait exactement aux simples moments que nous partagions ensemble, bien loin de m'imaginer qu'au delà se vivaient des drames. Distance qui m'empêchait évidemment toute compassion, voilà tout.

La soirée se termine. J'ai trop bu et ne fais pas trop de manières quand nos hôtes me proposent leur canapé. C'est vrai que nous ne nous sommes pas vus aussi souvent que ça IRL, je trouve malgré tout une sorte de connivence dans leur hospitalité. Je m'endors rapidement. Le lendemain je devrai filer sur Noirmoutier.

mardi 01 juin 2010

Lundi, alcool

C'est atrocement vrai et c'est vraiment atroce. Je suis l'archétype du garçon gentil, bien sous tous rapports, assis au fond du même canapé au fin fond de la même soirée ; qu'on croise joyeusement au hasard d'une blague mais dont on oublie le prénom aussi vite qu'on a visualisé les quelques anecdotes entamées par une conversation vaguement polie, mais rapidement ennuyeuse. Le pire c'est cette conscience de moi-même, lorsque maladroitement debout de l'autre côté de la pièce, peu à peu abandonné par les trop rares personnes qui se sont risquées à m'adresser la parole, je me retrouve sans autre occupation que de regarder le fond de mon verre et me resservir en chips. Alors je me déplace en suivant le mouvement, je tente un rapprochement vers un autre groupe. Je n'ai pas grand chose pour moi si ce ne sont les restes d'un humour stéréotypé qui masquent une aigreur difficilement contenue et ce rire nerveux qui hésite entre rappeler sa présence et ponctuer le malaise.

Je la revois, elle, essayant désespérément de me raccrocher à sa soirée par quelques phrases anodines. Je revois ses amies et leur gêne mêlée de politesse, quand il s'est agi de me tenir le crachoir quelques minutes. Histoire de donner le change. Putain, comme je me sens inadapté au monde. Je rencontre son nouveau mec et me dis, d'accord, bon, je n'avais vraiment aucune chance. J'essaie de m'intéresser à ses copines et m'emmêle les pinceaux, entre une curiosité un rien déplacée, des points communs à l'à-propos trop marqué pour paraître sincères (pourtant ils le sont) et les descriptions de mon quotidien qui au fond n'intéressent personne et dont j'ai parfois le tort de penser qu'ils peuvent suffire à alimenter une discussion.

Je bois, systématiquement, pour oublier le malaise. Je comprends aussi, que malgré les efforts je n'y arriverai jamais. Ou alors par chance. Mes amis sont patients avec moi et je leur en serai toujours infiniment reconnaissant. Le reste du monde lui m'ignore. Sans doute à raison.

dimanche 16 mai 2010

Dimanche à la campagne

Allez, essayons d'extraire un peu de positif de cette affaire — influencé que je suis en ce moment par ces articles de psychologie de comptoir, lus dans des magazines oubliés sur une quelconque table basse. J'ai dernièrement passé plusieurs jours chez mon père et à dire vrai, j'ai l'impression qu'ils ont défilé à toute vitesse, chose assez étonnante pour être remarquée. J'en ai profité pour avoir plus de temps avec ma petite soeur, qui continue de grandir inexorablement. Désormais elle retourne les sourires, elle reconnaît les visages et elle répond aux chatouillis : un semblant d'interaction. En revanche son sevrage s'avère plus compliqué que prévu donc nous avons régulièrement droit à quelques colères, haut perchés dans les décibels.

Par ailleurs, ma relation avec mon paternel s'est quelque peu apaisée, sans que je ne sache vraiment pourquoi. Peut-être le soulagement de le voir à nouveau vivre sa vie et construire quelque chose, indépendamment de nous. Apaisée, même s'il faut toujours excuser son habituelle maladresse, tant dans les mots parfois blessants qu'il choisit par moments pour exprimer ses sentiments, sans nuance ni diplomatie, que dans comportement — même si je reconnais, pour l'avoir également vécue, que sa position de beau-père n'est pas évidente. Entre l'envie de tisser des liens affectifs et complices avec les enfants et le besoin de leur opposer une autorité qui s'exprime sans aucune légitimité. C'est étrange, j'ai l'impression, sans doute absurde et prétentieuse, d'avoir plus d'expérience que lui sur le sujet.

Mais c'est vrai je suis pas mal aidé. J'adore les gosses et ils me le rendent bien souvent. Du coup c'est plutôt facile, presque naturel, de m'occuper d'eux. Peut-être un besoin inassouvi qui sublime toute interaction avec eux. Peut-être parce que moi-même j'en suis resté un, d'enfant. J'apprécie la simplicité de leurs relations. Pas besoin de grandes discussions, on échange les prénoms, on joue cinq minutes et ça y est, on est les meilleurs amis du monde. Et puis, je ne sais pas pourquoi, je semble particulièrement savoir retenir l'attention des petites filles et des pré-adolescentes. Lisez-moi au premier degré, je précise, afin de dissiper tout malentendu. Elles sont toujours adorables à mon égard. Cette simplicité, cette franchise, cette immédiateté des échanges enfantins, je l'idéalise presque. Car ce sont bien les seuls du reste à me rendre mes sourires et à se contenter de la seule attention que je leur porte.

Au contraire, le reste de la population féminine au dessus de quinze ans semble m'ignorer royalement, faire comme si je n'existais simplement pas. C'est à peine si elles répondent quand je leur adresse la parole, elles me snobent plutôt avec la plus banale des impolitesses. C'est vrai que je dois avoir l'air jeune, comme aucune trentenaire ne semblerait vouloir détourner son attention. Peut-être que je ne parais qu'un enfant à leur yeux, ceci expliquerait pas mal de choses.

C'est pas gagné pour fonder une famille...

samedi 08 mai 2010

J

C'est pas possible comme ce mec me sort par les trous de nez... Par moments, une partie de moi voudrait essayer de lui faire comprendre, qu'il cesse de me tourner autour en nous considérant comme bons copains, mais j'ai définitivement beaucoup de mal avec le concept de devoir vraiment rembarrer quelqu'un. Pourtant ce ne sont pas les occasions qui manquent. Des fois j'ai des répliques douces-amères qui fusent hors de tout contrôle, j'arrive cependant à les dédramatiser in extremis d'un rire nerveux ou d'une blague ; je ne peux pas réfréner ce besoin de détendre l'atmosphère, je n'arrive pas à me convaincre d'aller jusqu'au bout de mes pensées. En plus c'est souvent en milieu professionnel que ça me prend, à bien y réfléchir ce serait mal venu de perdre mes moyens dans ce genre de situation. Alors je me retiens ; frustré, je me lève parfois de ma chaise, juste pour sortir faire un tour... Son bureau est juste en face du mien.

Je me rappelle l'école et les salles de classe. Je me rends compte que je m'y plaisais, énormément, parce que le succès y était conditionné par un système simple et objectif : celui des facultés intellectuelles. De bonnes notes suffisaient à vous attribuer la reconnaissance de vos camarades et surtout celle des adultes, récompense ultime à cette époque où l'on cherche à s'affirmer face au monde — soutien également, quand en même temps on tâtonne pour trouver sa voie, de se sentir encouragé par cette logique binaire et bassement comptable.

Le monde réel fonctionne malheureusement tout autrement et la désillusion pour moi est grande. On peut être un gros ours mal léché, se déplacer avec deux de tension, avoir le QI d'une huître, tout en étant habité par la pire des mentalités, celle du pauvre immigré raciste qui crache dans la soupe et grogne au moindre désagrément contre ces cochons de français — et malgré tout aspirer aux mêmes avantages que les autres. Et s'en sortir, plutôt bien, dans tous les compartiments du jeu. Moi qui m'accrochais à cette bonne vieille morale catholique, celle du succès uniquement mérité par l'effort et le sacrifice, j'en suis également pour mon grade.

Je me raisonne. J'aimerais éviter les conclusions à l'emporte pièce et, par dessus, tout les jugements de valeur. Voilà pourquoi je me contiens, pourquoi je ne m'énerve pas. Après tout je ne le connais pas bien, il me tape sur les nerfs douze heures sur vingt-quatre, mais je ne sais rien des circonstances extérieures qui pourraient expliquer ceci ou cela.

Bon, je m'en fous de sa vie, en vérité. Ma seule raison, je veux juste éviter de bousiller mon karma.

dimanche 02 mai 2010

Amitiés

Je me suis déjà fait la remarque, c'est étrange comme avec eux on ne parle jamais de filles, de petites copines ou même de relation quelconque. On dirait qu'entre nous s'est établi une sorte de consensus, ce sujet, alors même qu'il attise la curiosité de tous mes autres amis, est ici à éviter avec soin. Je crois comprendre, du reste, que c'est parce qu'eux non plus n'ont pas forcément grand chose à raconter là-dessus. Nous sommes faits du même moule tous les trois, alors après tout pourquoi en discuter, si c'est pour n'en venir qu'aux mêmes conclusions ? Mes problèmes je les connais, je pense, idéalisation et focalisation excessive sur le moment de la rencontre, j'ai même vu des émissions sur le thème. Et si je n'en parle pas, si je me résous à ne pas consulter c'est justement parce que je crois savoir — même si dans ce cas la connaissance reste bien loin de vouloir amener la solution.

Évitant, donc, d'énoncer les évidences, on s'empiffre goulûment, jusqu'à nous rendre malades, de ce qui constituera le premier barbecue de l'année. Là aussi une sorte de rituel, toujours avoir les yeux plus gros que le ventre au moment de faire les courses, puis se plaindre après coup parce qu'on n'arrive pas à terminer. Alors que ça va faire je ne sais combien d'années que nous sacrifions à ces petites cérémonies. Inévitablement on finit par le même récit des autres fois, toutes les autres fois, d'autres soirées dans d'autres lieux, avec elles aussi leur lot d'excès. J'y retrouve le confort d'une discussion dont les codes connus à l'avance forment les repères pour éviter de se perdre sur des thématiques hasardeuses. Le monde qui nous entoure, les dérives de la nouvelle jeunesse, les femmes...

Je ne sais plus quel philosophe (Finkielkraut ?) énonçait que l'amitié, justement, c'était de pouvoir se laisser aller à énoncer des jugements extrêmes, non censurés, confortés par la certitude que quoi qu'on puisse dire, à quel point on puisse s'emporter, en fin de compte nous ne nous en tiendrions mutuellement pas rigueur. L'espace de la relation et la confiance en la fidélité de l'autre permettait de se mettre en danger sur des idées que, dans une société normale, on garderait autrement pour soi. Force est de constater que la description, bien que séduisante, ne colle pas toujours à l’expérience. Et pourtant la curiosité me pique, de savoir comment à trente ans ils gèrent leur célibat. La pression est-elle la même, s'ajoutant à celle d'une nouvelle décennie, qui n'est plus celle des rêves et des promesses, mais celle des responsabilités ?

Ce monde change mais nous sommes bien incapables à notre échelle d'en percevoir les évolutions, autrement que par des interrogations ponctuelles partagées simultanément par un nombre croissant d'individus. Ca non plus ce n'est pas de moi, c'est d'Annie Ernaux.

dimanche 25 avril 2010

Visions

J'ai l'impression d'avoir perdu ce don que j'avais, d'arriver à comprendre, pas toujours, souvent un peu, ce que les autres sous-entendent, à lire entre leurs lignes, à deviner ce qu'ils veulent sans oser le dire, et essayer de réagir en conséquence. Soit ça, soit j'ai tout bonnement décidé de m'en foutre. En tout cas, ces derniers temps je suis beaucoup moins prévenant — ça doit du reste jouer sur mon karma, c'est juste que je ne suis vraiment pas d'humeur.

Ce matin je reçois un texto, avec en filigrane une invitation pour aller déjeuner à la campagne, avec la belle-famille. J'ai réfléchi et ai décidé, de façon plutôt égoïste, de l'ignorer, de jouer l'ingénu. Non, en vérité je n'ai même pas répondu. Ce soir mon paternel m'appelle pour s'inquiéter (comprendre, pour m'engueuler), je ne suis pas venu une fois en trois semaines de présence sur Nantes. Désolé. Non, en vérité je ne me suis même pas excusé. Au lieu de cela, je me suis enfermé dans mes lubies habituelles. Un bouquin, du thé, des gâteaux. Et j'ai plutôt passé une bonne après-midi, en fin de compte.

Pas que je me sente coupable cependant, mais j'ai quand même l'impression de mal tourner. Je repense à G., à R., qui lorsqu'on les interroge sur ce qu'ils ont prévu du week-end, répondent en substance d'un laconique : rien. Une partie de moi les plaignait quelque part, de n'avoir aucune perspective pour ces deux jours. Le fait est qu'en ce moment je pourrais répondre exactement pareil. Je le fais d'ailleurs, mais uniquement à la seule à qui j'admets une partie de mes travers. Car socialement, c'est une position indéfendable. Pour les autres il vaut mieux inventer une sortie à la mer ou, au moins, un resto-ciné. Ça sonne moins pitoyable au déjeuner du lundi midi. En réalité, moi je suis presque content de reprendre le train (et le train-train) habituel des journées de travail, les bouquins, les sandwiches et l'informatique.

Période étrange. Je me demande ce que j'en retiendrai. Même les soirées prennent une tournure incongrue. La parenthèse Lo est en train de se refermer, quasiment aussi soudainement qu'elle s'était entrouverte. La blague Facebook qui nous avait mis en contact s'essouffle et avec son prochain départ, l'épilogue se rapproche. Moi qui pourtant pensais avoir compris ses intentions. C'est étrange de m'imaginer que dans six mois, ce sera comme si rien de tout cela ne s'était passé, comme si je n'étais jamais monté chez elle, n'avais discuté avec ses amis. Je revois le sourire complice de Sabine alors que nous finissons cette bouteille de Bordeaux blanc que j'ai quasiment bu tout seul, pour oublier. Autant de visages croisés dans l'intervalle d'un hasard capricieux, eux aussi emportés par la ) fermante.

A trente ans, je me détache peu à peu du monde. Pareil avec la bande, j'ai l'impression d'une nouvelle distance entre nous, que la récente et excellente nouvelle du changement de travail de S. a tout juste réussi à combler.

J'avais prévu que 2010 serait un mauvais cru, voilà qui là aussi confirme mon don de prémonition.

samedi 10 avril 2010

Recul

A dire vrai, j'avais presque choisi ma rationale, je la répétais d'ailleurs secrètement ces derniers temps, avec de plus en plus de conviction. Mais maintenant que la situation a l'air de se débloquer dans un sens plutôt que dans l'autre, j'ai quelques scrupules à mettre ma décision en pratique. Moi et ma tendance à me laisser influencer par ce qu'on appellera les signes du destin, les derniers développements me laissent dans l'expectative. Ce sont plutôt des détails, en réalité, peut-être cependant ferais-je bien d'y prêter attention.

Avant de lancer toute la machinerie, je me garde le temps du week-end pour réfléchir.

Enfin un grand week-end tranquille — ça faisait un moment, presque un mois, que je n'avais pas eu l'occasion de me retrouver un peu seul à la maison, entre le traditionnel stage en Normandie, une escapade à Paris et une Pâques familiale.

A cette occasion j'avais accueilli dans mon humble deux pièces une cousine, avec mari et enfants. Une expérience déplaisante, pas tellement sur le principe, j'adore les enfants, plutôt à cause de cette sorte de paresse intellectuelle qui a fait annoncer à mon hôte : prépare-toi, on vient t'envahir. Lire entre les lignes, je suis désolée, ça va être difficile à gérer. Je sais pertinemment que, mais je n'essaie pas de mieux m'organiser pour que ça se déroule bien, ce qu'exigerait un minimum de savoir vivre, je me contente de te prévenir des éventuelles conséquences.

Comme je ne supporte pas chez les gens ce fatalisme, cette résignation dans l'échec ! Surtout quand à la base ils sont le noeud du problème — comme dans ma dernière note, du reste. C'est vrai, on peut toujours se trouver toutes sortes d'excuses ; moi je suis désormais persuadé qu'on a toujours la main sur sa vie et sur les décision qu'on prend ou qu'on ne prend pas. Chacun fait son propre malheur.

On a tous la liberté et la possibilité d'améliorer sa propre situation. Encore faut-il déjà le vouloir. Moi j'ai un deux jours pour décider.

jeudi 08 avril 2010

Cholet - Nantes

Un trajet en voiture, un de plus. Pas si étonnant connaissant mes antécédents sur quatre roues motrices — citons par exemple l'habitude qu'avaient prise mes parents, lorsqu'enfant j'étais trop remuant, de me promener sur les routes environnantes pour m'endormir et faire passer mon caprice.

Encore un trajet en voiture, mais cette fois je me retiens bien de fermer les yeux. Au contraire, je la relance par quelques questions, histoire d'entretenir la conversation. C'est elle cependant qui en fait la plus grande part.

Peut-être quand on raconte son histoire c'est parce qu'on a envie de partager une partie de soi, qu'on désire que l'autre personne vous connaisse, mieux, qu'elle déduise qui vous êtes en apprenant d'où vous venez. Peut-être aussi que c'est une sorte de thérapie, choisir des mots pour mettre en forme les souvenirs qu'on a dans sa tête, c'est se forcer à cerner les contours restés flous de sa propre expérience.

Des histoires familiales que j'imaginais forcément complexes, mais peut-être pas aussi romanesques — des tensions, des lettres anonymes et une colère sourde qui semble lasse de vouloir s'exprimer ; de la distance, donc, forcément. Heureusement, car cela nous projette suffisamment loin de tout ça.

Je retiens aussi ces quelques mots sur mon père, qui confirment ce que j'avais pu cerner de sa personnalité ; et me laissent d'autant plus pantois, étonné par sa popularité, malgré sa maladresse et ses travers d'ours renfrogné.

Ça laisse songeur ; peut-être que tout n'est pas perdu...

jeudi 11 mars 2010

Compatir

Le temps passe et je trouve toujours étonnante cette quasi imperceptible distance entre l'image de leur vie que des amis peuvent bien vous renvoyer — et la sombre, dure, dévorante réalité d'un quotidien que, même assis dans cette cuisine familiale pourtant si familière, autour d'un dîner improvisé avec toute la bande, vous n'imaginez même exister.

Je sors deux ou trois pitreries aux adorables adolescentes attablées avec nous, sans arriver à discerner dans leurs rires un tremblement, une dissonance. J'écoute le père disserter sur la réforme des universités, sans percevoir dans sa voix nonchalante le manque de conviction d'une conversation convenue. Je vois la mère sortir régulièrement fumer au balcon avec S., sans comprendre le sac qu'elle lui vide, le tristesse dans son coeur.

Une histoire, encore une. Des parents qui tombent de haut. Un cadre de vie confortable, une éducation moderne et attentive et, malgré tout, le drame d'une famille bourgeoise qui a l'élégance de taire sa détresse et de faire contre mauvaise fortune, bonne figure.

Mes yeux sont-ils aveugles ? Moi qui me vante de savoir écouter, mon coeur n'est-il pas sourd ? Mes amis après coup je comprends votre distance et l'envie de m'ignorer ces détails, si lourds.

lundi 15 février 2010

Les petits riens

Les changements subtils ont pris la place des grandes révolutions, malgré la petite voix qui ne cesse de me rappeler qu'on est toujours maître de son destin — et unique responsable des grandes décisions qui seules peuvent changer une vie. Dans mon pèlerinage quotidien en terre angevine, cherchant fortune et gloire, j'ai été rejoint par deux autres collègues nantais — un d'eux, John, prend le train tous les jours avec moi. Changement subtil que cette nouvelle compagnie, la conversation me distrait désormais de cette routine presque installée, depuis trois mois. Avec le même parcours, on est à peu près d'accord sur bien des choses, sur la mission, sur notre boîte, sur notre métier en général ; ce n'est certes plus un réconfort, car je crois que seule une minorité d'informaticiens parvient à se satisfaire de son sort — la plupart pense reconversion à moyen terme et c'est toujours un soulagement de pouvoir se projeter à deux dans un avenir plus ou moins proche, d'imaginer des solutions pour faire évoluer sa carrière respective, de penser perspectives.

Les changements subtils ont pris la place des grandes révolutions, malgré la petite voix qui me rétorque que, trois kilos deux cent, c'est quand même un changement substantiel. Si j'ai déjà pris pas mal de bébés dans mes bras, l'émotion est malgré tout particulière — pas aussi intense que je n'aurais pu croire cependant. Cette envie qui parfois me prenait viscéralement a depuis faibli, remplacée par une béatitude simple et sincère, détachée de toute jalousie. Même lorsqu'elle serrait mon doigt de toutes ses forces.

Je me dis, peut-être tout serait plus simple si j'étais gay. Je me poserais moins de questions. Je ressentirais moins de pressions.

De la rue Lo m'interpelle, elle suspendue à la fenêtre de sa voiture, moi au balcon en train de fermer les volets. On dirait une mauvaise comédie italienne. Un malentendu sur le déroulement de la soirée, là voilà qui repart — et moi qui manque de l'aplomb nécessaire pour la retenir, j'essaierai après coup de me rattraper par textos interposés. Je me souviens avec résignation, comme je crois être capable de citer précisément à quel moment j'ai merdé dans chacune de mes relations.

Pas de révolutions non plus dans ce domaine, hélas !

J'ai seulement l'impression de savoir mieux choisir. Ou alors d'avoir plus de chance. Ou alors d'être plus patient et compréhensif. De petits riens.

Suzanne

Ca y est, je crois que je suis amoureux...

Suzanne

Quoi de plus normal, pour une native de la Saint-Valentin.

dimanche 31 janvier 2010

Un dîner pas si parfait

Je pense avoir atteint les limites du concept. Autant j'arrive à peu près à gérer quand il y a beaucoup de monde, merci l'apéro-dinatoire, solution de facilité certes, mais qui a fait ses preuves ; autant, dis-je, j'arrive à m'en sortir quand il s'agit de servir entrée-plat-dessert à quatre ou cinq personnes, à force d'organisation et de préparé-à-l'avance — j'ai désormais appris que combiner les deux approches tient du défi insurmontable. La faute à des non confirmés arrivés à la dernière minute et à un menu trop ambitieux — le plat surtout, éprouvé une seule fois. Panique en cuisine, pas assez de couverts pour tout le monde, cuisson mal assurée, et autres casseroles qui débordent ont fini de rendre ma prestation très décevante.

En dépit des commentaires rassurants des convives, les anciens du club photo, Christine et son ami, Julie et Philippe, chacun fidèle à soi-même, adorables et délurés, posés et réfléchis. En revanche pas du tout adeptes du dîner pris sur des coussins autour de la table basse. Peut-être un problème de mode, peut-être un souci de génération. Les plus débrouillards, assis sur le canapé, s'étiraient de toute leur longueur pour atteindre leurs verres ; je voyais consterné les autres se tortiller à la recherche d'un équilibre plus ou moins confortable.

Pour la décoration de l'appartement 7, pour la cuisine 4. Pour l'ambiance 2.

Une sorte de froid, un bruit de fond, causé par une embrouille latente entre les précédemment cités et le mari de l'arrivée de dernière minute — dont la présence n'était pas espérée. Comme ce ne sont pas des gens que je connais assez pour dédramatiser, je me suis réfugié dans la boisson. Erreur ultime, j'ai perdu le contrôle au lieu de recadrer quand il aurait fallu et tenir ma soirée, comme un bon hôte aurait dû savoir faire.

Au lieu de cela j'ai sorti le Uno et c'est parti dans une demi-engueulade, pas si second degré que cela.

Je suis déçu. C'est une première. Tout n'était pas de ma faute, mais j'ai bien loupé quelques points.

mardi 20 octobre 2009

Distributions

Me voilà de nouveau de l'autre côté du miroir comme j'assiste, amusé, au débriefing de fin de soirée dans la cuisine familiale de Carole et Olivier. Finalement, pas trop de dégâts après cette première fête organisée par leurs deux adolescentes : quelques pots cassés, quelques ennuis avec les voisins, rien de grave, expliquent ces dernières. Bien loin de nous permettre une quelconque remarque ou conseil, simples témoins, nous ne pouvons cependant pas étouffer quelques plaisanteries, apercevant pour la première fois l'autre point de vue, celui de nos propres parents dans la même situation, il y a de cela quelques années maintenant. Malgré tout je reste étonné par l'aplomb et la retenue dont font preuve nos hôtes, compte tenu du potentiel intrinsèque de pétage de plomb de la scène. C'est peut-être notre présence, je ne sais pas, c'est peut-être dans leur façon d'être, je ne les connais pas bien. Enfin, pas plus qu'ont pu le permettre ces quelques moments de diversion organisés pour la circonstance, passage éclair au Lieu Unique puis restaurant, histoire de laisser le terrain libre aux trente collégiennes déchaînées. Assez pour conclure néanmoins que sont des gens intelligents et agréables.

Vendredi soir c'était moi qui recevais la petite bande du Sri Lanka, pour un diner revival, après presque un an sans nous être revus. Au détour de la conversation, je crois deviner les raisons de leur petite baisse de forme. Là encore les rôles sont inversés, de perpétuel moulin à complaintes je deviens confident, la distance et l'auto-dérision s'effacent pour un instant et je découvre les petites et les grandes tragédies du quotidien — tellement obnubilé par mes propres misères, j'en parvenais presque à oublier que les autres aussi pouvaient souffrir et avoir besoin de changer d'air. J'espère que ce week-end à Nantes leur a permis de prendre un peu de recul.

Moi il m'a surtout permis, dans le lot, de nouvelles rencontres, parfois naturelles, parfois plus laborieuses. J'en attends malgré tout plus qu'un simple coup dans l'eau. Mais ces quelques sourires glanés au revoir devraient finir de me rassurer.

vendredi 18 septembre 2009

Week-ends

Si je vous parlais de ma famille, pour changer ? Demain je vous entretiendrai de la France, bouclant ainsi avec mon billet précédent un charmant triptyque aux accents des plus réjouissants. Je ne sais pas bien par où commencer, peut-être par ces râles suggestifs entendus par mégarde, un soir où je descendais les escaliers de la maison de campagne, pour aller soulager ma vessie, et que j'aurais préféré ne jamais avoir à imaginer. Peut-être par l'étrange malaise d'un déjeuner entre six yeux, ma soeur, mon père et moi, dans un mauvais restaurant perdu au beau milieu de nulle part, à côté d'un calvaire à la présence non moins improbable. Je suis incapable de mettre des mots sur cette situation que je ne suis, du reste, pas bien certain de cerner. Des fois c'est l'euphorie, tout le monde participe au jeu du prénom pour le petit beau-frère, rires et blagues potaches pleuvent à foison. Des fois c'est un silence gêné, à peine interrompu par les inévitables conversations météo. Je ne pense définitivement pas qu'on réussisse un jour à rentrer dans le moule de la famille recomposée. Comment ne pas se persuader en effet que nous ne consentons à jouer nos rôles respectifs que pour sauver les apparences ? A bien y réfléchir, les seuls mots qui me viennent sont bons sentiments, hypocrisie. C'est toujours mieux que de se tirer la tronche, vous me direz, avouez malgré tout qu'on peut imaginer meilleures perspectives.

vendredi 11 septembre 2009

999

Le quotidien révèle parfois quelques bonnes surprises, un patio aménagé dans une véranda entièrement en bois donne en fond de cour sur une forêt tropicale miniature et tout de suite on se croit au bout du monde. J'en avais parfois eu l'intuition, la découverte de ce restaurant rue de l'Emery me l'a confirmée ; derrière nos façades nantaises pourtant si familières, blanches, bourgeoises et cossues, se cachent parfois de petits havres paradisiaques empreints de cette douce saveur que seuls laissent les endroits trop rares qui arrivent à t'extraire du quotidien. De ce neuf septembre j'aimerais retenir cette image d'un de nos derniers déjeuners avec Jill, qui du reste a officiellement quitté la société ce jeudi soir. Drôle d'impression, comme derrière sa façade de nantaise pourtant si familière, sérieuse, citadine et sophistiquée, on devine la vraie Jill, un peu susceptible, mais tellement attachante. Ikéa, compacts discs et séries américaines, peut-être finalement qu'on aurait pu être potes dans une autre vie. Je la quitte définitivement sur un énième trait d'humour vaguement décalé, un merci pour l'apéro qu'elle nous offre, un merci sous-entendu pour tout tout le reste.

Plus tard, Ségo et Yo passent manger à la maison. Avec le match en arrière plan, ils nous racontent les détails de leur voyage en Thaïlande et les mésaventures que réserve, parfois, l'amitié mise à la dure épreuve du quotidien. Je compatis. Ils me font le plaisir simple de quelques cadeaux (en avance) pour mon anniversaire, je leur fais montre de mes dernières expériences culinaires. Cette grande tristesse que j'avais ressentie entre eux, il y a quelques semaines déjà, est apparemment passée désormais. Et si j'ai ma petite idée, je ne saurai probablement jamais de quoi il s'agit vraiment. On boit, on rigole, on évite (presque) les sujets qui fâchent, un jour il faudra que je leur explique où j'en suis vraiment.

Si tant est que je soie capable de me l'expliquer à moi-même, m'avoué-je, comme je parcours le Facebook d'Elise — avec pas mal de regrets. Vingt neuf ans. Peut-être devrais-je arrêter de rêvasser et me résigner au seul choix raisonnable que tous les signaux pourtant me dictent.

dimanche 30 août 2009

La pierre percée

Le regard perdu dans l'immensité bleue à peine perturbée par la trainée d'un avion que le vent dissipe lentement, comme il glisse léger entre les peupliers centenaires qui nous abritent, de ce bruissement de papier froissé qui me berce et presque m'endort, je vis un moment de bonheur fugace auquel je m'accroche tel un mort de faim. Coucou, rit la voix d'Héloïse, qui m'extirpe de mes songes. Avec sa mère elles reviennent des berges du fleuve, s'allonger avec moi au pied des arbres. J'aime leur présence. Comme c'est calme, quel beau soleil, petite escapade bucolique en bords de Loire.

Et tant pis si la réalité finit par reprendre le dessus, cela ne rend l'instant que plus particulier. La réalité, ce sont nos quotidiens, avec les mêmes questions et les mêmes dilemmes toujours irrésolus. La réalité, c'est tout ce qui nous unit et nous sépare et je devine également les côtés plus sombres de la personnalité de mon amie. La dure réalité, enfin, c'est aussi la fatigue du grand air qui agite notre petite invitée surprise. Je découvre la sévérité et l'ingratitude du rôle de parent et mon hésitation à prendre les devants, naturellement due à toute absence de légitimité.

Nous rentrons à Vertou, le temps de se rafraîchir les idées avant la soirée. Nous devons retrouver nos rendez-vous respectifs en ville, au festival de jazz. Je sacrifie, avec regrets, à ma sacrosainte règle du cloisonnement — comme je devine la totale absence d'intérêt commun que pourraient se trouver mon adorable mère célibataire et mes deux grands clowns à peine sortis de l'adolescence. Pourtant seules quelques années les séparent. Malgré tout deux groupes se forment et me voilà contraint dans un absurde numéro d'équilibriste à jongler entre l'incompréhension des uns et le moral lunatique de l'autre, qui trahit son impatience et ses intentions.

Rencontres organisées, rencontres fortuites, en cette fin d'été je suis plus perdu que jamais.

Dans la voiture, Betty me lit mon horoscope, je suis le signe du mois. On me conseille de faire le ménage dans mes relations personnelles, par crainte de perdre ceux qui comptent vraiment. Peut-être alors devrais-je arrêter de tergiverser et décider d'endosser pour de bon mon armure blanche. C'est en bas du marché que je tombe sur eux deux, ils emboîtent mon pas et m'invitent à déjeuner. Life updates respectives, neutres et polies. Ils doivent de toutes façons être tellement habitués à ce que je leur dise que tout va bien, jamais je pense je ne pourrai rentrer dans les détails de la vraie version de l'histoire.

Une fois de plus, par hasard, au bout de la nuit nantaise, je croise enfin François et regrette, si seulement tout était aussi simple qu'avec lui. Nous sommes du même moule, tous les deux, nous acceptons de laisser les choses vivre, avec sourire et abnégation. A chaque fois tu me rappelles qu'en fin de compte, il n'arrive que ce qui doit arriver, qu'à rien ne sert de tirer des plans sur la comète, que tout ce qu'on a on finit par le perdre tôt ou tard, que toute lutte est vaine.

A nouveau me voilà suspendu à mon ciel bleu et à la joie simple d'une après-midi d'été. Même évanescent, j'aimerais garder ce souvenir quoi qu'il advienne désormais.

vendredi 14 août 2009

Inattendu

Je ne me sens pas bien. Pour changer. Pourtant j'imagine que ça n'est probablement rien à côté de ce qu'elle peut ressentir, elle. Voilà qui me met encore plus mal à l'aise. Ca a été une semaine étrange à vrai dire, d'abord la lourde et implacable impression de voir, une fois de plus, le quotidien reprendre le dessus — puis quelques changements subtils, quelques notes d'espoir même. Et enfin... le trouble absolu que deux petits coups de fil auront suffi à jeter, un vendredi après-midi d'été.

C'est de ma soeur dont je parle. Je viens à l'instant de tenter de la joindre, sans succès. J'attends qu'elle rappelle. Je ne peux m'empêcher de penser à elle, à la façon terrible dont elle a dû prendre la nouvelle, malgré sa bonne humeur de ces derniers jours. Au départ on a eu à peu près la même réaction, j'imagine, étrange, contradictoire, indéfinissable. Elle, qui n'a jamais accepté cette histoire, qui prend tout de façon passionnée et radicale, je crois que ça l'a bien plus affectée.

J'entends encore mon père dans le combiné, avec cette maladresse qu'il aura toujours à s'exprimer dans des moments importants. C'est de ma famille dont je parle. J'entends mon père m'annoncer que sa nouvelle compagne et lui attendent un enfant. Il a ces légers tremblements dans la voix, ils trahissent un enthousiasme probablement sincère, ils contrastent surtout avec le silence de ma réaction stupéfaite. J'hésite à vrai dire, entre être content pour eux, pour leur projet, et l'indifférence absolue d'une situation qui ne me concerne désormais plus. Il refait sa vie et je ne sais pas si nous en faisons encore partie.

Il refait sa vie à cinquante sept ans. Ce n'est pas la première chose qui m'est venue à l'esprit mais à cet âge ça me fait quand même réfléchir. J'ai aussi du mal à m'imaginer avec un demi-frère — car ce sera un garçon, j'en suis persuadé. Quelles relations aurons nous, serons-nous proches, avec la différence d'âge, la différence de culture et malgré tout tant de choses en commun, des traits, du sang. Je veux me convaincre que le pauvre n'y est strictement pour rien et qu'il ne faut donc pas l'accabler du poids de nos différends d'adultes. J'essaierai donc d'être envers lui aussi fraternel que possible. Mais je crains que le reste ne se détériore encore d'avantage et ne rende ces bonnes intentions que plus compliquées à assouvir.

mercredi 12 août 2009

Sociologie

Platitude numéro quarante deux : c'est parfois au contact des autres qu'on se rend mieux compte à quel point on peut avoir changé. Au bout d'une semaine à vivre ensemble vingt heures sur vingt quatre, je finis par constater que lui et moi ne semblons plus attendre les mêmes choses de la vie. Et je me connais, je sais quel être détestable je peux devenir, à m'énerver tout seul, dans ce genre de situation. Habituellement ça commence par quelques détails insignifiants, des défauts, des tics, qui peu à peu deviennent de plus en plus gênants pour finir par me rendre la personne concernée parfaitement insupportable. Je ne peux alors plus subir la moindre remarque déplacée ou excuser la plus petite erreur. Mais cette colère reste intérieure, sourde, secrète, jamais je ne hausserai le ton pour des prétextes aussi futiles — fussent-ils symptômes d'un malaise plus profond. Je me contente alors de laisser filer et d'éluder discrètement toute nouvelle relation sociale avec l'individu en question.

Néanmoins le moment qui m'a le plus excédé, heureusement vers la fin du séjour, c'est cette engueulade à demi-mots que, lui, nous a fait subir — sous prétexte qu'on n'arrivait pas à choisir entre telle ou telle chose. Notre groupe a un mode de fonctionnement assez particulier, chacun évitant soigneusement d'avoir à prendre toute décision de quel ordre que ce fût — on finit généralement par s'en remettre au consensus mou. Je m'étais déjà fait la remarque et avais voulu prendre plus souvent l'initiative, quitte à passer pour le petit chef qui veut tout régenter. Au moins on avance. Attitude qu'il n'aurait en revanche, je pense, jamais pu se résoudre à adopter. Seulement je trouve ça facile de reprocher aux autres leur attentisme et leur inaction quand soi-même on se refuse à assumer quoi que ce soit. Je le revois encore s'exciter au volant de sa voiture, on fait ce que vous voulez mais faut se décider, maintenant, comme s'il n'avait absolument aucune part à prendre dans cette décision.

Cela et puis plein d'autres choses, on n'est plus sur la même longueur d'onde ; et c'est dommage parce qu'a contrario je pense m'être plus rapproché de l'autre personne avec qui j'étais parti. C'est aussi au contact des autres qu'on comprend ce qu'on est désormais prêt à exiger de soi.

Et au cours de la deuxième semaine, passée cette fois avec ma soeur, j'ai compris que j'étais enfin prêt à vivre avec quelqu'un. J'ai appris à abandonner un peu de mon égoïsme, à oublier mon obsession du rangement, à troquer ma manie de la propreté contre le confort que je n'imaginais pas aussi appréciable, de pouvoir parfois se reposer sur une épaule amie dans le quotidien.

Mais ne tirez pas de conclusions hâtives. Dans cette révélation l'âge a peut-être quelque chose à voir. Aussi.

vendredi 10 juillet 2009

M

Je me sens con. Pourtant, il faudra bien que j'arrive à me faire une raison. Des fois on discute ensemble, parfois même on rit ; moi je ne suis jamais spécialement à l'aise. Car si j'ai appris à me dépêtrer de ce genre de situations, après presque trente ans de tentatives (et d'échecs) ; si j'ai même réussi à les retourner de temps à autre à mon avantage, armé d'un humour guère subtil mais toujours efficace, avec elle je me résous à l'évidence, ça ne fonctionne pas. Elle me déstabilise et je perds tout semblant de naturel. Un mot, un regard et je me liquéfie. Le plus drôle c'est que c'est elle qui me charrie, pour les bêtises que je raconte, pour cette histoire d'émission de télé, et paradoxalement ça la met encore plus hors de portée. Adorable, amusante ; jamais on ne sera amis, jamais on ne fera partie du même monde. Déçu, je finis de m'en persuader dans le tram, lorsque je la vois monter à l'arrêt suivant le mien, me sourire et venir entretenir une conversation distante et superficielle. Elle doit avoir l'habitude, après tout c'est son métier. Je vois les gens défiler à son bureau, essayer d'avoir l'air sympathique et compatissant. Je ne sais pas ce qu'elle en pense, si pour elle cela fait partie du job, façon assistante sociale pour autistes, ou si sincèrement elle prend tout ça au premier degré. Dans mon cas en particulier, ça doit être le premier choix, comme je n'imagine pas une seconde qu'elle puisse sincèrement trouver de l'intérêt à ma personne. C'est dommage. C'est comme ça. Un jour elle sortira de ma vie, elle aussi, et je n'aurai que ces quelques mots pour me souvenir.

vendredi 24 avril 2009

Mumu et les peintres

Je ne sais pas trop si j'ai déjà eu l'occasion d'en parler, s'ils pouvaient le faire à ma place, mes amis qui me connaissent assez pour m'avoir subi ivre pourront sûrement témoigner — témoigner à charge, évidemment. Et si je conçois certainement n'être pas le seul imbécile au comportement insupportable dès qu'il a quelques verres en trop dans le nez, je me permets cependant d'en faire à nouveau l'étalage ici, parce que, merde, il faut bien que je donne l'impression d'avoir un semblant de personnalité. Non ?

Samedi dernier, dans le rôle du garçon de bonne famille qui se laisse un peu aller, invité que j'étais aux vingt-cinq ans de ma cousine réunionnaise, je fais honneur plus que de raison au punch maison et finis la tête la première dans la cuvette des toilettes, deux bonnes grosses giclées de vomi plus tard. Non sans avoir passé la moitié de la soirée à faire sans vergogne de l'oeil à Charlotte, la femme d'un autre. C'est fou comme l'alcool vous donne parfois des ailes. L'autre point de détail, c'est cette impression étrange d'avoir participé à ce qu'on se doit bien d'appeler une fête communautaire — réunion sciemment organisée entre gens de la même origine où, paradoxalement, les quelques blancs présents faisaient tâche dans le paysage. Je ne sais pas trop ce que je dois en penser, je ne sais pas si je dois d'ailleurs en penser grand chose. Ce qui me plaît c'est le mélange des genres et, c'est sûrement très bobo comme attitude, alors dans un sens comme dans l'autre les extrêmes m'intriguent.

Bon on s'en fout. En plus j'ai déjà évoqué le sujet.

Pour finir sur autre chose, je dois vous parler de ce site et de ma désormais irrépressible envie d'avoir une reproduction grandeur nature de Klimt ou de Van Gogh trônant dans mon salon. Je parcours les galeries et je trouve tout magnifique. Des fois je regrette que, perdu dans ses substitutifs marketés et préformatés, le peuple du monde semble avoir perdu tout goût pour les subtils arômes des chefs d'oeuvres des époques passées, pour ne plus se contenter que des parfums faciles et de la jouissance immédiate des bonbons ce début de siècle. Après, ça n'est peut-être qu'une impression, et pourtant ce n'est pas force d'avoir essayé de nous l'enfoncer dans le cerveau à l'école.

Ce qui me plaît c'est le mélange des genres. Je rêve à une sublime édition reliée des sombres Fleurs du mal, à un grand poster de la surranée Jeune Fille à la Perle. Lire, écouter, regarder et sans préjugé être curieux de tout : du moderne, de l'ancien, d'ici, d'ailleurs — car à défaut d'avoir une fin en soi, l'histoire des hommes a au moins quelque chose de beau à offrir.

C'est beau ce que je raconte.

mercredi 01 avril 2009

Samedi

Christine me donne régulièrement des coups dans la jambe, avec son pied ; et quand son amie Cécile vient s'asseoir à côté de nous, elle se colle encore plus à moi, comme si nous étions vraiment proches. Je n'avais pourtant pas l'impression que ce fusse le cas. Surtout qu'elle vient se s'installer chez son probable futur mari. Allez comprendre. Je l'ai croisée par hasard en ville, elle allait à l'exposition à la Manufacture. Je l'ai suivie sur un coup de tête, chamboulant mon programme reglé à la minute, assez rare pour être remarqué. Mais elle est vivante et drôle, finalement ce fut une belle après-midi. Je ne sais pas comment je me débrouille pour me retrouver dans des situations pareilles, ça arrive malgré tout assez souvent, quelque part ça n'est pas non plus pour me déplaire. Juste à côté de chez moi, il y a un salon de thé, un café pour petites princesses, la bourgeoisie provinciale. Un endroit de filles, comme dit Christine — ces filles qu'on croise dans la rue, avec leur style à la parisienne, grandes écharpes, leggings, ballerines. On est assis par terre, les uns entre les autres, ambiance je prends le goûter avec les copines, des petits gâteaux artisanaux, de la pâte à tartiner, du Marabout Cuisine. C'est décoré comme un petit appartement, passez boire un chocolat chaud à la maison, du jonc de mer, des coussins sur le sol, de petites tables basses. A force les discussions se croisent, avec la serveuse et les nanas d'en face, tu as mis quoi dans ce mi-cuit, c'est moche ces tableaux, il est sympa ton nouveau copain. Je sais, je n'ai rien à faire là, mais c'est un peu comme d'être dans les vestiaires féminins à la piscine. Et tout le monde me sourit, normal je suis le seul mec dans la pièce, j'aurais voulu faire mon outing ça n'aurait pas fait dénoté dans le paysage. Virée dans un autre milieu social enfin, auquel il est vrai je concède parfois quelques signes d'appartenance, que j'apprécie et que je fustige tout à la fois ; pour ses semblants de savoir vivre et ses restes de bonne éduction — contre son côté élitiste et un peu coincé. Et je ne vois que la partie émergée de l'iceberg.

lundi 02 février 2009

Saturday Night Fever

Ah les plans de la fille, je vous jure. Des fois il vaut peut-être mieux en rire. Mais je ne lui en veux pas — ça m'a permis de passer une assez bonne soirée. Vendredi elle me Facebook un plan bizarre, quelque chose du genre sortie entre célibataires, présence masculine appréciée. Connaissant ma faible capacité de résistance, dès qu'il y a le mot alcool dans une phrase, j'ai signé sans réfléchir. Rendez-vous est donc pris au Dock Yard, juste à côté du Ferrailleur, pour onze heures et des brouettes. Déjà, vu le timing j'aurais dû me méfier, ça sentait la discothèque à plein nez. En plus, en lieu et place de célibataires, je me retrouve en face de Christelle avec un K — la femme d'Arnaud, merci de suivre — Gaëlle, la femme de Richard, Sandrina du mari de laquelle j'ai oublié le prénom et quelques autres dont la mention ne mérite sans doute même pas que je m'évertue à essayer de retrouver leurs pseudonymes. Bref. Respectivement, nominés pour le rôle du meilleur espoir masculin, nous avions François, une longue histoire, un improbable Jésus-Christ, égal à lui-même, impossible qu'il nous déçoive un jour, et votre humble serviteur. Qui faisait donc contre mauvaise fortune bon coeur, au moins ai-je pu en profiter pour écouter François me raconter ses voyages — pour revoir aussi les amies de la fille, m'étonner toujours de cette relation presque fusionnelle entre elles, dont évidemment je resterai à jamais jaloux. Sans oublier le fait que je soie secrètement amoureux d'une d'elles, mais ce ne sont pas des choses à avouer à une mère de famille. La boîte, donc, car ce qui devait arriver arriva, non sans moulte palabres et autres négociations — deux heures et seize euros plus tard nous voilà au Royale, façon revival du Jacky Show, en train de nous déhancher gentiment sur la surprenante et intarissable compilation de ce que les années quatre-vingt ont produit de meilleur — et Dieu sait que cette décennie a été florissante. On se marre, pas mal, on discute, mais pas beaucoup. Des fois je m'éloigne volontairement, façon vieux loup solitaire, mais la meute se rappelle souvent bruyamment à mon souvenir et les filles hurlent à ce que je les rejoigne. La nuit avance, sur la piste Anna semble essayer d'établir un contact, des gestes, des mimiques, c'est amusant. S'il m'avait resté un peu de présence d'esprit j'aurais essayé quelque chose ; c'était facile, sans même le faux semblant d'avoir à entretenir la conversation. Mais il a suffi d'un ou deux levers de bras pour que mon état de déliquescence se rappelle de façon aussi vive que soudaine à mon odorat. Et puis de toutes façons, je ne tente jamais rien le premier soir, c'est ma nouvelle règle. A la sortie, je sors mes rituelles et lourdingues petites blagues à la vestiaire et au videur. Pour conclure plutôt plaisant donc, un brin longuet sur la fin et dans l'ensemble assez loin du résultat escompté. Mais ce n'est pas comme si c'était une cause désespérée, n'est-ce pas ?

vendredi 26 décembre 2008

Décembre

Samedi soir, je me suis tapé cinq minutes de honte, cinq bonnes minutes de bonne vieille honte, celle qui te bloque, t'empêche absolument d'enchaîner, parce que tu es complètement consterné par ta propre bêtise. Mais pour ma défense j'objecterai que, par divres concours de circonstances, ces derniers temps je croise de plus en plus d'anciennes connaissances du lycée, voir même d'avant, et que l'un dans l'autre ce n'est pas toujours évident de s'y retrouver. Lutter pour remettre un nom sur un visage, passe encore, c'est pitoyable mais au bout d'un certain temps ça finit par revenir — alors que, croyez-moi, rouler des yeux pour remettre carrément une histoire sur un nom, malgré la personne en face qui, elle, se souvient parfaitement de tout, c'est nettement plus embarassant...

C'était à la crémaillère de Mathieu — d'ailleurs voilà autre chose qui me désole. Bien que déménagés seulement quelques jours avant moi, ils sont nettement plus avancés dans le déballage et l'installation de leur appartement. Du coup j'ai vraiment le sentiment de me traîner comme une larve. Heureusement, j'ai pu profiter de l'occasion pour discuter avec Martin de chauffage et de radiateurs — et tant pis pour le gros cliché du trentenaire qui parle gamins et bricolage. J'assume. Donc, comme moi ils sont aussi allés chez Casto et ont acheté exactement la même combinaison d'appareils. A l'entendre parler, son expérience me rassure, ce qu'il m'explique a l'air simple et largement à ma portée. En revanche pour le reste, je vais devoir faire faire et ça, ça risque de prendre nettement plus de temps. Pourtant j'avais supplié le Père Noël, cette année je veux mon nouveau parquet et ma nouvelle cuisine. Et bien non, faut coire que je n'ai pas été assez sage. A la place j'ai eu un Vaporetto et une yaourtière. Mais j'en avais aussi cruellement besoin, donc finalement je ne lui en veux pas trop.

On est partis réveillonner pas loin de Vannes, du côté de la belle-famille. Ca s'est assez bien passé, même si ce n'était pas forcément évident, même si par conséquent j'ai un peu fait mon autiste. Comme d'habitude, vous me direz, mais pas seulement. C'est étrange, parce que la vie de famille c'est une chose dont quelque part je regretais vraiment l'absence et, maintenant qu'elle est là, que, dans une certaine mesure, elle semble vouloir s'installer, je deviens hésitant et gauche, comme un gamin à qui on vient d'offrir une glace et qui, surpris, ne sait pas trop comment s'en dépatouiller. L'exemple typique c'est Chacha, la fille de, une gamine adorable avec qui j'aimerais sympathiser, mais je ne vois pas du tout comment m'y prendre. En fait le problème est bien plus général. J'ai envie de plein de choses — pas des choses matérielles, vous l'aurez compris — mais je ne sais pas comment faire. Et quand bien même, comme par hasard elles me tombent toutes cuites dans le bec, je suis encore plus déboussolé, comme un cheveu sur la soupe, je n'arrive pas à faire ce que j'aie pu m'imaginer qu'il eut fallu que je fasse. Ce n'est pas évident à expliquer, c'est comme une sorte de blocage, de culpabilité aussi. Une fois que je tiens ce que je veux, je ne sais pas quoi en faire. Ca sonne très tradition catholique comme comportement. Peut-être qu'inconsciemment j'accorde plus d'importance à l'obtention qu'à l'obtenu. L'image du gamin et de la glace résume donc bien la situation, l'attente dans la file du marchand a plus d'impact que le moment où il me tend le cornet.

Avec les filles, c'est pareil. D'ailleurs, ne vous méprenez pas, quand je dis belle-famille, je parle de la famille de l'amie de mon père, pas que j'aie quoi que ce soit à vous annoncer me concernant. Ségo et Yo continuent à essayer de me caser, enfin je ne suis pas complètement certain que ce soit le cas, mais c'est quand même une forte présomption. Et c'est mignon, c'est super gentil, c'est le genre de chose que j'apprécie que mes amis fassent. Or disais-je, avec les filles c'est exactement la même chose. Ils me présentent des personnes sympathiques, intéressantes, avec quelque chose dans la tête — moi je me retrouve debout en plein soleil avec ma boule chocolat, qui fond, qui dégouline de son cornet. Tellement je ne sais pas par où commencer. Au bout d'un certain temps, je me liquéfie tellement au fond de mon canapé, je n'arrive même plus à saisir les bonnes grosses perches qu'on me tend. Mardi encore, c'était ça, pourtant c'est pas faute d'avoir essayé, la pauvre n'a rien dû comprendre non plus... J'ai l'impression que je me complais dans cette sorte d'instant étrange où rien n'existe encore mais que tout reste possible. Comme quand tu croises un regard à l'autre bout d'une pièce et que tu crois y lire. Mais une fois que les choses arrivent, tu ne sais plus quoi faire d'autre. Je crois que j'ai vraiment un problème, je devrais peut-être consulter.

mardi 23 décembre 2008

Hasards

Je dis ça, c'est un peu pour le simple plaisir de râler, mais c'est quand même une tentation horrible que d'avoir toutes ces boulangeries, toutes ces épiceries à moins de cinq minutes à pied, ça donne autant de mauvaises excuses pour se laisser aller. Mais je ne vais pas me plaindre, j'ai justement choisi ce quartier pour tout avoir à portée de main. Après tout, je n'ai que ce que je mérite. Par ailleurs, mise à part la sensible dégradation de mon régime alimentaire, l'autre conséquence que je n'avais pas forcément prévue, surtout en cette période, à cause du monde et du passage en centre-ville, c'est l'augmentation radicale des probabilités de croiser des visages familiers. Et c'est marrant parce que je parlais justement d'eux deux, j'ai revu rapidement Julie et Philippe, l'autre soir. Je rentrais de mes achats de Noël — un vrai calvaire, comme d'habitude — quand je l'ai entendue m'interpeller depuis la terrasse d'un café. Un peu supris au départ, on finit par se reprocher mutuellement et en rigolant d'aller moins souvent au club photo. C'est vrai que j'ai dû y mettre le nez deux fois cette année, dont une en coup de vent, pour une expo. Mais on te rassure, nous, c'est pas forcément mieux. Il me demandent comment vont mes amours, me racontent pour Christine, qui va peut-être se marier, l'air de vouloir en dire plus mais, oups, faut peut-être pas qu'on en parle... Et comme j'hésite à prendre le temps de m'asseoir, j'ai encore beaucoup de choses à faire, le temps de décider ils éludent en prétextant un timing serré. C'est un peu bizarre du coup, cette impression qu'on coupe court pour éviter les indiscrétions. Mais je n'ai pas envie de donner dans la parano, alors je me convaincs que ce ne sont que des idées. Je dois dire qu'après le fiasco de la dernière fois, dont je ne suis du reste qu'une victime collatérale, à mon grand regret je n'ai plus eu l'occasion de les croiser. Pourtant c'est pas faute d'avoir essayé, à tel point que je me suis demandé si c'était intentionnel de leur part. J'imagine qu'elle m'en veut encore et qu'elle leur a raconté toute cette drôle d'histoire dont elle me rendrait responsable. Ce qui est à moitié vrai d'ailleurs. J'espère donc que ce ne sont que des suppositions, moi je regrette surtout de les avoir tous un peu perdus de vue, y compris Caro, y compris Elise. Mais j'imagine que c'est le destin, après tout je n'ai que ce que je mérite.

mercredi 17 décembre 2008

Par défaut

Je ne le sais pas trop, ce qui ne va pas chez moi. Mademoiselle L. m'envoie un énième texto pour qu'on se voie, mais je refuse de prendre l'initiative et botte nonchalemment en touche. J'ai dû passer à côté d'un truc, je ne sais pas bien quoi. Ce soir je croise par hasard Lucie et David en ville, je m'étais douté qu'il se passait quelque chose entre ces deux là, pourtant ça me fait bizarre d'en avoir la confirmation. Qu'est-ce que je n'ai pas compris ? Un peu comme lorsque j'ai appris pour Julie et Philippe. Je me souviens, j'étais là ce fameux soir où ils se sont mis ensemble, ça s'est presque passé sous mes yeux et pourtant je n'ai rien vu de spécial. Quelques mois plus tard ils emménageaient. Et je sais que tous mes amis se posent la même question, certains me l'ont même avoué, comme eux je cherche toujours la réponse. Qu'est-ce qui cloche chez moi, pourquoi je n'arrive pas à me lancer dans quelque chose de stable ? Plus je vieillis, plus on s'installe autour de moi et moins cela semble normal. Même mon père, à plus de cinquante ans, semble être reparti pour construire une nouvelle histoire. Et encore, si seulement j'avais un secret dérangeant et inavouable, quelque chose d'un peu original pour excuser la situation. Mais non, rien. Alors defaut de comprendre, je devrais peut-être prétexter une explication à la noix.

lundi 01 décembre 2008

De la relativité

On va l'appeler par son prénom, donc, vu que je ne sais toujours pas comment la désigner autrement. Ce soir, donc, Betty et mon père sont venus prendre l'apéro à l'appartement. Je dois avouer que ça s'est plutôt bien passé et ça m'embête d'autant plus qu'en réalité, elle est gentille cette fille. En plus elle n'a pas trop mauvais goût, artistiquement parlant je veux dire, que ce soit en musique ou en bouquins. C'est étrange d'ailleurs, elle est de la génération intermédiaire entre moi et mon père et, vu que moi même je suis plutôt vieux jeu dans ma tête, quelque part nos préférences se recoupent franchement. Je suis donc un peu mal placé pour lui faire le procès d'intention que je suis censé lui devoir, après tout dans cette situation la pauvre n'y est pour rien. D'un autre côté, cette présence modifie également ma relation avec mon père, plutôt en bien d'ailleurs, comme je suis tout de suite différent, moins agressif, quand une tierce personne est là pour tempérer mon agressivité. Malgré tout, intellectuellement une sorte de blocage se fait ressentir, même si une fois de plus, je n'ai rien à lui reprocher. A bien y repenser, j'en suis conscient, c'est clairement plus une question de principe qu'autre chose. Malgré tout, je ne sais pas si j'arriverai à dépasser ça un jour.

mercredi 12 novembre 2008

Non événement (suite)

J'ai feint une sorte de détachement qui s'est en fait plutôt revélé être de la gène, l'inconfort de ne pas bien savoir s'il faut prendre les choses au pied levé, faire contre mauvaise fortune bon coeur, ou laisser s'exprimer pleinement mon malaise, face à cette situation qui, effectivement, me dérange. Et je me surprends moi-même, car la première fois qu'il nous a annoncé la nouvelle c'est ma soeur qui s'était emportée et moi qui avais essayé de tempérer ma réaction ; paradoxalement cette fois Sarah semblait avenante et volontaire, moi j'étais renfrogné, circonspect. Je resitue le cadre, lundi soir elle nous a donc invités à dîner chez elle, elle, enfin je ne sais même pas quel terme utiliser, disons la nouvelle compagne de mon père. Il y avait également une partie de sa famille, patchwork générationel symptômatique des recompositions qui, semble-t-il, sont désormais devenues la norme : sa grand-mère, sa mère et son conjoint, ses deux demi-soeurs et ses deux enfants. Honnêtement, oui, j'étais mal à l'aise, pour des dizaines de raisons. Par exemple à cause de la pression, pas une pression franche, plutôt insidieuse, celle de mon père, condamnés que nous étions à nous entendre avec tous ces gens que sa relation nous imposait et qu'il nous demandait d'accepter comme un fait accompli. Par exemple à cause de l'immédiate proximité vers laquelle leur comportement et leur état d'esprit les menait naturellement, alors que moi quelque part ça me dérange de faire comme si, au bout d'à peine quelques heures, je les connaissais depuis des années. Par exemple à cause de la retenue à laquelle je m'astreignais, sans doute parce qu'au fond de moi je n'avais pas encore bien décidé de l'attitude à adopter, j'évitais donc de me lâcher, malgré l'alcool et l'animation j'évitais de faire autant le pitre que d'habitude. Je ne sais pas. J'ai toujours voulu croire que j'avais l'esprit ouvert et que j'étais prêt à tout accepter, de prime abord, sans arrière-pensées. La réalité est, elle, bien loin de ce tableau idyllique. Je n'ai aucune ouverture d'esprit, j'éprouve des blocages viscéraux et inexplicables et il y a des choses qui, sans aucune raison, vont me demander un certain temps à accepter.

lundi 10 novembre 2008

Retours

En cette période de prix littéraires, je sais qu'il va bientôt falloir que je me remette à écrire, je veux dire à écrire sérieusement. Je constate le temps que cela me prend, ne serait-ce que pour rédiger ces quelques babioles de la lecture desquelles, j'espère que vous n'étiez pas sans l'ignorer, je vous fais d'ailleurs grâce — et vous pouvez par là même me remercier, tant je constate désormais leur trop récurrente médiocrité. J'imagine alors l'ampleur de la tâche qu'à nouveau je m'assigne, comme je ne puis certainement plus me contenter de la façon automatique que j'avais, à l'époque où je faisais cela régulièrement, de produire des pages et des pages pour le simple plaisir de ma pensée. Non, pour espérer en tirer quelque chose, il va falloir construire, fabriquer des personnages, imaginer une intrigue, y glisser foultitude de petits détails qui paraît-il donnent de l'épaisseur et même, aller jusqu'à imaginer ces fragments qu'on ne rédigera certainement jamais, dans le seul but de donner aux situations le relief nécessaire. Et mon tout récent pointillisme va sans doute déteindre de plus belle.

Oui mais voilà, j'ai promis. Comme il me tend ce qu'il décrit être un pamphlet sur notre société contemporaine, une amusante prose baignée de Marx et de Nietzsche, au ton mal maîtrisé car trop adolescent ; comme il me demande également ce que j'ai produit ces dernières années, je réponds à Samuel que, d'ici la fin décembre, j'aurai quelque chose à lui montrer. Il va donc falloir fouiller mes archives, partir à la recherche de mes meilleurs mots et réussir à broder une histoire autour. J'ai également quelques idées amusantes qu'il faut absolument que je replace. Espérons alors que ça ne se transforme pas trop vite en corvée.

J'avais prévu de sortir manger avec eux mardi soir mais, suite à une mauvaise communication, ça s'est terminé en dîner improvisé à la maison — petit pincement a posteriori, sans doute la dernière fois que je recevais dans cet appartement. Pour honorer mon engagement, je quitte donc le boulot à six heures moins le quart, courses en quatrième vitesse au Monoprix, à peine de quoi préparer l'apéritif avant leur arrivée ; un de mes vieux voisins, croisé sur le parking, me fera remarquer en riant, Et bien vous ne perdez pas de temps, jeune homme, la bicyclette, le scooter, les emplettes... Il a raison, je n'aime pas perdre mon temps. Je n'aime pas non plus accueillir des invités dans de mauvaises conditions, pour moi c'est la dernière des horreurs, un manque complet de savoir vivre. Quel soulagement de voir comme, en fin de compte ça s'est plutôt bien passé, même si j'ai un peu peur de l'image que j'ai pu renvoyer. Nos chemins se sont effectivement éloignés et, si ma coquetterie toute bourgeoise fait parfois son effet sur d'autres de mes amis, je crains qu'ils ne croient désormais que j'aie bien changé.

samedi 01 novembre 2008

A la chaîne

Encore une semaine à cent à l'heure, alors que je ne me suis même pas livré à la moitié des occupations auxquelles je me livre d'habitude — puisque, vacances scolaires obligent, quasiment toutes les associations étaient fermées. Parfois je me demande après quoi je cours, à galoper ainsi de club en club, de salle en salle, de groupes en groupes — alors qu'en fin de compte, peut-être devrais-je plutôt me demander ce que je fuis. Bref.

Dimanche dernier, Kévin et moi étions à la manche nantaise du France Poker Tour. Pour notre premier vrai grand tournoi en live, quatre cent joueurs étaient réunis sur une quarantaine de tables, avec du matériel de qualité, de jolies hôtesses et une organisation en conséquence. C'était assez plaisant et ça changeait de la traditionnelle cacophonie des tournois amateurs. Le hasard m'a donné le privilège de m'asseoir, pour ma première partie, à côté de Michel Abécassis — spécialiste français s'il en est. C'était, comment dire, particulier, un peu surréaliste en fait, de voir se matérialiser à quelques mètres de soi cette sorte d'icône en papier glacé que l'on n'a appris à connaître qu'au travers des émissions télé. C'est la même personne et pourtant on dirait quelqu'un d'autre, tant sa présence, qui démontre de fait qu'il existe en chair et en os, est en complète contradiction avec l'habituelle image, qui elle cesse de vivre dès la minute où l'on éteint le poste. L'histoire retiendra que je me suis fait éliminer dans les premiers tours, au bout de seulement quelques heures, la faute à un jeu trop forcé que je m'étais imposé afin d'augmenter le plus vite possible mon tapis et mes chances de revenir le deuxième jour.

Mardi, je remettais ça, cette fois-ci avec mes collègues. Un de ces jours il faudra que je prenne le temps de vous faire un petit topo sur mes nouveaux collègues — et pas seulement les prestataires anonymes avec qui je travaille tous les jours, mais également mes collègues de l'agence, bien plus intéressants, que je ne vois malheureusement que par intermittence. Nous avons joué à Himalaya, un jeu de plateau aux règles assez astucieuses, qui mélangent stratégies de collecte de ressources et de conquête de territoire — un peu comme un bon vieux STR, mais pour de vrai avec des petits pions et des petits jetons. En rentrant, j'ai eu la mauvaise surprise de constater qu'on avait essayé de forcer la serrure de mon scooter. Impossible de réouvrir le coffre et de récupérer mon casque, du coup je suis rentré tête nue. Là je dirais bien, heureusement que je n'ai pas croisé de flics, la vérité approcherait plutôt d'un heureusement que je ne me suis pas éclaté la tête la première contre un trottoir. Ce qui devrait finir par arriver d'ailleurs, le lendemain à Leclerc. Je suis en effet encore tombé de selle, après une mauvaise glissade sur une bande blanche d'un passage piéton détrempé par la pluie. Le garagiste doit bien rigoler à chaque fois que je lui ramène Alessandro pour redresser le guidon et resserrer les chromes.

Et tant qu'on est dans le détail de mes folles aventures, la semaine a été plus que rythmée par le feuilleton Yvan, aura, n'aura-t-il pas son crédit immobilier ? En fin de compte mon père a eu l'occasion de voir directement avec le banquer ce qu'il était possible de faire, ce qui compte tenu du porte-feuille qu'il a chez eux, n'a apparemment pas dû poser de problèmes. L'argent devrait être débloqué vers la mi-novembre, pour une signature dans la foulée. D'un côté c'est frustrant, parce que je n'aurai absolument pas le temps de terminer les travaux avant le déménagement (merci les samedi feriés et le week-ends perdus devant les magasins fermés) — quelque part ce n'est pas si mal non plus, puisque ça décale mon prêt d'une mensualité. Du coup je n'aurai même pas eu à cumuler remboursement et loyer, ça me laisse les coudées plus franches pour la suite des évènements — notamment la négociation d'un crédit pour la cuisine, qui s'annonce encore plus folklorique.

Ce midi, déjeuner avec Mathieu, Martin et JC, au Beckett's, un restaurant irlandais au pied de la tour, cadre agréable qui se veut sans doute typique — mais je n'en sais rien, je suis jamais allé en Irlande. Toujours est-il que la nourriture est très bonne, j'ai été agréablement surpris par un cake à l'indienne dont la description peu ragoûtante m'a légèrement inquiété de prime abord, alors que servi avec sa salade et une petite sauce sucré-salé, c'était plus que correct. En dessert, un cheesecake, un vrai, fait maison, la part était trop petite, servie avec un thé de Chine. Bonne adresse. Faut-il mentionner les deux demis que j'ai bus, sans que ça ait même eu d'effet sur la productivité de mon après-midi ? Non, je ne pense pas. Sérieusement, il y a quelques mois, autant de bière à déjeuner m'aurait fait piqué du nez dès quatorze heures trente. Il faut croire que j'ai pris le pli.

Enfin, ce soir, petite séance avec Kévin et Steph. Nous sacrifiions à ce nouveau rituel qui consiste à aller voir le dernier James Bond dès sa sortie. Kévin a un peu été déçu par la tournure trop spectaculaire que semble vouloir prendre la série — le côté frénétique des premières séquences lui donne sans doute raison, en particulier ce montage quasiment épileptique qui ne laisse que peu d'occassions d'apprécier l'art et la manière de fliguer deux ou trois DBS, comme ça, pour le plaisir, pour la beauté du geste. Personnellement j'ai moins de regrets pour le charme désuet des anciens films, pour moi c'est devenue une franchise à grand spectacle, qui désormais assume presque avec ironie son côté blockbuster-placement-produit. Et puis il y a ces touches esthétisantes qui forcément me parlent, les ralentis, les typos, Jack White, Puccini — malgré leur effet un brin tarte à la crème.

En sortant, on s'est goinfré un Mezzo Di Pasta, c'était cool.

lundi 20 octobre 2008

Fin de semaine

Je me rends compte, petit à petit, que je deviens un habitué du Ferrailleur. Avec le poker, bien sûr, mais après tout j'y trouve le cadre plutôt agréable, le patron est sympa, la musique à peu près décente, malgré un abus prononcé du repeat de Winamp — et en plus on y fait parfois de drôles de rencontres. Vendredi dernier je devais rejoindre, merci Facebook, d'anciens amis du lycée à un concert sobrement intitulé Tribute to Led Zeppelin. Rien que ça. Mais je dois bien avouer que je n'ai pas été déçu. Enfin si, un peu, car il y a une partie de moi qui regrette toujours ce son propre à tel point qu'on croyait presque entendre une bande. C'était tout bonnement hallucinant et le chanteur allait jusqu'à imiter ces mimiques de Robert Plant, qu'on entend sur certains disques live. Mais qu'importe, l'ambiance était définitivement là et ça m'a presque laissé imaginer l'incroyable émotion que le public a dû ressentir, à l'époque, lorsqu'il agitait sa tête en rythme à quelques mètres des monstres du rock'n'roll.

Bon, si j'insiste sur le presque laissé imaginer, c'est parce qu'en fait nous n'avons pu rentrer dans la salle que durant le dernier quart d'heure. Mauvaise organisation, il fallait des billets pour le show et, si les autres en arrivant avaient déjà en poche le précieux sésame, Christian et moi, cinquièmes roues du carrosse, n'étions pas au courant. Nous nous sommes donc retrouvés à la porte, refoulés comme des malpropres, la queue entre les deux jambes. À essayer de négocier avec le responsable de l'organisation qui filtrait l'entrée, de fil en aiguille on a fait un peu connaissance avec lui, c'était amusant de l'entendre raconter les anecdotes de ce milieu — et à force de persévérance on a quand même eu le droit de rentrer aux rappels, pour quelques minutes de bonheur. Dans la file des rejetés, on a aussi croisé quelques filles plutôt intéressantes, dont une étudiante aux beaux-arts, un Zoom H4 dans le sac, à enregistrer des applaudissements pour un projet perso. L'un dans l'autre, nous n'avons donc pas complètement perdu notre soirée. Surtout que, pour compenser, on a souvent fait l'aller-retour au bar, d'ailleurs je crois que j'ai un peu abusé — j'en ai bu pour presque vingt-cinq euros.

Ça faisait quelque chose de tous les revoir, je viens seulement de compter les déjà quatre ans depuis nos dernières retrouvailles. Mais c'est un sentiment mélangé, plaisant d'abord car malgré nos chemins radicalement différents, dans le fond nous sommes exactement pareils et nous pensons exactement la même chose ; déstabilisant ensuite, justement parce qu'ils me confrontent à nouveau à mon côté violemment nihiliste — et avec des arguments plus que censés qui forcément font mouche, qui résonnent dans mon crâne comme des coups de poignard ; je le sais, on en a élaboré les bases ensemble, à l'époque bénie où on refaisait le monde. En soi, je ne sais pas pourquoi ça me déboussole autant, après tout, convaincus comme nous sommes de l'absence réelle de tout sens à l'existence humaine, nous n'en sommes pas moins persuadés qu'il faut justement en profiter, en bons épicuriens, pour rigoler un bon coup. Mais eux sont devenus plus fatalistes, plus résignés sur le fait qu'on puisse encore faire évoluer les choses, alors que justement il y a peu de temps j'espérais ici même le contraire. Par contre nous sommes tombés d'accord, malheureusement beaucoup trop de gens de nos jours sonnent complètement creux et c'est difficile de trouver des personnes entières. Je me promets d'essayer de ne pas perdre contact.

Samedi j'allais aider Mathieu pour son déménagement. Ils ont trouvé appartement très agréable du côté de la Madeleine, un grand duplex sur parquet, étonnant. Quelques dizaines de meubles à déplacer sur quelques centaines de mètres, avec le concours d'un JC survolté, heureusement car vu l'état dans lequel j'étais la veille, je n'aurais peut-être pas pu faire beaucoup plus. Mais je suis content, ce qu'il faut faire, ce qu'il ne faut pas faire, ça me fait une sorte d'entraînement pour mon propre déménagement, qui espérons-le devrait arriver vers la fin du mois de novembre. Devrait car j'ai encore des problèmes avec mon banquier. Alors que l'acte définitif aurait dû être signé ce mercredi, il refuse de débloquer les fonds tant que mon père n'a pas avancé la somme qu'il devait me proposer. Et bien sûr je l'apprends au dernier moment, chose qu'évidemment je déteste, en bon maniaque de la planification à outrance, ce qui va repousser la vente d'autant plus. Heureusement que j'avais prévu un peu de marge au niveau de mon préavis de départ... En revanche je vais peut-être devoir emménager avant la fin des travaux.

lundi 18 août 2008

Trois jours

Strictement inutile et donc rigoureusement indispensable, dans la voiture Yoann lance le mode carte de son iPhone 3G et on passe un bon quart d'heure rien qu'à regarder défiler l'image satellite du trajet. Ça nous fait immédiatement penser à, au hasard, Men In Black, quand Tommy Lee Jones zoome depuis un satellite jusqu'à la maison de son ex-femme, pour observer ses gestes en direct. C'est assez fluide, même si tout est téléchargé via le réseau, merci au passage au forfait data illimité à cinquante euros par mois. Le terminal s'est quand même bien amélioré depuis ses débuts et une partie des reproches que je lui faisais sont désormais de l'histoire ancienne. Restent cet horrible clavier virtuel, toujours aussi peu pratique, la plaie iTunes, un Safari Mobile pas spécialement convaincant et quelques doutes sur l'autonomie du téléphone.

Nantes-La Turballe, donc, une heure de voyage, un petit saut à la mer pour le quinze août ; et peu importe si les routes sont chargées, peu importe si le temps est déguelasse, ce qui compte est ailleurs. La mamie de Nico nous accueille à bras ouverts, nous offre le gîte et le couvert, nous la connaissons à peine et pourtant son hospitalité fait déjà chaud au coeur — ça compensera au moins l'absence du soleil. Par moments Ségo et Yoann s'engueulent pour des broutilles et j'ai une fois de plus l'impression de revivre le traumatisme papa et maman se crient dessus. Je m'en rends maintenant compte, ça a complètement formaté mon comportement et la façon dont j'appréhende les relations humaines. C'est horrible, j'en viens même à être incapable de supporter que des gens puissent simplement exprimer une opinion différente les uns des autres. Je vais devoir entamer une thérapie là-dessus.

Vendredi, soirée guitare et feu de camp avec les gens d'OVS. En fait, c'est extrêmement violent comme approche et se rendre à ces sorties sans y connaître personne, se confronter directement aux groupes déjà constitués et essayer de rentrer dans la conversation, ça demande un énorme effort d'adaptation. Surtout lorsqu'il y a autant de monde — trop à mon avis, comme c'est vite devenu le bordel. Avec ces trublions intenables, qui se plaignent a posteriori que la sauce ne prend pas entre les membres, alors qu'ils auront largement contribué à la désorganisation de la soirée en tuant dans l'oeuf, avec leurs pitreries, le moindre embryon d'ambiance qui semblait se mettre en place. L'échange avait donc parfois du mal à se faire, certains sont un peu restés entre eux, mais ces petits détails mis à part, c'était plutôt plaisant et surtout très drôle. On n'a pas coupé aux inoubliables couplets de génériques de dessins animés, ni aux très dispensables refrains de Cali ou de Renan Luce. Que voulez-vous, il faut de tout pour faire un monde. Ça aussi il faut que je l'accepte.

lundi 21 juillet 2008

Out

Vendredi soir, apéro au Mac Byrne puis couscous avec les filles. Je dis les filles, non par absence d'intérêt pour ces quelques messieurs, qui nous avaient fait l'insigne honneur de leur présence, plutôt parce que ça faisait bien trop longtemps que je ne les avais pas revues, elles, et que ça m'avait plutôt manqué. Ça me manquait de piailler bruyamment en terrasse et de déconner gentiment, entre les rires et les discussions plus sérieuses, il y a dans l'ambiance ce mélange étrange et si particulier, que je ne retrouve nulle part ailleurs. Je revois Mademoiselle V. pour la première fois depuis son accouchement et elle n'a pas l'air d'avoir changé le moins du monde – du reste, comme je ne l'ai quasiment pas vue enceinte, pour moi c'est presque comme si c'était la même personne, et c'est étonnant. Zizine, elle, elle un bronzage de circonstance qui la rend juste sublime, la maison avance, ils viennent de poser les fenêtres. Elle commence à parler moyen-terme. La fille elle reste fidèle à elle-même, même si on n'a pas eu trop le temps de discuter ensemble. Je recroise aussi Laurie, qui en fait est juste drôle, pleine d'ironie et de sarcasmes, et je me demande pourquoi je n'avais pas accroché plus que ça à l'époque, sans doute la pression de devoir travailler ensemble, j'ai l'impression d'être passé à côté de quelque chose. Une soirée globalement rafraîchissante, donc, malheureusement trop courte comme je devais m'éclipser à la gare pour récupérer ma soeur. Quand j'aurai un scooter et que je pourrai filer dans la ville les cheveux au vent, je retournerai les voir un peu plus souvent.

Têtes

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dimanche 20 juillet 2008

Non événement

Elle a un peu raison ma soeur, quand elle hurle avec les larmes aux yeux qu'on ne discute jamais des choses qui ont vraiment de l'importance, que dans les situations de crise – que ce n'est que dans ces moments de tension extrême que les langues enfin se délient et qu'on se dévoile ces choses qu'on a trop tendance à taire. Pudeur, quand tu nous tiens. Je lui donne raison parce que sa surprise m'étonne, pourtant mon père m'en avait parlé, il m'avait expliqué toute cette histoire, cette fille à Noirmoutier, qu'il voyait. Mais visiblement, elle, n'en savait rien. Ou plutôt, elle en avait eu l'intuition mais avait feint de ne pas être au courant, pour le forcer à se livrer. Mais lui n'en a rien fait, elle lui en veut. Très féminin comme attitude.

Toute l'après-midi, il n'a pas cessé de m'appeler, pour m'expliquer, vous venez ce soir, là bas, deux heures de route, pour une première rencontre improvisée avec la fameuse inconnue. Mais il a omis d'en parler à l'autre principale intéressée. Mauvais calcul, peut-être il espérait que je convaincrais Sarah, la convaincre de quoi d'ailleurs, moi je n'ai rien à me reprocher, ce n'était pas à moi de faire passer ce message. Mais non, on arrive chez lui, exténués de notre journée, et il fait la tronche parce qu'il est tard, trop tard. Trop tard, pour ce rendez-vous soit disant si important que ça, mais qu'on a gâché, on nous attendait pour manger, on nous attendait pour dormir. C'est là que ça commence à siffler. Pourquoi est-ce qu'il ne nous avait pas expliqué clairement que ces gens s'étaient longuement préparés à notre venue et qu'il fallait qu'on fasse un effort pour bien présenter ? – sans doute pour dédramatiser et essayer de feindre une attitude faussement détendue, pour ce qui serait de toutes façons un moment bizarre et coincé. Car quoiqu'il en soit, arriver là bas de façon nonchalante et la rencontrer comme si on rencontrait des amis de vacances, ça ne faisait pas partie des plans de ma soeur. Alors mon père essaie de calmer le jeu, mais ça continue de pleuvoir. Ce n'est pas grave, dit-il, avec expressions incohérentes, il bafouille, il se contredit, il ment. Visiblement il essaie de mettre de l'eau dans son vin, en vain.

Moi je suis entre les deux. Silencieux. Je ne sais pas bien pourquoi je suis pris entre de feux, une fois de plus. Mon père parti, avec une colère sourde, Sarah m'explique et se désole, un jour il va mourir et on se rendra compte qu'on ne le connaissait pas vraiment. À tout garder pour lui et à ne jamais s'expliquer, hormis quand il y est contraint et forcé – comme toutes ces choses qu'il a expulsées ce soir, comme pour s'excuser, il parle de ma mère, il parle de sa déprime, il parle de sa vie  ces choses qui seraient restées tues s'il n'y avait pas eu cette tempête, combien y en a-t-il encore d'enfouies ?

mercredi 28 mai 2008

Descendance

Si je me suis cependant fait une raison, voilà, il y a quelque chose dont je constate désormais qu'elle va pertinemment me manquer, je m'en rends compte en regardant Un conte de Noël de Desplechin – c'est d'avoir une vie de famille, une vraie et grande vie de famille, dans la multitude brouillonne et cacophonique de ces réunions cérémoniales. Ce midi, mon père devait passer déjeuner à l'appartement. Ça faisait longtemps qu'il n'était pas venu, du reste ça faisait également longtemps que je n'avais reçu personne – à manger du moins. J'ai fait une salade verte aux anchois, du riz, des poivrons grillés et des côtes de porc. Le vin, un Saint-Émilion de 2003, était malheureusement un peu bouchonné. Ce dont il voulait me parler, ce midi-là, en tête-à-tête, il avait déjà essayé de le mentionner à quelques reprises par de vagues allusions. Cette fois il me donnait, à ma demande, plus de détails. Enfin, avec cette façon très particulière que nous avons, entre nous, d'entretenir la plus prude discrétion au sujet de nos vies sentimentales respectives. Depuis quelques temps, il voit, à nouveau, quelqu'un. De façon régulière. Une infirmière qu'il a rencontrée au travail, trente-cinq ans, divorcée, deux enfants. Je ne tique pas sur la différence d'age, je ne tique pas sur les raisons de son intérêt pour mon père, lui m'explique que ce n'est sûrement pas pour remplacer ma mère ; en fait, je ne sais pas trop comment réagir. Plus précisément, je réagis comme toujours, je suis placidement satisfait et soulagé pour lui : si cela peut lui permettre de retrouver une sorte d'équilibre psychologique et affectif. Je suis sincère quand je dis ça, je suis moi-même froidement pragmatique. Peu importe les préjugés et les sous-entendus improductifs, le bonheur, tout du moins la moindre souffrance, est assez rare pour ne pas perdre de temps à s'offusquer de considérations nostalgiques et bornées. Il y a néanmoins un paradoxe dans mon attitude. Une partie de moi se demande malgré tout, si je ne dois pas faire montre d'un semblant de réaction de rejet, comme dans les films, parce que c'est ce que les enfants font toujours quand leurs parents se remettent avec quelqu'un. Ce n'est pas du tout ce que je ressens, c'est plutôt une sorte de pression sociale insidieuse qui m'incite à me poser la question. Bah, on s'en fiche. Qu'il oublie enfin ces cinq dernières années à ruminer et profite désormais du temps présent.

lundi 17 mars 2008

Bretagne

Je reviens juste d'une petite virée sur Rennes, dont l'objectif était de préparer le prochain voyage. Rennes c'est sympa, c'est jeune, c'est humide. Il a plu de bout en bout. Le métro automatique est impressionnant, rapide, un peu trop imposant, un peu trop futuriste. Et certains escaliers sont juste interminables. On a beaucoup ri, on a beaucoup (trop) bu, on a pas mal discuté aussi, de tout et de n'importe quoi. Je me rends en fait compte que j'aime bien ces gens, cette petite bande. Même si je fais un peu tâche sur les photos, avec mon look impeccable de bobo coincé. Et bien que je ne soie vraiment pas du genre à m'inquiéter pour quoique ce soit, le voyage commence enfin à se matérialiser dans ma tête, j'ai autant été rassuré sur la logistique du séjour en lui-même que sur la vivabilité de mes compagnons d'aventure. Et le terme est choisi. Contrairement à l'Italie où tout avait été planifié à l'avance, ici on ne trace que les grandes lignes et on gèrera le reste sur place, à la routarde. En soi ça ne m'effraie pas vraiment, c'est aussi ce que j'avais fait pour les Cyclades — sauf qu'alors je voyageais seul donc mes changements d'avis de dernière minute n'ennuyaient personne. D'où aussi l'importance de l'ambiance. Yoann ça devrait aller, sauf gros pépin, parce qu'une fois qu'il a quelqu'un dans le nez c'est compliqué de le faire changer d'avis. François c'est le genre de mec un peu roots, mais dans le sens positif du terme, adorable, super facile à vivre. Quant à Ségo, c'est un mélange des deux, un peu bizarre, mais c'est plus drôle qu'autre chose. Et puis, bah moi, c'est moi. Donc on verra bien ce que ça donne.

lundi 21 janvier 2008

Social

Yvan tu es fédérateur, tu as un caractère facile, tu cherches toujours à ce que tout le monde autour de toi soit content. C'est vrai, il a raison. Je ne sais pas pourquoi, de plus, mais je me retrouve souvent dans la situation où justement, je suis l'homme du milieu, coincé entre deux contradicteurs campés sur leurs positions, en train de chercher obstinément le compromis, la voix médiane. Je n'aime pas les conflits et puis je préfère que les gens restent sereins, même si ça n'est qu'une façade. Si je vous raconte tout ça, c'est parce que samedi soir je me suis retrouvé un peu par hasard au restaurant, avec Julie et Philippe, deux membres du club photo qui m'ont invité à prendre un verre. Bar à tapas dans le centre de Nantes, assis au comptoir avec une excellente sangria et un plateau copieusement garni. Ils sont marrants et puis ça me change de mes fréquentations habituelles ; même si plus la soirée avance, alcool aidant, plus les discussions sont sourdes et stériles. Mais en fin de compte, je me dis que le but n'était pas tant de se convaincre les un les autres, que de partager des points de vue.

L'après-midi est restée assez improductive, la faute à une météo exécrable, je me suis borné à faire des essais de macro, rien de folichon. Vers minuit Kévin m'envoie un texto pour fixer le rendez-vous de notre désormais habituelle escapade en club. C'est une technique bien rôdée, même si on a failli se faire refouler à l'entrée. Avant ça, vendredi j'ai hésité à aller à un concert que donnait un de mes collègues, c'est vrai j'essaie de m'ouvrir et d'aller vers autre chose, mais j'ai eu peur de me retrouver, confusion des genres, en train de partager une bière avec mon chef. Gardons nos distances pour le moment.

dimanche 21 octobre 2007

Virée

Entre deux bluffs un peu présomptueux et trois constats de désolation sur la vie en entreprise, Kévin et moi faisons passer un sale quart d'heure à une bouteille de mauvaise vodka. Du reste ça faisait un petit moment que je n'avais pas bu autant, le désagréable arrière-goût de médicament surnage encore au fond de ma gorge. Quelques défaites plus tard, vers une heure du matin, il décide de se bouger. Direction : le Loft. Hélas, par un malheureux concours de circonstances, je n'ai plus qu'une paire de baskets à me mettre. Nous partons malgré tout, un peu dubitatifs. Est-ce bien la peine de s'infliger une demi-heure de marche dans un froid sibérien, pour se faire jeter comme des malpropres ? — parce c'est ce qui aurait dû se passer, chaussé comme je l'étais. Et bien non, petit miracle des temps modernes, en se faufilant derrière un groupe de filles (technique éprouvée) nous parvenons à passer les videurs, qui se contenteront d'un vous avez l'air un peu fatigué peu convaincu à mon adresse. A l'intérieur, le bar est aussi plein de monde que nos estomacs d'alcool, et toujours aussi enfumé. Il y a pas mal de jolies danseuses, mes mains baladeuses apprécient mais, quand parfois je le regarde, je sens que mon collègue n'y est pas. Et c'est quand il décide d'écourter rapidement la soirée que je me rends compte qu'il y quelque chose qui cloche. Alors qu'on se sépare poliment et qu'il part retrouver son vélo, je le rappelle et lui fais un signe rapide. Un brin d'incompréhension plus tard, finalement nous repartions vers chez moi pour prendre la voiture et aller faire un tour. Sur le chemin je n'ai pas besoin de beaucoup insister pour qu'il vide son sac, des problèmes chez lui. J'ai un peu du mal à intégrer la situation, les vraies difficultés des gens du monde réel sont des choses qui m'échappent complètement, moi qui me complais dans cette idylle romantique d'adolescent de quinze ans. Mais je l'écoute, c'est une histoire triste qu'il m'a déjà racontée par petits bouts, une vague redondance cyclique. Compatissant, je roule en pilote automatique, je ne sais pas vraiment ce que nous cherchons dans la nuit, peut-être plus à laver nos têtes qu'autre chose. Je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression que moi je peux me permettre ce genre de comportements inconsidérés, alors que lui non. Et pourtant c'est lui qui m'entraîne et moi qui joue les saintes-nitouches. Je suis quand même soulagé de rentrer sain et sauf. Mon lit est froid et je pue la clope.

mercredi 29 août 2007

Derniers développements

Je ne sais pas trop si je dois poster sous l'emprise de l'alcool, comme c'est un peu le cas en ce moment. Enfin en même temps, je ne suis pas totalement ivre non plus. C'est juste que j'aie dû finir une bouteille de bière presque vide, du coup j'essaie de m'occuper un peu avant de reprendre le volant. Yoann et Damien sont finalement passés prendre l'apéro à la maison. Ils auraient normalement dû venir la semaine dernière, mais à cause d'un soi-disant moment d'absence Yoann n'a pas pu se libérer. C'est pareil, j'apprends presque par hasard qu'il avait voulu m'inviter à une soirée d'anniversaire il y a deux semaines mais, là aussi, il a complètement zappé, à la dernière minute. Je sais. Vous avez l'impression que j'ai quatorze ans. Mais c'est normal, tout est sous contrôle ; ne touchez pas les réglages de votre ordinateur, vous êtes bien sur le bon blog. Je me fais seulement une petite crise d'adolescence, là. Comme j'ai parfois le sentiment que les gens s'en foutent royalement de moi, en fait. Je ne suis que le pitre de service, la touche de couleur locale. Pour le reste ma présence importe peu, le fait que je sois sorti de leur vie il y a à peine un mois aura suffi pour rayer mon existence. Troisième effet Kiss Cool, j'espérais bien être le premier parmi eux à qui Virginie l'aurait appris, si vous suivez vous savez bien de quoi je parle, et bien non, c'est par Yoann que la nouvelle arrive à mes oreilles. L'un dans l'autre elle attend peut-être pour me l'annoncer et elle l'aura laissé entendre sans faire exprès, ça lui arrive souvent. Enfin ce n'est pas comme si elle était censée m'appeler depuis vendredi dernier, pour qu'on discute de cet autre truc, là, déjà, elle pourrait en profiter pour me le dire. Mais j'admets, ma réaction est peut-être un peu exagérée. Bon, je vous avais prévenus.

Ah si, vous voulez sans doute entendre le dernier truc hilarant qui m'est arrivé. En fin de matinée, Philippe mon nouveau patron, m'appelle pour me parler d'une mission qu'il m'aurait trouvée, à débuter à partir de la semaine prochaine. Et là l'air de rien il me propose gentiment d'aller retourner travailler dans mon ancienne boîte, en tant que prestataire de service. D'une part c'est histoire de rendre service à mon ancien patron qui est vraiment dans la mouise, ils ont ce projet à boucler d'ici la fin d'année, je sais bien j'y étais et c'était déjà infernal quand je suis parti. D'autre part cette mission tombe plutôt bien, il n'a pour l'instant rien d'autre à me proposer, en plus je connais déjà l'environnement, enfin il préfère que je travaille à lui rapporter de l'argent plutôt que je reste en intercontrat en attendant une mission. J'essaie de lui faire comprendre que clairement je souhaiterais vraiment éviter cette situation un peu ubuesque, j'ai justement quitté ce travail à cause de la mauvaise organisation et du manque de qualité de notre travail, ce n'est pas pour y retourner un mois après, sous couvert de prestation clientèle. Et non, ce n'est pas un problème d'argent. Il me répond que pour l'instant rien n'est signé, qu'il a donné son accord en théorie et qu'il attend la réponse à la proposition financière qu'il leur a faite. J'ai l'impression qu'il n'a pas bien saisi le message. Dans l'après-midi, j'ai un doute, je le rappelle pour préciser les choses ; même son de cloche. Du coup il attend de voir et il me tient au courant d'ici la fin de semaine. D'ici là, j'ai le temps de gamberger un peu ; mais entre nous pour moi c'est désormais clair. S'il a le culot de vouloir m'imposer cette mission, je mets directement fin a ma période d'essai et il a ma lettre de démission sur sa table dès le lendemain. Je commence déjà à réfléchir, avec quels recruteurs nous nous étions quittés en assez bons termes pour que je puisse désormais les relancer ?

vendredi 15 juin 2007

Take me out

Qu'est-ce que je pourrais bien vous raconter ? Je viens de passer le début de ma soirée au téléphone à essayer de rameuter tout le monde, pour qu'on aille se boire un verre tout à l'heure au hangar à bananes. C'est marrant parce que ça m'a permis de récupérer plein de numéros de portables, on ne sait jamais ça peut toujours servir. Par contre c'est un peu comme dans les sims, quand vous invitez des gens pour faire une soirée et qu'ils vous répondent Non je préfère promener mon chat. Passons. On doit donc se retrouver du côté de l'Île de Nantes, dans une des nouvelles attractions culturelles / touristiques organisées dans le cadre d'une biennale d'art contemporain. Si j'étais un peu plus motivé pour me bouger les fesses, je pourrais aller faire le tour de l'ensemble des manifestations, persuadé que je suis qu'il y a de belles photos à faire. Enfin ça se serait dans un monde idéal.

Le prétexte de base c'est Charles, dont la femme vient d'accoucher et qui propose, donc, d'aller boire un verre pour fêter ça. Je joue un peu les hypocrites avec lui, des fois il m'énerve prodigieusement, je pense que vous avez dû vous en rendre compte, mais je continue à jouer les bons copains. En l'occurrence il m'appelle vers huit heures pour m'annoncer la bonne nouvelle et pour me demander de lancer l'invitation. En soi c'est normal, il a un peu d'autres choses à s'occuper et je l'aurais fait avec plaisir pour n'importe quel autre. C'est juste que là j'accepte de l'aider sans spécialement broncher alors que j'essaie par ailleurs de mettre de la distance entre nous. Enfin bon, au moins on va passer un bon moment avec les autres et puis ça me donnera peut-être envie d'aller me promener dimanche, qui sait.

lundi 04 juin 2007

Atterrissage

Comme elle a le don pour appuyer là où c'est encore sensible, elle me demande si je suis encore amoureux. Non ça va, elle sent que j'hésite, mais j'insiste. Non, vraiment, ça va.

C'est là que son portable sonne, d'un coup d'un seul elle se lève et part répondre en catastrophe ; visiblement c'est important. Ce n'est vraiment pas son habitude de laisser tout en plan comme ça, elle est même la première à engueuler les gens pour qu'ils rangent leurs affaires avant de sortir de la cafétéria. Alors je commence à m'inquiéter. Au bout de dix minutes, je profite du fait qu'elle a oublié son sac pour lui amener et pour prendre des nouvelles. Avant de passer la porte de son bureau, je l'entends vivement au téléphone, je comprends qu'elle est avec sa banque. Un peu coi, je me ravise et laisse filer, le temps qu'elle termine. Au lieu de cela, elle sort carrément devant l'entrée, ça a l'air de barder. Quand finalement elle revient, elle est en larmes. Une sombre histoire de trois cents euros qui vont lui être débités de son compte alors que c'est la banque qui est fautive, je ne connais pas plus les détails. Détruite, elle se désole, ça faisait deux mois que les choses allaient mieux, on commençait presque à s'en sortir et voilà que ça nous retombe dessus. Trois cent euros, sanglote-t-elle, qu'est-ce qu'ils croient, on ne va pas les pondre. Je la réconforte tant que je peux, une fois de plus les mots me manquent, ce sera une autre collègue qui l'apaisera.

Trois cents euros. C'est là que je me rends compte que je suis complètement déconnecté du quotidien. Trois cents euros, c'est même pas un tiers de mon budget équipement photo pour 2007 Alors que pour eux, pour les vrais gens, ça a l'air d'être une montagne. Je lui dis, c'est dommage que l'argent puisse à ce point rendre malheureux mais, en même temps, venant de ma part ce point de vue n'est pas tellement défendable. J'ai l'impression d'être inconscient et égoïste, de n'avoir aucun sens des réalités. Je réfléchis mais pas avec ma tête, j'aimerais les aider du fond du coeur. A un moment j'ai pensé le faire, leur proposer un soutien matériel, mais je me suis retenu, évidemment c'est complètement stupide et hors de propos. Quand on n'a pas de tête, on a des sous et c'est exactement ça, quand on ne sait pas comment réconforter les gens avec des mots alors on sort son chéquier.

Je me sens minable mais après tout ça n'est pas l'essentiel. Le plus urgent c'est de trouver une solution raisonnable pour qu'ils s'en sortent. Ou du moins faire mon possible pour débloquer la situation. J'aimerais que les cierges qu'on brûle aient vraiment de l'effet.

vendredi 25 mai 2007

Interactions

Essayer aussi, d'être là quand les gens en ont besoin, même si tu ne sais pas forcément comment t'y prendre, montrer que tu es là, essayer de leur changer les idées, parler d'autre chose. Ce matin Charles apprend par discussions interposées qu'il est la cible de mails incendiaires de la part d'un client, alors qu'il n'y est strictement pour rien. L'histoire tourne un peu au vinaigre, l'encadrement entre dans la boucle et quand je passe devant son bureau pour aller en pause, je le vois à moitié en larmes avec tous ses collègues en train d'essayer de relativiser. Ça m'étonne un peu, lui qui avait l'air tellement blasé, tellement blindé vis à vis des clients mécontents, vis à vis de la direction aussi, de le voir comme ça effondré, je ne m'y attendais pas. Quand il vient me rejoindre au café, je lui demande s'il veut en parler, non, alors je change de sujet. Mademoiselle E. arrive, on discute de la carte au trésor qu'ils organisent, on le soutient à mots couverts. On déjeune ensemble à midi, en fin d'après-midi on se voit pour une réunion des délégués du personnel, on le sent un peu aigri, un peu revanchard, complètement dépité. Heureusement le soir, quand on se revoit à la soirée bowling qu'on a organisée pour les salariés, il a l'air mieux, peut-être grâce à sa femme, enceinte et radieuse, peut-être grâce à l'ambiance. Je pense qu'il a un peu oublié, demain il part en vacances, il pourra décrocher un peu, même si ça risque de chauffer à son retour.

J'apprends, de mon côté, que Mademoiselle E. a décidé d'accepter ce poste sur Paris pour lequel elle a passé un entretien en début de semaine. Voilà, c'est fait, elle part. Je m'y attendais, je m'y préparais et pourtant ça me fait un choc. Je reste un peu distant envers elle, j'ai peur de craquer, alors je la félicite, après tout c'est vrai je suis sincèrement content pour elle. Si tout se passe bien, elle va s'installer avec son homme, il y a des chances pour que ce soit le bon ; et on lui propose un travail mille fois plus intéressant que ce qu'elle fait ici, mieux payé, c'est vrai je suis content. Virginie me demande comment je le prends réellement. Je ne sais pas trop. Je ne réalise pas en fait. Elle me répond que je ne dois pas être triste, c'est pas comme si elle disparaissant de la surface de la terre. Je monterai la voir et elles (les autres filles) resteront toujours là pour moi. Peut-être un temps oui, mais quand j'aurais quitté la boite c'est là que je me sentirai vraiment seul.

Et en toile de fond, tous mes amis qui s'installent, tout le monde qui fait des projets, même les stagiaires de vingt ans qui sortent juste de l'école, me balancent déjà leur vie de couple idéale en pleine figure. Moi en vieux trentenaire je les regarde un peu halluciné, un peu résolu aussi. Ce n'est pas cette vie là que j'aurai. Pas de gosses, pas de maison, pas de crédit. Une partie de moi me dit, tant mieux Yvan, il y a encore tout le reste sur lequel ils font eux une croix définitive. Je ne sais pas, c'est juste pour me rassurer.

jeudi 17 mai 2007

Frayeurs

Voilà, j'ai maintenant un ennemi déclaré. C'est Kévin qui a trouvé la formule, comme je lui expliquais les tenants et les aboutissants de cette histoire rocambolesque et, pour tout vous dire, un peu flippante. Ceux qui me connaissent savent que l'effet de groupe a pour principale caractéristique de me faire dire n'importe quoi et, en l'occurrence, de me faire adopter une posture assez potache. Et je n'admets aussi facilement qu'on rigole de ma personne que parce que moi-même je n'ai pas forcément la langue dans ma poche à l'encontre des es autres. Cela étant dit, et je plaide coupable, j'avoue qu'il m'arrive parfois de dépasser les limites. Mais ce n'est jamais méchant, j'essaie d'être le plus fin possible, comme je me rends compte que des fois certaines façons de faire peuvent être blessantes.

Or doncques, si on peut sans doute rire de tout, on ne peut pas rire avec tout le monde. Et c'est là que j'introduis mon personnage secondaire. Le poulpe, on l'appellera ainsi, est assis au bureau juste à côté de moi dans notre open-space. Fatalement, du fait de cette proximité, du fait aussi qu'il prête bien son flanc à la rigolade, informaticien, transparent, névrosé, de temps en temps je le taquine. Pour la bonne cause. Et ça s'est toujours plus ou moins bien passé, j'avais l'impression que ça l'amusait. D'accord, il avait parfois ce petit air inquiétant à la fin de nos discussions, mais honnêtement je ne pensais pas que mes propos étaient compris autrement que comme de l'humour.

Et voilà que ce midi, je reçois un mail de sa part, un refus à une demande de réunion que j'avais envoyée plus tôt dans la journée. Avec comme explication la mention du passif de notre relation de travail depuis un ans et demi, deux ou trois sous-entendus douteux et une fin de non recevoir un peu agressive. Après déjeuner, je lui demande à en parler histoire de clarifier la situation. Je lui explique alors ma surprise et je lui prie de préciser ses propos. Et c'est là qu'il commence à me vider son sac sur le fait qu'il n'apprécie pas vraiment mes blagues. Ce que je peux comprendre en soi, je me suis d'ailleurs platement excusé et j'ai promis de ne pas recommencer. Je n'avais compris ni sa gêne ni sa lassitude. Sauf que petit à petit, il se met à dévier vers des plaintes sur sa situation professionnelle, il part à moitié dans un délire de persécution, se raconte victime de pressions de la part de la direction et des autres employés, contexte qui évidemment ne l'incite pas vraiment à la rigolade. C'est là qu'il met en cause la sincérité de mon mea culpa, réinterprète au premier degré des discussions qu'on a pu avoir il y a environ mille ans, il se prend la tête sur des broutilles, coupe les cheveux en quatre, la mayonnaise monte et à des moments ça frise la paranoïa.

J'essaie de lui décrire mon point de vue, je lui martèle que ce n'était pas contre lui, il ne veut rien entendre. En tant que délégué du personnel je suis dans une situation un peu délicate, juge et partie, je suis censé défendre ses droits si effectivement on l'agresse, mais je fais aussi partie de ses prétendus agresseurs. Après une bonne heure il fait mine d'acquiescer à mes explications, mais sous couvert de menaces à moitié voilées, envers d'éventuels nouveaux offenseurs. Fais bien passer le message... Je lui réponds que ça n'est pas une façon de régler les problèmes, qu'il vaut mieux s'expliquer en discutant, comme nous le faisons. Mais il me réplique du tac au tac : Ouais mais ça c'est ce que j'appelle des solutions de fiottes. Décidément, on ne va pas être d'accord. Alors qu'on se quitte, je lui renouvelle mes excuses, je lui promets et surtout je me jure à moi-même de ne plus jamais chercher la petite bête. Je rajoute que j'en toucherai un mot à ceux de mes amis qui auraient pu agir de façon comparable.

Heureusement, je ne suis pas le seul dans la boucle. Déjà hier il a fait le même genre de réflexions à Virginie, comme ça, de façon aussi imprévisible. Par MSN uniquement – en même temps il a mieux valu, la connaissant ça aurait pu tourner au pugilat. Nous sommes tous également surpris par sa réaction, mais peut-être qu'il y a eu une goutte d'eau en amont qui a fait déborder le vase. Comme il est aussi au ban des accusés, Charles décide d'aller voir ce qu'il en est. Après une nouvelle heure de palabres, il me racontera que ça s'est beaucoup mieux passé, peut-être qu'il était apaisé suite à son premier coup de sang ; peut-être aussi que la présence de Micky la cendre, le seul qui apparemment arrive à l'atteindre, a tempéré ses propos.

Silence de mort le reste de l'après-midi à mon bureau. Désormais, je surveille mes mots et mes gestes.

lundi 14 mai 2007

Mademoiselle V

Oui j'ai du mal à faire la part des choses. Je joue avec Virginie, on est un peu plus dans le même délire qu'avec Mademoiselle E. Des fois on rigole, des fois on est plus sérieux, comme des gens normaux. Elle me raconte son histoire, elle me raconte ses malheurs, des choses pas joyeuses, une cousine proche morte d'une leucémie, des amis décédés dans des accidents de voiture, je lui parle un peu de moi. En ce moment elle lutte avec son responsable hiérarchique ; il traite les filles comme des moins que rien, de simples exécutantes sans aucune jugeote. Mademoiselle E. va se faire la malle, elle passe des entretiens pour rejoindre son chéri sur Paname, dans sa tête elle est déjà ailleurs. Virginie elle, réfléchit. Elle aimerait tomber enceinte, ça fait plusieurs mois qu'ils essaient avec son homme, forcément ça relativise ses projets. Son mec, je ne l'aime pas trop, il fait vraiment adolescent attardé – même si là aussi il y a une histoire derrière. L'autre nuit j'ai rêvé d'eux, elle me confiait en rêve qu'il votait F.N. Sans doute une forme de jalousie déplacée de ma part. Pendant ce temps nous on se chamaille, on se taquine, on s'échange des marques d'affection. Des fois elle vient, elle s'assoit sur mon bureau, on discute. Le matin quand j'arrive je vais la voir, même si des fois ça dure un peu trop longtemps.

lundi 12 février 2007

A Paris

Parfois nous avons des discussions vraiment sérieuses et ça m'étonne presque. Pas sérieuses au sens adultes, disons plutôt graves et mesurées. Ça m'étonne parce qu'en fin de compte ce n'est pas si commun, il s'agit de conversations que je n'aurais pas avec n'importe qui. Peut-être je sous-estime la capacité de réflexion des gens que je croise tous les jours, mais généralement quand on aborde ces sujets au quotidien ça ne vole jamais très haut. Ce sont des petites phrases et des remarques rarement très constructives. Ce matin j'ai redécouvert qu'on pouvait argumenter de façon cohérente et sensée. Sans que cela ait forcément de rapport, j'ai aussi retrouvé le plaisir de discuter avec des gens de gauche, ces derniers temps j'ai craint qu'ils aient disparu de mon environnement. En ce moment je subis plus les objections naïves et populistes de certains.

J'ai passé le week-end dans la capitale, profitant de l'invitation de Philippe pour sa pendaison de crémaillère. Avant de partir j'ai eu le réflexe de chercher un bon plan sur la toile, j'ai bien fait, ce petit concert d'Aldebert à la Fnac St-Lazare a sauvé notre samedi après-midi. C'est peut-être méchant, mais ensemble ils forment désormais un couple commun et sans relief. Lui bourru et renfermé dans ses habitudes parfois peu compréhensibles, elle tatillonne et susceptible. Au début il était prévenant et attentionné, je la trouvais drôle et ouverte. Au bout de quelques mois je ne vois plus que l'addition de leurs travers respectifs. Je ne suis peut-être cependant pas le mieux placé pour ce genre de remarques. Par ailleurs comme j'ai croisé de nouvelles têtes, je m'étonne chaque fois de ma capacité à agir de façon socialement constructive – même si tout est relatif. Il faut avouer qu'avec des gens curieux et à l'esprit large, c'est toujours plus simple. Même en tant que pièce rapportée dans un groupe depuis longtemps constitué.

Dimanche midi j'ai déjeuné avec Yves et Georges vers Denfert, puis on s'est finis dans un Indiana Café du côté de Montparnasse – le Starbucks était plein à craquer. La serveuse me faisait penser à une actrice de série télé dont je ne me souviens plus du nom. En ce moment j'ai l'impression que toutes les serveuses, vendeuses et autres guichetières sont adorables avec moi. Quelquefois ça me donne des idées mais j'ai toujours un arrière-fond de parano, peut-être pas si déplacé que ça, qui me retient. Avant de repartir, j'ai revu Olivier, qui m'a raconté sa dernière escapade professionnelle au Japon au milieu des autres nouvelles de sa vie parisienne. Il s'est remis avec Elodie, je n'en ai pas cru mes oreilles.

lundi 06 mars 2006

Pot-pourri

Comme des fois aussi, vous regrettez l'injustice de devoir malgré vous choisir entre les gens que vous aimez – d'accepter, le temps d'une après-midi et au prix d'un petit mensonge qui pourtant suffit à vous fendre le coeur, d'en abandonner une pour le plaisir égoïste de passer du temps avec l'autre. Hélas !, les choses sont ainsi faites.

Faux Amis : comédie de gangsters à l'humour grinçant, avec John Cusack en archétype du parfait antihéros, avocat véreux qui fricote à ses dépends avec de méchants mafieux, et Billy-Bob Thornton en complice vicelard et calculateur, lui aussi peu avantagé par la tournure des évènements. Entre stress du garnement qui espère que personne ne se rendra compte de sa dernière grosse bêtise et gestion de crise à l'emporte-pièce qui tourne rapidement au bain de sang.

Fauteuils d'Orchestre : film parisien un peu caricatural, Cécile De France campe l'inévitable provinciale joviale et penaude qui vient tenter sa chance dans la capitale, Valérie Lemercier tourne en dérision la folie des grandeurs d'une pas si grande actrice, entre veaux de ville et téléfilms pour ménagères, et un improbable Albert Dupontel joue au pianiste en proie à une crise de vocation. Rires un peu forcés, donc, pour cette bonne comédie à la Française.

Syriana : un thriller agréable mélangeant espionnage et complots politico-financiers, un peu déroutant car légèrement incompréhensible. Le film commence avec beaucoup trop d'informations et expose beaucoup trop de situations pour qu'on ne passe pas le reste de la séance à essayer de se reconstruire mentalement un schéma d'ensemble. Si bien que les dix dernières minutes sont presque un soulagement, quand se dessine enfin la résolution finale. Matt Damon est insupportable en petit trader con et arrogant.

The saddest music in the world : à Winnipeg, Manitoba, déclarée capitale mondiale de la tristesse pendant la grande dépression, Isabella Rosselini organise le concours de la chanson la plus mélancolique auquel sont conviés des musiciens du monde entier. Filmé comme un vieux long métrage d'avant guerre, allant jusqu'à en imiter le grain sur la pellicule, ce film brille surtout par son second degré qui rechigne rarement devant les situations les plus ridicules.

De battre mon coeur s'est arrêté : un peu noir mais quand même optimiste, avec une sauce qui prend grâce à une ambiance sombre et une bande originale réfléchie et malgré quelques rebondissements un peu tirés par les cheveux. Primé, oui, un peu trop peut-être.

mardi 14 février 2006

En musique

Je pourrais, comme ça là, vous citer Zazie, On n'écrit pas qu'on manque de rien / Qu'on est heureux, que tout va bien, ça serait un peu facile, ça serait probablement un peu faux également. On est en train d'atteindre le point dans une relation où, le frisson de la nouveauté et de la découverte finissant inexorablement de s'émousser, il faut trouver d'autres histoires à raconter, d'autres envies à partager. Je cherche, tant bien que mal, mais il y a des moments comme ça où vous vous dites que garder un(e) ami(e) en fin de compte c'est bien plus difficile. Yoann trouve notre relation étrange ; ce qui est vrai c'est que je ne me censure plus beaucoup, y compris dans mes pires travers et dans mes secrets les moins avouables. J'ai cette liberté de ton que me permet l'absence de tension amoureuse. Ça a l'air complètement artificiel présenté comme ça, Kévin m'a sorti une ou deux fois sa théorie du tu essaies de te convaincre... Moi au contraire je pense que ça me motive, de savoir que je tiens quelque chose d'au fond pas si banal.

Je lui parle entre autres de ma soeur, même si j'ai peur de la bassiner ; avec cette petite qui occupe la moitié de mes soirées au téléphone, avec cette fille pour laquelle je sacrifie un peu de ma vie sociale. J'avoue, j'ai lâchement laissé tombé l'une pour l'autre, pourtant j'avais promis, c'était dimanche dernier – Émilie ne m'en a pas trop voulu, mais elle je l'aime, c'est pas tout à fait pareil. Elle fait toujours le yo-yo entre l'euphorie des moments simples où tout dans la vie semble lui sourire, et les tragédies quand il suffit, par exemple, que son patron ne lui confie pas les affaires qu'elle a elle-même remportées. Et puis elle manque affreusement de confiance en elle ; elle manque aussi probablement d'une présence à ses côtés. Moi je suis là, au bout du fil, complètement impuissant. Les mots de réconfort ne viennent toujours pas, quant aux solutions, diable si je les avais je ne serais pas dans l'état où je suis.

Car je vivote aussi, à une échelle bien moindre, entre la béatitude et l'expectative ; en fonction du facteur E., en fonction du boulot aussi. En ce moment c'est la foire à l'empoigne, tout le monde me sollicite mais je n'ai envie d'aider personne. Ce que je fais m'ennuie, ce que je pourrai faire à l'avenir me désole encore plus. Heureusement, ai-je envie de conclure, il y a les gens.

vendredi 06 janvier 2006

De l'hospitalité

Allez, abandonnons quelques minutes de sommeil à ma pseudo lubie verbale, histoire au moins de garder une trace de cette soirée. Mon paternel est parti à Madagascar pour quinze jours, des problèmes familiaux à régler, du coup je me retrouve tout seul dans cette grande maison, avec finalement pas grand chose à faire, mais avec tellement de possibilités ouvertes... Comme j'en discute avec Émilie et puisqu'elle me suggère assez subtilement, de fil en aiguille je finis par les inviter à dîner ici, elle et Paco ; j'y mets un ton pas trop formel, il faut dire que parmi les quelques fois où j'ai reçu des gens, il y a eu du bon et du moins bon. Cette fois-ci, malgré un ton général un peu expéditif, jour de semaine oblige, ça s'est plutôt bien passé.

On est allés prendre l'apéro dans un petit bar du côté de la place de l'Edit de Nantes, isolés dans une salle à l'étage et donc heureusement pas trop enfumés. En plus, Paco a l'air d'être un habitué des lieux ; à un tel point que le patron nous offre même les consommations en rigolant, comme il est obligé de nous jeter dehors parce qu'il dit qu'il doit rentrer s'occuper de ses gamins. On décide donc d'aller s'enterrer dans ma campagne. Alors qu'ils franchissent mon palier sur les coups de neuf heures, je laisse gentiment la maison faire son petit effet pendant qu'en coulisses je prépare également le mien. Voilà comment j'avais globalement prévu l'affaire, quelque chose d'assez sobre qui laisse cependant une très forte impression. Au dîner par exemple c'était spaghetti mais avec une vraie bolognaise faite maison, je voulais de l'ordinaire emballé dans les plus délicates attentions, les petits plats dans les grands. Je voulais convaincre que même cet ordinaire je le rends déjà exceptionnel. Ce numéro est désormais assez rôdé et je crois sans exagérer que ça leur a plu.

Ils sont amusants tous les deux parce que malgré tout ce qu'ils peuvent m'en dire, leur attitude dégage quand même une forte complicité, presque amoureuse. Et bizarrement pour une fois ça ne m'a pas rendu jaloux. On doit remettre ça, chez lui, dans les jours à venir.

vendredi 30 décembre 2005

Épiloguons...

... puisque c'est désormais la coutume. L'impression que je garde tout de même, c'est celle d'une année qui est passée en coup de vent et dont je n'ai au final que peu de choses à retenir. Le peu de chose en question consistant, pour sa plus grande part, en une logique de l'échec probablement assez risible. Cette année restera celle où j'aurais essayé, indubitablement, même si ça ne fut la plupart du temps que pour me casser lamentablement la gueule ; au moins j'aurais essayé. Cependant, gager que l'année prochaine sera celle de la réussite serait quand même vendre prématurément la peau de l'ours – animal qui reste d'après les observations ce que je peux en faire, un être mystérieux et plein de contradictions. Je devrais faire gaffe avec ces métaphores un peu trop capillo-tractées, moi.

Mais épiloguons, puisqu'il n'y a plus que ça à faire. Autour de quelques SMS et d'une matinée sur MSN, elle avachie dans son lit son portable sur les genoux, moi baignant dans le jus peu ragoûtant d'un réveil de vacances, j'ai finalement fraternisé avec Émilie. Fraternisé, je crois que c'est le terme. Elle finit de me donner le détail de toutes ses histoires, moi je lui explique deux trois théories personnelles ; et je comprends aussi définitivement qu'on ne restera qu'amis. Au fil de la conversation je finis par me dire que c'est mieux comme ça, bien mieux, les intentions qu'elle explicite étant quoique je puisse en dire assez claires. Paco demeurant, par ailleurs, également de la partie, comme elle me raconte l'estime qu'il me porte – et que je lui rends  ; comme elle m'explique aussi qu'ils ont toujours été amis et que ça continuera ainsi, leur aventure relevant, presque, de l'accident.

Épiloguons, donc, parce que l'année qui arrive au fond ne s'annonce pas si mal. Je retire tout ce que j'ai pu dire sur les gens en général et sur le vide dont ils m'entourent en particulier. Je croise à nouveau des personnes que j'ai envie d'apprécier et ceux dont c'est déjà le cas restent pour ce que je peux en dire fidèles au poste. Après tout ça n'est pas si mal.

lundi 12 décembre 2005

En vrac

Pour conclure en apothéose un samedi de shopping intensif, ma soeur et moi on est allés voir le dernier Harry Potter. Je n'ai pas vu les trois précédents au cinéma, j'ai attendu qu'ils passent sur le satellite, et bien le moins qu'on puisse dire c'est que celui-ci ne rigole pas. L'ambiance est assez glauque, pas tellement plus que les précédents vous me direz : esthétique gentiment gothique et mystique magicienne bon enfant. À cette différence près que les scènes intermédiaires qui émaillaient le récit ont pris une coloration nettement plus sombre : à la place des traditionnels cours de transformation en crapaud ou de lévitation de plumes, les élèves apprennent désormais des sortilèges mortels interdits ; à la place des parties de Quidditch on a le droit à de jolies courses poursuites dans des labyrinthes brumeux et oppressants ; les personnages secondaires tombent comme des mouches... Enfin pas de quoi vous faire frémir, mais le virage mature qui en résulte surprend, tout comme l'avertissement jeune public apposé sur l'affiche, après coup probablement justifié.

Paris, vingtième, le lendemain. Cette fois en plus de ma frangine on ramène donc sur la capitale quelques meubles, achetés dans une grande chaîne de magasins suédoise, et un ordinateur monté de toutes pièces par votre serviteur, en remplacement du portable qu'on lui a cambriolé. Quelque chose de simple et de silencieux, enfin dans le principe, avec surtout un gigantesque 19” cathodique qui mine de rien accuse un poids conséquent. Elle a l'air contente. J'ai de temps en temps un sacré pincement au coeur quand je pense à elle. Des fois elle me demande si je suis heureux, je lui réponds oui pour ne pas l'inquiéter, même si en fin de compte je pense que c'est le cas. Certes les choses pourraient aller mieux, je ne suis pas satisfait de tout ce que j'accomplis, mais je me dis que c'est probablement impossible de l'être. Après un après-midi de bricolage épuisant mais sans vraie prise de tête, ils ont fait de sacrés progrès dans les notices de montage, comme elle nous le propose avec une gentille insistance on est restés dormir chez elle la nuit dernière. Ses voisins nymphomanes n'ont pas donné dans le concert de grognements, mon père n'a quasiment pas ronflé et pourtant j'ai assez mal dormi. Cet appartement a dû définitivement créer un réflexe de stress pavlovien chez moi.

Voilà, c'est à peu près tout. Ah si, j'allais oublier, je viens d'appeler au Vieux Quimper, une crêperie dans le centre de Nantes, où j'ai réservé une table pour demain soir. Pour deux. Pour moi et Émilie. Je ne sais pas exactement où en était mon compte-rendu de la situation, toujours est-il qu'en fin de semaine dernière et pour je ne sais quelle raison, elle me sort un c'est pas encore cette semaine que tu vas m'inviter à prendre un verre, qui lui-même donnait suite à une suggestion que j'ai dû lui faire il y a quelque temps déjà. En tout bien tout honneur bien entendu, étant donnée sa situation. La conclusion de cette discussion étant grosso-modo, la semaine prochaine, sans faute. En fin d'après-midi je lui demande donc si elle a quelque chose de prévu mardi. De prime abord elle accepte, après coup elle fait un peu la fille qui a des doutes. – Pourquoi est-ce que tu tiens à ce qu'on fasse un truc tous les deux ? Je ne suis pas vraiment une pipelette, tu vas t'ennuyer... En soi c'est vrai que le concept reste étrange pour ne pas dire saugrenu. Mais même si c'est le premier rendez-vous que je file depuis à peu près une éternité, même si ça n'est pas vraiment un rendez-vous non plus, je vais éviter d'en faire des tonnes. Voyons ça comme un énième exercice social.

mardi 08 novembre 2005

Perspectives

Alors que le pays brûle, comme le raconte Fox News avec poésie, je ne peux m'empêcher de penser que des français qui en arrivent à calciner des bus, à vandaliser des locaux associatifs, à saccager des écoles, bref à réduire en cendres les dernières marches de l'escalier social que notre chère République leur a laissé à portée de chaussure (l'ascenseur étant, selon la formule consacrée, en panne) que ces gens donc sont soit complètement idiots soit complètement désespérés. Évidemment j'ai le réflexe de prier pour que ce soit la seconde solution, ce qui en même temps me laisse un goût amer au fond de la gorge. Hélas comme beaucoup de blogueurs je me contenterai d'éluder sur ces quelques mots d'esprit, moi et mes non-solutions, moi et ma nostalgie nonchalante des années Jospin, les trente-cinq heures et les emplois jeunes, ça c'était un vrai projet de société. Même avec le fallacieux prétexte que mes parents, eux, se sont sortis de ces banlieues, que moi je suis noir, intégré et que je me permets même de faire la fine bouche. Et après ? Quelle sorte de légitimité est-ce que ça me donne ? Je ne ferai pas de leçons de morale, pour changer. Je suis juste inquiet et triste.

Sans rapport aucun, ma frangine a eu la désagréable surprise, en rentrant déjeuner ce midi, de découvrir que sa porte avait été forcée et qu'on avait cambriolé son appartement – malgré la serrure trois points et le digicode à l'entrée. Un ordinateur, un téléphone portable, de l'argent en liquide, maigre butin. Elle a l'air de prendre ça assez bien, enfin façon de dire ; avec un fatalisme et une abnégation que je trouve presque étonnants de sa part, surtout en ce moment. Mon père est quand même monté en catastrophe à Paris, histoire de recadrer les choses, avant qu'elle n'aille porter plainte demain. Je suis inquiet, un peu, mais je pense que ça va aller.

Toujours sans transition. J'ai réfléchi environ toute la nuit et une partie de la matinée pour essayer de trouver les mots qui accrocheraient son attention. Mais aucune inspiration et surtout une trouille bleue des éventuelles conséquences, ça a été page blanche – ou plutôt fenêtre MSN blanche, mais passons. Je la croise à la pause café à midi, elle est assise pas très loin, en face de Paco qui fait les mots croisés. Moi je fais plutôt les quatre cents pas autour de la machine à café, je fais semblant de m'intéresser, j'hésite mais finis par me poser sur un tabouret. À côté d'elle. Je me rapproche discrètement sans dire un mot, elle m'adresse quelques sourires mais s'éclipse plus tôt que prévu. Je désespère légèrement, me convaincs que ça va être une journée sans intérêt de plus, comme tant d'autres journées où j'ai attendu quelque chose qui n'est jamais arrivé. Sauf qu'en fin d'après midi c'est elle qui ouvre une discussion, sur un sujet quelconque. Presque soulagé, j'enchaîne, je blablate, je divague, elle relance, de temps en temps. L'heure tourne, j'ai les neurones qui se touchent, je décide de rentrer. Avant de partir je conclus quand même, un peu comme Ross à la fin du premier épisode de Friends. – Juste un truc. Si un jour je t'invite à aller prendre un verre, tu crois qu'il y a des chances pour que tu acceptes ? (silence) – Je vais y réfléchir... J'ai envie d'être vaguement optimiste.

dimanche 06 novembre 2005

The song remains the same

Hier soir j'étais invité à la pendaison de crémaillère de la fille, qui par ailleurs a donc accouché fin août et profitait ainsi de l'occasion pour nous présenter sa petite. La scène se passe quelque part au milieu d'une zone pavillonnaire immense, banlieusarde et assez quelconque, les linéaires de maisons uniformément grisâtres commencent à sérieusement accuser leur âge. Mais ils ont l'air bien installés, c'est grand, ils ont un jardin. Je n'habite pas très loin et je connais assez bien le quartier (Romain habite à côté) donc je suis le premier à arriver, une bouteille de blanc et des Ferrero Rocher à la main. En entrant je croise le couple de retraités qui leur sert de voisins immédiats, chocs des générations un peu, choc des mondes surtout. Du reste ça pourrait grosso modo résumer la soirée, même si ça fait un peu caricatural, même si ça fait un peu convenu : les étudiants sur le tard et les adultes bien installés. Je vois ainsi les uns et les autres arriver petit à petit, je n'en connais pas les trois quarts et, si paradoxalement j'arrive à peu près à engager la conversation avec certain(e)s plus avenant(e)s que d'autres, c'est avec soulagement que je vois arriver Jésus-Christ, Aude avec son H, Emilie et Mathieu (sa copine nous rejoindra plus tard)

Choc des mondes donc, ça parle accouchements, haptonomie, couches culottes biologiques, lait maternisé lyophilisé, de vache ou de chèvre ; murs porteurs, isolation, déménagement, aménagement intérieur, extérieur. Cuisine américaine. L'ultime grand écart de la soirée consistant quand même en la présence dans ce même salon, des collègues professeurs du mari de la fille (d'age assez avancé pour certains) et d'élèves du lycée professionnel où il enseigne. Au second degré ça négociait sur le contenu des contrôles à venir et sur les notes des trimestres précédents. Original. Malgré tout l'ambiance prend bien, c'est une sorte de joyeux mélange des genres, je ne sais pas si ça a plu à tout le monde, moi-même ça m'étonne que ça se soit passé aussi bien. Et puis quelqu'un a la bonne idée de mettre en fond sonore l'intégrale des albums studio de Led Zeppelin, et puis des gens ont eu la bonne idée d'arriver les bras chargés de tartes et autres crumbles, fatalement ça aide, c'est bon à savoir.

Même si au fil du temps les groupes se reforment et je me retrouve rapidement entouré des personnes sus-nommées, à scotcher sur un canapé déserté par les autres convives qui lui préféraient la cuisine, à essayer de reconnaître les génériques du hit des séries télé. Aude finit par tiquer sur le et toi quand est-ce que tu t'y mets [à faire des enfants] qu'on n'arrête pas de lui rabâcher, parce que c'est la plus vieille d'entre nous, parce qu'elle réclamera le bébé de la fille toute la soirée, parce que c'était drôle – mais pas parce qu'on se voulait vexants. Je découvre qu'elle a des plans assez arrêtés sur le sujet. D'abord le mariage, ensuite les enfants, et puis il lui reste encore du temps. Je comprends la tonalité jaunâtre de son rire, elle a dû y réfléchir probablement plus d'une fois. J'apprends aussi (officiellement) qu'Emilie est célibataire, l'horoscope dit que les Gémeaux aiment qu'on leur courre après et c'est un peu ça. J'essaie de la suivre quand elle se lève, tout en évitant de passer pour un gros pervers, c'est assez compliqué, je me rapproche quand on laisse une place vacante entre nous ; j'ai la vague impression qu'elle aussi multiplie les signes de normalisation des relations diplomatiques, mais je pourrais tout aussi bien me tromper, ça ne serait pas une première, je lui parle peu directement, je n'attrape que rarement son regard.

Reste ce quart d'heure où elle jouera avec la petite Yoana que je tenais amoureusement dans mes bras, mais j'avais l'attention bien trop accaparée par la gamine pour m'amuser de la situation avec elle. Et puis ce trait cinglant de cette chère Aude, et vous deux vous êtes célibataires, quand est-ce que vous vous y mettez, que j'aurai le réflexe de prendre suffisamment à la rigolade pour que ça ne me déstabilise pas trop. Surtout quand on se met à ironiser de concert sur une éventuelle demande en mariage. Charmant. Même si je me dis que ça me donne sûrement de quoi orienter la tournure des évènements si je la revois demain. Soyons fous.

vendredi 28 octobre 2005

En vrac #1553

Là je devrais être en train de dormir. De façon assez maniaque je me force régulièrement à aller me coucher aux alentours de minuit, histoire d'avoir au moins un peu de répondant le lendemain matin, histoire d'arriver à faire suffisamment semblant de travailler. C'est juste que j'ai un million de choses à raconter et que je n'ai jamais le temps. Je ne pense pas par exemple trouver les deux bonnes heures nécessaires pour m'écrire une trace détaillée de mon séjour en Grèce. C'est dommage, ce sont des souvenirs qui s'envolent... En revanche je peux rapidement faire l'éloge de The curse of the were-rabbit. En regardant bien derrière les blagues bon enfant, l'humour de Wallace et Gromit est souvent très subtil, basé sur des détails qui fourmillent dans le décor, c'est génial à voir, surtout quand on imagine la montagne de patience qu'il a fallu pour animer tout ce petit monde ; tout en m'étonnant de la pitoyable qualité du sous-titrage français, qui se débat péniblement parmi la ribambelle de jeux de mots qui émaillent le film.

Je pourrais aussi vous parler de ma soirée d'hier, je sortais tranquillement du travail à une heure à peu près décente, je traîne un peu sur le parking avec Paco (aka Stéphane n°2) et il finit par me proposer d'aller boire un verre en ville. Résultat deux bouteilles et un demi de bières diverses et variées, Yoann n°2 qui nous rejoint, un dîner qui m'a bien éclaté la panse à la Bouche à Oreille – un bouchon un peu cher mais pas mauvais du tout. La discussion est très centrée sur le boulot, il faut dire qu'il y a de quoi, ça casse sec et c'est relativement marrant, je ne pensais pas (ou plutôt j'ai souvent tendance à oublier) qu'il se passait autant de choses dont j'ignorais l'existence. J'ai évité le sujet Émilie/Aude avec un H, il m'a parlé d'une relation bizarre avec une copine bizarre, un truc que j'ai un peu de mal à croire, mais après tout pourquoi pas. Un assez bon moment je dois admettre, l'imprévu a décidément du bon.

A part ça je continue de me ruiner en disques (Ceu, Pink Martini, Disturbed...) et en t-shirts (ComBoutique et La Fraise), j'ai enfin un un objectif qui ouvre à plus de 4, je passe une bonne partie de mon temps sur PES 5 et samedi je dois sauter à l'élastique. Tout un programme.

jeudi 20 octobre 2005

Sans recours

Des fois, je ne sais vraiment plus comment réagir, ça m'inquiète, ça me fout les boules. Depuis quelques temps ses humeurs semblent excessivement changeantes et elle peut passer d'une attitude guillerette au bord des larmes en quelques secondes. Evidemment j'essaie d'éviter le plus possible toute mauvaise parole qui pourrait la faire basculer, mais il y a juste des moments où je me retrouve impuissant ; comme quand je l'entends fondre en pleurs de l'autre côté du téléphone, pour pas grand chose, pour vraiment pas grand chose ; parce que je lui avais promis de lui envoyer un lien par mail, que j'ai oublié, parce que je suis sorti, que je n'entends mon téléphone sonner qu'au bout de son troisième appel. J'ai envie d'être présent mais j'ai peur de faire une bêtise ; elle c'est le contraire, elle dit qu'elle est contente de nous voir mais fait un peu la tronche quand on est en face d'elle. Je ne veux pas forcément que tout redevienne comme avant, où les choses semblaient si simples, pendant trois ans je lui ai montré que j'étais le grand frère le plus affectueux du monde et ça semblait suffire ; je me contenterais juste d'une explication, de comprendre ce qui ne va pas, pour si possible faire quoi que ce soit pour que ça aille mieux...

vendredi 05 août 2005

Situation update

À vrai dire j'hésite un peu entre lui montrer ma présence et mon affection de façon démesurée, quitte à passer pour lourd, ou la laisser digérer cette histoire à sa façon sans trop chercher à m'immiscer, éviter de l'étouffer à tout prix au risque de passer pour celui qui crée une distance gênée, limite honteuse – ce qui n'est évidemment pas le cas. En fait ce que je crains par-dessus tout c'est d'être quelque part et d'une façon complètement inconsciente, donc difficilement corrigible, une partie même du problème, une multiplicande négative de plus dans l'équation qui l'a menée à cette extrémité. Mais ça je ne le saurai probablement jamais et lui demander ne servirait à rien, sa probable réponse négative étant compréhensible dans a priori n'importe quel sens. Je l'appelle de temps en temps, mais je suis tellement trop plein de bonnes intentions et de présuppositions comme celles que justement je vous expose, que ça se résout souvent rapidement en un simple bonjour-au-revoir, bien loin de nos échanges habituels. En ce moment elle passe ses nuits chez une copine, elle est retournée au travail, elle doit consulter demain. J'ai envie de croire qu'elle reprend pied et en même temps je sais que le problème de fond – dont j'ignore complètement la consistance – est probablement resté irrésolu. Et je m'imagine mal continuer à vivre ainsi dans l'angoisse de la prochaine crise. Oui je ramène tout à moi comme d'habitude, mais après tout c'est bien de moi qu'il s'agit dans ce journal. Il faudra juste que je lui en parle, quand l'orage sera passé et quand je m'en sentirai le courage.

lundi 01 août 2005

Où le héros sauve les apparences

Ma soeur a fait une TS samedi matin. J'apprendrai par la suite qu'elle consultait depuis plusieurs semaines, qu'elle était sous traitement pour ces mutilations qu'elle s'infligeait aux avant-bras et à l'intérieur des cuisses. Alors que la veille au soir elle et son petit ami venaient de se séparer, au petit matin elle a avalé deux fois deux comprimés de Zoloft et de Tofranil. Escalade. Vendredi, tard dans la nuit, elle m'appelle pour qu'on s'organise pour le mariage auquel on devait assister, ensemble, le lendemain, je n'ai rien perçu dans sa voix. C'est affalé dans les toilettes du train pour Paris, après qu'elle ait essayé en vain de me joindre une dizaine de fois, qu'elle m'apprend avec des sanglots dans la voix, qu'elle n'a pas la force de supporter la rupture, qu'elle a essayé de se faire du mal. Je ne sais pas bien comment réagir, je sens les larmes monter. Mon premier réflexe, c'est un immonde chantage affectif pour la convaincre d'aller se faire vomir et d'attendre quelques heures au moins, que j'arrive, pour la voir une dernière fois. Elle accepte, elle s'alite. Ce long trajet ferré fut le plus angoissant de ma vie. Dans le métro j'essaie de me faire à l'idée du pire, une fois de plus je sens que la situation m'échappe. Je suis déjà en train de me générer des dérivatifs pour éviter d'avoir à assumer la situation. Je regarde le cul des parisiennes.

C'est d'un pas ralenti que je parcours les derniers mètres des rues de son quartier, j'ai irrémédiablement peur de ce que je vais trouver. Une jeune fille belle comme un coeur allongée en position foetale sur le parquet de son salon, une flaque de vomi mêlé de sang sortant de sa bouche et une froideur sur le visage, une raideur dans les muscles qui ne trompent pas. Je sonne, une fois. Je sonne une seconde fois, une troisième. Rien. La serrure trois-points m'empêche de forcer la porte. Je m'assieds dans le couloir, la respiration me manque. Finalement j'entends une clé qui se tourne et elle m'ouvre, l'air bouffi comme après un mauvais trip. Je la prends dans mes bras. Elle retourne silencieusement se coucher. Elle toussera, elle s'agitera, elle transpirera toute l'eau de son corps, mais elle vivra. Je la veille comme je peux, je prends régulièrement son pouls, je range un peu son appartement. Comme si ça pouvait ranger l'intérieur de sa tête. J'avais remarqué ces mutilations, je m'étais inquiété mais sans plus, elle refusait obstinément de m'expliquer. J'évite de trop cogiter, je sais que je suis incapable de comprendre. Je parcours des bandes dessinées en écoutant Nostalgie.

Vers quatre heures elle se réveille, enfin, je ne sais pas trop quoi dire, ni quoi faire, à part la laisser pleurer dans mes bras et attendre. Elle consulte son répondeur, elle rappelle Nicolas. Nouvelle discussion, nouveaux pleurs. Sur la table je vois les comprimés pelliculés formant un petit tas compact dans un sopalin. Elle avait dû prévoir d'en avaler plus. On finit par parlementer, je lui dis que je suis en vacances, que je veux rester avec elle à Paris. Elle me répond que je vais m'emmerder, qu'elle a envie d'être seule. J'ai l'argumentaire en berne. Finalement elle décide de s'en tenir au programme initial, repartir pour Le Croisic dans la soirée pour aller retrouver ses copines au bord de la mer. Je ne sais pas. Mais c'est elle qui doit voir au mieux. À six heures et demie on reprend le train dans l'autre sens, entre deux sommes calée au fond de son fauteuil de première, je lui adresserai quelques mots égoïstes et maladroits que je regretterai par la suite. Je descends à Nantes, je la laisse filer, un peu coupable, je me dis qu'au moins elle sera entourée, que ça lui évitera de recommencer. Je compte les regards qui se retournent sur moi dans les rues de la ville.

Dimanche matin je la rappelle pour lui demander si je peux remonter avec elle à Paris. C'est toujours un non catégorique. Je finis par expliquer la situation à mon père, sans mentionner la tentative de suicide. Lui est visiblement plus au courant de la situation, il décide de la rappeler pour voir. Il est beaucoup moins pesé que moi, il lui étale un mauvais mélange de je suis ton père et de en tant que médecin traitant – note pour plus tard, changer de médecin en ce qui me concerne. Finalement il la laisse retrouver ses amies. Il m'explique cette histoire d'analyse, visiblement ces deux là m'ont caché un certain nombre de choses soit disant pour ne pas me rajouter un souci de plus. C'est idiot. Il me dit qu'il a peur qu'elle fasse une bêtise. T'inquiète pas mon con, c'est déjà fait. En fin d'après-midi on décide de prendre la voiture pour l'intercepter à son retour sur la capitale. En chemin il me dit que la vie est étrange, m'explique que ça a toujours été dur, me parle de ma mère et des débuts de leur relation. Pour une fois je l'écoute et je sens quelque chose d'intense me presser sur le coeur.

On frappe à sa porte, une fois de plus, elle est au téléphone, une fois de plus, elle sanglote. Par pudeur on reste sur le palier et on attend qu'elle termine. De longues minutes, je n'ai pas grand chose dans la tête. Finalement on entre, l'affrontement est inévitable face à cette invasion, alors qu'elle nous avait explicitement expliqué vouloir rester seule. J'écoute les conneries que lui sort mon père, j'ai un peu envie de rigoler. On voulait juste s'assurer que tout allait bien, c'était très con et très égoïste, mais on l'a fait. Elle avait l'air d'aller mieux, elle nous explique qu'il faut qu'elle retourne au travail demain, nous parle de sa période d'essai qui dure encore quelques semaines, et parle au futur, c'est ça qui nous rassure. Alors on décide de la laisser tranquille comme elle le demande. Sur le perron elle m'explique que Samedi matin, c'était juste sur le coup que c'est allé mal, que maintenant ça va. J'essaie de m'en convaincre sans pourtant pouvoir m'enlever de la tête qu'au prochain obstacle, elle tombera de la même manière, peut-être encore plus bas. J'essaie de me faire à l'idée, j'essaie d'éluder avec autre chose. Après tout c'est son choix, peut-être irréfléchi, peut-être motivé. Je me dis qu'on est tous libres, que si on coule c'est aussi parce qu'on se laisse couler, et d'autres conneries du genre.

mardi 12 juillet 2005

Petits tracas et conséquences

Demain matin, neuf heures, réunion entre six yeux, moi et mes deux chefs de projet, Guillaume et Seb. Le libellé dans Outlook : salaires. Sachant que ça peut vouloir dire tout et n'importe quoi ou disons plutôt, que ça recouvre un tellement grand nombre de scénarios... De la négociation ouverte à la simple notification de l'augmentation annuelle indexée sur la grille de la convention collective. Sachant que les collègues de l'autre département ont déjà eu ce même entretien et que, même si leur manager est beaucoup plus (con et) expéditif, ça s'est vite transformé en d'accord tu peux toujours dire ce que tu veux de toutes façons on ne te donnera que ça. En me rappelant également la façon dont le sujet avait été abordé à la fin de mon entretien d'embauche : de toutes façons, nous, on suit la grille. J'ai quand même préparé une réponse au cas où on me demanderait, même si j'ai un peu moins confiance dans mon argumentaire depuis que je me suis mis à ne plus rien foutre. Enfin, c'est pas totalement vrai et puis j'ai un passif qui joue en ma faveur ; en plus je passe une partie de mon temps à aider ou à donner des directions ; je sais que je ne suis pas indispensable, encore moins maintenant, mais je pense avoir une carte à jouer.

Mais bref, cessons donc de vous rabattre les oreilles avec ce genre de considérations bassement carriéristes. Ce midi la fille passait faire ses adieux avant son congé maternité, qui commençait officiellement en fin de semaine dernière et qui doit se finir au début de l'année prochaine. Occasion d'échanger avec elle quelques mots sur son marathon de ces deux dernières années. En vingt-quatre mois elle a rencontré son futur, ils se sont mariés, elle est tombée enceinte et là ils sont sur le point de signer pour une maison. Le divorce c'est pour la semaine prochaine ? ironise-t-elle. Moi ça me fait penser à une sorte de marche forcée vers un destin que tout le monde leur a écrit par avance. La liste convenue des choses à faire avant trente ans. Je ne sais pas si j'avais déjà décrit ce sentiment étrange mêlé de pitié, même si je les crois les plus sincères du monde, même si rien de tout cela n'a l'air ni prémédité ni relevant d'une quelconque névrose de la banalité ; mêlé de pitié donc et évidemment d'envie. Parce que cette névrose je la développe aussi et je ne sais pas si je dois me réjouir ou m'inquiéter d'en être à des années lumières de sa réalisation.

Dix-sept heures, je sirote assez idiotement mon troisième café de la journée alors que le thermomètre affiche largement trente degrés. Émilie passe, son sac sous le bras, comme si elle allait partir. Mais elle me voit, elle me sourit et étrangement vient me (nous en fait, mais l'autre c'est Stéphane) rejoindre au bar de la cafétéria. Je ne sais pas comment réagir, je ne sais pas s'il faut comprendre quelque chose, elle partait visiblement pour chez elle, elle n'a aucune raison de s'arrêter en salle de pause, et pourtant elle est assise là. Un peu en face, mais pas trop. Je cogite, je me répète exactement cet argumentaire. Un peu désarçonné, je ne trouve rien de plus original à lui demander que si elle fait le pont vendredi. Non, il faut bien que quelqu'un réponde au téléphone. Ricanements, silence. Silence. Le plafond est très bas, Igmar. Silence. Assez vite quand même j'abdique, prétextant que j'étais là depuis déjà une demi-heure je fuis la confrontation au pas de course.

Des années-lumière, je vous dis.

mercredi 06 juillet 2005

Retour au bercail

Kévin est revenu de ma mission vendredi dernier. Pour le moment il est dans une situation relativement incertaine : ceux qui décident ne savent pas encore ce qu'ils vont faire de lui, soit l'envoyer à nouveau en prestation à l'extérieur soit le réintégrer, par je ne sais quel tour de passe-passe. Quand il a réapparu dans l'open-space, ça a été assez particulier. Un regard et un rire étouffé vers moi et Stéphane, puis tour habituel des bureaux pour dire bonjour, pas si habituel que ça vu que peu de gens savaient où il était depuis deux mois ; enfin retour en arrière pour nous dire bonjour – retour suivi d'une amorce de conversation assez convenue mais un peu gênée donc rapidement écourtée. La vérité c'est que j'étais content qu'il revienne (doux euphémisme) mais pour je ne sais pas quelle raison j'essayais de contenir ma joie ; peut-être pour ne pas donner dans le débordement trop démonstratif. Au contraire de Jésus-Christ, dont les accents de surprise suraigus ont fini de me convaincre de rester discret.

Puisque donc il est dans l'expectative, pour ne pas dire qu'il n'a rien à faire, sauf à se tourner les pouces et attendre qu'on décide de son sort, évidemment on a relancé MSN, évidemment j'en fous à nouveau plus une. Et ce malgré le petit speech de remotivation des troupes entonné par Bruno ce matin, qu'on pourrait résumer en les choses vont bien, la vie est belle, continuez de cravacher comme des brutes, le bout du tunnel n'est pas si loin. Il a aussi confirmé d'éventuelles opportunités d'évolution pour ceux qui sauront les saisir. Dont acte.

Et puis qu'on parle d'opportunités et pour en finir avec cette petite newsletter sur les joies incommensurables de la vie d'entreprise, je me dois de noter même si ça n'est pas forcément avec les termes les plus appropriés : la réapparition de Aude, qui revient aussi de prestation et de vacances ; le passage en coup de vent de Caroline, la stagiaire graphiste qui ressemblait à un ange ; et l'arrivée de Sophie, stagiaire service client, qui elle aussi s'est mise dans la tête de tourner en dérision ma tournée de bises du matin , qui me rend des demi-sourires à chaque fois que je la regarde et aux taquineries de qui je n'arrive vraiment pas à répondre. Et pourtant c'était devenu ma marque de fabrique.

vendredi 01 juillet 2005

Au secours !

Je descendais en quatrième vitesse les marches de sa HLM, fuyant avec un malaise prononcé une situation que je n'aurais pas pu tenir bien plus longtemps. Sur le palier je les voyais encore me demander avec insistance si j'étais bien sûr de ne pas vouloir rester manger, alors qu'ils finissaient de mettre la table. C'est vrai, j'aurais pu dîner avec eux et c'est avec gêne mais sans grande crédibilité que je prétextai l'attente de mon père, qui lui aussi avait probablement fait la cuisine. Ce que je fuyais avant tout c'était cette impression que laissais de n'être une fois de plus venu que pour rendre service, à défaut de venir rendre visite. Et comme en plus ça me coûtait visiblement, au fond l'impression devenait celle d'être venu à contrecoeur, presque par obligation. Pourtant juste avant mon départ j'ai passé quelques instants presque agréables à discuter avec Nino et ma cousine. Mais déjà à ce moment je n'avais plus qu'une seule hâte, celle de partir, loin. J'ai abrégé presque grossièrement. Et au lieu de diluer mes obligations dans un énième exercice social, je suis parti au milieu des sarcasmes et des reproches à demi-voilés. Mais il faut me comprendre, une fois de plus j'avais piétiné quelques heures en face de l'ordinateur d'Eric, à faire croire que j'y pouvais quelque chose alors que je n'en avais ni la patience ni l'envie. Et eux qui vivaient dans la pièce à côté et moi avec les pires peines du monde et l'envie quand même de laisser tomber cette machine ingrate, pour effectivement jouer à celui qui venait pour prendre des nouvelles. Au lieu de cela je revenais pour dépanner, la quatrième fois en une semaine, chaque fois avec encore plus d'appréhension et avec encore moins de solutions. À un point que ça en était devenu rituel, j'arrivais, j'allumais l'ordi, je pestais, je repartais. À cette différence près que cette fois ils étaient tous réunis, un peu comme s'ils avaient prévu quelque chose. Qu'importe, je n'étais pas en état, je ne suis plus en état. La simple vision de cet écran de PC, de cette chambre, de cet appart' et de cette contrition horrible que fait peser sur moi l'image de l'informaticien de service, image à la fois causée par les demandes qu'on m'adresse et entretenue par mon attitude indigne, me fait éprouver une sensation de rejet suffisante pour me dégoûter d'y retourner. Peu importe ce que je pourrais y trouver par ailleurs, peu importe les raisons normales qui pourraient me faire revenir et avec donc l'impression de jeter quelque chose. Bah, je suis un con, voilà tout.

dimanche 26 juin 2005

Bohème

Cet après-midi on est descendu en Vendée pour la profession de foi de Marguerite, l'ancienne filleule de ma mère, dont mon père s'est un peu retrouvé parrain par procuration. En fait c'est une des filles de Valérie, cette copine de maman qui nous connaît depuis relativement longtemps et qu'on voit depuis par intermittence, comme de la famille lointaine. Et si je t'en parle ce n'est pas pour la messe en elle-même – l'un dans l'autre ces querelles de clocher m'indiffèrent désormais complètement, ça reste un moment à passer comme un autre, du reste je ne m'y suis même pas ennuyé, je regardais le dos-nu d'une des paroissiennes. C'est plutôt pour parler de cette maison campagnarde qu'ils habitent, cette maison qui ressemble un peu à la nôtre, à la fois vide et pleine, à la fois isolée et entourée. À la différence qu'on y passe son temps à se prendre les pieds dans les jouets qui traînent partout, dans les branches et les fruits pourris qui parsèment le jardin, dans une sorte de joyeux bazar savamment entretenu qui contraste avec notre pelouse au carré et notre décoration impeccable. Un peu comme leur vie de famille, ça crie, ça bouscule, ça taquine, un joyeux bazar savamment entretenu, avec cette sorte de retour de manivelle façon seventies, enfants et parents libres et ouverts, du désordre doit naître la libre expression de chacun. Je m'imagine mal recevoir du monde comme ils le font, avec une cuisine a moitié ratée et un foutoir absolu à tous les étages, et pourtant j'envie un peu la joie qu'ils semblent retirer de choses aussi simples que le fait de rire ensemble ou même seulement de ne pas être d'accord entre eux. J'avais envie de me demander au fond, qui étaient les plus heureux, ceux avec une vaisselle de trois jours dans l'évier ou ceux qui peuvent se vanter de pouvoir manger sur le sol. Comme s'il fallait absolument un plus heureux que l'autre, c'est un peu idiot comme question.

vendredi 24 juin 2005

Chocolat Café

Passer du temps avec lui en ce moment précis me pèse. Surtout pour faire ce que je suis censé faire. Lui c'est Éric, un de mes cousins réunionnais. Ce que je suis censé faire, c'est l'aider à remettre son ordinateur en état de marche. Ça c'était pour resituer. L'autre jour je parcourais le début de Je suis noir mais je ne mange pas de manioc – je ne sais toujours pas si je dois lire ce livre, remarquez que je me demande si je dois le lire, pas si je veux de le lire, pas s'il me donne envie de le lire ; agir pour paraître et non pas agir pour être, vous connaissez le refrain. Et donc entre autres choses, ce bouquin évoquait la contradiction entre l'absolue distance qu'il peut y avoir entre deux noirs, un professeur d'université et l'autre, disons, balayeur de chiottes, et la pourtant prétendue connivence de classe qu'on a l'habitude de leur attribuer, sous prétexte qu'ils partagent la même couleur de peau. Avec Éric c'est un peu la même chose. Et vous devinez que je ne me donne pas le rôle du balayeur de chiottes.

Mais en même temps, je ne sais pas comment vous présenter ça sans que ça ressemble à du racisme social, voire du racisme tout court, sans passer pour un gros con fascisant. Lui a des origines malgaches comme moi, il a une grosse vingtaine d'années comme moi, il vit loin de la plupart de ses proches comme moi et doit vivre l'intégration dans une société étrangère. Et pourtant on est tellement différents, comment peut-on s'entendre ? On a des goûts différents, on a des attitudes différentes, des attentes et des aspirations différentes. Ce qui nous sépare, son arrivée en France il y a deux ans, moi il y en a dix-huit. Entre temps j'ai tellement l'impression d'avoir oublié ce que je suis pourtant, un noir, un black, que j'en viens à le regarder lui avec curiosité. Et à me regarder en retour. En vérité qu'est-ce qui en moi revendique ma négritude ; au-delà de ça est-ce quelque chose que je doive nécessairement revendiquer ? J'ai été élevé à l'occidentale, ma culture est occidentale, entouré de blancs et en agissant comme eux, comme ceux avec qui j'ai grandi, je me sens plus ou moins naturel, plus ou moins à ma place. Avec d'autres noirs j'ai tout de suite peur de l'amalgame péjoratif, du cliché du voisin qui pue et qui fait du bruit. Ce cliché significatif on me l'a enseigné en le tournant vers l'extérieur, alors qu'étrangement ce cliché je pourrais également en être la cible.

Dans ce monde idéal où l'on voudrait nous faire croire que la couleur, le sexe, la taille, plus rien n'a d'importance car nous sommes tous égaux, tous identiques, est-ce que je dois entretenir mon originalité en cultivant mes différences ou est-ce que je dois me fondre dans la masse et faire comme si de rien n'était ? J'ai toujours voulu croire dans la deuxième proposition, mais je me pose aujourd'hui des questions. Peut-être avec l'habitude ma personnalité perd ses repères, ce qui me fait me réaffirmer d'autres façons. Je remarque qu'hormis de mon teint mat je fais quand même tout pour me démarquer, vêtements criards, goûts musicaux décalés, provocations constantes ; je ne peux pas être différent parce que noir, on m'a appris à l'école que les noirs ne sont pas différents et que ceux qui pensent ça sont de méchants racistes. Mais toutes ces excentricités que je cultive désormais ne sont-elles pas une façon pour moi que de réaffirmer ma différence d'une autre manière, plus politiquement correcte, après toutes ces années à faire de mes origines comme si de rien n'était ? Tout cela bien sûr en faisait semblant d'oublier que les gens, eux, continuent de me considérer au premier degré, continuent de s'arrêter au cliché.

Pour en revenir à Eric, ça aurait été n'importe qui je m'en serais probablement désintéressé assez vite. Reste que c'est mon cousin, d'une part, et qu'il me renvoie d'autre part une image de cette partie de moi qui ne semble plus exister. D'un côté celle du noir qui s'affirme dans des associations et des actions ouvertement revendicatrices d'une culture originelle, la culture malgache, que moi j'ai perdue ; celle aussi de l'individu normal qui a des joies simples et des interrogations carrées, que j'ai un jour cessé d'être pour devenir ce gros monstre d'élitisme et de pédanterie qui vous parle et qui au bout du compte ne sait plus où il en est.

samedi 11 juin 2005

Rejet

Hier soir, ulcéré pour l’énième fois par les attitudes stupides de mon père, je l'ai repoussé fermement des deux bras quand il a entamé son traditionnel et hypocrite mouvement de conciliation : essayer de me poser une main sur l'épaule, en prenant cette voix idiote de gamin de dix ans et en montrant des yeux abattus et incompréhensifs. Ça n'a l'air de rien comme ça, mais c'est à mon souvenir la toute première fois où il m'a exaspéré à un tel point que je réagisse. Je ne l'ai pas engueulé après, j'ai tout juste bougonné des reproches incompréhensibles et hors contexte. Forcément la situation ne peut finir que par exploser et pourtant la façon dont cette première échauffourée a eu lieu me laisse encore perplexe. Evidemment je me suis retenu, à la seconde où je me voyais le rejeter physiquement j'ai été pris d'une culpabilité imbécile. Parce que, si je sais qu'il serait préférable que ça hurle un bon coup plutôt que ça continue à s'envenimer d'une façon aussi latente, c'est connu j'ai horreur des situations conflictuelles. Aujourd'hui la tension est restée palpable, il n'a visiblement pas oublié et moi je n'ai aucune envie de faire un effort pour que ça aille mieux. Je suis toujours sur les nerfs, j'attends la prochaine goutte qui fera tout déborder.

lundi 06 juin 2005

Fins de semaine

Ce week-end, ma soeurette avait invité quelques copines dont Élodie à la maison, ainsi que son chéri – qui se trouve par le plus grand des hasards être le frère de cette dernière. Je ne sais pas si je suis clair, peu importe. Autre coïncidence quasi miraculeuse, votre serviteur avait également accepté de participer à cette virée entre jeunes, presque naturellement et passé l'angoisse du premier contact. Je devais les retrouver au Lieu-Unique samedi en fin d'après midi. Comme ils sont arrivés un peu en retard, j'en ai profité pour faire un petit tour dans la librairie. La plupart des bouquins qui y sont vendus collent avec l'esprit assez décalé de l'endroit, ce qui ne les rendent pas moins intéressants. Il faut cependant avouer qu'entre les bouquins d'architecture très sérieux (et très jolis), les essais plus ou moins glauques et des bandes dessinées franchement à l'ouest, il y a de quoi surprendre – agréablement.

Ils avaient passé toute la journée à trottiner dans Nantes, au rythme effréné de l'habituel tour de présentation dont ma soeur gratifie tous ses hôtes. Alors c'est à la terrasse devant un café bien mérité et malgré les ires d'un serveur d'une amabilité euphémiquement peu avenante, que se sont faites les présentations. Nicolas, le chéri en question, que j'avais déjà entr'aperçu sur des photos, très grand, convenuement sympathique, picard. Christine et Céline, anciennes co-stagiaires à Blois, la première assez quelconque, l'air fatigué et légèrement absent, elle venait de se faire larguer – la seconde assez mignonne, je dirais même assez jolie, fraîche, drôle, assumée. C'est en ordre assez dispersé qu'on a parcouru l'exposition, qui comme par hasard traitait des livres et de l'art, du coup l'ensemble du hall avait été transformé en une librairie géante. Je me suis bien marré tout seul en parcourant quelques ouvrages, j'ai même acheté un exemplaire de BILD, et donc je les ai assez souvent perdus de vue – d'autant plus qu'eux n'ont pas vraiment eu l'air d'apprécier la visite.

Une petite heure plus tard on a repris les flâneries dans la ville, en passant par quelques coins assez sympas dont je n'aurais jamais soupçonné l'existence. Vers les huit heures on a fini par s'organiser un pique-nique sur les bords de l'Erdre, devant la préfecture, le soleil couchant dans les yeux pour réchauffer ce début de soirée printanière, et cette rivière qu'on dit la plus belle de France ; qu'un inconscient n'a pas hésité à traverser à la nage devant nos yeux ébahis, visiblement un pari perdu, aux vues des moqueries dont ses camarades le gratinaient tout au long de son pitoyable exploit. En repartant on a croisé un autre groupe de jeunes qui nous ont demandé le chemin, occasion de constater avec une certaine inquiétude la conséquente différence d'âge et d'attitude alors qu'on fait pourtant partie de la même génération.

On devait remonter chez Élodie pour de réfléchir à ce qu'on pouvait faire pour la soirée qui s'annonçait. Elle habite une chambre de bonne ridiculement exiguë sous les toits d'un immeuble près de la place Bretagne, mais en contrepartie elle a une vue incroyable sur la ville. Trois églises s'enflammaient dans l'air du crépuscule. On s'est assis avec elle et Céline autour du petit futé et d'une carte du centre, histoire soi-disant de mettre sur pied un plan d'attaque des bars du coin. En fait ça s'est vite transformé en grand fou-rire organisé, la fatigue aidant. Je voyais Céline rire, je la regardais rire et je me disais qu'elle était même assez belle quand elle souriait comme ça ; alors j'ai fait ce que j'ai pu pour entretenir l'hilarité générale, pas ce qu'il faut pour qu'elle comprenne qu'elle me plaisait.

Finalement on est allé au Havana Café, une sorte de bar d'ambiance latino-je-ne-sais-quoi, dont j'ai apprécié au moins autant le concept que la musique. Vers onze heures c'était juste un bar sombre avec de la mauvaise bouillie assourdissante, presque caricaturale, vers une heure et demie c'était une discothèque claustrogène façon boite à sardines. Juste le temps d'étudier avec amusement le profil sociologique de l'endroit et de constater avec dépit que ces conneries ce n'est définitivement plus de mon âge – si tant est que ça l'eût été un jour, ça j'en doute. Sans mentionner le fait que Christine continue de tirer la gueule dans un coin, obligeant les gens à jouer de temps en temps solidairement les piliers de bars. On est sortis vers deux heures, j'étais personnellement crevé, mais exemplairement sobre parce qu'il fallait que je ramène une partie de ce beau monde jusqu'à la maison.

Dimanche a été beaucoup plus calme, on s'est juste contenté de s'empiffrer comme des morfales, mon père ayant une fois de plus décidé de sortir la grosse artillerie pour épater ses convives. Quelques remarques sur la maison, quelques remarques sur la chambre d'amis où je stocke tout bon bazar ; j'espère secrètement qu'un jour une fille prendra le soin de fouiner dans ces petites affaires, juste assez pour se demander si je n’étais pas par hasard digne d'un peu plus d'intérêt. Petite promenade digestive, petit cappuccino à la gare avant leur départ. Là je n'ai plus rien dans les pattes et une légère mélancolie dans la tête. Rien de grave, ça passera à la prochaine mini-jupe que je croiserai.

mardi 31 mai 2005

Pigeon voyageur

Mais recentrons le débat sur des considérations hautement plus intéressantes. Au fond, les choses sont tellement claires, Solenne ne continue de correspondre avec moi que pour garder le contact avec Kévin – qui par ailleurs pour de sombres raisons techniques n'est plus en mesure de répondre à ses mails. Ça c'est l'excuse poliment correcte. Pour faire la radio, l'expression est de lui et c'est bien de cela qu'il s'agit. Elle répond à côté, souvent, oublie les trois quarts de ce que je peux lui dire, me ressert d'une semaine à l'autre les mêmes relances sans imagination aucune. Et pourtant je continue de jouer sagement le jeu, les messages qu'elle veut faire passer je transmets gentiment, je fais attention à ce que je réponds, j'évite les sujets qui fâchent. Elle, élude. À mesure que j'écris je mesure la stupidité de la situation. Son ridicule. Son pathétique. Je lui ai glissé mon numéro de portable à la fin d'un mail, au cas où elle se déciderait à aller prendre ce verre qu'elle fait miroiter depuis qu'elle est partie. Tout ça parce que je ne veux pas me permettre de perdre un autre lien vers le monde des vrais gens, simplement parce qu'une partie de moi continue à croire qu'on pourrait être amis. Vaste fumisterie. Mon pauvre Yvan, à quoi bon tant d'efforts ; on n'est pas mieux tout seuls, franchement ?

jeudi 19 mai 2005

Normalisation

Élodie a téléphoné hier. Je me sens d'autant plus idiot que je m'étais promis de reprendre contact avec elle dans la semaine. Mais que je n'ai eu cesse de repousser, sentant le courage d'une conversation téléphonique m'échapper, au bout de chacune de mes horribles journées de travail. Et c'est donc elle qui a fini par appeler. Essentiellement par politesse je pense, peut-être un peu par ennui. Conversation convenue sur son nouveau travail et sur son nouvel appartement. Parfois hésitante, parfois fluide. Vingt-cinq minutes. Gags et mésaventures ont la part belle. Je trouve ça pas mal en ce qui me concerne, que j'arrive à soutenir une telle interaction sociale aussi longtemps. Il faut dire que dans ma tête les choses semblent plus claires, depuis que j'ai vu cette émission l'autre soir sur Arte, qui faisait remarquer que deux-tiers des conversations humaines étaient la plupart du temps consacrés au bavardage social – qui fait quoi, que devient un tel, etc. Je ne sais pas pourquoi mais ça m'a enlevé une sorte de poids, du coup j'intellectualise relativement moins. Le fait de savoir qu'au fond les gens ne parlent que pour mettre à jour leur base de données relationnelle, ça excuse suffisamment les futilités du commérage, et par extension les sujets légers et insensés – au sens littéral – pour que je puisse faire sortir des mots de ma bouche, même si ça n'est pas encore assez pour que ça semble complètement naturel. Et puis cette conversation a eu le mérite de recadrer une relation relativement floue depuis son départ : au-delà de la connaissance vague, hébergée pour rendre service. Donc je vois ça d'un oeil positif. D'ailleurs il est même envisageable que je lui propose de m'accompagner au concert demain soir.

mercredi 27 avril 2005

Des nouvelles du front

Et à part lire des livres et aller au cinéma, il fait quoi d'autre de sa vie ce pauvre garçon ? – Je serais tenté de vous répondre, ma brave dame, ce que je réponds toujours quand on m'interroge sur ce que j'ai fait de mes week-ends, à savoir rien de spécial, histoire d'éluder gentiment votre question qui mâtine sérieusement avec la plus vulgaire des indiscrétions. Mais je n'en ferai rien. Tiens par exemple, lundi midi j'ai déjeuné avec Jean-Marie, Mathieu et Nicolas, des anciens de la fac et accessoirement ex-colocataires sur Lyon, que je n'avais pas revu depuis des lustres. Certains, les deux premiers, intentionnellement, d'autres par perte de vue inopinée. Jim m'a envoyé un mail la semaine dernière pour me demander de mes nouvelles, sur le coup je me suis dit, les revoir pourquoi pas, et c'est vrai qu'après presque deux ans je me suis presque délassé de leur présence, à lui et à Mathieu. Surtout que ce dernier avait ramené sa copine, sans commentaires, et qu'il en était presque assagi. Moins tape sur les nerfs. On a fait ce qu'on fait toujours dans ces moments là, se souvenir des pires conneries de l'époque et en rire, comme des baleines. Retrouvailles. Charmantes. N'exagérons rien. Il est possible qu'on remette ça, mais je vais pas non plus leur courir après. C'est le second groupe de personnes que je retrouve après quelque temps, on verra ce que ça donne. À part ça, tout va bien, le boulot est infiniment chiant mais les versements tombent, les filles, Julie, Solène, Caroline, disparaissent aussi vite qu'elles sont apparues, et pour le reste... Ce midi on s'inquiétait du fait que, contrairement à mon habitude, je n'aie pas sorti un mot au déjeuner. C'est suffisamment incongru pour que je le signale, c'est donc que dans la moyenne des informaticiens apathiques et renfrognés, on me perçoit comme un peu plus bruyant que la moyenne. Dont acte. Je vais peut-être acheter une moto, aussi... En même temps c'est vous qui aviez demandé.

vendredi 15 avril 2005

Coup de vent

Solenne repassait en fin d'après-midi pour récupérer quelques affaires – elle a enfin réussi à se dépêtrer de ses embrouilles avec la direction et donc, cette fois elle part pour de bon. Elle en profite pour nous faire un coucou rapide à moi et à Kévin, trois mots échangés en quatrième vitesse. Sauf que je ne sais pas ce qui s'est passé quand elle est venue me faire la bise, mais après coup je me prends une remarque de la fille, qui me dit en rigolant de faire attention quand je fais mon regard de séducteur. J'hésite entre pouffer de rire et me planquer sous mon bureau. Kévin me confirme avoir également remarqué l'insistance dont j'avais fait preuve à son égard. Tout ça c'est bien possible, vu qu'en ce moment je ferais même du gringue à un cocker paraplégique si le peu d'amour propre qu'il me reste voulait bien la mettre en veilleuse – ce qui m'inquiète légèrement c'est le fait que je ne m'en rende pas compte. C'est à dire que je suis incapable de contrôler mes réactions et que donc a fortiori je suis incapable d'arriver à ne montrer aux gens que la partie de moi susceptible de leur plaire. Kévin me fait même remarquer que faire systématiquement le clown comme j'ai inconsciemment tendance à faire n'est pas forcément la meilleure solution pour qu'on me prenne au sérieux. Parce que c'est pas tout d'arriver à faire rire les gens, même si c'est la seule chose qui me vienne à peu près naturellement. Certes. Il y a encore du travail.

vendredi 08 avril 2005

Stratégie

Je finis la semaine sur quelques mails échangés avec Solenne, principalement un effet de bord lié à ses histoires avec Kévin : comme il lui a dit qu'on était assez proches, elle essaie de me soutirer des informations. Précisément je me rends compte que je suis un peu un pion dans cette histoire, il se servent de moi pour se passer des signaux, codés. Mais je joue le jeu, voire je leur emboîte le pas. Enfin je ne dis strictement rien de significatif, mais je me débrouille pour entretenir la conversation. Et comme tous deux ont des démêlés administratifs concernant (la fin de) leur contrat de travail, c'est relativement simple à gérer comme interaction sociale. Au delà de ça, je me permets même d'être gentil sans être intéressé et ce n'est pas complètement anodin ni innocent de ma part. Je découvre ainsi que je peux aussi faire des efforts conséquents sans pour autant avoir d'idées derrière la tête, juste pour faire passer quelqu'un du cercle des visages familiers à celui des bonnes connaissances. En l'occurrence, faire un pari stupide qui entraîne l'obligation d'un échange d'enjeux, un oeuf Kinder géant, qui lui-même entraîne forcément une partie relationnelle plus développée – et surtout qui a une existence physique concrète, prendre une pause ensemble pour ouvrir et manger ledit oeuf. Ce n'est pas la première fois que je le remarque, mais l'immédiateté du contact visuel ça permet quand même de gagner beaucoup de temps et d'efficacité. Ce qui prouve, enfin, que je commence à planifier mon relationnel suivant un schéma raisonnable et raisonné, que je sais par avance que je suis capable de suivre, au prix d'efforts minimaux – mais pas inexistants. Il me faut juste du temps et un environnement stable.

jeudi 07 avril 2005

Hospitalité

Ça fait un mois qu'elle habite ici. Un mois d'une cohabitation polie et mesurée. Enfin au moins en ce qui me concerne. Quant à mon père, à son habitude, il est odieux. En fin de compte j'analyse ça comme un mécanisme d'autodéfense. Mais c'est quand même dingue, c'est-à-dire qu'il est méchant au premier degré, vraiment méchant, au second degré il essaie de lui faire croire que tout ça c'est pour de rire, mais la vérité c'est qu'il me répète sans cesse que ça le dérange qu'elle soit là. Et moi d'en conclure que les pires vacheries qu'il lui sort sur le ton de la plaisanterie, en fait il les pense. Je ne sais pas si la pauvre se rend compte, je n'espère pas pour elle. Pourquoi accepter de l'héberger pour dépanner si c'est pour montrer constamment qu'on est ulcéré de sa présence ? Je le déteste. Et je fais une violente réaction de rejet. Plus généralement je fais une réaction de rejet sur tout ce que mon père représente.

En contrepartie j'essaie d'être naturel, lisse et effacé. Par-ci par-là, on échange quelques phrases, de petites discussions terre-à-terre sur la vie-les vaches. Pas trop de silences, enfin c'est surtout elle qui monologue pas mal. Moi j'acquiesce. I'a pas vraiment de gêne parce qu'il n'y a pas non plus promiscuité, pas vraiment d'enjeu parce qu'elle est quasiment mariée. L'un dans l'autre c'est une gentille fille, elle ne connaît pas grand monde sur Nantes, et vu que je suis dans une phase de socialisation à l'extrême, ça sympathise timidement.

De toutes façons, avec les gens, il ne faut pas chercher à être tout de suite trop amical. Ça ne mène à rien. J'ai eu ma phase où j'étais fermé comme une huître, où je ne racontais jamais rien d'un tant soit peu personnel à qui que ce soit. J'étais seul. Là je suis toujours seul, mais à force de vouloir me rapprocher des gens j'ai un peu tendance à extérioriser, trop. En fin de compte, la moindre personne qui m'adresse la parole je l'abreuve de tartines conséquentes de réflexions personnelles. En fait les gens s'en foutent, enfin la plupart. Il faut systématiquement passer par une phase neutre où tu peux plus ou moins échanger sur des sujets banals, le ciné, la musique, le décès du pape, avant de pouvoir aborder des questions qui ont du sens.

Et c'est tellement bateau ce que je vous raconte en même temps, pourtant je vous le sors comme si j'avais inventé le fil à couper l'eau chaude. Des fois je devrais m'écouter réfléchir.

vendredi 01 avril 2005

Tisser des liens ?

Mercredi c'était le délire je retourne au magasin de fringues pour revoir la vendeuse de l'autre jour, le truc qui m'a demandé un effort incroyable et m'a filé une angoisse pas possible, tout ça sous fallacieux prétexte que je devais m'acheter de nouveaux tee-shirts. En fait c'était surtout pour vérifier mes précédentes impressions sur elle, sur son sourire. J'avais aussi le secret espoir de pouvoir m'accrocher, un peu, mais bon. Alors le point positif c'est qu'effectivement elle se souvenait de moi, mais oui c'est à vous que j'ai vendu des Converse !, je les avais au pied, on a échangé deux trois mots, deux trois regards – le mauvais point c'est qu'à part ça elle avait un peu l'air de s'en foutre royalement, de toutes façons elle allait prendre sa pause déjeuner incessamment sous peu. Donc rien. En même temps je ne sais pas trop quelle chute vous trouver à mon histoire qui en fait, et ce complètement à mon image, se termine un peu la queue entre les deux jambes.

Aujourd'hui, j'ai appris que Kévin allait être viré. Ça m'a fait un choc. C'est profondément injuste pour au moins une bonne centaine de raisons, les deux que je vous citerai sont qu'il y a au moins quatre ou cinq personnes qui méritent cent fois plus que lui d'être remerciées, mais elles occupent des postes soi-disant plus stratégiques. La vraie cause c'est probablement parce que sa période d'essai se termine sous peu et que le licenciement va mieux passer. Le truc c'est que, suite à une grosse d'entrée d'argent, la boîte a un peu recruté à tout va, sans réfléchir, au petit bonheur la chance, et qu'aujourd'hui ils se font rappeler à l'ordre. C'est stupide, si les embauches avaient été un peu plus raisonnables et intelligentes, de une on aurait des gens un peu plus compétents en poste, de deux on n'en serait pas dans cette situation aujourd'hui. Ca me chagrine d'autant plus que, et c'est là la seconde raison, pour une fois que j'avais trouvé quelqu'un avec qui je m'entendais vraiment, et pas juste l'entente polie et cordiale, ni juste l'entente rigolote et superficielle, pour une fois, et bien cette personne doit partir.

Je me sens triste et j'en veux à la terre entière. Enfin, surtout à mes patrons, ces connards hypocrites qui sont tout sucre en façade mais qui se livrent aux pires crasses par derrière. Bon cette dernière remarque est peut-être un brin injuste. En fait c'est juste un problème de RH géré n'importe comment. Et puis c'est pas comme s'il allait mourir ou partir faire ermite au pôle sud. J'ai son mail, j'ai son téléphone, on peut rester en contact. Mais je ne sais pas si je pourrai me contenter d'une vague correspondance maintenant que je me suis habitué à sa présence. Comment lui dire la place relativement importante qu'il tient désormais dans le cercle très restreint des gens à qui je parle et me confie librement ? Je ne sais pas si l'intérêt que je lui porte, comme ami, est réciproque – je ne reste peut-être qu'un simple collègue. J'ai peur d'être ridicule, en insistant. En fait, c'est ma phobie du rejet qui resurgit, la même phobie qui m'empêche d'aborder sérieusement une fille qui me plaît, de faire le deuxième pas après être retourné exprès au magasin, celle qui m'empêche de tout faire pour que son départ ne me l'éloigne pas définitivement. Je ne m'imaginais pas que c'était quelque chose d'aussi généralisé.

Je peux peut-être juste lui dire que s'il a besoin d'aide... Je repense à sa promise, à leur enfant à venir ; quelque chose de sobre, une suggestion appuyée. Ouais, je vais faire ça je crois.

lundi 28 mars 2005

Alentours

La fille est enceinte. C'est bien, ça nous fait un sujet de conversation, plus ou moins. Échanges d'impressions, souvenirs d'enfance... Il y a des gens comme ça dont je continue à me rapprocher innocemment, bon gré mal gré, parfois même sans vraiment le faire exprès. En fait j'ai atteint le stade de mon évolution dans un groupe où je me sens libre parce que reconnu et apprécié. En fin de compte l'une des seules choses qui me donne envie de garder ce boulot, c'est que je suis loin d'être certain de pouvoir retrouver cette ambiance ailleurs. Alors j'en profite, pour faire le clown, ce que je fais le mieux, c'est drôle, c'est du grand n'importe quoi – et je prends conscience que je ne peux me sentir bien avec d'autres personnes autrement que dans cette sorte d'état second, où je m'échappe à moi-même.

J'évite souvent les discussions sérieuses, je n'interviens la plupart du temps dans les conversations que pour sortir un bon mot, en fait je n'existe que par mon sens de l'humour. Parfois par mon sens graveleux de l'humour. Ça plaît ou pas, en tout cas ça a le don de démarquer mon semblant de personnalité de la masse. Et aussi de provoquer des situations plutôt ambiguës, dont je ne suis pas certain de toujours garder le contrôle. Quand je blague avec Yoann en lui parlant de son cul, quand lui il me met la main aux fesses, c'est pour de rire... Pris au premier degré ou si ça avait été une fille, ce serait de la drague ouverte. Je ne lui dirais pas non, c'est évident. Mais non, là c'est juste de la familiarité exagérément grossière, dont la proximité me rend perplexe. C'est la même chose avec la fille en fait, pas dans les mêmes circonstances et à un degré moindre, mais elle par exemple je me permets de lui lancer des regards appuyés, je me permets de lui faire des grimaces, le genre de trucs que je fais habituellement pour attirer l'attention.

Le genre de trucs que j'essaie de tester sur Aude, pour voir si ça mène à quelque chose. Avec beaucoup moins de conviction, pour tout avouer. Et des résultats plus mitigés, probablement parce que je ne suis pas vraiment certain d'avoir envie de le faire. Mon problème avec Aude, fallait bien que je finisse par y venir, ce n'est pas tant qu'elle soit vraiment moche, ni le fait qu'elle ne fasse pas d'efforts à ce sujet. Ce ne serait qu'un détail insignifiant si l'agressivité de ses réflexes de défense n'était pas si omniprésente. En même temps je la comprends. Mais c'est compliqué de lui parler autrement que dans un rapport de victimisation qui ramène tout à un échange ironiquement acide. Quoique, avec ce que je viens de dire au-dessus, j'ai peut-être mes chances. Sûrement, même. J'hésite quand même à les prendre ; et rien que cette hésitation me fait dire qu'au fond c'est une mauvaise idée.

samedi 19 mars 2005

Dans le détail

Point par point, après tout ça me permettra quand même de vous dire tout ce que j'en pense, puisque au fond c'est tout ce dont il est question ici. Jeudi soir on décolle du boulot, complètement à l'arrache, avec un soupçon de culpabilité à laisser les collègues se dépatouiller dans une merde pas possible – mais après tout c'est le chef qui nous a dit de partir à l'heure, alors nous évidemment on part.

Le chef parlons-en, rendez-vous devant chez lui à six heures et demie pour le signal du rassemblement. Banlieue pavillonnaire anonyme, petite bourgeoisie, maison ouvrière rabibochée de tous les côtés pour lui donner des airs de paisible masure, SUV tout chrome mais sans les options et payé par la société, visiblement des gens qui aiment paraître et ça se sent tout de suite. Des gens au demeurant très gentils mais intellectuellement médiocres, surtout sa femme, et motivés par je ne sais quelle envie malsaine de montrer avant tout qu'on existe. On part à sept heures, après avoir pris le temps de faire connaissance avec les pièces rapportées – parce que pour le reste c'est un week-end entre collègues, un truc tellement ambigu dans le concept qu'on finit par se demander, si ce n'est pas juste une vaste opération de relations publiques, histoire de bien se faire voir dans la hiérarchie. Même si je veux croire dans leur sincérité.

J'hérite d'une place dans la voiture de Charles et Guillaume. Ce week-end j'aurais appris à comprendre vraiment ce qu'ils sont, je dis ça sans condescendance. Charles a une compréhension relativement poussée du fonctionnement du monde qui l'entoure, c'est-à-dire qu'il sait exactement comment s'y prendre pour obtenir ce qu'il veut. Sauf que sa façon de faire est détestable, il joue au mec rigolo et chieur, en sachant qu'au second degré les gens finissent par le prendre au sérieux et ça marche. Je ne sais pas si au-delà de ça, il est conscient de cette sorte d'intelligence sociale, je ne crois pas. Guillaume reste lui quand même dans le bon coeur de cible de tout le microcosme socioculturel du ventre mou, même s'il est hyperactif et complètement tête brûlée. Il écoute Calogero, il écoute BFM, il écoute Benabar, pour moi ça veut tout dire.

Benabar, officiellement, je déteste. On s'est tapé le disque deux ou trois fois de suite dans la voiture (pour cause de pénurie de CDs) et donc, après écoute approfondie, je peux dire que je déteste. C'est d'une banalité affligeante, surtout au niveau des paroles, genre je parle des pires platitudes qu'il arrive dans ma vie pourtant géniale et je les chante façon nouvelle scène française, de pathétiques faux airs de poète. Contrairement à Sinclair, qu'on s'est aussi tapé deux ou trois fois de suite et qui mélodieusement est quand même bien plus intéressant. Et pourtant ça plaît, est-ce là le fait d'une fausse originalité soigneusement marketée pour flatter l'ego du plus grand nombre, moi j'aime Benabar et pourtant c'est compliqué comme musique donc tu vois je suis intelligent, est-ce le hasard d'une conjonction mystique entre l'envie d'un public pour des chansons avec un peu plus d'intérêt que celles de la Star'Ac et l'émergence de toute une ribambelle d'artistes prêts à reprendre le flambeau ?

Moi je resterai toujours étonné de rencontrer ces gens du ventre mou, ceux qui précisément font tourner toute une partie de l'industrie du disque, de l'industrie culturelle en général, voire de la société du loisir ou la société tout court, en suivant irrémédiablement le rythme imprimé insidieusement par une certaine oligarchie du commerce mondial, qui sait suggérer assez pour que les gens se sentent libres de leur choix tout en contrôlant en fin de compte le moindre de leurs désirs. En sortant de mon milieu d'étudiants gauchistes je découvre tout un monde de gens communs, pas beaufs, peut-être juste normaux, et chaque fois c'est presque stupéfait, limite curieux, que je constate les mécanismes qui les font suivre le courant. Comme Olivier et Celia, un couple de commerciaux, des crèmes, vraiment, accueillants, compréhensifs, adorables, qui glissent de façon presque surréaliste au-dessus d'une vie qui me semble à des années-lumières de la mienne.

La vie de couple, les tracas avec les beaux-parents, l'organisation de la semaine, la cuisine ; la vie, la musique, j'aime ou j'aime pas, se sont ces gens là qui écoutent NRJ, ce sont ces gens là qui regardent Arthur, ce sont ces gens là qui votent, pour Bayrou, pour Chirac, pour Hollande ; la vie a l'air au fond tellement simple, un fois dénuée de toute interrogation métaphysique voire de tout questionnement sur les raisons qui font que le monde est ainsi fait. Presque sans s'en rendre compte ces gens naissent, grandissent, aiment, se marient, se reproduisent et meurent, comme en suivant un trait rectiligne qu'on leur a un jour montré, probablement durant leur enfance, qu'ils ne quitteront jamais. Et quand bien même leur viendrait l'idée de s'écarter un peu du chemin, ce ne sera qu'à travers de petites niches spécialement étudiées et aménagées pour l'occasion, qu'on leur aura suggéré de prendre dans Télérama avec une sympathique connivence, allez-y, évadez-vous, on comprend que vous vouliez prendre l'air, voilà les escapades qu'on vous propose : Benabar, Les Choristes, Nouvelles Frontières.

Encore une fois je n'ai rien contre eux, voire je les comprends, voire je fais parfois la même chose. Et non je n'échafaude pas non plus une théorie du grand complot, je m'étonne juste du manque de lucidité de certains de mes congénères. Alors qu'après tout je ne suis peut-être moi-même qu'une anomalie contrôlée du système, une sale petite vermine, qui ne rentre pas dans les moules, mais dont on canalise quand même les réactions. Avec de l'argent, avec toutes sortes de dérivatifs.

Mais je me demande enfin. L'espèce humaine s'est-elle organisée dans une sorte de système conscient avec une volonté propre d'aller dans une certaine direction ou est-ce que tout ça ne reste qu'un grand bordel où chacun trace sa route dans son coin ? Existe-t-il comme dans une fourmilière une sorte d'intelligence de groupe qui fait que, vu au niveau de l'individu, chaque action semble atomique et pourtant la multitude semble fonctionner de façon cohérente et réfléchie ? Et dans ce dernier cas, existe-t-il un moyen au niveau individuel de parvenir à influencer fortement la masse, pas seulement au niveau politique mais au niveau du comportement quotidien, de parvenir à casser les codes et à vaincre la monotonie ? La suite de mon séjour métaphysique au ski dans le prochain épisode.

mardi 15 février 2005

De mes réponses stériles

Et précisément si je ne fais que vous parler de la vie des autres c'est aussi parce que finalement la mienne reste définitivement monotone, banalement cyclique. En fait, sa copine est enceinte. Depuis quelques jours il me pose des questions sur la paternité et sur ce genre de choses, mais je n'ai percuté qu'aujourd'hui. Le problème c'est qu'il ne veut pas d'enfant, pas pour le moment, pour des questions de responsabilités, pour des problèmes de motivation – contrairement à elle qui en désire plus que tout. Il l'aime vraiment cette fille, mais de là à prendre le risque de rendre un gamin malheureux... Décision incroyablement complexe et responsable. Une fois de plus je ne sais pas trop quoi lui répondre, une fois de plus je ne suis pas la bonne personne à qui confier ce genre de choses. Je suis resté à un stade antérieur. C'est étrange parce que c'est quelque chose que j'ai tellement recherché, qui m'a définitivement tellement manqué, le fait de discuter sérieusement avec quelqu'un, d'avoir une personne à qui je peux raconter mes états d'âme et réciproquement ; et pourtant maintenant que c'est le cas j'hésite et je ne suis pas bien certain de la façon dont je dois réagir. Mes hésitations viennent aussi du fait que cette histoire me renvoie inévitablement à mon envie pressante d'avoir un môme. Je pensais qu'avec le temps c'était relativement passé au second plan dans mes priorités, que je m'étais résolu à organiser les choses dans un ordre logique. Plus il me parle et plus je me rends compte de la réalité. Le fait est que je trouve ses hésitations totalement insignifiantes, qu'à sa place je me lancerais sans y repenser, quitte à foutre le reste de ma vie en l'air. Je ne me l'explique pas, c'est probablement hormonal et/ou sociologique, en tout cas hors de mon entendement. Ça me rappelle juste avec violence l'absurdité de ma situation et surtout son incohérence avec ce que je veux vraiment. Pour ça non plus je n'ai pas de solutions.

mardi 18 janvier 2005

Changement de programme

C'en est presque amusant, même si ça ne reste malgré tout qu'une série de coïncidences soigneusement préméditées. Comme par enchantement, les amateurs de karting se sont désistés les uns après les autres, qui pour une livraison à faire le soir même, qui pour un client qui lui saute à la gorge à la dernière minute, qui juste pour cause de flemme. Alors on s'est retrouvé relativement bêtes, à trois pauvres perdus, sans plus vraiment grand monde à qui se mesurer. Fatalement donc on a reporté la séance, espérant la semaine suivante plus propice, et fatalement je me suis retrouvé libre ce lundi soir. Ni une ni deux, direction le match d'impro. Ce qu'il y a de bien avec ces cours c'est que ça se passe sur un campus perdu loin dans la campagne, ce qui fait que les gens qui n'ont pas de voiture se retrouvent coincés pour y aller. Julie, elle, n'a même pas le permis. Et c'est avec sa voix douce et monocorde qu'elle m'explique, sur le trajet, ses déboires avec son ancienne auto-école, qu'elle me parle de son embauche aussi, de son week-end à Quimper – des choses dont tu t'inquiètes comme de l'an quarante, mais dont moi je ne perds évidemment pas une miette parce qu'après tout, c'est quand même Julie qui est assise côté passager, à un mètre de moi. Je reste détaché, complètement, les pieds sur mes pédales, le regard sur la route, quelques mots pour la relancer et quelques idioties pour la faire rire. Elle n'est pas vraiment du genre à plaisanter, honnêtement, et pourtant des fois tu sens l'effort qu'elle fait pour s'adapter à notre humour, qui reste quand même relativement spécial, et c'est rassurant. Et là je sais ce que tu t'imagines, cher lecteur, qu'à ce moment là je me contrefous royalement de ce match d'impro, de ce prétexte futile, qu'à ce moment là je suis définitivement ailleurs, avec juste assez de présence d'esprit pour avoir légèrement conscience de la situation. Tu sais comme il m'en suffit de peu pour faire mes journées. Et pourtant, ce match je me réjouis d'y avoir été, car quand, parce qu'elle cherche des thèmes et des contraintes à poser aux joueurs, Anaïs tombe dans ton regard avec ces yeux pétillants de la fille qui espère l'inspiration géniale, concertation à trois, moi, Anaïs, Julie, le sourire bête d'une complicité hypothétique, les filles sont belles quand elles aiment ce qu'elles font et dans ton regard, à cette seconde-là, cette fille est sans doute la plus belle du monde – avoue quand même que ça reste des instants bien particuliers, ces temps qui ne durent sans autre signification que leur propre existence, ces moments qui ne vivent justement tout leur sens qu'entre ces parenthèses qui les entourent, ces parenthèses où le monde extérieur, la voiture, la route, le public, les gens, les petits copains et les matchs d'impro n'ont plus aucune emprise. Non, la vie est une peau de vache, mais i'a des recoins de cette peau de vache qui sont vachement doux.

samedi 09 octobre 2004

Les lois de l'attraction

Hier je me la suis un peu joué gamin de quatorze ans tiraillé par ses hormones, enfin à ma façon hein, infiniment discrète et mesurée, mais quand même, et j'en étais presque étonné tellement ça faisait longtemps que je n'avais pas agi de façon aussi bizarre – souvent je rigole tout seul quand je me rends compte à quel point je peux être con, ce qui était définitivement le cas. Le truc c'est qu'elle ne travaille pas tout le temps dans nos locaux (je crois que je peux dire nos locaux, puisque ma période d'essai a été écourtée d'un mois – youhou !) des fois elle est en déplacement et c'est assez aléatoire, on ne peut jamais savoir si elle sera là le lendemain. Et donc hier elle était là après une semaine d'absence, ce que je n'ai pas manqué de lui faire remarquer avec un grand sourire quand elle m'a fait la bise – parce qu'elle me fait la bise. À l'heure du déjeuner, il y a eu un mouvement général pour aller au restau-grill, et ils avaient besoin d'être un nombre pair (une sombre histoire de coupons de réductions), et j'aurais pu y aller avec eux, et j'aurais voulu y aller avec eux, mais dans son bureau elle n'avait pas l'air de broncher et je me suis souvenu de son regard de lundi dernier quand on est pas allé manger avec elle. Alors je suis resté. Sauf qu'elle est allée à la cantine en catimini et que je ne l'ai pas vue partir. Donc j'embarque Kévin avec moi direction la cantine où évidemment on l'a retrouvée attablée avec une autre collègue et où évidemment je me suis jeté sur la place juste à côté d'elle. Et ainsi de suite, toute la journée. Et là vous vous dites je ne vois pas trop où il veut en venir ni pourquoi il me raconte tout ça. La vérité c'est que j'ai des sentiments contradictoires quelque part entre l'optimisme et la résignation, que des fois j'ai l'impression ou l'envie qu'il se passe quelque chose et puis d'autres fois rien, calme plat, grand miroir de mon désespoir, tout ça, le désir, la crainte et les scrupules tout ça mélangés, ce qui ne va évidemment pas pour me rassurer. Peut-être qu'il faudrait que je consulte.

vendredi 08 octobre 2004

Le verre plein

Le matin, un peu avant neuf heures moins dix, j'écoute l'horoscope de Nostalgie dans la voiture en allant au boulot. Pas que j'y accorde un quelconque crédit, non. Mais d'une part il s'agit d'une sorte de rituel très second degré qui date du temps où j'accompagnais ma soeur à son travail ; et d'autre part, vu que les prédictions sont toujours incroyablement vagues et béatement optimistes, au bout du compte on peut sans doute plus considérer ça comme un exercice d'auto motivation pour la journée à venir, se convaincre soi-même par l'intermédiaire de la voix enjouée qui sort du poste que la journée sera intéressante. Et donc ce matin pour les vierges – le signe astrologique, hein, je précise, même si, bon – on me prédisait que la lune en balance aiderait une amitié à se renforcer.

Ce qui a évidemment été le cas (l'astrologie, une béquille psychologique redoutable), un peu, avec Kévin, embauché depuis le début de la semaine, avec qui tout semble tellement facile, les discussions, les confidences, les divagations, même que c'est à se demander des fois comment ça marche les relations entre les gens, pourquoi des fois ça colle aussi bien et pourquoi d'autre fois non. Ce midi, McDo, du boulot, du cinéma, de Nantes mais pas un blanc dans la conversation (mais du blanc de poulet dans le sandwich)(ah ah)(ahem) Même si au final on ne passe jamais qu'une demi-heure tous les midis ensemble. Et peut-être qu'il ne s'agit que d'une manoeuvre de sa part pour me mettre dans sa poche. Mais je ne suis pas vraiment d'un naturel méfiant.

Et puis ça a aussi été le cas avec le yaourt – on va l'appeler temporairement comme ça, parce qu'elle est bulgare et parce que j'ai un peu peur du mélange Google+prénom. Ce n'est pas comme si ça voulait vraiment dire quelque chose, mais elle échange, elle interpelle et c'est comme si elle me parlait comme à quelqu'un de normal. Ce qui est encore plus bizarre c'est qu'on discutait de Stéphane et de son apparente difficulté à communiquer avec le reste de l'équipe. Je n'ai pas fait le fier, j'étais exactement dans la même situation il y a deux mois et peut-être ça viendra avec le temps – et une conjoncture astrale plus favorable pour lui. Mais ça rassure. De ne pas être le seul dans ce cas et d'arriver à comprendre et à excuser ça chez les autres. Laissez les solitaires vivre, c'est tout ce qu'ils (on) vous demandent.

Mais j'entends déjà les esprits chagrins me dire que ce ne sont pas vraiment des amis, plus des collègues avec qui j'ai de bonnes relations. Et que rien ne se renforce vraiment non plus, se normalise tout au plus. Mais l'astrologie c'est principalement une histoire d'interprétation je pense, d'où son incroyable effet placebo.

vendredi 17 septembre 2004

Ma vie est vraiment très intéressante

Alors je vais vous la faire façon commérages de couloirs, puisqu'en fin de compte c'est bien de cela qu'il s'agit. Jeudi soir on a eu droit à un pot gentiment organisé par trois couples de jeunes gens fraîchement mariés, un apéro vaguement prémédité à grands renforts de punch, de bâtonnets de surimi et de diaporama powerpoint. J'aurais néanmoins la décence de ne pas trop m'étaler là-dessus, probablement parce que déjà beaucoup trop dit. Reste qu'après coup et suite à certaines réflexions de certains collègues, je continue de m'interroger sur la sincérité ou l'hypocrisie de cette prétendue bonne ambiance d'entreprise, entre le fait que d'une part finalement tout le monde donne l'air de bien rigoler, mais que finalement d'autre part des critiques nettement moins lisses (voir carrément acides) se font de temps en temps entendre derrière cette façade officielle, des rumeurs comme quoi tout n'est pas si rose entre collègues, des anecdotes qui racontent qu'au final, tout ça ce n'est que pour mieux nous faire avaler la pilule – salariale, notamment.

Après la dégustation avec les doigts de la pièce montée de rigueur, tout ça s'est terminé en comité nettement plus restreint dans un bar, le Graslin pour ne pas le nommer, où j'ai pris la stupide responsabilité d'aller en voiture – et surtout d'accompagner des gens – en sachant pertinemment que je ne m'arrêterais pas aux deux premiers litres de bière que j'ai dû y descendre la première heure – gardez en mémoire les mensurations du bonhomme. Mais cela néanmoins m'a permis de nouer connaissance Monsieur le mari de, enseignant de son état, que j'avais déjà eu l'occasion d'entrevoir par hasard sans pouvoir m'empêcher de me demander, mais qu'est-ce qu'elle pouvait bien lui trouver à cette grande armoire à glace. A posteriori et après quelques mots échangés j'en suis plus à me demander qu'est-ce qu'il peut bien lui trouver à cette fille. Mais ça c'est une autre histoire.

Qui s'est vraiment terminée en comité vraiment plus restreint, au rhum et au Perrier, à l'Artishow, trois paires d'yeux, les miens, ceux de Mathieu et ceux d'Aude, pour ne pas les nommer. Elle est vraiment terre à terre, cette fille, enfin disons qu'elle a l'air d'avoir des préoccupations très matérielles, même si c'est vrai que dans ces moments-là tu te retrouves toujours à jouer un rôle pour réussir à amuser la galerie, celui de la pauvre fille sous-payée à qui on ne donne rien d'intéressant à faire qui corresponde un tant soit peu à ses capacités. Moi aussi je dois en jouer un, de rôle, mais je ne m'en rends pas vraiment compte. Et en même temps je sais pertinemment que toute cette (non-)affaire n'est à l'origine qu'un vieux transfert en ce qui me concerne, et qu'au fond probablement je m'en fous. Ce matin j'écoutais Je suis de celles... de Benabar, et pourtant dieu sait que je déteste Benabar, et j'avais l'impression d'avoir envie d'agir comme un sale con. Des fois je me retrouvais dans son regard à l'écouter ironiser sur ces détails insignifiants, je voyais ce sourire insistant, j'entendais ces silences étranges et ces remarques répétitives sur le fait qu'au besoin on pouvait aller dormir sur son canapé, et je me demandais, je ne sais pas, ce n'est peut-être une impression.

Vers environ pas d'heure, la copine de Mathieu est arrivée, elle n'aime pas quand il y a trop de monde et clairement ce n'était plus le cas. Pour autant ça n'a pas été le drame, parce qu'ils étaient vraiment mignons tout plein, c'en était même presque touchant ces petites marques d'affection, assez discrètes pour ne te donner ni l'impression de tenir la chandelle ni une quelconque jalousie déplacée. En bas de chez elle, Aude nous rappelle que vu comment elle s'emmerdait toute seule à Nantes il ne fallait pas hésiter à passer. D'accord, je prends note, la suite au prochain épisode.

dimanche 29 août 2004

Pêle-mêle

La journée a commencé aux aurores, je devais me réveiller aux environs de sept heures du matin pour amener ma soeur à la gare. Elle va s'amuser à passer 18 heures de son week-end dans des trains, tout ça pour aller voir des amis à Toulouse. Faut être motivé quand même. Une fois rentré, j'ai réussi à me forcer à re-sortir, histoire d'aller voir J'me sens pas belle, en passant auparavant par la case supermarché. J'avais plus ou moins prévu de claquer cinquante euros en cédés, mais comme par hasard sur les présentoirs aucun des albums que je voulais n'étaient disponibles. Aucun. Au lieu de ça, j'ai joué au chat et à la souris avec une fille qui parcourait les rayons en même temps que moi. Et cette fois c'était vrai, parce que je sais que j'ai parfois tendance à me faire des gros films, elle me suivait, vraiment, et je la suivais aussi, vraiment, même qu'au bout d'un moment ça m'a foutu carrément mal à l'aise, alors je suis parti me cacher. La prochaine fois, il faudrait que j'essaie de décocher au moins un sourire.

Le film était plutôt pas mal dans son genre, mais je ne saurais pas trop dire pourquoi. Il est construit de telle manière à ce qu'on ait toutes les cinq minutes la pire des hontes pour chacun des deux acteurs, évidemment parce qu'il y a des scènes qui sont profondément ridicules, aussi parce qu'il y a ces détails où on est obligé de se reconnaître et qui donc vous touchent un petit peu, comme ces silences gênés ou ces conversations creuses. C'est peut-être pour ça qu'on s'attache quand même aux personnages, même si au fond le scénario n'est qu'une millième redite. Par contre, évidemment ça fait un peu bizarre de se retrouver seul dans la salle devant ce genre de films. Je crois qu'il y a des fois où l'ambiance a besoin d'un public qui réagit pour prendre sa pleine mesure – d'autres fois c'est pénible, mais là de sentir inconsciemment d'autres personnes tilter pour les mêmes raisons que toi ça doit quand même être... rassurant.

En fin de compte, j'ai fait la navette jusqu'à l'autre côté de la ville pour trouver ce que je cherchais. L'album de The Darkness que j'ai bien failli louper, tellement il était bien caché derrière des trucs qui n'avaient rien à voir, et puis le premier de Phoenix – et Muse et Morcheeba pour la forme. Phoenix c'est sympa, même si je risque peut-être de m'en lasser aussi vite que Weezer. C'est des guitares gentillettes vaguement joyeuses, ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais c'est simple et agréable, un peu comme Air mais en moins éthéré, en plus consistant. J'ai hésité aussi, plutôt pas mal, devant le dernier album d'Autour de Lucie. La première fois que je les ai entendus, c'était sur une compil' offerte par ma banque, une ballade brillante et sucrée qui m'avait plu parce qu'elle était faite pour ça. Et puis récemment je les ai à nouveau entendus par hasard et, comme je suis en train de me dire que si ça se trouve je loupe pas mal de trucs parce qu'ils ne sont pas assez médiatisés, je me suis dit pourquoi pas. C'est juste qu'il sonne un peu trop sombre par moments et que je ne suis pas trop dans une période prise de tête.

Le soir je suis allé aux Rendez-vous de l'Erdre, sans doute une de ces manifestations culturelles qui font que Time considère Nantes comme la ville la plus agréable d'Europe. En fait c'était plutôt une sorte de guinguette géante autour des quais – et quand je dis guinguette, il faut voir les marchands de crèpes et de merguez-frites et les comptoirs improvisés sur des trétaux en bois. Et la foule dense qui marche, qui se presse, à se demander où vont tous ces gens. Vers ce concert façon mauvais Jazz où on a l'impression que le violoniste joue en play-back ou plutôt vers ce pianiste qui improvise à l'abri d'un grand marronnier. Un peu cliché, oui. Mais un cliché malgré tout agréable, où on a l'impression qu'une autre lumière a envahi la ville. C'est peut-être les lampions dans les arbres qui n'éclairent pas vraiment ou ces reflets qui clignotent dans les remous de l'eau ou ces bruits et ces odeurs tellement inhabituelles pour un centre-ville. Au coin de cette rue où tu as dû passer une bonne centaine de fois, une scène s'est installée et du coup t'as l'impression d'être vraiment ailleurs. Dans le sud, là où les crépuscules sont ocres et les soirées douces et chaudes.

On s'est posés aléatoirement dans des coins plus ou moins glauques sur l'île de Versailles ou en bas de la Préfecture. À se raconter des énigmes et à monter des théories sur les bombes et les crashs d'avions. À parler aussi, de cette proposition d'embauche que j'ai refilée à Yves et qui va peut-être aboutir et ça me ferait vraiment plaisir. Pour lui évidemment, mais aussi pour l'impression d'avoir été utile à quelque chose et d'avoir aidé quelqu'un. Juste avant l'entretien il m'a appelé pour avoir des conseils sur la manière d'aborder le recruteur et au final s'il décroche le poste ce sera un peu grâce à moi. Je sais pas si c'est du vrai altruisme – pas que je lui demande quoi que ce soit en retour, plus dans l'idée où je suis plus content de l'avoir aidé que du fait qu'il retrouve du travail. Je me souviens de ce court-métrage où, après la mort, Gabriel jugeait de votre aptitude à monter au paradis en comptant le nombre de gens dont la vie aurait été fondamentalement différente si vous n'aviez jamais existé. C'est sans doute infiniment prétentieux comme façon de voir, mais ça me plaît plutôt assez.

Ça c'est fini du côté de la Jonelière, juste le temps de voir les poivrots sortir de La Belle Eloïse et reprendre le volant, de pisser dans la flotte, de jouer avec les amarres des bateaux et d'enchaîner les clopes. La clope, à part ce goût désagréable qu'elle laisse au fond de la gorge, au fond je n'en vois pas trop l'intérêt. Il faudra peut-être qu'on m'explique.

vendredi 13 août 2004

Disparition

Elle a perdu son bébé après cinq mois de grossesse. Une grande prématurée qui n'a pas supporté son arrivée sur cette drôle de planète et qui s'est laissée emporter par la première grippe venue. Quand elle est rentrée à l'hôpital au début des complications, on lui a gentiment fait comprendre qu'on ne lui permettait de rester en France uniquement parce que la vie de l'enfant à naître était en danger. Maintenant que l'enfant est mort, on va sans doute pouvoir l'expulser discrètement. Elle m'appelle pour me l'annoncer avec cette discrétion infinie dans la voix et ce ton de plaisanterie dont elle a pris l'habitude pour se protéger des remarques acides de certaines personnes de notre entourage, mais qui ce soir marque à peine l'immense tristesse qui l'habite.

mercredi 11 août 2004

Retrouvailles

Hier, Yves m'appelle dans l'après-midi pour me demander si j'avais quelque chose de prévu le soir. Je ne sais pas pourquoi j'avais cette sorte de légère réticence à sortir en semaine – et a posteriori je dirais plutôt que mon intuition était fondée. Je devais le retrouver à l'Artishow et profiter de l'occasion pour revoir Benoît, toujours aussi pipelette, et qui était de passage sur Nantes – parce que genre ses études le trimbalent un peu partout, Paris, les États-Unis et... Compiègne (sic). Bref, j'arrive avec un bon quart d'heure de retard, mais ce n'est que pour avoir la surprise de retrouver également Sam et Jo assis avec eux.

Au coin de la rue quand je tourne je vois cinq loques avachies autour d'autant de bières et tout de suite je croise le regard de Samuel, avec ce grand rictus qui barre nos visages respectifs, ultime dérision de constater ce qu'on est devenus l'un et l'autre – et c'est comme ça à chacune de ces fois où je le retrouve par hasard au bout de plusieurs mois de silence radio. C'est exactement pareil qu'avant, c'est aussi ce que je me suis dit quand on s'est retrouvés à squatter chez lui pour finir la soirée, on a toujours autant les mêmes délires et ça fuse toujours autant à la même vitesse. C'est dingue de voir à quel point ces amitiés-là perdurent et gardent leur forme d'origine.

Il s'est à peu près débrouillé pour partir de chez sa mère – c'est peu dire que la cohabitation devenait tendue – et il s'est installé dans un studio d'étudiant du côté de l'hippodrome. À quelques détails près, on dirait qu'il a téléporté son ancienne chambre vers son nouveau chez lui, la même déco, le même bordel, si crade et si attachant, avec ces affiches qui s'entremêlent avec ses dessins, le fond est discutable (du foot, de la politique et du rock'n'roll) mais la forme est définitivement... confortable. Le con me montre les photos du mini tour d'Europe qu'il est parti faire avec quasiment rien dans les poches – du coup ça donne envie, il faut vraiment que je me décide à me bouger, moi, tant que je peux le faire, surtout si j'ai des sous. Il s'est aussi mis à s'intéresser à l'art ecclésiastique, vous savez ce genre de fresques du quizième-seizième d'un certain mauvais goût qu'on peut croiser dans certaines églises, mais c'est plus par autodérision et par défi à mon avis. Je lui ai parlé de cette toile à Beaubourg devant laquelle je suis resté scotché.

Et puis au bout d'un moment tout le monde s'est un peu tu, les dérivatifs alcoolisés et autres laissant progressivement place à la fatigue. Sachant qu'il fallait que je me lève à sept heures ce matin, avec un vieux goût de fumée dans la gorge et une légère envie de vomir qui m'a tenu toute la journée.

Non, je sors plus en semaine, moi.

vendredi 30 juillet 2004

Pingouins

Hier je suis sorti avec Yves et Romain, deux anciens potes de lycée. Ça faisait longtemps que je ne les avais pas revus, peut-être un an ou deux, à un barbecue chez Alexandre – cette soirée où je me suis retrouvé je ne sais plus comment à faire le con au Uno avec des têtes peu familières et où j'ai eu un flash spatio-temporel genre si on m'avait montré cette scène il y a quelques années, je ne me serais jamais reconnu... Yves est tombé par hasard sur un de mes sites web (encore un, décidément !), du coup on s'est filé un rencard pour aller boire un verre en ville – du côté de l'Artishow, en terrasse (sur la rue, en fait), séparé de quelques centimètres des voitures qui passent en trombe (mon running gag de la soirée) et sous un début de coup de vent légèrement inquiétant. Visiblement ce sont des habitués, franche poignée de main du serveur en arrivant, Yves me raconte qu'ils sont devenus de vrais piliers de ce bar et qu'ils viennent là régulièrement – lui, Romain, Mathieu, Georges et d'autres gars de sa promo.

Il a fait une école d'électronique sur Angers, de laquelle il est sorti il y a un an. Depuis ce sont les joies inénarrables de la recherche d'emploi, sauf que visiblement pour lui c'est encore plus emmerdant que pour moi. En gros il est très spécialisé et il a du mal à ouvrir ses perspectives. Il me confirme ces rumeurs plus que moyennes sur les SSII, comme quoi ils font venir des gens à des entretiens sans avoir de poste derrière, comme quoi ils sont vraiment mal organisés dans la gestion des effectifs et des recrutements, comme quoi ils recyclent leurs annonces d'un mois sur l'autre pour continuer à remplir leurs bases de CV et que pour un seul poste chez le client il y a souvent une dizaine de boîtes qui prospectent. Le pire c'est qu'il est allé passer des entretiens un peu partout, y compris à Strasbourg, y compris à Vienne, y compris à La Hague, à ses frais bien sûr, tout ça pour parfois simplement un entretien de premier contact conclu par un on vous rappellera si jamais on a une mission à vous proposer. Je ne sais pas si ces gens là se rendent seulement comptent leur bêtise...

À part ça, on s'est servi des anecdotes de plus ou moins mauvais goût sur leurs propres souvenirs de beuverie à cette même terrasse, ainsi que ces bonnes vieilles histoires pas forcément ragoûtantes ni glorieuses pour leurs protagonistes – nous en l'occurrence. C'est bizarre comment les relations avec les personnes peuvent changer du tout au tout en fonction de qui on a en face de soi. Et par exemple je ne sais pas s'il y a vraiment beaucoup de gens avec qui je pourrais me taper les mêmes éclats de rire qu'hier soir. Même si en y réfléchissant bien, Yves je le connais depuis... attendez, on a fait du ping-pong dans le même club, ça devait être en CM2, puis par intermittence, des périodes plus ou moins longues pendant le lycée et la fac – c'est vrai qu'au bout ça donne une relation franchement différente de celle que j'ai avec Olivier par exemple, nettement plus sérieuse et adulte. Alors qu'au fond, il s'agit exactement des mêmes êtres humains, de la même chair, des mêmes yeux, des mêmes bras, alors pourquoi est-ce qu'avec certains on s'autorise aux pires manifestations du scabreux et de la grossièreté et qu'avec d'autres on préfère se retrouver à discuter calmement autour d'un café ?

Enfin, il ne faut pas exagérer non plus, dans la bagnole Yves avait une attitude nettement plus intérieure et concernée, échange de réflexions sur le chômage et sur les façons de s'en sortir. On est rentrés faire les loques humaines chez Romain, avachis sur son canapé devant Ring 2. Je ne sais pas si c'est l'envie de dormir ou quoi, mais j'ai vraiment trouvé ce film long et chiant. C'est peut-être aussi parce que je n'ai pas vu le premier ou alors que ce sont des trucs qui me dépassent complètement. D'ailleurs au bout de la projection, ils sont partis dans une série de réflexions sur le sens et l'organisation du film, des trucs que je n'avais absolument pas compris et que j'imagine que je ne serai jamais capable de comprendre – au moins du premier coup. Après on a zappé sur Koh-Lanta, du coup j'ai beaucoup mieux compris, mais bizarrement ça ne m'a pas plus passionné. Sur les coups de deux heures du matin, Yves voulait commencer à regarder les documentaires de la nuit sur TF1, mais on s'est fait gentiment jeter dehors par Romain. Un schéma très subtil d'ailleurs, que du coup je me suis amusé à reconnaître et à déchiffrer, qui commence par de vagues allusions, des remarques de dénigrement sur l'émission, des incitations à sortir fumer une clope... En un quart d'heure on était dans la voiture. Finement joué.

Donc voilà, ça me fait donc deux nouvelles connaissances en plus que je peux revoir sur Nantes, ça me fera un peu de changement par rapport à ma solitude (volontaire) de quand j'étais à Bordeaux ou à Lyon.

mardi 20 juillet 2004

Temps libre

Deuxième aller-retour à Paris en moins d'une semaine. Cette fois, au lieu de faire du tourisme, j'ai profité de mon temps libre pour voir mes cousins qui habitent en banlieue. On est allé se poser à une terrasse à Bastille, pas loin de là où j'ai pris mon premier petit-déj avec Fréd. Ma grande cousine est à peu près dans la même situation que moi, on a fini nos études en même temps, dans le même genre de cursus, avec les mêmes problèmes pour trouver un premier emploi à la sortie. C'est à la fois rassurant et inquiétant de voir des gens qui rament autant que toi. Forcément tu en viens à raconter les mêmes anecdotes plus ou moins pénibles, ça crée une sorte de complicité, mais ça la fout quand même mal, à y repenser. L'un dans l'autre, je pense qu'il vaut mieux rapidement éluder le sujet – c'est pas forcément passionnant de disserter façon des différentes façons de tuer le temps au 21e siècle.

Mon cousin lui vient d'avoir son bac. Il a légèrement cafouillé pour ses inscriptions à la fac, du coup il se retrouve à faire un truc qu'il aime bien, mais il hésite énormément parce qu'il y a beaucoup d'autres choses qui l'intéressent. C'est vrai que j'ai eu un peu le même dilemme, mais honnêtement je n'ai absolument pas su quoi lui dire de faire. Enfin du moins à ce niveau là, parce que sinon... Je ne sais pas à partir de quel moment on se sent investi du pouvoir de donner des conseils aux gens – ces petites phrases qui se transforment automatiquement en pompeuses maximes de vie, du genre je suis passé par-là, je sais ce que c'est. C'est peut-être le fait d'en avoir terminé avec les études, c'est peut-être le fait d'avoir atteint un certain âge, c'est peut-être aussi le fait qu'on vous pose des questions, tout simplement. Je trouve ça bizarre quand même.

A part ça, je leur ai un peu parlé de Morcheeba et de Pink Floyd, même si j'ai toujours du mal à discuter de musique en général, parce que je raconte n'importe comment et j'ai du mal à trouver mes mots. Et puis des inévitables documentaires de cet été, Michael Moore et William Karel en tête, du Rôle de sa vieaussi, que je conseille, vivement.Je ne sais pas si je vous ai jamais fait remarquer le mal que j'avais à trouver des gens qui aiment les mêmes choses que moi. Cette sorte de culture intellectualiste, limite snobinarde, avec son lot d'incroyables contradictions – ça couvre encore pas mal de monde, mais dans le segment exact qui m'intéresse, on doit pas être nombreux. Des fois ça me manque, alors de temps en temps tomber sur des gens qui accrochent, comme ma cousine, ça rassure.

Mine de rien ça m'a fait plaisir de les (re)voir, on est resté là deux bonnes heures, ambiance sympa et sans trop de silences qui tuent. Sauf les 4,90€ pour un Orangina, je trouve ça abusé, même si j'étais mort de soif.

lundi 28 juin 2004

Cohabitation

Bon. Le truc c'est que ma soeur revient six mois sur Nantes pour faire son stage. Là où c'est dommage, c'est que ça risque de rompre le charme absolu de l'entente cordiale entre moi et mon père. Moi je n'avais franchement pas envie que ça cesse, les repas entre quatre yeux où on entend les mouches voler, mes sautes d'humeurs à sa moindre connerie – et je dis connerie mais c'est fou ce que je peux manquer de patience à son égard, les brouillons de conversation avec deux pauvres répliques qui se battent en duel, les joies des relations père-fils en général.

Le problème c'est que ça a aussi des inconvénients, parce qu'elle a son rythme de vie, un rythme de vie à peu près normal d'ailleurs, vu qu'elle doit aller bosser tous les jours et donc, forcément, en décalage avec le mien, moi qui tourne en ce moment aux 11h-2h. Plus le fait qu'on partage la même chambre, ce qui était plus ou moins acceptable parce qu'avant on y était rarement tous les deux en même temps, mais au jour le jour, plus la canicule, plus la fatigue, je ne sais pas, on verra bien. Et puis le fait qu'elle prenne la voiture pour aller à sa boîte. Dans l'absolu vu la fréquence à laquelle je sors ce n'est pas forcément dramatique non plus, mais quand même.

Ouh là, j'ai un peu l'impression de présenter ça comme un truc horrible, alors que pas du tout, au fond je suis ravi qu'elle revienne. C'est juste qu'il ne faudrait pas que ça aussi, ça ne tourne au vinaigre.

mardi 22 juin 2004

Ola

Je me rends compte à quel point ça doit être une plaie que de devoir tendre tellement l'oreille, à la limite de se l'arracher, seulement pour pouvoir arriver à discerner les mots qu'il m'arrive de prononcer. Et à plus forte raison un après-midi d'été, dans un café qui commence à se remplir. Enfin, au moins je prends la parole, ce qui en soi est déjà un progrès, mais je fais beaucoup d'efforts, tu verras. Du moins j'essaie, et puis c'était Olivier, Olivier qui est revenu depuis peu d'Espagne et donc, l'un dans l'autre, on avait pas mal de trucs à se raconter – même si au final on a beaucoup parlé (absence de) boulot.

Pas jaloux, non, envieux, plutôt, je suis envieux et j'ai des raisons de l'être, parce qu'il y a des gens comme ça qui se donnent les moyens de te rendre envieux et parce qu'Olivier en fait partie. Même si j'imagine que tout ne doit pas être si rose et je me demande à quoi il pense quand il se fait des soucis. Ce qui est marrant c'est qu'à la fac, c'était moi qui avais les meilleures notes, pourtant j'ai plus confiance en sa capacité à se débrouiller dans le monde des grands, qu'en la mienne. En fait, la réussite scolaire ça ne veut pas dire grand chose. Du coup c'est lui qui donne des conseils et c'est moi qui écoute. Et je suis plutôt attentif, à la recherche d'une énième motivation pour continuer à essayer de me dépatouiller de.

Sauf que, le conseil du jour, que je me suis promis de suivre, c'est moi en l'occurrence qui me le suis donné. Ne plus jamais commander de trucs alcoolisés quand tu as vraiment envie de discuter avec quelqu'un. Surtout si tu as le vin triste, comme moi. Enfin disons qu'en dessous de certaines doses, j'ai le vin triste. Après je fais n'importe quoi et ce n'est guère mieux, des gens peuvent témoigner.

L'un dans l'autre, j'ai accessoirement revu Élodie, qui apparemment a beaucoup plus profité du soleil madrilène que lui. J'avais un peu peur qu'ils aient rompu, vu la rapidité avec laquelle le sujet était éludé dans ses mails. Mais non apparemment tout va bien, c'est juste qu'il doit vouloir garder son petit coin de vie privée, au fond qui peut bien lui en vouloir ? Leur sourire fait plaisir à voir, c'est pas le genre de couple qui t'énerve parce qu'ils sont continuellement l'un sur l'autre, ils sont juste sympas et remplis de bonne humeur. Enfin, j'imagine que c'est difficile de revenir dépressif d'une année en Espagne. Par ailleurs, j'ai eu le droit à des compliments de sa part sur mes photos, de leur part à tous les deux d'ailleurs, mais c'est toujours plus agréable de se faire complimenter de la bouche d'une fille.

Ils remontent souvent sur Nantes, pour cause d'ennui total dans leur bled, je sais de quoi ils parlent, du coup je serai sans doute amené à les revoir, surtout que je leur ai promis de leur faire des tirages papier. Finalement, tu admettras qu'il y a plus sombre comme perspective.

mercredi 02 juin 2004

Fatalisme

Je dirais 80 ans, diabétique, gestes lents et courbes, la béatitude de l'âge malgré le poids des années (ou alors c'est les médicaments), monté en France pour le mariage de sa petite fille. J'apprends que le vieil homme a fait une phlébite la semaine dernière. Et comme, en bon tiers-mondiste, il n'est assuré par personne, la fille doit débourser cinq mille euros de franchise hospitalière, parce qu'il n'est pas français, parce qu'il n'a pas la Sécu. En plus, il va avoir besoin d'une dialyse, traitement indispensable pour le maintenir en vie, mais encore plus exorbitant. Je ne l'ai pas croisé assez de fois pour me révolter plus que de raison sur son sort, mais quelque part ça fait bizarre. S'il avait été de ce côté-ci de la ligne, il aurait pu avoir le choix, décider s'il voulait encore continuer un peu avec ce corps qui l'abandonne. Au lieu de ça, pour des histoires de gros sous, il devra peut-être se résigner, regarder le chemin qu'il a parcouru, la trace qu'il a laissé, et se laisser partir. Après tout, 80 ans sur cette terre, c'est déjà pas si mal.

mardi 11 mai 2004

Tout est relatif

Bien sûr on peut toujours se rassurer en regardant la mouise dans laquelle sont certains de vos (plus ou moins) proches et en se disant qu'au fond, même alambiquée, votre situation est loin d'être si horrible que ça. Je vous avais parlé entre la poire et le fromage de cette cousine qui habite Paris. Elle a appelé ce week-end pour donner de ses nouvelles et ce n'est vraiment pas joyeux. Il y a deux ou trois ans maintenant elle est venue de Madagascar pour compléter ses études, comme mes parents l'ont fait à l'époque et comme beaucoup de gens continueront à le faire, Inch'Allah. Et comme pour mes parents, je ne sais pas si ça faisait partie de son plan de départ, mais l'année suivante elle a repris une inscription en fac, et puis l'année d'après, comme si elle s'était décidée à rester pour de bon. Faut la comprendre, entre nous, quand on a vu le tiers monde comme moi je l'ai vu... Sauf que. Il y a quize ans quand mes parents sont arrivés, la pénurie de personnel hospitalier faisait qu'on se laissait aller à exploiter sans vergogne des médecins étrangers, vu qu'ils avaient besoin de ce boulot pour avoir le droit de rester, quitte à faire les forçats pour une bouchée de pain. Donnant donnant. Ma cousine, elle, a fait une école de commerce. Mais des commerciaux chômeurs, c'est pas ça qui manque. Alors pour essayer de s'en sortir elle est montée à Paris. Elle s'est mise en ménage avec un autre malgache rencontré à Rennes. Sauf que. Pour survivre elle fait caissière dans une supérette, assise sur son DESS et son DEA, parce que les gens ne peuvent pas lui offrir de contrat long, parce qu'elle n'a pas le permis de séjour qu'il faut. Je ne sais pas dans quelles conditions elle vit, mais ça ne doit pas être follichon. Et son permis justement arrive à expiration. Sauf que. Pour ne pas arranger les choses, elle est tombée enceinte, elle ne peut plus travailler, son ami doit gagner une misère et elle sera bientôt menacée d'expulsion. Vous savez quoi, les choses ne vont pas si mal pour ma pomme.

mardi 30 mars 2004

Symptômatique

Je suis sur la mezzanine, je regarde le vide. Mon père monte et allume machinalement son PC. Comme j'arrive difficilement à rester dans la même pièce que lui, je fais mine de descendre.
– Où tu vas ?
Je culpabilise.
– Nulle part, je vais juste chercher mon téléphone.
Je remonte, passe discrètement derrière lui et vais m'asseoir sur mon lit. Manuella me raconte ses histoires avec Pietro. Il éteint son ordinateur, vient dans ma chambre et s'assied à côté de moi.
– Ca va ?
– ...
– Qu'est-ce que tu fais ?
– Je lis.
Silence. Il me redemande si ça va, si je ne m'ennuie pas trop. Après il me demande si je fais quand même des recherches, si j'essaie de prendre contact avec des entreprises.
– Oui, je réponds, et mon agacement chronique à son égard se fait à nouveau sentir dans ma voix.
– Ca va, je demandais juste pour me savoir...
Je pourrais lui expliquer, lui montrer la soixantaine de candidatures envoyées, pour qu'il arrête de croire et de répéter à tout le monde que je me contente de chercher tranquillement, que je trie les annonces, que je choisis. Mais je n'ai pas envie de me justifier, je ne pense pas lui devoir une quelconque explication. Je veux juste qu'il me laisse tranquille, qu'il arrête de s'intéresser à ce que je fais, de s'inquiéter pour moi, de chercher à discuter, parce que ça me bouffe mes marges de manoeuvre, qui ne déjà pas immenses, il ne faut pas se leurrer, je tourne en rond toute la journée, je n'ai pas besoin qu'en plus on vienne m'adresser des questions inquisitrices, que je ressens comme des reproches, alors que je fais tout ce qu'il faut, ce n'est pas ma faute si personne n'embauche ne veut de moi.
Réaction égoïste, je me dis, en relisant ces quelques phrases. Egoïste et disproportionnée. Conditionnée par pas mal de choses, pas que je me cherche des excuses, et maintenant ça devient presque un réflexe, un truc que je n'essaie même plus d'expliquer, même si je sais que je fais de la peine, je ne peux pas réagir autrement. Toute intrusion de sa part dans mon espace vital est ressentie comme une agression, j'essaie le plus possible d'échapper à ce tête à tête dans lequel on est enfermés malgré nous depuis six mois.

lundi 23 février 2004

Réalisation

Hier j'ai rêvé de mon père. Un de ces rêves qui sont l'expression d'un trop plein de non-dits, un rêve défouloir, en quelque sorte. Je rêvais que je lui disais les quatre vérités sur le pourquoi je ma relative distance, le pourquoi de mon évervement face à certaines de ses attitudes.

On marchait tous les deux dans le hall d'un centre de congrès. Sur une petite estrade, un orchestre jouait la deuxième de Beethov. J'avais voulu rester écouter, mais il m'a emmené dans une autre salle où allait commencer un colloque de médecine. Une fois le brouhaha initial tu, l'orateur a commencé à parler. Après quelques secondes, mon père s'est mis à l'interrompre. Il le coupait constamment à la fin de chaque phrase, l'empêchant de présenter son exposé. En plus, il me prenait à deux ou trois reprises comme témoin de ses objections, en citant mon prénom quand il interpellait l'audiance. Au début personne ne disait rien, comme s'il ne faisait rien de mal. Puis peu à peu les gens lui ont dit d'arrêter, en lui suggérant de faire l'exposé s'il était aussi au courant. Finalement on est sortis.

Inutile de préciser dans quel état j'étais. À la cantine, il se demandait le pourquoi du comment et c'est là que j'ai commencé à lui dire. À lui expliquer comment il était condescendant avec tout le monde, à lui dire qu'il n'arrêtait pas d'interrompre les gens, comme s'il s'en foutait ce que disaient les autres, que seule son opinion comptait, à lui démontrer que quand il parlait de moi dans ses conversations, il déformait tout le temps la réalité à mon désavantage, à lui reprocher son hypocrisie à être mielleux en face des gens alors que deux secondes après/avant il les descendait derrière leur dos. Il a accusé le coup et s'est mis à pleurer bêtement. Comme la dernière fois où on a essayé avec ma soeur de lui faire part de nos griefs. Il s'excusait avec des arguments tout faits, inattaquables et complètement sans rapport avec le sujet.

Au fond ça n'est pas bien compliqué à interpréter. Et du reste je sais très bien pourquoi j'ai fait ce rêve. L'idée c'est que je me rends compte de ce que je ressens vraiment à son égard et que je ne pourrai sans doute jamais lui parler de quoi que ce soit sérieusement. Bizzarement (?) ça ne m'embête pas plus que ça.

lundi 09 février 2004

Tiens donc

Samedi dernier, j'ai croisé Alexandre au supermarché. Alexandre était un copain de copain au lycée, qui au fil du temps est devenu une assez bonne connaissance. Alexandre était avec nous à Carcans, Alexandre était avec nous chez Benoît, Alexandre était de cette soirée chez de parfaits inconnus où j'ai découvert le double live de -M-. Il a fait des études d'informatique aussi, un IUT suivi d'une maîtrise. Et donc Alexandre faisait ses courses pour sa fête d'anniversaire, qui avait lieu le soir même dans une maison du bord de mer. Ça faisait bien un an que je ne l'avais pas vu. Life update principalement. Alexandre me présente ses condoléances. Après avoir lui aussi ramé, il a trouvé au début du mois un boulot technique dans une SSII à Nantes. Par son intermédiaire, j'apprends aussi que Sam est parti de chez sa mère, qu'il est maintenant en licence de philo et qu'il est injoignable parce qu'il n'a pas le téléphone chez lui. Alexandre a toujours cet humour gras et cette attitude légèrement beauf qui fait son charme. Il sort son C350 et enregistre mon numéro de portable. J'ai déjà le sien. Il me dit qu'il essaiera de me rappeler. Dont acte.

lundi 15 décembre 2003

Collègues

J'ai passé la journée de dimanche avec mon père et deux collègues médecins – un monsieur et une madame, je pense de la dizaine d'au dessus, qui reviennent juste de vacances à Madagascar. Restaurant bon-chic-bon-genre, cossu, cher et un brin prétentieux, en face du Château des Ducs. Le gout de la terrine de lapin m'est restée dans le fond de la gorge toute l'après midi, le poisson était bon, le crumble un peu trop chaud et biscuité. Le vin, pas trop acide, bien plat comme j'aime (enfin c'est sans doute pas le terme consacré, mais dont le gout pas trop fort reste longtemps sur la langue et semble la plaquer au fond de la bouche), et le café pas trop fort, servi avec du sucre roux concassé.

Après, on a fait un saut jusqu'à Cholet, sur invitation de la dame, entre autres pour regarder les photos/souvenirs de vacances et visiter sa nouvelle maison. Les photos étaient intéressantes, des photos de touriste en fait, ce qui avec les magnifiques sujets qu'on peut trouver là-bas rend assez bien. Et la maison, décorée un peu comme j'aime, avec du jaune ocre et du rouge foncé, des photophores oranges et des bougies chauffe-plat, des coussins par terre et des meubles accidentés.

Deux trentenaires somme toute assez sympathiques, discutant souvent boulot avec mon père, rigolant grassement à mes blagues – ah, les méfaits de l'alcool. Sur la fin, je me suis quand même demandé quelle était la nature de leur relation, s'ils étaient ensemble ou pas. Je ne sais pas si je dois m'inquiéter d'avoir ce genre de précoccupations, mais pendant tout le repas ils avaient l'air assez proches, sans pour autant montrer de signes ostentatoires ; et puis ils viennent tous les deux d'acheter chacun de leur côté, tout en ayant l'air de passer beaucoup de temps ensemble ; les parents ont été présentés, et certaines taquineries/regards m'ont laissés dubitatifs. Mais c'est également possible que la situation me soie vraiment passé au dessus de la tête, pour ce que j'en sais, moi...

Retour sur Nantes, fin de soirée indistinctement calme avec papa. J'ai un peu travaillé sur le site du projet sur SourceForge. Au passage, Internet Explorer part aux fraises avec les feuilles de style, quand on lui envoie un document XHTML avec l'entête XML qu'il faut (<?xml ... ?>). Super logique, j'ai mis trois heures à comprendre d'où venait le bug. J'adore.

samedi 13 décembre 2003

Taxi !

Parce que j'aime bien rendre service, et parce qu'accessoirement ça me donnait une excuse pour lâcher le PC cinq minutes, je suis allé faire le livreur Ikéa pour mes cousins. Leurs parents ont fait le voyage depuis la Réunion pour les fêtes et ils en ont profité pour faire quelques emplettes à Atlantis – un centre commercial assez gigantesque, quand on y réfléchit, avec une galerie traditionnelle, deux multiplexes cinémas à dix mètres l'un de l'autre, une salle de concert et une autre grande galerie à l'américaine, refaite tout exprès lors de l'ouverture de magasin suédois il y a six mois. C'est d'ailleurs ma principale destination de sortie en ce moment.

Or doncques, ils n'avaient pas d'autre moyen de locomotion que le tram. Pas trop pratique pour ramener des meubles en kit – quelle bande de petits joueurs. D'où l'intervention de votre serviteur, armé de sa légendaire Polo, avec laquelle il a failli se planter l'autre jour. À titre informatif, je tiens à signaler que freiner à soixante-dix dans un virage en pente par temps de pluie, il vaut mieux éviter. Bon ça fait un peu long/dilué comme entame, mais bref.

Donc, évidemment, ils ont acheté un clic-clac, et évidemment le coffre est miniscule. Donc il a fallu rabattre la banquette, enlever les appuis-tête, pencher les sièges avant, ce qui ramenait la position passager à environ cinq centimètres du pare-brise. Et roule pour une traversée de Nantes, un vendredi soir à dix-neuf heures, avec bien sûr aucune visibilité arrière et une position de conduite contortionniste. Une demi-heure, mais pas trop de coups de klaxon. Heureusement.

Nino, le copain de ma cousine, faisait le copilote. Bizzarement, je m'entends bien avec lui. Bizzarement, parce que c'est assez rare que je supporte quelqu'un qu'on m'impose de manière aussi transparente. Et puis quand je dis que je m'entends bien, c'est plutôt qu'il ne me met pas mal à l'aise avec des questions saugrenues comme la plupart des gens. En fait, il est peut-être juste poli, presque gentleman, il reste très distant et la conversation semble couler sans accrocs.

Pas comme avec mon oncle, par exemple. Enfin, disons que je gardais un souvenir médiocre de sa dernière venue il y a cinq ans. J'étais dans ma période rebelle et lui multipliait les affronts : il était grossier, n'aidait pas aux tâches utilitaires, fumait en voiture... Et puis, a posteriori, je me dis que n'est pas un mauvais bougre, il est juste dans son monde, aussi plein de préjugés que celui de mes parents – et que le monde en général, ai-je envie de dire. Il nous racontait des anecdotes limites racistes sur les créoles, avec gestuelle complète et l'accent qui va bien. Un peu comme Michel Leeb.

Et donc il m'a posé les deux questions brise-glace dont on se sert habituellement à mon égard, à savoir Tu fais quoi en ce moment, tu n'est plus à Lyon/Bordeaux/Strasbourg ? (véridique pour Strasbourg) et Tu cherches dans quel domaine, ah oui, l'informatique c'est bien, c'est un secteur qui marche, non ? La plupart du temps, j'ai envie de répondre d'un grognement de cochon. Et puis je me dis qu'ils ne font que se renseigner (ou faire semblant de), avec toute l'hypocrisie de la démarche, mais sans méchanceté, le temps que papa revienne avec les gâteaux apéritifs et qu'il puisse reprendre ses racontards salaces.

Je suis méprisant mais je sais que je ne vaux pas mieux.

mardi 25 novembre 2003

Conduite, accompagné

Raphaëlle, ma monitrice d'auto-école, était une trentenaire à l'allure assez vulgaire et aux gloussements assez sonores. Je ne qualifierai pourtant pas la vingtaine d'heures que j'ai passé en sa compagnie d'ennuyeuses. Je n'ai pas vraiment éprouvé de difficultés pour apprendre à conduire, du coup l'ambiance était à la rigolade. Elle se permettait d'ailleurs quelques libertés pas très professionnelles – comme répondre au téléphone. Elle avait un nez prohiminent, des cheveux en bataille façon fashion. Ses dents étaient noires, elle fumait comme un pompier. Elle s'habillait comme sur la fin des années 80, avec un air assez négligé. Une ou deux fois, elle est passée dans ma rue avec un autre élève, alors que je me rendais à l'auto-école. J'en ai profité pour me faire déposer. Les rares moments où j'ai discuté avec elle d'autres choses que de distances de sécurité et d'interdictions de stationner, c'était resté très professionnel. Je me suis interrogé sur sa vie à l'extérieur, sur comment on devient moniteur d'auto-école. Elle ne vaut pas grand chose, mais c'est quand même ma vie, me disait-elle en blaguant sur les accidents de la route. Le dernier jour, elle espérait bien ne pas avoir à me revoir, en tout cas pas dans une auto-école. J'ai eu mon permis du premier coup et effectivement, je ne l'ai plus revue. L'année suivante, quand j'y accompagnais ma petite soeur, elle était partie. Vingt heures ensemble, sereines, distantes, détachées, sans conséquences. J'en garde un assez bon souvenir.

mercredi 19 novembre 2003

Adieux

J'ai revu Mathieu et Jean-Marrie dans l'après-midi. Par politesse plus qu'autre chose, parce que je n'ai pas vraiment envie de voir du monde dans l'état où je suis. Et surtout pas eux. Du reste, je suis plus en plus froid et distant à chaque fois que je les vois, et quelque part je m'en fous. Plus ça va et plus je me dis qu'ils ne me manqueront pas (trop). J'ai regardé dans mes archives, je n'ai pas d'explication claire à ce sujet, du comment ils sont passés de bon copains à je préfère sans qu'avec. Pas que les détails soient spécialement intéressants, mais j'aime bien raconter des choses cohérentes et complètes. Histoire de faire le tour. Disons juste que c'est l'histoire de copains de fac qu'une colocation malheureuse a séparés. Je pense que c'est en grande partie de ma faute; ou disons plutôt que c'est moi qui m'étais le plus trompé à leur sujet. Mais pas la peine d'épiloguer. Il avait demandé à me revoir, et en plus ils avaient des affaires à me rendre. Je pense être parti assez froidement pour qu'ils comprennent. Dont acte.

dimanche 02 novembre 2003

Points de vue

De vieux amis de mes parents sont venus déjeuner – je ne sais pas si j'en ai déjà parlé, mais je pense qu'ils doivent être sur les photos que j'ai prises à l'enterrement. C'est peut-être une constante relationnelle que tout le monde doive parfois subir la présence envahissante de connaissances indirectes. Ce n'est pas tant que je n'aime pas ces gens, c'est plutôt qu'ils ont une manière de penser et d'être que je trouve abjecte. Un snobisme prononcé qui les fait péter plus haut que leur cul. En fait, ils ont une attitude de gens arrivés, avec toute la condescendance qui va avec. Le pire c'est que leurs enfants se comportent exactement de la même manière et qu'ils semblent trouver ça tout naturel. Une qui fait ses études à la Sorbonne (ils sont originaires d'Angers), l'autre qui rêve également de monter à Paris dans une fac de standing, la fierté de leur situation et le mépris des gens moins bien placés. Et dire que j'avais du mal à penser qu'un jeune de nos jours puisse sincèrement être de droite, j'ai eu aujourd'hui la confirmation que ça pouvait être le cas – et quelque part, ça ne me désole pas pour elles. Avec nous ça va, parce que mes parents étaient dans une situation aisée (sans pour autant s'en vanter). Mais quand le père se met à faire des réflexions sur sa vision du monde, même si je sais qu'il est de la vieille école et que c'est loin d'être le seul à réagir comme ça, je ne sais pas, au début la caricature me faisait rire. Aujourd'hui, j'ai ri jaune.

Et sinon (mon accroche préférée), j'ai retrouvé avec une jubilation à peine dissimulée une sauvegarde sur disquette du vieux journal intime que j'ai cru avoir perdu. Bon, c'est incomplet, mais il y a un gros tiers que j'ai parcouru en diagonale avec la joie indicible de relire mes imbécillités d'alors. Le temps de reformater tout ça pour que ça passe bien dans Movable Type et je colle ça ici. Ce sera du plus bel effet. Ça va un peu faire sauter mon countdouwn pour le millième post, mais tant pis. Cohérence et complétude.

À part ça, on s'est engueulés tous les trois (enfin surtout mon père et ma soeur en fait), en partie au sujet des reproches que je lui avais fait par procuration ici et que Sarah lui a lancé à la figure. Plus le fait qu'on communique pas beaucoup avec lui et que parfois il ne réagit pas toujours avec beaucoup de délicatesse. Il ne sait pas choisir ses mots et surtout il ne sait pas être sérieux, parce qu'il n'a pas envie d'embêter les gens avec ses problèmes, il préfère réfléchir beaucoup et parler peu. Et le fait que ma soeur est très conflictuelle, alors que nous deux on est plus renfermés, à la recherche du conscensus mou en évitant les sujets de discorde. Quelque chose comme ça. Les chiens ne font pas des chats, et il fallait bien que je tienne ça de quelqu'un. Pour ça, je lui ressemble beaucoup, pour d'autres choses il est comme Sarah: capricieux, catégorique, incendiaire, têtu. Je n'ai pas eu envie de faire celui qui s'interpose entre eux deux, j'ai laissé couler en étant naturellement derrière ma petite perle. Même si ses mots sont parfois cruels. Les sanglots ont clos notre soirée, les uns contre les autres.

samedi 25 octobre 2003

Back off

Je crois que mon père se rend compte que je suis froid et distant avec lui. Enfin, c'est pas de ça qu'il se rend compte, c'est plus du fait que je m'éloigne un peu plus que d'habitude. Et c'est le cas. Parce que pour que quelqu'un arrive à comprendre la manière dont je réagis et à conclure sur les sentiments que j'éprouve (et que je cache très bien), il faut vraiment que ce soit très fort. A posteriori, je dirais qu'il n'y avait qu'une seule personne qui arrivait à lire en moi comme dans un jeu de cartes. Mais cette personne n'est plus là. Peut-être que les mères sont beaucoup plus sensibles que les pères dans ce genre de choses, et qu'elle savent instinctivement beaucoup de choses sur leur enfant. Chaque fois que Fréd m'a fendu le coeur (ce qui arrivait environ une fois par mois – petite pique taquine à l'intéressée), elle était la seule à se rendre compte que j'avais mal. Et c'est comme ça qu'elle m'a un peu tiré les vers du nez. Et j'imagine qu'elle savait encore beaucoup d'autres choses sur moi, des choses que je ne laissais transparaître qu'inconsciemment sans doute. Mais tout ça pour dire que, oui, je prends un peu les distances avec mon père, malgré toute l'affection et le support dont il a besoin. En partie parce que je sais pertinemment que je ne pourrais pas assumer tout ça. Et d'autre part parce qu'il voudrait absolument que tout change du tout au tout entre nous, simplement parce que maman est morte. Évidemment que rien ne sera plus pareil, mais il ne peut pas faire comme si on avait toujours été proches et espérer que du jour au lendemain je vais me confier à lui. Toutes ces années je ne lui ai presque jamais décroché un seul mot et il n'a que peu participé à mon éducation. Il faudrait qu'il comprenne que ça ne pourra pas évoluer d'un claquement de doigts, et que la pression qu'il m'envoie pour que ça aille dans ce sens ne va certainement pas aider. Je ne suis même pas sûr de le vouloir de toutes façons. Je ne sais pas, on verra.

jeudi 16 octobre 2003

Du bien et du moins bien

Ken Park ne vaut pas les 6€ qu'il m'a couté. J'ai eu la flemme de profiter du fait que j'étais en ville pour faire des photos de Nantes. Fréd me manque. Ma soeur me fait rire. Les gens me dégoutent. La télé m'énerve. Mon père m'énerve. Aussi. J'adore Led Zeppelin.

Le film n'a pas grand intérêt, et frise même le pur raccollage par moments. C'est idiot à dire, mais comme Baise-moi je n'ai pas réussi à trouver l'idée cohérente qui venait mettre du sens au déballage de violence et de scènes crues. En soi le collage d'histoires totalement déconnectées les unes des autres aurait pû être intéressant, mais il est foutu en l'air par la scène finale qui tombe pour unifier l'ensemble comme un cheveu sur la soupe.

En revenant, je n'ai pas eu trop envie de prendre quelques clichés de cette ville que j'aime et qui est vraiment belle la nuit – pas autant que Lyon, mais bon. J'aime Nantes, mais sans raison précise. Ses rues m'ont tenu dans leurs bras pendant des années et l'habitude de leurs coins et recoins me donne l'impression d'être en terrain familier. Elle est toujours là quand je reviens vers elle, fidèle à elle-même, la belle endormie. Ça me rassure.

Comme Fréd, quand je la regardais dormir, avec un sourire serein au coin des lèvres. Je ne sais pas pourquoi ça m'a obsédé autant. Enfin si, j'ai une vague idée. C'est en train de passer. Notre mutisme forcé (moi sans connexion et elle qui est "partie" offline pour un moment), ça aide. Je vais quand même lui envoyer un SMS pour m'assurer qu'elle va – à défaut d'aller bien.

Ma soeur, qui a trouvé un appartement sur Paris (super vite, j'en suis moi-même étonné), arrive un peu à me faire oublier mon humeur morose. Avec le genre de choses complètement idiotes qu'on ne peut comprendre qu'entre nous. Je tiens à elle plus que tout. C'est à peu près la seule personne avec laquelle je me sente bien en ce moment.

Mon père, lui, m'énerve parce que j'en ai un peu marre de ses larmoyades, même si je ne peux vraiment rien lui reprocher. Juste que moi j'ai envie d'avancer, parce que c'est ce que maman aurait voulu, mais de l'avoir à se rappeler d'elle sans cesse, ça aide pas. Mais je suis cruel de présenter ça comme ça. En fait je m'inquiète un peu pour lui, mais j'ai pas envie d'assumer plus de choses que ce que je peux supporter.

Enfin, je me disais que si j'arrivais à me débrouiller pour aller voir Ben Harper en tournée, ça pourrait être pas mal. C'est juste un doux rêve comme ça, mais j'aimerais bien. Ça, et aussi les deux ou trois chansons que j'adore et qui me font danser à chaque fois que je les écoute. Et c'est pas comme si des gens me regardaient.

lundi 22 septembre 2003

Chaleur humaine

J'ai passé tout le week-end entouré de cousines pleines d'attention à mon égard. Je butinais de groupe en groupe, à grands coups de questions réponses sincèrement intéressées. Je me suis souvenu de mes dix ans avec une amie de ma mère. J'ai failli confier mes histoires de coeur à Sandrine. J'ai aussi fait mon pitre à l'occasion et ça m'a un peu distrait. J'ai un peu fait rire les collègues de mon père. L'enterrement nous a lessivés. Papa va un peu mieux. Sarah me pleurait au creux de l'épaule samedi soir. Je n'ai pas eu l'occasion de reparler à ses amis, mais je sais que c'est des gens bien qui s'occupent d'elle comme il faut. On a beaucoup mangé et j'ai fait plein de photos. Ça fait du bien de se sentir ainsi entouré; même si je me suis dit que c'est dommage que tu habites si loin; et même si j'ai un peu peur du vide qui viendra quand tous repartiront. Car je ne saurais dire si le pire est enfin passé, ou s'il reste encore à venir.

dimanche 14 septembre 2003

Goodbye, Blue Sky

Au fur et à mesure, les coups de fil se sont faits de plus en plus inquiets et pessimistes. Alors que je marchais seul dans les rues bondées de Bordeaux, mon père m'a fait part au téléphone d'assez mauvaises nouvelles. En arrivant à Nantes, j'ai compris. Ma mère était cliniquement morte, probablement dès son accident.

J'ai pensé à mon père, à comment il allait devoir vivre et vieillir sans elle, sans la femme qui était sa rationnalité, sans celle qui le soutenait jour après jour, malgré leurs engueulades. J'ai vu dans ses yeux vides l'amour, pas celui qui vous brûle les tripes à vingt ans et qui ne dure que quelques semaines, celui qui vous porte et vous réchauffe un peu plus à chaque année qui passe. J'espère seulement qu'il va réussir à rester debout.

Oui, hier je l'ai eue au téléphone. Ce matin encore, elle était là. Et aucun de nous n'a eu le temps de lui dire au revoir. J'ai pensé à la soudaineté de sa mort, sadique et imprévisible, qui me rappelle banalement comme on est peu de choses et qu'il faut savoir profiter de tout ce qu'on a parce que ça peut repartir aussi vite. Et dire aux gens qu'ils comptent, parce que si on n'a pas l'occassion de l'avoir fait avant, ce ne seront que des regrets en plus.

Papa, je t'aime. Sarah, je t'aime. Fréd, je t'aime. Mes amis internautes, je vous aime. Ces petits bonheurs de la vie, je les aime. Maman, je t'aime.

samedi 13 septembre 2003

Tournant

Maman a fait un arrêt vasculaire cérébral ce matin, au travail, et elle est en ce moment dans le coma. Je ne sais pas trop quoi faire. Je ne suis pas triste, sans doute parce que je ne me rends pas encore bien compte de la gravité de la situation. Je me sens juste bizzare, à m'imaginer que je vais peut-être la perdre. Je l'ai eue au téléphone hier soir, elle était toute seule à la maison, Sarah était sortie et mon père était de garde. Je me sens vraiment perdu, là. Je commence à m'imaginer des scénarios morbides, et comment notre vie pourrait être sans elle. Ce qui me rassure, c'est qu'elle était entourée de collègues médecins quand c'est arrivé, et ils vont sans doute faire tout leur possible. Mais il y a une probabilité qu'elle ait au moins des séquelles.

La journée n'était pourtant pas si mal partie. J'ai reçu mon appareil (après avoir couru aux quatre coins du le quartier), j'ai reçu un joli cadeau de la part de Fréd, je suis sorti prendre quelques photos en ville. C'est peut-être terrible de dire que je n'avais pas besoin de ça, dans l'état où je suis et à deux jours de ma soutenance de stage, mais c'est la vie. Je rentre en catastrophe à Nantes demain.

jeudi 11 septembre 2003

Le sens de l'hospitalité

Interrompu désagréablement hier soir, en plein visionnage des Deux Tours, par mes deux compères lyonnais, qui voulaient discuter des modalités de ma venue là-bas. Tant qu'à faire, j'aurais aussi bien préféré éviter de passer quelques nuits chez/avec eux, mais je ne saurai jamais être assez franc pour leur avouer et les décevoir.

Et donc les choses (et aussi la faible fréquence des trains entre Bordeaux et Lyon) étant ce qu'elles sont, je vais sans doute arriver et partir à des heures pas vraiment agréables – probablement très tôt. Suite à quoi j'ai donc eu droit à de vives remontrances, évidemment au second degré, mais qui ne m'ont pas vraiment rassuré sur l'ambiance que je vais (re)trouver là bas. Je sais qu'ils ne sont pas sérieux, d'ailleurs à peine ai-je menacé d'aller dormir ailleurs qu'ils se sont calmés. Mais quelque part cette attitude exagérément agressive, doublée d'un tendance facile à la moquerie acide, commence à me fatigue.

J'aurai du mal à supporter ça trois jours. Espérons juste que je puisse passer plus de temps avec les autres du DESS – et donc moins avec seulement eux-deux. Espérons accessoirement que j'aie le temps d'aller prendre quelques photos de Lyon, que je ne reverrai sans doute plus.

mardi 09 septembre 2003

On se calme

Hier soir au téléphone, j'ai eu la vague impression, avec l'aide de mon père, de servir de tampon entre ma mère et ma soeurette. La belle s'installe à Paris pour ses études, et fatalement il faut qu'elle trouve un appartement sur place. Sur quoi ma mère propose un plan avec une tierce personne, plan qui comme par hasard tombe à l'eau trois semaines avant la rentrée, la laissant sur le carreau. Et c'est le drame. Engueulade et reproches par combiné interposé. Du temps qu'elle était ado, elles ont parfois eu toutes les deux des conversations assez houleuses; depuis le temps, ça c'est un peu calmé, mais c'est toujours électrique. Et puis vient mon tour (je devais lui demander un service), et j'ai bien sûr droit aux relans de justification de ma mère. Je fais ce que je peux, je tasse, je tempère. Une demi-heure plus tard, mon père rappelle sur le même sujet, essayant de me relativiser un peu les propos de ma mère, et me demandant aussi de calmer Sarah. Bref, on ramasse les pots cassés à nous deux et on s'excuse presque des emportements respectifs des filles. Bref, au final, rien de grave (enfin si, un peu, quand même), mais sensation étrange.

lundi 08 septembre 2003

Sarah

Je suis content qu'elle soit venue. On n'a rien fait de plus que ce qu'on fait d'habitude quand on est ensemble, rester des journées entières devant la télé (l'ordi en l'occurence), aller traîner au cinoche (un très joli film, et un autre un peu plus étrange) et se forcer à sortir marcher un peu – pour éliminer les tonnes de gâteaux qu'on s'engoutit. Mais ça faisait tellement longtemps qu'on ne l'avait pas fait, ça me manquait. Et de l'avoir contre moi, la sentir me rendre tout l'amour que je lui donne. Je n'ai pas trop eu le temps de lui faire la cuisine (juste des pâtes et des crêpes). Elle a décidé de prolonger son week-end d'un ou deux jours. Joie.

samedi 30 août 2003

Incompatibilité

J'ai toujours refusé de me résigner au fait que je resterai sans doute solitaire pendant une grande partie de ma vie. Mais peut-être justement qu'il faudrait que je me fasse à cette idée. Ça m'éviterait au moins de continuer à me bercer de douces illusions. Je ne suis pas fait pour être avec des gens, c'est tout. De temps en temps, ça va. Mais sur le long terme, ce n'est pas gérable. Et par long terme, je veux dire plus de dix minutes. Pas parce que je ne les aime pas. Au contraire. Plus parce que je ne sais juste pas le faire. Être présent, être avec eux, et pas juste un meuble dans la pièce. Tant pis, ça aura été bien d'essayer.

dimanche 24 août 2003

Retour

Et donc ma soeur est revenue du Sénégal, des anecdotes horribles plein la tête – principalement sur l'état sanitaire catastrophique du pays et les méthodes douteuses qu'ils ont de soigner les gens – et un gros secret qui m'inquiète un peu plus. Disons que j'espère juste qu'elle n'a pas essayé de modérer le récit qu'elle m'en a fait (et que donc je n'aie effectivement pas trop de soucis à me faire) et que tout va bien pour elle, physiquement et mentalement. Ça avait l'air d'être le cas, mais on sait très bien dissimuler ses sentiments dans la famille. Je lui ai offert tout mon amour et les bribes de conseils pour lesquels mon seul bon sens peut suffir, dans ce genre de domaine. J'espère sincèrement qu'elle va bien. Je prie de tout mon coeur pour qu'elle aille bien.

A 350km lift

La petite famille est passée en coup de vent à Bordeaux pour me raccompagner. Ça m'a permis de faire un camshot d'eux deux – et de leur faire découvrir les merveilles de la technologie moderne. Après on est allé dîner au resto et ils sont repartis. J'aime toujours autant qu'on fasse des remarques positives sur la manière dont j'ai aménagé mon petit coin à moi (aka mon appart'), sauf que j'ai eu droit à des remontrances pour cause de flemme pour changer les ampoules à la cuisine – qui est dans le noir complet depuis environ deux semaines.

lundi 18 août 2003

Flots

En fait je fais une bonne quatrième roue de carrosse, à défaut d'être un bon moteur. Au delà de cette analogie aussi poétique qu'appropriée, je me disais que, par exemple avec quelqu'un comme Riyad (de qui j'ai dit trop de mal, et je regrette un peu), qui a la conversation facile, mes mots coulent limpides et justes. Mais que c'est un rôle que je suis bien incapable de tenir a contrario.

Et donc, il a lui aussi fait une remarque sur le fait que 30 pages pour son rapport c'était trop court, et que ça ne suffisait pas pour refléter la quantité de travail qu'il a fournie. Bon j'ai dit que je m'en foutais, j'assume, mais quelque part je me demande quand même. L'univers essaie-t-il de me dire quelque chose ?

mercredi 13 août 2003

Dérapages

Quote d'avec Arnaud (pas lui, l'autre):

Lui: j'ai confiance en toi, après tout les petites abeilles ne savent pas voler quand elles naissent, c'est inné
Lui: (putain je parle comme une meuf qui voudrait te draguer, faut que j'arrete moi!! :))

Incrust'

Mat va bientôt passer sur Bordeaux et il va sans doute vouloir venir ici. Mais je n'ai aucune envie de lui ouvrir ma porte. Pas de mon chez moi. Pas de mon nid douillet. Pas de mon petit coin de paradis – j'exagère un peu, mais on s'en fout. Je ne le partagerai qu'avec des gens que j'aime. Je ne veux pas qu'il casse tout en s'imposant ici. Mais je ne sais malheureusement pas si j'arriverai à lui dire non.

C'est bête de dire ça, j'ai un peu l'impression d'être égoïste, en refusant d'ouvrir ma porte à un copain. Mais peut-être qu'il faudrait que j'explique pourquoi je ne le supporte plus. Faites-moi penser à le faire.

samedi 09 août 2003

Away

Ma soeur a laissé un message sur mon répondeur, tout à l'heure. Elle va bien. Elle est sortie de ma vie pour un mois. Elle me manque un peu.

lundi 04 août 2003

Coïncidence ratée

Je viens de me rendre compte par hasard qu'une de mes cousines, Haja, habite maintenant rue Oberkampf, tout près de l'endroit où j'ai passé un de mes entretiens de stage, et que donc on aurait pu ce jour-là se croiser de manière totalement fortuite et se ravir de la petitesse de ce monde.

Une explication que j'aurais à cela, c'est que mon cerveau n'a pas assez d'imagination pour inventer trop de lieux différents et que donc, fatalement, les mêmes endroits finissent par revenir en boucle. Parce qu'il est bien sûr convenu que tout ceci est un rêve et que rien de cela n'est vrai.

dimanche 03 août 2003

Débat

Ai discuté religion, hier soir, avec Xavier et Karine. Ça partait un peu dans tous les sens, entre lui qui faisait son athée intégriste super agressif, et elle qui essayait vainement de mettre en perspective sa récente conversion à l'islam. Je pense que, tous les deux (je crois qu'ils sont assez proches), ils ont dû pas mal s'étriper à ce sujet. Ils ont assez d'ouverture d'esprit pour entendre les arguments de l'autre, mais pas suffisemment pour avoir un débat constructif, au dela du oui/non/oui/non. Et moi entre les deux qui essayais de faire valoir mon sempiternel Je sais pas.

Âmes bienveillantes

Tout à l'heure j'ai eu une pensée pour Jeanine, une amie de ma mère qui, pour ce que j'en souviens, a toujours été pleine d'attention envers moi et ma soeur. Comme la grand mère qu'on n'a jamais eu, en fait, puisqu'elle vivait en France, alors que nos vraies grand-mères étaient restées là bas.

Elle était assez amère en règle générale, sur sa vie et ce qu'elle a vécu. Et a posteriori, c'est compréhensible. Un poste de receveur des P&T qu'elle n'a pas apprécié, un divorce tardif et acide, une fille rancunière et distante. Elle a fait de nous sa famille d'adoption, et les rares fois qu'on la voyait, c'était toujours avec joie qu'elle nous considérait.

Moi évidemment, je ne m'en rendais pas compte, trop perclu dans mes problèmes d'adolescents pour m'intéresser plus. Ce n'est que sur la fin que j'ai commencé à cerner les choses. Evidemment, c'était trop tard. Elle est morte il y a maintenant quelques années, en silence, dans un hôpital anonyme, et loin de tout. À peine si ma mère a-t-elle appris son décès après coup, et à peine si elle avait du s'occuper de prévenir sa fille.

vendredi 01 août 2003

Lithanie

Denis, Denis, Denis. Fantasme inavoué, désir inaccessible. Prends moi dans tes bras et laisse-moi toucher ta peau, comme un ami, comme un amant, comme un grand frère. Je sais que ça n'arrivera pas mais je sais pourquoi je continue d'y penser. Pour entretenir ma flamme. Pour laisser mon espoir vivre. Parce que ce n'est pas de l'amour que j'attends de toi. C'est juste physique. Et ce contact-là, j'en ai plus que jamais besoin.

Départ

Tout à l'heure, je vais passer rapidement un dernier coup de fil à ma soeur avant qu'elle ne prenne son avion. Je ne sais pas si elle va me manquer (formulation d'auto-persuasion), j'espère juste qu'elle va profiter au maximum de son voyage et qu'elle va me revenir en un seul morceau. Je lui fais confiance, elle est grande et débrouillarde. Mais c'est quand même ma petite soeur et j'aurai toujours ce petit bout de moi qui s'inquiètera de sa vie.

mercredi 30 juillet 2003

Tâche d'huile

Et parce que j'ai eu le malheur de me confier une fois à elle, voilà que ma mère commence à se faire des idées erronées et embarassantes à mon sujet. Parce qu'évidemment, n'ayant pas donné la version complète de l'histoire, elle s'est mise à broder le reste dans sa tête, et ce qu'elle imagine est certainement bien pire que la réalité, et elle m'envoie des bouts énervants de ses suppositions, enveloppées dans de vieilles allusions pas trop discrètes pour en savoir plus, à chaque fois qu'elle me téléphone. Je sais que je ferais mieux de cerver l'abscès et de tout lui dire. J'ai juste peur que ça prenne des proportions encore plus envahissantes.

lundi 28 juillet 2003

Revenant

Donc Olivier est revenu a tout hasard sur mon camshot log (Knuckles aussi, d'ailleurs, mais elle, je m'en fous un peu plus :), a remarqué le changement et a commenté à propos d'une carte postale qu'il m'avait fabriquée.

Il a été mon binome de TP à la fac pendant quatre ans, alors forcément ça compte. Pas super-super efficace, mais super sympa -- quand j'y repense, je préfère me souvenir nos fins de soirée à trois heures du matin, à finir un exposé pour le lendemain, que des séances devant machine, à avancer à deux à l'heure.

Cette année, il a hésité entre chercher du travail et continuer ses études. Enfin, hésité, disons plutôt qu'il craignait de n'être pris nulle part. Et puis il a été admis en DESS à Laval, une formation en réalité virtuelle qui venait d'ouvrir (assez intéressante d'ailleurs, surtout quand je vois leurs stages, mais en fait) et il est parti.

Quand je montais passer des entretiens sur Paris, vu que je savais que lui était en stage là bas, on s'est pas mal appelé, histoire d'essayer de se voir sur place. Mais des contretemps nous ont fait nous revoir plutôt à Nantes. J'avais bien apprécié cette après midi dans un pub (soi-disant) irlandais, à parler de tout et de n'importe quoi (comme d'hab).

Et donc là, suite à ma remarque disant qu'on n'avait plus de nouvelles (vu qu'on a l'habitude de communiquer par IM avec mes autres copains de fac, et que lui avait disparu de la circulation), il s'est reconnecté sur AIM et on s'est promis de se rappeler.

Bizzarement, je crois que je l'aime bien. Je veux dire, on a passé du temps ensemble, mais que comparativement je le trouve plus avenant que d'autres. Et puis il a pas complètement la geek attitude et ça me soulage de fréquenter des gens un peu normaux. Bref, je deviens sentimental, là...

jeudi 24 juillet 2003

A bridge too far

Ai traversé le pont de Pierre (une sorte d'immense arche qui traverse la Garonne sur, allez, 500 mètres -- soit cinq grosses minutes à pied) avec Mathieu, un collègue. On a parlé d'un peu tout et n'importe quoi, comme d'habitude, sauf que je me sentais un peu plus à l'aise que la dernière fois et que la discussion était à peu près normale.

Sauf qu'au bout du pont, je l'ai coupé rapidement en faisant remarquer que je partais à droite (il allait à gauche); genre, bon ok, on a bien meublé le trou, mais en fait je m'en fous de tout ça; et là je pars par là. Absolument involontaire comme comportement, et je n'ai jamais voulu penser ça. C'est juste ma maladresse qui me donne l'impression d'avoir agi ainsi.

lundi 21 juillet 2003

Grandma (2)

Avec la force des choses (et un gros forcing de ma mère), j'ai quand même fini par en apprendre plus sur ma grand-mère. Elle aura vécu les conséquences de la première guerre, avec les Anglais et les Français qui se disputaient Madagascar, elle a perdu son premier mari dans les émeutes pour l'indépendance, elle a fait de la prison pour s'être révoltée contre les colons, avant de finalement se remarier, se ranger et faire sept enfants. Elle m'en a raconté si peu, et pourtant j'ai l'impression que c'est déjà beaucoup de choses. Du coup, ça m'intrigue. N'a-t-elle eu une vie extraordinaire ? A-t-elle vécu des moments historiques ? A-t-elle agi pour prendre en main et changer l'avenir de son peuple (comme je rève de le faire) ? Elle part mercredi, et je n'en saurais guère plus. Un léger regret se profile dans mes souvenirs.

jeudi 17 juillet 2003

Mature speeches

Bon en fait je me rends compte qu'on est est incapables de discuter sérieusement avec ma frangine. A peine j'aborde un sujet un tant soit peu grave, qu'on vire à des marmonnements larmoyants pas vraiment constructifs. Ça ou alors ça tourne complètement à la dérision. Par exemple, je lui ai vaguement évoqué mes concerns à propos de ma recherche d'emploi et elle s'est mise à sortir un oooooooh compatissant destiné certes à montrer sa compassion et son inquiétude, mais qui ne m'aide pas vraiment à évacuer la chose comme j'aimerais. En fait, on n'a jamais pris l'habitude de communiquer sérieusement entre nous, et là je viens de constater à quel point ça me manque.

DND

Hier ma soeurette m'a téléphoné en plein milieu de ma conversation avec Fréd et je l'ai sèchement envoyée bouler d'un "tu permets que je te rappelle plus tard". Un des trucs que je ne sais pas faire, c'est expliquer clairement aux gens que je ne peux pas leur accorder du temps, sans avoir une partie de moi qui a l'impression d'être fondamentalement désagréable. Vers une heure et demie, ne pouvait décemment pas la réveiller, je lui ai envoyé un SMS d'excuses et je m'en veux encore de la manière dont je lui ai répondu. À chaque fois, Fréd me remonte les bretelles parce que je n'ose pas simplement dire que je n'ai pas envie de parler (ou que je suis trop occupé, ou...). Comment je l'interprète, c'est sans doute parce que j'accorde tellement d'importance au fait d'avoir des gens autour de moi, que je me trouve méchant quand je rejette certaines personnes. Du coup.

Trop lourd pour mes frêles épaules

Bon là, j'ai une vague envie de partager tout ça avec une autre personne, et comme Yan (mon seul autre vrai semblant de confident en ligne) est revenu dans les parages, je songe à lui donner le lien vers ici. Donc si je le fais, salut Yan (pour quand tu liras ces pages) et si je ne le fais pas, tant pis.

lundi 14 juillet 2003

*Ghh*

Trop cute; on a envie de la prendre dans ses bras et de la couvrir de bisous.

P.S.: Je parlais de la peluche, bien sûr, you *perverts* !

dimanche 06 juillet 2003

Friends

J'ai eu l'occasion d'aller voir le nouvel appartement de mes cousins, de constater comment ils s'installaient et entamaient eux aussi leur vie. J'ai pu voir comment tout ça avait l'air de prendre forme, innocemment, avec leurs études qui commencent, leurs petits amis respectifs qui occupent l'espace, bref, un petit squatt de jeunes qui s'organise gentiment. Peut-être que c'est eux qui ont raison, de prendre les choses aussi facilement, de ne rien faire qui ne soit pas longuement prémédité, de plannifier les choses au jour le jour. Mais ce que je ressens à les observer, ce n'est pas (plus) de la jalousie. C'est de l'orgueil.

Grandma

La vieillesse est peut-être vraiment un naufrage. Ou plutôt, la distance que les kilomètres et les années ont mis entre nous me rend ma grand-mère, que je revoyais ce week-end pour la première fois depuis longtemps, presque étrangère. Oui, c'est sans doute un autre monde. Elle n'a probablement pas la moindre idée de ce que je développe dans ma tête et comment ma vie semble prendre un brin d'organisation, et inversement j'ignore probablement tout de sa vie qui en est à son crépuscule. Je ressens cependant quand elle me regarde une sorte d'affection pour cette chose "inconnue" qu'elle imagine comme une famille lointaine, attentionnée par ce que c'est la famille, extérieure parce qu'elle est lointaine à tous les points de vue. Je me souviens avoir vu des photos d'elle à son mariage. Elle était belle. Je la regarde maintenant et je me demande comment sa vie a évolué jusqu'à devenir ce qu'elle est aujourd'hui. A-t-elle été heureuse ? Est-elle satisfaite de la tournure qu'ont pris les évènements ? Quelle vision de la vie son expérience peut-elle apporter au jeune con qui commence tout juste à griffoner la sienne ? Je deviens poète, là.

mardi 01 juillet 2003

Oups

Je sais pas pourquoi, mais je sens que je vais sans doute le regretter d'avoir comme ça filé l'adresse des archives de mon bélogue à Xavier et à Karine. Genre j'ai pas vraiment réfléchi à ce que j'y racontais (c'est pas la première fois, à croire que c'est une manie chez moi). Heureusement qu'ils ne peuvent pas voir ici, ce serait le comble.

lundi 30 juin 2003

Benny Hill

C'est sûr, tout le monde n'est pas obligé d'apprécier mon humour. Ni d'en avoir, d'ailleurs.

Lui: on a fait un tournoi de sixte dans la loire
Lui: en fait c surtout le foot qui fatigue
Moi: surtout que faire du foot dans la loire
Moi: ça doit être fatiguant
Moi: nager et taper dans le ballon
Moi: dur dur.
Lui: pff
Lui: le departement
Moi: Rho ça va hein, je déconnais.
[...]
Lui: Signoff: (on etait presque au meme endroit alors ;))) moi aussi je deconne)

jeudi 26 juin 2003

Vade retro

Est-ce que la vie est ainsi faite ? Est-ce qu'on peut décider de ne plus apprécier des gens ? Est-ce qu'on peut se fâcher volontairement ? Est-ce qu'on peut choisir de ne plus voir quelqu'un, comme ça, du jour au lendemain ?

Je me pose la question de savoir si je peux réellement me payer le luxe de rejeter mes seuls "copains" sous le prétexte que parfois, ils m'agacent royalement ? En plus, je n'en ai pas vraiment envie.

mercredi 25 juin 2003

Nouvelles têtes

Tiens, je me surprends à essayer de faire parler (sérieusement, j'entends) Karine (une fille du DESS, qui est en stage à Paris et que je vois via IM), alors que de prime abord, ce n'est pas quelque chose que j'aurais spécialement fait. Je veux dire, elle est super sympa cette fille, mais des fois elle sonne juste naïve. Je mets pas de péjoratif là dedans, un brin de condescendance en fait. Je me disais qu'elle n'était peut-être pas intéressante, au vu de ce qu'elle racontait habituellement, qui était, à vrai dire, assez au ras des paquerettes. Et puis on sent qu'elle n'a pas encore forcément les réflexes du schéma de communication par IM. Mais ça va venir. Et entre l'ouverture d'esprit que j'ai acquise avec Fréd, et, je sais pas, l'envie de parler, et bien on se met à discuter gentiment.

Mailing

Frédéric, donc. Un gars somme toute intéressant, dans le sens où il une grande expérience dans la profession, remplie d'anecdotes et de remarques d'a propos sur des sujets très diverses. Même si parfois, ça sonne un peu blasé, genre tout-vu-tout-fait, voire prétentieux. Et puis il est un brin capitalistique, mais bon.

Et donc, voici le mail de départ bien marrant qu'il a envoyé:

Bonjour,

Je quitte Ix-Fxxxx aujourd'hui, ceux qui souhaitent me contacter (même pour autre chose qu'un bug dans le CxxxMxxx) peuvent le faire par mail à cet adresse:xxxx@yahoo.com A part ça je suis pas doué en discours d'adieux alors ciao!

Hello,
I'm leaving Ix-Fxxxx today. If you need to contact me, try xxxx@yahoo.com. Bye!

Hallo,
ist meine Katze schwarzes
xxxx@yahoo.com.
Tschuess!

Hola, tengo pantalones amarillos
xxxx@yahoo.com.
Bye!

Gradisco il pollo fritto
xxxx@yahoo.com.
Arrivederci!

Arnaud

Cet après-midi, j'ai passé quelques moments à piquer au hasard dans les archives d'Arnaud, principalement pour y chercher des trucs en lien avec Fréd (ce qu'elle appelle la collectionite), mais bon, chut. Et j'ai donc (re)découvert certains aspects de leur relation qui était très proche à une époque, et qui s'est brusquement rompue -- Fréd m'a expliqué pourquoi, mais c'est des choses qui m'échappent, franchement. Ce midi, elle me dit qu'il a de nouveau repris contact positivement, et je trouve ça très bien. Ce garçon m'intriguerait presque (les amis de mes amis, bla bla...) avec tout ça, mais je ne peux pas juste aller le voir et m'imposer à lui. Ce serait grossier.

mardi 24 juin 2003

A bien y réfléchir

Tout à l'heure, je confiais à Fréd mes impressions (franchement moyennes) sur mes six mois de colocation avec Jim. Là on vient de finir une partie de Rise of Nations, et il me sort, à propos de Mathieu, avec qui il était coéquipier:

Jim: Je joue plus avec lui
Jim: c'est tout
Moi: Hé hé
Jim: 2 parties
Jim: 2 branlées

Second degré ou pas, ça fait partie de ses mauvais côtés, de prendre la défaite aussi mal. Et encore, là il est assez soft. Il y a eu des fois ou il m'a presque fait peur.

lundi 23 juin 2003

Avancée

Le fait est que j'ai passé toute la matinée au boulot à discuter avec elle, on a parlé de trucs très profonds/personnels et elle m'a fait des remarques un peu équivoques que j'ai prises à mon compte. Je crois que je suis amoureux. Et je crois que c'est réciproque. En rentrant, j'ai marché tout du long avec un sourire jusqu'aux oreilles et l'envie folle de sautiller partout. Pas que je m'emballe, il ne s'agit encore que de suppositions. Mais je crois que...

Edit: en même temps, je ne sais pas. Plutôt distante, ce soir. Je suis dans l'expectative.

jeudi 19 juin 2003

BMX-Boi

Au boulot, il y a un gars qui s'appelle Daniel et qui est visiblement assez "assidu" de BMX. Il vient avec son petit vélo tout les matins, en s'amusant à faire régulièrement des acrobaties en tout genre, mais assez osées, hein. Ça me rappelle à quel point j'aurais bien aimé par exemple faire du skate pour pouvoir m'amuser de la même manière quand je me déplace. Mais bref. Le pire c'est qu'il est asez vieux, ce qui donc me fait penser que c'est un vrai old-schooler. En même temps, vu l'aisance qu'il a, ça se voit qu'il pratique depuis longtemps.

Speech

The other night, I was walked back from work by Joe, one of the game designers. He is not really comfortable with french, so I had then my first full-english real-life conversation. Mostly about work, since he seems quite interested by the things I am working on.

Anyway, what I wanted to point out is that our discussion did not really sound fluid. Not that I have particular problems with speaking english, I have basically the same problem in french. In fact, I have problems with speaking in general (being such a shy guy), and the switch-to-english issue just made the things even worse. However, he may think that I just have problems with the language, and not imagine all the rest. I would prefer he does.

mercredi 18 juin 2003

Souvenir

Oui, je l'ai fait aussi, le dernier purity test en date, et comme d'habitude, mes résultats sont plus qu'extrêmes. En même temps, pour quelqu'un qui n'a même jamais embrassé une personne du sexe opposé, ça n'a rien d'étonnant.

Hier, je voulais vous parler d'Alexandra, une des filles que je regrette le plus dans la longue liste de frustrations qui hantent mon adolescence. On était en troisième ensemble, et à raconter cette histoire, je ne me rajeunis pas. Parce que je n'ai pas vraiment le physique qui va avec, on nous avait mis avec quelques autres dans le groupe des "mauvais" au rugby. Avec pas mal de filles aussi, parce que bon.

Et donc à force de placages et de blagues pas drôles comme je sa(va)is en faire, je me suis retrouvé à sympathiser avec elle, et petit à petit on est devenus assez proches. Assez proches pour qu'elle largue son petit copain de l'époque et qu'elle fasse une annonce publique à peine voilée qu'elle voulait qu'on sorte ensemble. Mais les choses étant ce qu'elles sont (enfin surtout moi), il ne s'est finalement rien passé.

Quand j'y repense, ça me ronge encore de savoir pourquoi je n'ai rien fait. Je veux dire, je sais bien pourquoi en fait, mais vu ce genre d'occasions n'arriverait malheureusement plus trop souvent par la suite, je ne peux que regretter.

Sans vouloir être prétentieux ou quoi, je crois être quelqu'un de sympa, pas trop moche, et je saurais plaire sous certaines conditions. Le problème c'est que vu comment les choses tournent, que j'ai fini la fac (qui était un grand laboratoire à rencontres), je vois mal comment est-ce que je pourrais trouver. Pas le boulot, le hasard, la rue, le net, je ne désespère cependant pas. Ou juste un peu.

dimanche 15 juin 2003

Log

Quand Mat est passé à Lyon pour la fête des lumières (et accessoirement pour les conférences de l'AFIG), il utilisait mon ordinateur pour faire de l'IM. Et donc, par je ne sais quel hasard, les logs de ses conversations ont été enregistrés dans le même dossier que les miens.

En même temps, s'il avait pas voulu que je les lise, il n'avait qu'à faire le ménage. Donc j'ai passé une bonne heure à parcourir tout ça, en totale indiscrétion, mais bon, je m'en fous (n'est-ce pas ?), et j'ai découvert (ou plutôt j'ai eu confirmation) de certaines choses à son propos.

En premier lieu, qu'il n'est pas forcément tout le temps comme il est quand il est avec Jim (je me comprends). Et que c'est un garçon touchant, même si ce n'est pas exactement ce que je veux dire. Le reste concerne surtout des détails d'histoires amoureuses unidirectionnelles, et des relans d'amitié qu'il a avec ses connaissances d'IM.

samedi 14 juin 2003

People

En fait, c'était prévu qu'à plus ou moins long terme, je me serve de la catégorie People pour faire une liste + description + impressions des gens qui m'entourent. Pour régler des comptes, peut-être, pour essayer de fixer exactement l'idée que je me fais d'eux, pour pouvoir me souvenir aussi, dans dix ans, des amis que j'avais aujourd'hui et que j'aurai perdu entretemps. Mais en fait, si je veux être exhaustif, c'est une tâche vraiment complète et compliquée. Mais je trouverais certainement le temps de m'y mettre.

jeudi 12 juin 2003

Indisponible

Bon je trouve ça un peu exagéré que Jim et Mat me fassent une scène tout ça parce que je viens pas jouer avec eux sur internet; genre comme si j'étais pas occupé à autre chose -- à prendre le temps de dîner et de flemmarder au téléphone par exemple. Même s'ils le prennent sur le ton de la déconne, j'aime pas (plus) trop la façon agressive qu'ils ont de communiquer.

Bon, faut pas exagérer non plus, je leur en veux pas profondément. Mais je trouve que c'est un peu abuser que d'aller, par exemple, jusqu'à me téléphoner pour savoir pourquoi je réponds pas sur IM. Genre comme si je devais absolument me plier à leurs envies et à leurs disponibilités.

vendredi 06 juin 2003

Calme

Oui, certaines personnes sont parfois particulièrement lourdes; mais vous n'avez pas envie de les envoyer bouler, parce que vous êtes trop gentils pour le faire, ou alors parce que vous n'avez pas envie de faire des remous. Je n'ai pas toujours envie de répondre sur IM, je pense que c'est parfois compréhensible. Et pourtant je finis par le faire, une sorte de courtoisie d'un autre âge.

jeudi 05 juin 2003

Déjà vu

J'ai lu l'histoire du malgache de 21h09 de Sof (qui raconte de jolies choses, un peu longues, mais qui valent le coup d'être lues) -- et donc, étrangement, ça ne me surprend pas du tout. Je ne sais pas à quoi ça tient, peut-être à une façon d'être des malgaches ou à une éducation. Mais entendre le comportement de ce Jean-Luc amoureux qui reste pourtant distant me semble étrangement familière. Mesdemoiselles, si vous avez un malgache qui semble vous éviter dédeigneusement (voire quasiment avec mépris), c'est qu'il vous aime en secret.

mercredi 04 juin 2003

Bon public

L'autre jour j'ai pu me vanter auprès de Sophia (la secrétaire) d'avoir moi aussi regardé le film de Ken Loach qui est passé l'autre soir sur arte. Et même si ce qu'elle pouvait en dire semblait un brin convenu, le fait que j'aie pu acquiescer et quelquepart monter dans son estime, m'a rendu sur le moment un brin joyeux.

lundi 02 juin 2003

Calling

J'aime parler au téléphone avec ma soeur, oui c'est vrai, même si je pourrais être amené à penser le contaraire. Le problème disons, c'est que je trouve ça sympa d'entendre sa voix et les choses qu'elle peut dire, mais comme j'ai du mal à communiquer en général de façon orale, le fait est que l'échange tourne rapidement au monologue. Et c'est vrai qu'au bout d'un moment, je me lasse et la seule chose que j'aie envie de faire c'est de raccrocher. Il n'y a pas qu'avec ma soeur d'ailleurs. C'est juste parce qu'on s'appelle souvent et que donc j'ai eu plus d'occasions d'observer le phénomène.

dimanche 01 juin 2003

Underfirestarter

Yacine est un petit jeune que j'ai connu sur internet à l'époque où je m'intéressais de très près aux jeux vidéo. De fil en aiguille, sur les forums, puis sur IM, on a fait connaissance et aujourd'hui je le vois virtuellement presque tous les jours. Bon c'est un petit con, hein, donc des fois il est un peu chiant, impatient, exclusif... Je rigole. Passons.

Et donc j'ai suscité, je ne sais par quel miracle, chez lui la vocation du blogueur. Il en a ouvert un. Bon, soit. Il y raconte des choses ma foi assez banales pour le moment, qui ont ce ton (cette candeur ?) si particulier des gens qui commencent à s'exprimer publiquement en direction d'inconnus.

C'est presque touchant de le voir exprimer des lieux communs mille fois revisités, mais avec ses propres mots. Mais comme l'a dit Fréd, je ne suis pas certain qu'il tienne la cadence. On verra bien.

mardi 20 mai 2003

Consternation

Mon prof d'anglais de troisième avait une ridicule collection de blagues bien nulles qu'il n'hésitait pas à nous ressortir à la moindre occasion, pour nous vanter les mérites de l'humour anglais. Je ne résisterai pas à l'envie de vous en ressortir une.

Two very old ladies are discussing:
- What's the day today ?
- Tuesday.
- Tuesday ? I thought it was Thursday...
- Thirsty ? So am I; what about a cup of tea ?

Maintenant imaginez la consternation des 32 élèves qui entendent cette histoire pour la quatrième fois. Imaginez leur consternation devant sa tête de professeur tournesol, toute rouge de rire.

Un jour, il nous a avoué qu'il voulait à la base être prof de maths. L'été d'après son diplôme, on lui a proposé un remplacement de professeur d'anglais et il a accepté. Il a passé toutes ses vacances à écouter la BBC pour être prêt à la rentrée. Un autre jour, il s'est fait défoncer sa voiture par le tramway, devant tout le monde, juste à la sortie des classes.

Pas qu'il y ait une causalité entre ces deux évènements; mais je ne trouvais pas de morale à mon histoire.

samedi 17 mai 2003

Zombie

Bon arrêtons de parler boulot, après on va croire qu'il n'y a que ça dans ma vie (ce qui est d'ailleurs complètement faux). Justement, ma soeur me parlait de son effrayant maître de stage, qui arrive au travail à 7h le matin, repart à 21h le soir et des fois vient travailler le dimanche. Et après on dit que les fonctionnaires ne sont pas consciencieux. Elle en discutait avec les gens de l'entretien, qui lui ont suggéré que le pauvre ne devait pas avoir de vie de famille (voire pas de vie tout court en dehors du travail).

Je veux dire, ouais, bon, si ça le passionne, pourquoi pas. Il y a bien des gens passionnés par l'informatique et qui passent toute leur vie devant un PC (sarcasme mode="on" aujourd'hui, définitivement). Mais bon, il y a des limites à la décence, quand même, non ?

vendredi 16 mai 2003

My dear friend

Vous ai-je seulement parlé de mon nouvel ami stagiaire marketeux du service communication ? Un gars au demeurant bien sympathique qui a le contact facile et la discussion prolixe. Une personne au mode de vie sain qui trouve ça abrutissant de rester toute la journée devant un ordinateur. Un être dévoué qui s'acharne consciencieusement en newsletters, en prospections, en statistiques et en études de marché. Une chose fascinante qui sait suggérer aux techniciens les meilleures manières de réorganiser le site internet pour plus de cohérence interne. Un truc qui aimerait bien faire de la vente grands comptes ou travailler à l'international. Bref, l'ami idéal. Vous savez quoi ? Je lui ai filé mon numéro de téléphone. Des fois je me demande où j'ai la tête.

vendredi 02 mai 2003

Discussion

Je n'en reviens que moyennement, mais j'ai discuté ce midi avec un autre stagiaire en marketing, qui bosse aussi dans la boîte. Je me revois encore le relancer sur des sujets dont je me contrefous. Je m'entends encore lui parler des licenciements de Metaleurop et de l'explosion de la bulle spéculative. Je...

Et c'était complètement conscient, volontaire, assumé. Est-ce qu'une discussion d'adultes tourne fatalement au simple entretien d'un bruit de fond et de sourires coercitifs. Ou bien est-ce moi qui me pervertis , en forçant mon naturel dans un moule qui ne lui sied pas ?

vendredi 07 février 2003

SDF

clodo

On a recueilli un clochard chez nous.

lundi 14 octobre 2002

Voyez vous...

Je l'imaginais pas du tout comme ça. Comme beaucoup de gens du net en fait. On voit leur tête pour la première fois. Ça fait un choc. Sauf ceux qui ont une webcam. Bien sûr. Enfin sauf ceux qui ont une webcam depuis assez longtemps pour que j'aie vu leur tête dès le départ. Enfin bref. Donc pour en revenir au début, je l'imaginais pas comme ça.

samedi 12 octobre 2002

Crush

Voila. On s'attache bêtement à des gens. Et ils vous laissent tomber. Grmbl.

vendredi 20 septembre 2002

Class of '98

J'ai rencontré Xavier et Valérie, deux anciennes "connaissances" (des classmates de terminale en fait) au détour d'une file d'attente de MacDo. Comme à mon habitude, au début je n'avais aucune envie de leur parler. Pas que je les aime pas, mais aucune envie, genre rejet total de l'idée même de contact. Donc j'essayais d'éviter de croiser leur regard. Et puis je me suis peut-être rendu compte que c'était con ce que je faisais, du coup j'ai lâché un timide "salut" (et ouais c'est moi qui ai fait le 1er pas) suivi d'un rapide "qu'est ce que tu deviens ?" et d'un poli "bonne soirée". Comme quoi, je deviens de plus en plus sociable.

Facteur

Total private joke, mais cette carte postale m'a bien fait marrer. Merci Olivier.

mercredi 11 septembre 2002

A table

Lui: Collection de "Ouais ouais, je connais. Et d'ailleurs c'est le tiers-monde là bas, non ? Les pays de l'est c'est l'enfer, non ? Lech Waleza c'était un putain de dictateur, non ?" et de "Et ils ont tous des voitures en plastique, non ? Ouais je sais j'ai vu ça à lé télé." Et vas-y que je te sors préjugé sur préjugé et que je fais mine d'être déjà au courant de tout ce qu'on raconte.

Moi: Quelque part entre "Mais tu vas la fermer ta gueule ?" et "Retenez-moi ou je lui colle un pain", mais malheureusement je suis trop poli pour me comporter ainsi.

Alors j'ai bu, pour oublier.

lundi 02 septembre 2002

Ciao

Ça y est, ils sont partis. C'est bien les gens, mais tout seul c'est bien aussi. Bien que j'aie commencé à m'habituer à leur présence. Ça faisait une sorte d'ambiance de fond. Comme la musique de fond dans les films, on ne la remarque pas vraiment, mais elle est là tout de même. On verra, peut-être j'irai leur rendre visite.

lundi 26 août 2002

To Be or ....

Incroyable ! J'ai croisé Abdel et Franck des 2 Be 3 (mais si, les 2 Be 3, souvenez-vous) à la gare de Nantes. Ils ont toujours la même joie de vivre et tout cette sincérité qui font que ce sont des gens vrais, pas superficiels pour un sou, authentiques, nature (voire à la limite de l'absolue transparence intellectuelle). Je n'ai pas osé leur demander un autographe, mais comme quoi, oui, il y a une vie après les boys-band (sic). À mon avis ils rentraient d'un gala pour retraité quelque part dans les environs, mais je peux me tromper.

jeudi 13 juin 2002

Pas de quoi

À chaque fois, c'est la même chose. Je la vois sur le trottoir, au loin, avancer dans ma direction. Où va-t-elle, je n'en sais rien, et à vrai dire, je n'en ai strictement rien à faire.

Cette pauvre femme. Quand elle n'est plus qu'à quelques mètres, je la vois qui détourne son regard, l'air distant.

Quand enfin la distance permet qu'on s'entende, je lui dis bonjour. C'est ma voisine.

Et à chaque fois, je vois son vissage s'illuminer, passer de moribond à plein de joie, comme si le seul fait que je la salue pouvait lui procurer un immense bonheur.

La solitude, c'est son quotidien, et à en croire ma mère, pour elle la moindre occasion de parler, d'échanger, d'être en face d'autrui la satisfait.

Fatalement, je me rends compte que quand j'atteindrai son âge, probablement aussi seul qu'elle, le moindre signe qui prouvera encore que j'appartiens au monde ne me remplira-t-il pas de la même gaité; simple, innocente, tranquille.