mardi 03 août 2010

Aphorismes

Ça me fait doucement rire, les gamines de quinze ans qui croient tout savoir sur le monde et se permettent de te répondre en assénant avec aplomb leurs vérités supposées universelles. C'est drôle et en même temps déstabilisant. D'un côté on ne sait pas vraiment si on doit même se donner la peine de les contredire, tant on a avec soi la force de l'évidence. De l'autre on craint cependant d'émousser les arguments posés de sa propre expérience, face à la conviction bornée de leur énergique adolescence. Alors cette volonté de ne censurer aucune expression et de prendre au moins la peine d'écouter ce qu'ils ont à dire prend le pas et pousse parfois aux confins mêmes du doute. Peut-être ce qu'elle raconte est-il vrai, peut-être que c'est moi qui vis avec des oeillères et refuse de voir l'évolution du monde, si ce n'est au travers du prisme de mon univers petit bourgeois, idéaliste et humaniste.

Bon, faut arrêter de déconner. En fin de compte les masques tombent assez vite, ceux de la petite fille qui se la raconte trop pour ne pas chercher à se faire remarquer, qui joue trop à la grande pour ne pas masquer son manque d'assurance, dont les formules sont trop stéréotypées pour ne pas être sues par coeur. Voilà qui aurait ulcéré ma frangine, si prompte à cerner les caractères, alors que moi plus volatile, me laisse séduire par les beaux parleurs.

dimanche 30 mai 2010

Analytique

J'essaie, vraiment, de prendre sur moi. Je travaille mon complexe de supériorité. J'essaie de me convaincre, j'essaie de prendre conscience. A l'impression parfois d'être seul au monde, j'objecte le principe du rasoir d'Occam ; me considérer dans le faux est plus vraisemblable que de m'imaginer avoir seul raison contre tous. Oui ceux-là ont raison, qui ont compris a marche du monde et ont appris à la détourner pour arriver à leurs fins. Et moi, absent, étranger à mon quotidien, je ne peux rien d'autre que les jalouser, surtout quand je constate qu'ils ont tout pour eux et moi, pas grand chose.

A quoi bon objecter les règles contraignantes d'une vertu surannée aux plaisirs si simples d'un quotidien sans arrière-pensées, si ce n'est pour l'espoir désormais hypothétique d'en tirer un bénéfice plus grand que la simple et immédiate jouissance d'un présent sans lendemains ? Si j'ai bien retenu les leçons d'un catholicisme prétentieux, je désespère devant les libertés prises par le reste de mes congénères. Et me résous, entre leur apparente félicité et mon persistent mal-être, à conclure que ce sont eux qui ont la vérité.

Enfin, il y a plus malheureux que moi. Dans les bons moments je me dis qu'il ne me manque non plus pas grand chose pour être bien. J'ajoute alors dans un accès de cynisme qu'il serait sans doute plus sage d'apprendre à me passer de ce peu, que de me tourmenter pour arriver à l'obtenir. Ce n'est après tout pas le plus important.

Foutaises. Dans les pires moments je m'interroge face à cette normalité que j'ai toujours ciblée comme un idéal, quitte à réfréner mes ambitions. J'ai même romancé mon histoire personnelle pour arriver à me justifier auprès de mes amis. Je n'assume pas cette sorte de différence et, si j'ai tout fait pour l'effacer et paraître comme le commun des mortels, par esprit de contradiction elle continue de s'exprimer dans mes aspirations les plus simples.

Je déteste la médiocrité et pourtant j'envie sa facilité. Je rêve d'être comme tout le monde mais ne peux supporter le vulgaire.

Mais je sais comme les gens vous jugent. A entendre leurs questions, sous prétexte d'apprendre à vous connaître, j'ai compris les critères sur lesquels ils mesurent votre réussite. Je ne peux m'imaginer leur curiosité sans une pointe d'intérêt pour vous placer dans l'échelle sociale. Dans nos sociétés post freudiennes nous sommes toujours confrontés au meurtre du père et à la concurrence inter-générationnelle pour désigner le mâle alpha. J'abonde malgré tout à l'évolution de l'homme moderne dans sa relation face à l'autre et dans la déconstruction des modèles inculqués par la tradition occidentale, modèles déjà mis en pièces par la génération de nos propres parents.

Nous devons aujourd'hui reconstruire une façon d'être qui rentrera dans l'histoire au même titre que les soixante-huitards ou la libération sexuelle. Nous devons avancer vers autre chose. Nous devons nous considérer entre nous d'une façon différente et détruire les codes des traditions qui ont contraint l'émancipation des peuples, des jeunes, des femmes. En même temps nous traînons ces codes avec la nostalgie rassurante que stimule la peur d'avoir à tout réinventer. Nous manquons de cette inspiration que favorisait le dogme. Il est facile de se dresser face à l'injustice et à l'interdit. Nous sommes nés nus et responsables face à un monde équitable, sans règles ni tabous.

Demain je veux rencontrer des gens libres et prêts à faire exploser le carcan de l'habitude et des bonnes manières, auxquelles on se raccroche pour atténuer la peur du vide. Je veux m'ouvrir sans crainte d'avoir à me justifier par rapport à un modèle de ce se fait et de ce qui ne se fait pas. Qu'on ne me reproche plus, ce n'est pas ainsi qu'il faut s'y prendre, ce n'est pas le genre de choses qui plaisent.

Mais j'ai peur d'être le seul dans cette situation. Je me conforme parfois par hantise.

vendredi 14 mai 2010

Ascension

Deux cent euros. J'y repense. Ça fait quand même une petite somme pour une seule journée. Mais c'est peut-être le prix pour une journée idyllique, loin de tout, décroché des réalités. Le prix de trois restaurants, d'une chambre d'hôtel et d'une location de vélos. Le grand ciel bleu et les routes plates vides de toute circulation, j'imagine, c'était en bonus. Heureusement. Comme si nous le méritions.

Je ne rentre que pour retrouver ma belle endormie, prise d'une effervescence légère et incongrue, suite au décès sur la voie publique d'un jeune trop alcoolisé. Et de m'indigner des relents réactionnaires que j'entends dans les médias, ouvertement adressés contre la jeunesse, qui par leurs amalgames rapides et leurs syllogismes fascisants ne font que trop rappeler une époque qu'on croyait pourtant révolue. Celle où on fustigeait une génération qu'on ne pouvait ou voulait plus comprendre et qui réinventait un monde sur lequel on ne semblait plus avoir le contrôle.

Un mot ressort : responsabilité. Comme si ça ne choquait personne d'associer dans une même phrase accusation gratuite d'incitation à la débauche et culpabilisation sans nuance à la recherche d'un bouc émissaire, d'une personne à blâmer, d'un visage à placer sur un phénomène qui nous échappe. Par moments je déteste les gens et je déteste la télé.

dimanche 02 mai 2010

Amitiés

Je me suis déjà fait la remarque, c'est étrange comme avec eux on ne parle jamais de filles, de petites copines ou même de relation quelconque. On dirait qu'entre nous s'est établi une sorte de consensus, ce sujet, alors même qu'il attise la curiosité de tous mes autres amis, est ici à éviter avec soin. Je crois comprendre, du reste, que c'est parce qu'eux non plus n'ont pas forcément grand chose à raconter là-dessus. Nous sommes faits du même moule tous les trois, alors après tout pourquoi en discuter, si c'est pour n'en venir qu'aux mêmes conclusions ? Mes problèmes je les connais, je pense, idéalisation et focalisation excessive sur le moment de la rencontre, j'ai même vu des émissions sur le thème. Et si je n'en parle pas, si je me résous à ne pas consulter c'est justement parce que je crois savoir — même si dans ce cas la connaissance reste bien loin de vouloir amener la solution.

Évitant, donc, d'énoncer les évidences, on s'empiffre goulûment, jusqu'à nous rendre malades, de ce qui constituera le premier barbecue de l'année. Là aussi une sorte de rituel, toujours avoir les yeux plus gros que le ventre au moment de faire les courses, puis se plaindre après coup parce qu'on n'arrive pas à terminer. Alors que ça va faire je ne sais combien d'années que nous sacrifions à ces petites cérémonies. Inévitablement on finit par le même récit des autres fois, toutes les autres fois, d'autres soirées dans d'autres lieux, avec elles aussi leur lot d'excès. J'y retrouve le confort d'une discussion dont les codes connus à l'avance forment les repères pour éviter de se perdre sur des thématiques hasardeuses. Le monde qui nous entoure, les dérives de la nouvelle jeunesse, les femmes...

Je ne sais plus quel philosophe (Finkielkraut ?) énonçait que l'amitié, justement, c'était de pouvoir se laisser aller à énoncer des jugements extrêmes, non censurés, confortés par la certitude que quoi qu'on puisse dire, à quel point on puisse s'emporter, en fin de compte nous ne nous en tiendrions mutuellement pas rigueur. L'espace de la relation et la confiance en la fidélité de l'autre permettait de se mettre en danger sur des idées que, dans une société normale, on garderait autrement pour soi. Force est de constater que la description, bien que séduisante, ne colle pas toujours à l’expérience. Et pourtant la curiosité me pique, de savoir comment à trente ans ils gèrent leur célibat. La pression est-elle la même, s'ajoutant à celle d'une nouvelle décennie, qui n'est plus celle des rêves et des promesses, mais celle des responsabilités ?

Ce monde change mais nous sommes bien incapables à notre échelle d'en percevoir les évolutions, autrement que par des interrogations ponctuelles partagées simultanément par un nombre croissant d'individus. Ca non plus ce n'est pas de moi, c'est d'Annie Ernaux.

dimanche 11 avril 2010

Nuance

En fait, ce n'est pas exactement ce que je pense mais ce que je pense, exactement, j'ai du mal à l'exprimer. L'expérience me démontre que les gens aiment bien se plaindre en règle générale. J'ai côtoyé pas mal de personnes, pour le meilleur et pour le pire, les exemples ne manquent pas pour confirmer cette théorie déjà exposée dans Matrix ou dans Oui Mais : le malheur et la propension au malheur sont des constantes récurrentes de la psychologie humaine. Partant du principe que se plaindre, c'est déjà avoir quelque chose à propos de quoi se plaindre, je pense alors que le plaintif a conscience de ses propres problèmes (sinon il ne se plaindrait pas) ce qui implique donc qu'il dispose déjà en lui du potentiel pour pouvoir y remédier. S'il a en effet conscience d'un problème il a le potentiel pour vouloir y trouver une solution. Ce qui me conduit à la théorie citée précédemment : nous avons toujours constamment le contrôle sur nos vies et le pouvoir nécessaire pour influer sur leurs directions, sans jamais admettre de fatalité ou de déterminisme.

Ceux qui n'agissent pas n'ont que l'excuse de la facilité et du ronchonnement improductif. Hélas, ce sont aussi les plus nombreux, ce qui me conforte dans ma seconde théorie. Pour le bien commun il faudrait que la société s'organise de façon à produire ces décisions à la place de l'individu lorsqu'il est trop lâche pour le faire. Ou, de façon plus pernicieuse, les suggère de façon suffisamment subtile pour que l'individu conserve cette impression d'une conscience libre-arbitre. Faute de quoi l'immobilisme du plus grand nombre dans ce misérabilisme paresseux prendra le dessus.

Voilà également pourquoi je ne crois pas en l'auto-détermination ni à la possibilité d'un groupe à s'auto-réguler de manière vertueuse. Ceux qui restent incapables d'agir resteront forcément à la traîne de ceux qui, conscients de leur puissance, sauront user de cette volonté pour aller de l'avant. Ce qui certes confortera les premiers dans leur propre impression d'un monde immuable acharné sur eux, mais les empêchera aussi d'avancer.

Et qu'on ne s'y trompe pas. L'utopie démocratique occidentale moderne correspond plus ou moins à ces canons. Qu'elle tende vers l'objectif cité semble plus discutable.

mercredi 20 janvier 2010

Si je veux

Je m'étais fait la remarque à propos des émissions de télé, le premier détail qu'on donne pour présenter les candidats, enfin le second techniquement, après les indispensables nom-prénom, ce détail, dis-je, c'est leur métier. Guy est taxidermiste, Colette videuse de poisson... Je constate, j'acquiesce : après tout c'est assez révélateur, en fin de compte ça indique pas mal de choses ; ce qu'ils font dans la vie — pour reprendre les propos de Jean-Luc Reichmann. Et je repense à cette discussion que j'avais eue, avec elle, sur le mélange vie privée-vie professionnelle. Bien souvent la seconde déteint, déforme, détourne la première, bien souvent on les assimile et on les entremêle — mais c'est en bien comme en mal, du reste, pour être totalement honnête.

Avouons, je n'échappe pas à la règle, tant ces derniers temps je semble exclusivement ne me définir ici que par rapport à mes aventures professionnelles. Mes aventures angevines. Ce qui n'est pas totalement sans me déplaire, comme je l'ai déjà expliqué. N'eurent-été les deux heures quotidiennes de trajet. Pour dire, là-bas, même les jolies filles (et Dieu sait qu'il y en a) sont abordables. Après je reste Yvan, informaticien, il ne faut donc pas non plus espérer de miracles.

Comme j'aurais aimé, moi, naître Yvan auteur-compositeur ou vivre Yvan artiste-peintre. Un métier à deux facettes, avec un trait d'union. Non, je dis ça pour frimer, je ne saurais tenir ce genre de discours plus de cinq minutes. Lorsque je suis moi-même passé dans le petit écran, j'ai déclaré être artisan-charcutier. Peut-être ça avait plus de sens, quelque part.

samedi 12 décembre 2009

Cycles

C'est vrai, malgré tout, je raconte souvent la même chose. Et ceux qui ont le courage de me suivre depuis plus de sept ans (...) s'en sont probablement rendus compte — non sans observer cependant cette subtile évolution dans la description cynique que je fais de mes banales névroses. Voilà une des raisons pour lesquelles j'ai, quoiqu'on puisse en dire, apprécié le dernier Foenkinos ; parce que c'est un livre que j'aurais pu écrire, si j'avais eu du talent, note, comme il enchaîne traits d'esprit et second degré avec autant de conviction qu'il n'assène les platitudes littéraires et autres effets d'écriture surannés — dont la profusion ferait, elle aussi, presque rire, malgré elle ; parce qu'il décrit également les travers qui font ma vie quotidienne, en les sublimant avec suffisamment de magie pour que le livre se termine, miraculeusement, dans une happy end à la Disney.

Or ces travers n'ont rien d'original, donc. Pourtant je continue de les transcrire comme si du côté psychanalyse de comptoir je pouvais tirer quelque chose ; peut-être cette même impression d'un changement lent mais résolu. A quarante ans je regarderai derrière mon épaule et décrirai avec nostalgie à mon nouveau né à quel point il est compliqué d'apprendre à vivre dans ce monde. Oui, quatre décennies, ça me semble une durée raisonnable pour une adolescence digne de ce nom. Peut-être qu'à cet age je serai enfin sage. Ou plein de regrets, c'est plus probable.

dimanche 06 décembre 2009

Du remplissage

Il y a cet article assez amusant sur le blog de X, amusant par ce ton faussement introspectif dont on l'aurait à peine imaginé capable, qui ne saurait cependant cacher rien d'autre qu'une simple angoisse de la page vide, bien réelle celle-ci. Il faut préciser que, connaissant le personnage, c'est à peine si le conçoit en train d'aligner deux phrases complexes de rang ; comprenez alors mon doux ricanement lorsque, après une dizaine de textes, il s'interroge sans réelle conviction sur la raison de sa présence sur Internet. Mais j'ai beau jeu de me moquer, moi qui me plains sans cesse de la banale médiocrité de mes semblables — ce n'est certainement pas pour ironiser au premier simplet venu qui se désire se prétendre docteur en médecine, après avoir parcouru les seules indications du Vidal.

On a les amis qu'on mérite.

Me convaincs-je en réfléchissant aux cadeaux que je pourrais bien faire aux jeunes de ma belle-famille, ils viennent réveillonner à la maison le vingt-quatre. Je prête toujours beaucoup d'attention à ce que j'offre, en particulier aux enfants, me sentant investi de la divine mission d'élever leurs esprits. Prétention, prétention ultime ; ils me prennent sans doute pour un connard condescendant et moraliste, qui écoute du Brückner et lit du Yourcenar, ils auraient peut-être raison. J'ai en réalité toujours éprouvé beaucoup de difficultés à partager cette sorte d'élan qui me porte vers les grandes choses du monde, c'est peut-être simplement parce que ce que je crois être une manifestation d'un sens inné du beau n'est en vérité que l'expression d'un élitisme vaniteux et pervers. Et bobo. Et snob.

Je ne sais pas si mes amis méritent ce que je leur inflige, parfois.

J'aimerais être indulgent, cesser d'espérer des autres ce que moi-même n'arrive à accomplir — ah, cette jalousie malsaine aussi, quand ils semblent malgré tout s'en approcher ! Arrêter également de me croire au-dessus du lot et d'en attendre autant sans évidemment jamais prendre la peine de demander. Car comme me le disait un collègue, très philosophe, qui suis-je pour exiger cela ?

mardi 24 novembre 2009

Prise de conscience

La vérité, c'est que nous ne nous rendons forcément plus compte de la chance que nous avons, enfants de la deuxième génération, qui pouvons désormais profiter à loisir de tout ce pour quoi nos parents ont eux lutté — ce confort, ces conditions de vie plus qu'agréables, on les a toujours connues ainsi, alors on a tendance à oublier les efforts à leur origine. N'oublions pas cette forme de gratitude que nous devons certainement à ceux qui les ont fournis.

Je repensais en particulier à notre dernier week-end, organisé par les parents de S. pour les vingt-cinq ans de leur fille, dans un grand hôtel entièrement réservé pour l'occasion, avec repas, champagne à foison et feu d'artifice. Nous étions une cinquantaine. Vu de l'extérieur cependant, au travers de mon prisme petit bourgeois, ça pouvait sembler peu de chose, presque habituel, tant à vrai dire je n'y ai qu'à peine pensé sur le moment. Une simple fête d'anniversaire. Je réalise tout juste la logistique mobilisée rien que pour nous et ce que ça a pu représenter, tant financièrement qu'humainement.

Oui, les remerciements vont de soi, mais j'aimerais des remerciements d'un ordre plus général, pour tout ce que nos parents ont fait pour nous ; pour toutes ces contraintes qu'ils ont levé de nos épaules et qui ont permis de devenir ce que nous sommes. Nous avons de la chance, nous sommes des privilégiés.

jeudi 03 septembre 2009

Refléxions

Plus j'entends disserter avec pertinence Michel Rocard sur la crise économique, plus le doute s'installe dans mon esprit sur ses qualités intellectuelles, son sens acerbe du verbe et de l'à propos — même s'il n'est pas impossible qu'il ne s'agisse que de clientélisme, après tout l'homme a été politique. J'en viens alors à me demander, voilà quelqu'un qui a été aux responsabilités et pourtant, malgré son apparente présence d'esprit, il ne me semble pas que son passage à Matignon ait laissé une si bonne impression — à défaut d'impression tout court. Une partie taquine de mon subconscient objecte cependant que l'intelligence n'a jamais été une faculté indispensable pour accéder aux responsabilités, que ce soit d'ailleurs dans la vie publique que dans les méandres abscons du quotidien en général, du monde de l'entreprise en particulier. Pas étonnant alors qu'un ancien économiste, aussi brillant fusse-t-il, ne se montre que vaguement capable de gouverner un pays et qu'à l'inverse, un grand nombre d'incompétents notoires se retrouvent propulsés en haut de la pyramide. Raisonnement qui, poussé à l'extrême, amène quelques sous-entendus pas vraiment rassurants quant à la direction générale que nous, en tant qu'espèce humaine, semblons vouloir prendre. Car si les comportements de groupe induits par le respect de la hiérarchie, hiérarchie que nous semblons par ailleurs vouloir maintenir coûte que coûte, si ces comportements donc ne sont pas dictés sinon par la réflexion au moins par le bon sens, mais par des aspirations certes moins productives comme l'attrait du pouvoir, le goût du contrôle, alors il est fort à parier que nous ne sortirons pas indemnes des grandes menaces qui nous défient en ce début de siècle.

lundi 06 juillet 2009

Gravité

Parfois ça peut être réellement atroce, à quel point je peux sembler égoïste ou du moins, dénué de toute attention envers mon prochain. Mais ce n'est pas volontaire, souvent c'est par lâcheté, parfois par honte. C'est vrai, je me sens mal à l'aise en me levant dans le bus pour laisser ma place à une personne âgée — pas parce que ça me dérange, au contraire, mais parce que je n'ai pas envie de devenir le centre d'attention. Je ne veux pas paraître comme le moraliste qui ferait les gros yeux à l'adolescent boutonneux du siège d'à côté dont on aurait attendu la même chose. Je ne veux pas être le héros, ne fut-ce que d'une propre construction mentale dont, du reste, le reste de la terre se fiche. Et je suis complètement névrosé à ce propos.

Car si je ne veux pas qu'on puisse me reprocher quoi que ce soit de mauvais, à l'inverse je ne supporte pas non plus qu'on puisse me féliciter pour toute action charitable — fusse-t-elle d'ailleurs autrement plus significative que celle de soulager la station debout d'une vieille dame... Et c'est pareil en toute chose. Mon travail, par exemple, j'aurais pu faire tant. J'avais la bosse des maths, une mémoire d'éléphant, je parle couramment trois langues — je me retrouve à végéter sur un projet informatique intellectuellement inintéressant et probablement voué à l'échec et je ne fais rien pour améliorer les choses. Peut-être attendait-on tellement de moi que je ne voulais pas prendre le risque d'échouer. Peut-être aussi m'a-t-on tellement mis en avant comme premier de la classe que je ne désirais plus que me fondre dans la masse. Peut-être avais-je l'impression que la seule façon de m'intégrer était de me contenter du commun, du banal.

Oui je suis ennuyeux, mais je ne veux surtout pas que vous puissiez penser le contraire. Non, je suis incapable de m'occuper correctement de quelqu'un et de lui abandonner un peu de mon confort solitaire. Pourtant, je me rends compte, c'est vraiment effroyable comme comportement. Je me réfrène dans tout ce que je pourrais faire de bien parce que je ne veux pas qu'on puisse penser du bien de moi  et je ne veux pas qu'on puisse penser du bien de moi parce que je crois que toute bonne action doit être désintéressée et par conséquent ne pas être motivée par une recherche de reconnaissance. Moralité je ne fais rien car faire quelque chose c'est soulever le soupçon de le faire par intérêt. Alors même que je suis persuadé de la nécessité d'améliorer mon karma par des actions louables. Alors même que la plupart du temps je n'ai réellement aucune arrière pensée sournoise de ce type.

Seulement, au lieu de bien faire, par un calcul prétenduement présupposé, je préfère ne rien faire pour éviter tout soupçon. Je pense que je suis complètement débile.

mercredi 17 juin 2009

Abnégation

J'essaie, pourtant, d'accepter les choses au jour le jour et de prendre les gens comme ils sont. J'essaie de ne plus être aussi hautain et prétentieux. Sans doute on me trouve distant et éthéré. Ce n'est pas par ennui, par désintérêt, je veux en vérité d'éviter le piège de tous ces comportements dont le spectacle chez les autres m'attriste. Mais le plus dur, évidemment, c'est de ne pas porter de jugements de valeur — dieu que c'est compliqué. Que voulez-vous faire, quand une personne à qui on demande un service fait après coup tout pour contourner sa promesse initiale ? Comment ne pas pester sur le manque de préparation, le manque de tact, le manque d'aplomb de ceux à qui on a confié la conduite de choses importantes. Mon nouveau voisin de bureau a raison, la société ne met jamais en avant les plus méritants — seulement ceux qui savent ouvrir leur gueule. Les autres, même valeureux, même compétents, on les oublie. Ne vous méprenez pas, je m'inclus totalement dans cette réflexion. Comment nier que cette impression de toujours tout savoir mieux que les autres n'est qu'une construction mentale qui ne sert qu'à me rassurer sur le fonctionnement d'un monde qu'en réalité je ne comprends pas ? Comment ne pas se rendre compte que ce ne sont que des illusions infantiles, qu'en fait je ne vaux pas bien mieux ? J'essaie, je pense, d'agir pour le bien, j'évite toute action potentiellement répréhensible. Voilà ma différence. Certainement ça m'inhibe dans beaucoup de domaines, car quoi qu'on fasse il y aura toujours quelqu'un pour chercher la petite bête. Je crois au karma, ou quoique ce soit qui s'en approche. C'est un sentiment proche de la foi, pas comme la foi religieuse, comme la foi en la justice. J'ai probablement tort, ce sont qui sait les mégères et les vautours qui ont raison et moi qui me restreins pour rien. Au moins, me dis-je, je m'achète une bonne conscience. Elle a un prix, chaque jour plus élevé, mais je pense être en paix avec moi-même.

vendredi 29 mai 2009

Conformisme

J'avais cette douce impression d'être tellement original, je me plaisais à personnaliser à loisir mes meubles Ikea, à les détourner le plus possible de leur but originel. Imaginez alors ma déception de constater que, loin d'être une simple mode, ce que je croyais être un vrai trait de personnalité était en réalité un phénomène de fond pratiqué de tous, avec même ses blogs et ses groupes Facebook. Et pourtant j'ai vu Fight Club, pourtant je ricane quand deux mecs avec le même pull Celio croisent leurs regards de chiens de faïence avec ce même air mauvais, qui sonne comme une malediction des goûts leur petite copine. Que voulez-vous, mes amis, nous finissons tous par en venir aux mêmes alternatives convenues et, dans ce monde où précisément ce que vous consommez définit ce que vous êtes, force est de constater l'uniformisation des goûts et donc par conséquent des personnes. Alors on se dit qu'il faut malgré tout lutter, de toutes ses forces, essayer d'agir et donc d'être, différemment. A quoi bon, aujourd'hui aux terrasses des cafés tout le monde boit du thé blanc étiqueté AB, dans la rue tout le monde twitte nonchalamment avec son iPhone — même les Veja, maintenant , tout le monde en porte. Tous les mêmes, tous pareils.

lundi 08 décembre 2008

Ce que j'en dis

Lors de la fermeture de l'usine de Gandrange, tout le monde était monté au créneau pour déplorer le déclin industriel de la France, lamentations bientôt reprises en coeur par le chef de l'état en personne. Il y a quelques jours, Mittal annonçait la suppression de quelques milliers d'emplois supplémentaires et, sous prétexte de crise économique, c'est passé comme un vague fait divers de second ordre. Alors j'espère sincèrement que personne n'est dupe, même si cependant j'ai de bonnes raisons de craindre le contraire. Pourtant c'est gros comme le nez au milieu de la figure. Comme les banques ont probablement profité de la crise financière pour assainir leur comptes et faire passer leurs opérations les plus douteuses dans la case pertes et profits liés à l'effondrement de la bourse, il est évident que les grandes multinationales industrielles profitent de la crise économique pour faire passer leurs plans sociaux les plus brutaux auprès d'une opinion désormais complètement désabusée. S'il y a quelques années, liciencier uniquement dans le but d'augmenter les bénéfices et le dividende par actionnaire était presque devenu indécent, aujourd'hui je crois à un effet d'aubaine, je crois que certains patrons ont moins d'hésitations métaphysiques. Ces emplois qu'ils n'ont pas pu supprimer à l'époque, par peur de fronde sociale et de dégradation catastrophique de leur image de marque, aujourd'hui que tout le monde est persuadé que tout va mal, ils peuvent s'en donner à coeur joie. Alors précisément qu'ils n'ont toujours aucune raison humainement valable de le faire. Par ailleurs, c'est incroyable comme la population a l'air persuadée d'une origine extérieure à cette crise, alors qu'elle n'est justement que le produit de la morosité ambiante, elle-même générée par le cercle vicieux de la déprime généralisée. Fataliste elle se convainc donc qu'en ces temps difficiles, les dégraissages sont au mieux un moindre mal, au pire un mal nécessaire — alors qu'au fond tout n'est que prétexte.

dimanche 02 novembre 2008

Non

Ce que je retiens de tout cela ? En fin de compte, pas grand chose, juste cette vague impression, cette trame de fond, mélange brumeux d'images, de sons, de films, de concerts et de soirées. Les détails, eux, semblent s'évanouir au fur et à mesure que les jours, les mois avancent et sans que je ne voie plus le temps passer. Bien sûr, il y a ce blog, il y a aussi mon Google Calendar ; mais la mémoire, elle, me fait cruellement défaut, comme il m'arrive sérieusement de consulter, de temps à autre, mes béquilles électroniques pour me rappeler de ce que j'ai bien pu faire la semaine précédente. Je trouve cela absurde voire, quelque part, un peu triste. Je remplis tellement mon agenda au chausse pied que chaque moment, chaque nouveau rendez-vous, c'est à peine si je prends le temps de l'apprécier, sans immédiatement penser au prochain. Toutes ces séances au cinéma, par exemple, ne me laissent que le souvenir evanescent de quelques scènes marquantes, je me surprends parfois à revoir ces images que j'avais cru oublier, mais rien de plus précis que je ne soie capable de raconter et de cette bouillie ne ressort certainement pas une culture cinématographique. Il en est ainsi de ma vie dans son ensemble, qui est devenue une suite ininterrompue et indéchiffrable de tranches horaires, une course interminable, une fuite incessante de l'instant présent, dont je ne garde aucune idée précise. Une fuite, oui, définitivement. Evidemment c'est l'ennui que je fuis, cette sensation étrange de désoeuvrement qui me laisse coi, à ruminer mes pensées les plus sombres. Car je cours également pour échapper à moi-même et ne plus être confronté à mes démons. Quelque part çela me satisfait, la planification m'évite de réfléchir. Il y a aussi ce sentiment reposant d'accomplissement, arriver à quelque chose, parvenir à atteindre des buts, fussent-ils complètement artificiels et insipirés par je ne sais quelle logique consumériste. Mais je ne dirais pas que je me construis, plutôt que j'entasse, sans dessein, que je vis par accumulation, sans objectif. Vous savez bien ce que j'en pense, d'ailleurs — et finalement ce n'est pas un épicurisme prétentieux, plutôt une sorte de doctrine sordide qui consiste à inventer sa vie de toutes pièces pour échapper à son absurdité. A cet égard, d'ailleurs, je pense bien être un pur produit de la société occidentale de ce début de siècle, qui se noie en dérivatifs illusoires pour éviter d'avoir à se confronter à la violence de sa condition. Mais ne vous méprenez pas, ce déni de conscience n'est pas symptômatique de notre époque, ce qui l'est en revanche c'est son expression, ce plongeon tête baissée dans la consommation à outrance, que tout le monde décrie mais à laquelle tous abondent.

dimanche 12 octobre 2008

Mouais

Vous savez bien ce que j'en pense, si je trouve les Woody Allen loin d'être tous transcendants, ne leur enlevons cependant pas le mérite de rester divertissants, enfin, la plupart du temps. Et si Vicky Christina Barcelona — énième redite sur le thème du triptyque amoureux, voire plus si affinités — s'il verse, donc, par moments trop dans le cliché, si certaines scènes paraissent scénaristiquement téléphonées, il n'y a pas grand chose à redire sur la forme, sur la réalisation et sur le ton, cette intellectualisation à outrance qui n'est pas pour me déplaire. Le casting est assez réussi, malgré une Scarlett Johansonn en demi-teinte, elle doit en avoir marre de toujours jouer le même rôle de fille perdue ; Rebecca Hall est, elle, admirablement juste, une belle découverte, pour ma part. Et puis j'adore toujours autant la langue espagnole.

C'est amusant car ce film lui aussi m'amène à réfléchir sur mes propres relations et finit de me convaincre que, décidément, je ne rentrerai jamais dans le moule. Enfin, si j'en viens à dire ça, c'est probablement aussi parce que je ne retiens bien du film que ce que je veux, que j'essaie moi-même de me convaincre. Me convaincre, l'expérience le prouve, que je n'ai absolument pas ce qu'il faut pour rendre quelqu'un heureux et, par voie de conséquence, me dire que je n'ai définitivement pas envie d'imposer mon ennuyeuse présence à qui que ce soit. Je ne veux pas devenir le triste compagnon de toute une vie de déception et d'actes manqués. Vicky, le personnage, émet des doutes quant à la monotonie annoncée de son avenir, cet avenir qu'elle a planifié probablement depuis toute petite, le mariage, la réussite, la maison, les enfants. Je ne veux pas qu'on puisse un jour me reprocher tout ça et, ce que je m'inflige à moi-même au quotidien, cette bête lassitude qui se reflète parfois dans le regard des pauvres gens qui ont le malheur de souffrir ma personne, personne, non, ne mérite de le vivre sur le long terme. Car vous connaissez le dicton, mieux vaut être seul que mal accompagné — je le retournerai pour ma part complètement, mieux vaut être seul, qu'accompagné par moi.

mardi 07 octobre 2008

De la confiance

Déformation professionnelle, j'ai tellement passé de temps à corriger les erreurs que je trouvais dans le travail des autres — l'informatique a en effet ceci d'envahissant qu'on peut rapidement en venir à ne passer le plus clair de son temps qu'à réparer des choses qui ne marchent pas — j'ai tellement eu la lassitude de constater à quel point les développeurs ne prêtaient pas attention à ce qu'ils faisaient, que j'en suis désormais venu à me méfier systématiquement des autres et de leur capacité à faire proprement leur boulot. Et c'est assez tragique, car dès le moment où l'on me présente un nouveau collègue, je lui attribue déjà a priori les pires habitudes du monde et une incapacité crasse digne du dernier des abrutis sur terre. Malheureusement, je suis souvent conforté dans mon jugement, parfois même je m'étonne des proportions que ça peut prendre. Cependant les rares fois où ce n'est pas le cas, j'en suis presque surpris, j'ai du mal à y croire, quelqu'un qui produit vite et bien et qui ne risque pas de ruiner un projet et de bloquer toute une équipe à chaque fois qu'il sauvegarde un fichier. Ça peut paraître prétentieux de dire ça, mais c'est la vérité. Les entrailles de tous les systèmes sont gangrenés de code vérolé.

Le problème, je constate que cette attitude a peu à peu également contaminé le reste de ma vie quotidienne. J'ai en effet du mal à faire confiance, même lorsqu'il s'agit de choses aussi anodines que l'envoi d'un courrier ou l'organisation d'une soirée. Après coup, j'ai toujours tendance à vérifier dans les moindres détails s'il n'y a pas un grain de sable qui va venir enrayer toute la mécanique. Je ne peux simplement pas laisser faire, j'ai trop souvent vu où ça menait. Pendant le voyage c'était comme ça, même si je faisais attention pour ne pas ennuyer les autres, quand je sors c'est comme ça, avec ma famille c'est comme ça. C'est un peu devenu ma hantise quotidienne et ça explique ce besoin que j'ai de vouloir tout savoir et d'essayer de tout contrôler. Peut-être qu'un jour j'apprendrai à lâcher du lest, mais j'ai peur que ce soit plus par dépit et par résignation, que parce que j'aurai appris à faire avec. Car je doute que ce fond de condescendance et ce complexe de supériorité qui m'animent ne s'estompent vraiment avec le temps.

vendredi 26 septembre 2008

Connaît pas la crise

En ce moment je lis Anti-manuel d'économie de Bernard Maris, j'avoue que ça donne un éclairage particulier, intéressant mais un peu biaisé, sur ce qui est actuellement en train de se passer sur les marchés financiers. J'en parlais encore ce matin — si je ne suis pas certain que tout le monde comprend les évènements, ça n'empêche pourtant pas chacun d'avoir son avis. Voilà qui à la fois confirme et contredit la thèse de départ de Maris, qui sous-entend que l'économie est une science volontairement obscurantiste, afin qu'on ne découvre pas que toutes les théories économiques ne sont basées que sur du vent et que tous les débats d'experts ne sont rien d'autre que des discussions de café du commerce, agrémentées une touche de jargon pédant pour faire joli. Mais bref. Deux choses : de mes lectures j'en viens à penser qu'essayer de comprendre le fonctionnement du capitalisme financier, c'est se convaincre d'autant plus du pourquoi ça ne peut pas être un choix de société juste et viable — si tant est que ce soit vraiment le but de la chose, ce dont en fin de compte je doute. Par ailleurs, des évènements j'ai l'impression que ça me donne presque raison de ne pas avoir attendu, comme tout le monde, que la crise s'installe durablement pour investir dans l'immobilier. Car si les prix vont probablement continuer de baisser, la contraction du marché du crédit rendra les futures acquisitions plus compliquées et, toute chose étant égale par ailleurs, jouer avec les limites des taux d'endettement pour essayer d'obtenir un emprunt maximum ne sera plus aussi facile. Les prix baisseront mais les banques prêteront également moins. Alors peut-être que quelque part c'est équivalent et que chacun retrouvera ses petits, sauf que ma situation à moi est un peu particulière et que l'un dans l'autre, c'est sans doute mieux ainsi. Enfin bon. Je me comprends.

mercredi 24 septembre 2008

Sri-Lanka, Partie I

Ce qui est sûr, c'est qu'on ne prend réellement la vraie mesure du bonheur qu'on pouvait avoir à être là bas, loin de tout, qu'une fois revenu, ici — et que tout semble vous retomber dessus avec la force implacable du déterminisme à l'occidentale. Mais j'aurais tort de me contenter de n'exprimer des regrets car, comme on me l'a appris, il faut accepter cet ordre fatidique des choses qui veut que, bonnes comme mauvaises, elles ne durent jamais éternellement et que, dès le moment où l'on gagne, où l'on prend possession d'un de ces petits morceaux de bonheur qui parsèment l'existence, il faut déjà se préparer à cet autre moment où ils nous échapperont, car cela arrivera, irrémédiablement. Mais ce n'est pas une vision fataliste, ce n'est pas un renoncement, c'est au contraire un de ces messages qui enseignent comment appréhender le quotidien avec plus de sérénité.

J'ai beaucoup aimé ce voyage. Et je passe sur les poncifs habituels des paysages sublimes, de la force majestueuse de la nature, des petits déjeuners face à la plage — et les temples, les musées, l'histoire, la culture. Car pour la première fois, pour moi en tout cas, nous avons fait de vraies rencontres, avec des gens du pays, et je m'étonne de l'incroyable la richesse que ça peut apporter à de simples vacances, fussent-elles à l'autre bout du monde. Avoir le parti pris de partager avec la population un peu de leur vie au jour le jour, toutes proportions gardées bien entendu, prendre des bus bondés, manger comme eux, faire les marchés — sans condescendance, avec respect et en dérangeant le moins possible, c'est encore une découverte qui mérite d'être faite, en plus de celles énumérées plus haut. Surtout quand, parfois, tu as la chance de tomber sur quelqu'un qui semble comprendre ce que tu es vraiment et de qui émane une sorte d'aura comme il déborde de culture, de sagesse, de connaissances. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'on s'est fait un ami, mais ce fut un vrai plaisir de passer un peu de temps avec lui.

L'autre vrai rencontre que j'ai faite, c'est peut-être avec moi-même. Vivre en communauté t'en apprend beaucoup sur toi, sur ta relation aux autres et sur ce que tu es prêt à accepter d'eux, sur les concessions que tu es prêt à faire — y compris pour le futur. Ca a aussi le don radical de faire ressortir la vraie personnalité des gens avec qui tu voyages, sous la lumière crue de la vie ordinaire — et parmi les petits défauts de chacun, découvrir ceux que tu apprends à aimer et ceux qui inévitablement provoquent une réaction de rejet épidermique.

Mais ce qui m'a le plus déboussolé, c'est cette conviction que j'ai désormais l'impression d'avoir acquise que, le fait d'intégrer à ta réflexion des concepts philosophiques, des maximes de vie, fussent-elles au mieux axiomatiques, au pire totalement arbitraires, peut permettre d'envisager autrement la vie de tous les jours et de considérer l'avenir avec des perspectives nouvelles. Car la connaissance pour la connaissance, en soi ça n'a pas grand intérêt. La connaissance pour atteindre la sagesse, mais la sagesse pour la sagesse ça n'a pas non plus beaucoup de sens. Ce que la sagesse permet en revanche, c'est la sérénité et, à mon avis, seule la sérénité peut être un but en soi. Ça me fait bizarre d'écrire ça. Peut-être est-ce une façon de me voiler la face et d'abandonner un peu de mon libre arbitre, que d'accepter sans réserve des enseignements transcendants énoncés par d'autres. Mais d'un côté tout ce qu'on m'a expliqué semble tellement logique et relativise tellement le quotidien   de l'autre côté c'est en pleine connaissance de cause que j'accepte de me fier à cette sorte de sagesse populaire, exprimée savamment avec des formules poétiques.

Non, il faudra que je débroussaille tout ça. Là c'est un peu confus. Et puis j'ai écrit aussi, j'ai beaucoup écrit sur place. Peut-être vous transcrirai-je tout cela un jour.

lundi 28 juillet 2008

Elise

Cette histoire, ça me fait un peu penser à cette bonne vieille blague du pèlerin noyé à qui, une fois rendu au paradis, dieu répond : Un signe ? Tu te fiches de moi ! Je t'ai envoyé trois bateaux, à chaque fois tu as refusé de monter. Ces petits coups de pouce du destin que tu attends indéfiniment pour agir, mais qui te tétanisent de peur lorsqu'ils ont le bonheur d'arriver. Je le sais maintenant, si parfois les événements se retournent en ma faveur, de manière presque magique, ce n'est pas pour autant que j'arrive à en tirer quoi que ce soit de bon. Je regarde les bateaux passer, au fond ça n'est que pour mieux me plaindre de mes échecs et me complaire dans mon misérabilisme. Mais n'allez pas croire le contraire de ce que j'ai toujours raconté, n'allez pas vous persuader que si je fais autant le fier à propos de mon assurance, à propos du fait que j'assume tout de bout en bout, c'est justement parce que je n'y crois pas, parce que j'essaie de me faire une coquille pour me protéger. Car pour se convaincre du peu d'importance que j'y accorde, il n'y à qu'à observer la fréquence à laquelle j'en parle.

Ouais, je sais, je raconte très mal. En vrai, je ne sais jamais trouver exactement mes mots. Pas comme ces gens que j'entends raconter leur vie et parler de ceux qui comptent pour eux. Ça a l'air naturel et pourtant c'est tellement difficile, de mettre des phrases sur ça. Sur la vie en général d'ailleurs. Je commence à comprendre. Par exemple, à force de côtoyer les gens tu finis par les connaître, mais pas à les connaître vraiment. Je ne pense pas que ça soit possible. Tu apprends des bribes, des détails sur ce qu'ils ont vécu et sur la façon dont ils fonctionnent, malgré tout il restera toujours une part d'ombre, et c'est bien comme ça. J'imagine mes amis se demander, quand je ne suis pas là, pourquoi je ne parle toujours que de mon père et jamais de ma mère. Des choses du genre. Un jour peut-être j'arriverai à le raconter, calmement, sans avoir peur d'attirer une compassion mielleuse et du réconfort gêné. En même temps, c'est peut-être être excessivement exigeant que d'espérer d'eux une autre réaction. Ils ne vont pas sauter au plafond non plus. Quand même ça m'embête, quelque part, de cacher des histoires aussi importantes, pas parce que je les refoule, parce que je n'ai pas envie d'expliquer, puisque je raconte, je raconte très mal. Mais si vous avez compris quelque chose, ça me ferait plaisir.

lundi 16 juin 2008

Profil

Sur Copains d'Avant, il y a une case à cocher : ma vie est plutôt conforme à mes attentes, plus réussie que je ne l'espérais, plutôt moins réussie... Derrière l'indécente indiscrétion de la formulation, je devine l'image que l'on peut vouloir essayer de donner de soi lors qu'on choisit de répondre à cette question. Indéniablement, le profil je suis heureux et allez voir les photos du petit dernier dans mon album remporte un certain succès d'estime. Mais ne cherche-t-on pas également à se prouver quelque chose à soi-même ? Personnellement j'ai laissé le champ vide. La vie est à ce point décevante, pas besoin d'une case dans un formulaire pour le rappeler. La seule chose à faire, la seule lutte quotidienne qui vaille le coup, c'est cette tentative, peut-être vaine, de transcender cette déception, l'accepter et vivre avec elle. Un peu comme la solitude, Sagan disait, quoiqu'il arrive de toutes façons on reste tout seul. Accepter et continuer malgré tout, à vivre au-delà les apparences, les jugements et les questions à choix multiple, c'est peut-être ça la sagesse.

vendredi 06 juin 2008

Platitudes

C'est tellement vrai, parfois, la musique ce n'est pas spécialement que j'aime ça, plutôt qu'elle me rappelle de bons moments et qu'elle me permet de les revivre, par procuration. Sansévérino, c'est une heure et demie de voiture avec Elise, qui me ramène gentiment sur Nantes, un samedi matin. Il y a ce petit côté jazzy, parfois exagéré, des paroles faussement engagées et un peu ridicules, mais au moins ça change de ce que j'écoute d'habitude. C'est vrai aussi qu'au fond, je ne sais pas pourquoi ça me laisse cette impression là, comme on n'a pas parlé de grand chose, pas grand chose d'intéressant je veux dire. Si vous avez vu Docteur House hier soir, vous comprenez ce que je veux dire. Meubler avec des goûts et des couleurs et les petites histoires de la vie quotidienne, ça fait juste passer le temps, c'est tout. Je vois passer la barrière de péage et je m'étonne d'être déjà arrivés. Mais à part ça, on ne se connaît pas vraiment. Dommage.

Je sais que je suis un peu asocial. Même si au fond je ne m'en tire pas si mal, j'ai du mal à m'engager avec les gens. A être premier degré je veux dire. C'est aussi pour ça que je me protège, avec des mensonges et des banalités. Parfois ça me coûte. Mercredi dernier, une espèce de no-life tristement caricatural, informaticien, autiste, fan de foot et encore chez ses parents, m'a tenu la patte pendant au moins une bonne heure. Et comme je n'arrive pas à être franc, je reste placidement poli et j'acquiesce. Ca me satisfait aussi, quelque part, cette discussion interminable et sans réel intérêt. Je m'en veux de ne pas être plus spontané, de ne pas savoir dépasser la surface. Ma propre surface. Même mes amis, mes vrais amis, au fond en savent très peu sur moi.

mardi 20 mai 2008

Etudes

Disons que je vois ça un peu comme dans James Bond. 007, quoi qu'il lui arrive, il sait toujours quoi faire et surtout comment bien le faire. Vous le parachutez en plein milieu d'une partie de poker, dans un casino perdu dans les Balkans, il arrive à comprendre la psychologie de ses adversaires et à les faire déjouer. Vous lui trouvez une moto et il arrive à s'enfuir, quitte à sauter par-dessus un hélicoptère avec. Vous lui filez un défibrillateur et il peut opérer son propre coeur ouvert, avec un trombone et deux gouttes de whisky. Quelle que soit la situation, il a suffisamment de classe et de confiance pour pouvoir s'en tirer avec élégance. Et je trouve ça terrible. Un peu comme Mac Gyver, la distinction britannique en plus. C'est exactement pour ça que je veux apprendre le maximum de choses, pour être toujours serein et savoir réagir en toute occasion, pour pouvoir au moment venu improviser la solution. Et puis il y a aussi une sorte de nostalgie bizarre de ce qu'on appelait autre fois une bonne éducation. Je dis bizarre parce que je n'ai jamais connu cette époque, mais ça m'empêche pas d'en parler – comme souvent. Il me semble qu'autrefois, les gens apprenaient dès leur plus jeune âge les rudiments de ce qu'il fallait connaître pour s'en sortir en société. Pas forcément grand chose, les bonnes manières, la politesse d'abord, un peu de culture générale aussi, et savoir cuisiner, savoir choisir un vin, jouer d'un instrument, avoir des connaissances pratiques de base, bricolage, jardinage, mécanique. Des fois ça a l'air d'étonner... moi ce qui m'étonne c'est qu'on n'enseigne pas ça à l'école.

lundi 12 mai 2008

Eloignement

Je ne sais pas trop quoi en dire. C'est un peu comme à la fin de mon dernier voyage  : ces trois semaines-là, je m'étais senti tellement proche des gens avec qui je suis parti, que lorsque nos chemins se sont à nouveau séparés, j'ai oscillé un bon moment entre une sorte de mélancolie joyeuse et la tristesse de ne plus les voir au quotidien. Mais le plus terrible c'est quelque temps après, quand il m'est parfois arrivé de recroiser ces personnes, de ne plus ressentir exactement la même magie, un peu comme si nous n'étions jamais partis ensemble. Je dois avoir l'air d'un monstre en disant ça, mais il m'arrive de me rapprocher énormément de certaines personnes et de les oublier aussi très vite. Enfin bien sûr, il y a celles et ceux qui comptent vraiment et que cela ne concerne pas, non là je parle des autres. Je parle par exemple d'Amélie, avec qui on a passé des heures et des heures à discuter pendant le stage en Normandie et à qui je ne dis presque plus bonjour en la revoyant le mardi soir. C'est triste.

Là vous n'avez probablement rien compris et vous demandez où je veux en venir. J'essayais uniquement de réfléchir aux raisons qui me mettent vraiment à l'aise avec les gens et me font échapper à cette sorte de crainte permanente du rejet, qui me hante toujours. J'ai peut-être pris conscience que ce dont j'ai besoin c'est d'être rassuré par les gens avec qui je suis, avant d'être enfin serein et naturel, avant de pouvoir baisser cette tension continue, à l'affût de la moindre erreur ou de la moindre bêtise à ne pas dire. Enfin de la baisser légèrement, je ne sais pas si je pourrai jamais être totalement premier degré. Les rares fois où je l'ai été ça s'est très mal passé, on a mal compris mes intentions, on m'a trouvé envahissant.

Ce qui me rassure c'est quand on me dit de faire attention sur la route du retour, parce que je sais quand c'est vraiment sincère. Ce qui me rassure c'est quand on sait provoquer la proximité physique alors que c'est quelque chose qui m'effraie énormément et que je rejette la plupart du temps – pour ça, je suis un peu comme Rain Man. Je me dis finalement que ces personnes tiennent peut-être à moi.

Par extension je comprends peut-être aussi enfin ce que je recherche dans une relation. Je devine pourquoi j'ai parfois été complètement bloqué, mal à l'aise, pas suffisamment rassuré par l'image de moi qui se reflétait dans ses yeux. Pourquoi j'ai fui ou j'ai fait fuir, par manque de confiance et de reconnaissance. Mais c'est moins grave maintenant, je sais ce que je rate mais je sais aussi ce que je gagne alors j'ai appris à vivre sans.

samedi 22 mars 2008

Quelque part en France

Je ne sais vraiment pas si en fin de compte vous comprenez bien qui je suis. Je passe mon temps à vous raconter ma vie et à vous expliquer mes délires faussement intellectuels, mais est-ce que vous avez au moins la moindre idée de ce que je pense réellement, ça je ne sais pas. Parfois je vois la vie de façon exagérément optimiste et toutes les mini-scènes de drame du monde qui m'entoure, j'essaie toujours de m'en étonner et de m'en émerveiller. Mon drame à moi c'est que je ne connais que trop peu la dure cruauté de ce monde et, quand bien même je m'y retrouve confronté, comme l'autre soir, je m'échafaude toute une construction mentale pour réussir à en réchapper et à rester sur mon petit nuage. J'en viens par exemple à me persuader qu'après tout, ce n'est pas plus mal que j'aie perdu tout mon matériel, ça me permettra de reprendre mon vieil argentique et revenir comme à mes débuts, à mes premières amours. C'est pour vous dire la force du déni qui m'habite.

Je suis dans la salle d'attente du commissariat de police, je joue aux échecs sur mon téléphone portable. Face à moi, deux mondes se rencontrent. La jeunesse banlieusarde et colorée, en jogging et baskets, venus à la rescousse d'un de leurs amis en garde à vue, et la bourgeoisie catholique bien pensante, qui vit le drame du petit dernier, mal dans sa peau, qui a braqué un magasin de disques avec un couteau de cuisine. Croyez-moi ou pas, mais ces gens se sont mis à discuter entre eux, poliment, en blaguant, en exprimant certes leurs désaccords, mais toujours avec tact et avec respect. Les petites racailles racontent comment leur éducation les a marqués et comment leurs mauvaises fréquentations les ont conduits plus d'une fois au poste, les petits aristos expliquent pourquoi pour eux ça n'est pas juste des bêtises d'adolescent et en quoi tout ça est choquant. Et moi j'observe, connement subjugué par l'irréalité de la scène, de ces gens qu'on raconte à des années lumière des uns et des autres et qui pourtant se retrouvent, par inadvertance, à échanger dans les couloirs de la République. Bah madame, vous n'aurez qu'à le priver de X-Box pendant une semaine ! Rires.

Un lieutenant d'une cinquantaine d'années, vingt-sept ans de maison, me reçoit. A ce moment je me demande où sont les mauvais flics qu'on nous montre tout le temps à la télé. C'est la quatrième fois que je viens en une semaine, à chaque fois j'ai eu un interlocuteur accueillant au bout de quelques minutes. Et pas juste un scribouillard que ça emmerde de jouer aux psys à trois heures du matin, tout ça parce qu'un branleur idéaliste a laissé pour six mille euros de matériel dans le coffre de sa voiture – oui, j'ai fini par recompter. Mais ça me fait toujours ça avec l'administration en général, il faut croire que j'ai de la chance et qu'il n'y a que moi qui n'ai pas de problèmes avec eux.

Même si mon lieutenant finit par me raconter comment, d'après lui, la situation s'est largement dégradée depuis quelques années, depuis qu'on leur a clairement expliqué qu'ils n'étaient pas payés pour jouer au foot avec des gamins. Comment le travail qu'ils menaient pour reconquérir petit à petit les quartiers a été réduit à néant, du jour au lendemain ; sans jamais citer les ordres venus d'en haut, mais j'ai bien compris après qui il en avait. Comment dans les bureaux parisiens avait émergé l'idée qu'en installant des intervenants noirs en face des jeunes noirs ça allait tout de suite mieux se passer. C'est faux, le respect ne suinte pas des pores de la couleur de peau. Comment la police n'avait plus, désormais, que le mauvais rôle à jouer dans ces ghettos de l'an deux mille, comment on avait perdu deux générations de gamins à ce petit jeu là.

Ici aussi, il est temps d'agir.

mercredi 07 novembre 2007

Voyages

Comme vous me voyez là, je reviens de Béthune avec un méchant rhume, de douloureuses piqûres d'insectes, quelques égratignures et deux ou trois autres bricoles dans mes bagages, que je n'avais pas forcément prévues. Même si pour dire vrai, je ne savais pas tellement ce que j'allais y chercher de prime abord. En effet c'est un peu sans réfléchir que j'ai répondu à ma soeur quand elle m'a proposé, il y a un mois de cela, de l'accompagner dans le Nord sur l'invitation de son amie Priscille. Cette dernière a fait ses voeux l'été dernier, cela fait maintenant plusieurs années qu'elle est engagée dans la vie religieuse. Et comme sa communauté fait régulièrement appel aux bonnes volontés pour participer à des camps et des chantiers, combinés avec des temps de rencontre, une chose en entraînant une autre, me voilà parachuté chez les petites soeurs. Elles ont actuellement pour projet de construire un monastère sur place, ce week-end nous avons donc donné les premiers coups de pelle pour l'inauguration des travaux.

Béthune en soi, j'ai été agréablement surpris. Vous imaginez tous les préjugés que je pouvais avoir sur cette région, triste est sinistrée. Mais la cité est assez jolie, un mélange plutôt heureux d'architecture traditionnelle, partout ces maisons en brique rouge so cliché, et de style plus moderne, plus art nouveau, quelque part entre le cubisme soviétique et le néo-rétro à la Gotham City. En revanche l'environnement immédiat est bien moins agréable, en fait on ressent le même sentiment d'oppression qu'en région parisienne, au milieu de kilomètres et de kilomètres de béton uniformément gris et monotone, entourés d'une campagne boueuse et minimaliste, où la nature donne l'impression de se sentir à l'étroit. Et puis il y a des endroits vraiment glauques. C'est ainsi que j'arrive de nuit, presque symboliquement, un autorail m'amène bruyamment dans le noir, vers l'inconnu.

J'y repense, ma démarche n'est pas complètement anodine. Concernant la foi, comme on me le demande sans vraiment attendre de réponse, je me définis depuis un certain moment comme agnostique. Pas athée, agnostique, au sens littéral, sans connaissance. Je suis incapable de dire s'il existe ou pas une force supérieure au-dessus de nous, voilà quelque chose que je ne peux pas décider. C'est un cheminement assez compliqué, je n'ai pas envie de vous l'argumenter maintenant, peut-être un autre jour. Toujours est-il que dernièrement, dans la même optique, je me suis cependant mis à considérer à nouveau la religion, cette fois sous un angle purement empirique, de façon complètement dé-corrélées de la foi elle-même. Après tout, le fait religieux peut ne se concevoir de façon primaire que comme une simple collection de préceptes moraux régissant la vie quotidienne, la croyance en Dieu revêtant alors un aspect purement folklorique à vocation de socialisation de l'individu et d'apaisement des angoisses fondamentales. Car si la religion se compose de trois éléments, une cosmogonie, une liturgie rituelle et une morale, et si les deux premiers sont constamment battus en brèche par l'évolution de la pensée occidentale, alors dans ce schéma l'adhésion à une religion relève plutôt d'un choix de mode de vie que d'une réelle décision philosophique sur le sens du monde. Etant moi-même ignorant et ainsi détaché de ces interrogations métaphysiques, on pourrait alors donc dire que c'est sous cet angle pragmatique, dans une volonté d'aller voir comment la religion catholique se pratique au jour le jour, comment vivre telle expérience mystique au quotidien, que je suis parti. Mais pas de façon condescendante ou pseudo éthologique, avec une vraie curiosité et un réel intérêt pour ce choix. Avec aussi le besoin de confronter cette expérience avec les quelques souvenirs qu'il me reste de ma jeunesse et de mon éducation.

Plongée dans le monde réel. C'est un peu particulier parce que nous étions accueillis chez l'habitant et non directement par les soeurs. En effet elles n'ont pas encore de lieu, puisque c'est justement le but du projet auquel nous participions. Ce sont donc deux familles de la région qui nous ont proposé leur hospitalité. Je reste d'ailleurs étonné par la générosité de ces gens, c'est quelque chose qui m'a vraiment marqué et à laquelle je ne m'attendais pas. Sans réfléchir ils ouvrent leur maison aux inconnus et offrent le gîte et le couvert. Sans a priori non plus ils offrent la chaleur de leur vie de famille et ça aussi ça m'a touché. Et mine de rien, le fait de vivre en communauté au milieu de gens accueillants et généreux, gratuits et désintéressés, cela me renvoie directement à ma façon habituelle de vivre, un peu égoïste, un peu renfermée et m'incite à changer radicalement d'attitude. S'ouvrir complètement aux autres en leur laissant d'emblée le bénéfice du doute et en leur accordant toute sa confiance, être ensemble aussi parce qu'après tout nous ne sommes qu'une seule grande famille, pas une famille spirituelle, non, une famille humaine.

Même si j'idéalise sans doute le tableau. Difficile en effet de discerner quelques notes de cynisme ou des arrière-pensées dans un tel contexte, bien que j'aie certains doutes sur certaines personnes. Comment en effet s'imaginer que tous ces gens demeurent constamment dans cet état d'esprit jovial et bon enfant ? A posteriori j'aurai quelques mots avec ma soeur sur le sujet, elle m'expliquera que selon elle leurs convictions sont également extrêmement fragiles, tout comme l'est ma propre réflexion. Je lui demandais comment ils pouvaient cependant continuer à vivre sans jamais remettre en cause leur croyance. Probablement parce qu'ils savent à quel point leur situation est précaire, ils se contentent alors de s'y tenir uniquement par choix intellectuel, sans s'accorder le luxe du doute car ils savent que le doute leur sera fatal. Voilà qui conforte ma première hypothèse. Une des mères de famille aura d'ailleurs quelques répliques assez caricaturales et un peu trop proches de l'objection de conscience pour ne pas être le symptomatiques d'un certain refus de l'introspection.

Maintenant, concernant ma propre interrogation, j'ai été à vrai dire conforté par ce que j'ai vécu. Pas conforté dans ma foi, paradoxalement, plus que jamais convaincu que la religion catholique ne correspond justement pas à ce que je cherche. Ce qui me rebute le plus c'est ce dogmatisme et ce manque d'ouverture. Nous aurons ainsi eu l'exemple d'un prêtre, fondateur d'un institut de formation théologique, assez cultivé et avec un lourd bagage aussi bien intellectuel qu'au niveau de ses expériences. Il aura vécu plusieurs années en Israël, dans une école rabbinique, afin de se forger une expertise dans sa connaissance des textes anciens. Mais au lieu de l'ouvrir sur le monde et les autres religions ce séjour l'a enfermé dans ses préjuges. Et sous couvert de dédouanements un peu faciles et politiquement corrects, malgré tout je les comprends et je les respecte ces pauvres bougres, il aura une critique assez grossière et peu nuancée d'une philosophie qui n'aura comme seul tort que de ne pas être la sienne. Cela ne correspond vraiment pas à l'idée que je me fais d'une spiritualité tournée vers autrui, compatissante et compréhensive, humble et sans orgueil, qui admet ses limites et ses incohérences. Mon état de doute permanent m'incite naturellement à refuser tous les dogmes, et si un jour je fais ce choix, je veux aussi qu'on me laisse la possibilité de m'être trompé. Mais cette notion en fait est assez peu commune et assez peu comprise. Il n'y a que dans le bouddhisme que j'ai pu trouver quelque chose de vaguement similaire.

Mais j'arrête le compte rendu pour l'instant, c'est déjà assez dense comme ça. More to come.

mardi 23 octobre 2007

Fourmillement

Il m'est arrivé de me demander si les autres gens aussi avaient l'esprit constamment occupé par un flot continu de pensées ; si eux aussi entendaient en permanence cette sorte de voix intérieure, qui égrène sans jamais s'arrêter le fruit des cogitations qui arrivent à s'extraire de leur cervelle. C'est probablement le cas, vu le regard perdu qu'ont parfois certaines personnes. Quand le silence pèse gentiment dans une conversation, j'imagine qu'elles sont en train de se répéter mentalement tout un tas de choses. Je me demande ce qu'il devient de ces moments, je m'imagine des centaines d'idées qui ne surgissent que pour disparaître tout aussi vite, j'imagine des récits, des chansons qui n'ont existé que le temps d'une divagation et qui échapperont pour toujours au reste de l'humanité. Des fois même c'est trop confus pour avoir vraiment du sens ; comme dans un rêve les images s'enchaînent à une vitesse folle et, alors que la voix a à peine pris le temps de commencer à dire son histoire, elle s'est déjà évaporée, remplacée par une autre. Je n'arrive jamais à avoir la tête vide, je ne connais pas le silence. C'est peut-être pour ça que j'ai besoin de tout vous raconter.

jeudi 11 octobre 2007

Symétrie familiale

Je sors tout juste d'une conversation de quasiment deux heures avec ma petite soeur qui déprimait, elle aussi, à cause de son travail. Ça en est presque étrange, pas tant que ça en fait, ça prouve surtout que nous avons vraiment été sortis du même moule, jusqu'à notre obsession commune sur notre poids et notre régime nutritionnel. Elle aussi se demande si ce qu'elle fait pour gagner sa vie, ça ne se résume pas à une occupation purement alimentaire. Et même si certains aspects de son activité peuvent sembler intéressants par moments, le reste du temps ça ne donne vraiment pas envie de s'y investir d'avantage. Elle aussi hésite, entre continuer dans cette voie et arrêter pour faire complètement autre chose, dans l'artistique également, elle veut écrire. Évidemment comme je suis l'aîné, j'ai pris un peu d'avance sur elle sur ces interrogations. J'ai quitté les conditions devenues insupportables de mon ancien boulot, mais j'ai décidé de poursuivre dans la même voie, en attendant ; j'essaie aussi de trouver du temps libre malgré les contraintes, pour arriver à faire ce que j'aime. C'est ce que j'aurais dû lui conseiller de faire, mot pour mot, même si je ne peux pas m'empêcher de penser que c'est peut-être mieux de complètement tout plaquer. Evidemment ça impliquerait d'abandonner tout ce petit confort auquel on s'habitue si vite, de vivre dans l'incertitude permanente, de se retrouver aussi seul, face au risque de son propre échec. Que faire si personne n'aime ce que je fais ? — Voilà exactement le sens de ma thérapie par le compliment, que j'expérimente depuis peu. Je ne montre à la critique que mes objets d'exception, afin de maximiser les probabilités de réactions positives. Après tout, ça suffit à me donner confiance en moi, c'est ce qui me manque le plus. Alors je lui suggère de réfléchir sérieusement, elle n'a pas l'air d'être certaine de son choix, de prendre une décision et surtout de s'y tenir. Il n'y a pas de concept de mauvaises décisions dans la vie, voilà ce que je lui explique. Il faut juste prendre le courage de faire les choses, au lieu de se complaire dans la facilité. Accessoirement, j'ai l'impression que j'essaie de me convaincre dans le même temps.

vendredi 24 août 2007

Introspection

Je ne sais pas pourquoi, je regardais la télé l'autre soir et ces quelques réflexions — dont je suis bien infoutu de vous retrouver l'auteur — me sont violemment revenues à l'esprit. Le reportage parlait de gens qui plaquaient tout pour partir réaliser leurs rêves. En guise d'introduction nous avions l'inévitable litanie des proches, les premiers à vous avertir avec compassion, mais c'est de la folie, ça ne marchera pas, vous n'y arriverez jamais. Quoi que vous tentiez en ce bas monde vous trouverez toujours des gens pour vous décourager avant même que vous ne commenciez, probablement moins parce qu'ils sont réellement inquiets à votre égard que parce que, quelque part, vous vous offrez une chance d'atteindre ce que vous désirez le plus au monde, alors qu'eux sont bien même incapables de bouger ne serait-ce qu'un petit doigt dans cette direction. De la jalousie misérabiliste, voilà malheureusement ce qui se cache souvent, derrière les attentions les plus prévenantes et les avertissements les mieux attentionnés.

J'essayai alors de retourner l'argument pour le confronter à mon propre jugement. La chose qui est vraie c'est, il est bien moins fatigant pour l'esprit de faire la liste des obstacles à surmonter, plus facile de critiquer une situation sans pourtant l'avoir soi-même vécue, plus simple de faire des conjonctures basées sur des préjugés et des rumeurs. Il faut alors assumer le fait de tenter sa chance, alors même que le reste du monde se complait dans la facilité de sa logique d'échec. Je relis mes billets sur la vie à deux et je les trouve assez prétentieux. L'autre soir à table nous discutions éducation avec Virginie et son mec, elle a eu ces mots qui sonnent désormais tellement juste : On verra quand on y sera.

Et alors que je sortais de Two days in Paris je me dis qu'il ne fallait pas que j'abandonne mon art, que je devrais à nouveau m'y atteler avec application — peu importe ce que je soie amené à faire par ailleurs et peu importe les phases de découragement que je puisse rencontrer. Evidemment, c'est moins facile qu'au début, mais après tout si c'était aussi simple, n'importe qui pourrait sans doute le faire. Et puis la photographie a, le film l'explique bien, ceci de particulier que dès lors que vous dégainez votre appareil, vous vous extrayez immédiatement du monde auquel vous appartenez pour vous placer en dehors de celui-ci. Pour construire votre point de vue et organiser votre message, vous devez vous couper de votre sujet et de l'environnement qui l'entoure. Or quand vous sortez avec des amis, c'est avec eux que vous avez envie de passer du temps et non pas passer ce temps à l'extérieur de la situation. Alors il faut choisir. Souvent je laisse délibérément mon matériel à la maison, je sais que sinon je serais continuellement à faire des clichés. Alors je rate des plans, des lumières, des instants. Tant pis, j'en fais le deuil.

Et puis le numérique a ceci de terrible, c'est qu'il autorise l'échec sans conséquences et vous pousse sans arrêt à l'essai erreur. On ne prend pas forcément le temps de réfléchir avant de presser le déclencheur, parce qu'on peut se payer le luxe de recommencer après coup, à l'infini ; on devient, aussi, extrêmement pointilleux parce que justement on a cette possibilité, cette seconde chance, dès lors on ne peut se permettre de laisser son sujet que lorsqu'on a obtenu l'image parfaite, l'exposition parfaite, pas d'enfant parasite dans le cadre, pas de bougé sur le sujet. En fin de compte on passe du coup beaucoup plus longtemps le nez dans le viseur. Même s'il existe probablement un juste milieu, je n'ai pas ce genre de problématiques avec mon vieux Nikon. L'image est une fois pour toutes sur la pellicule, tant pis si elle est noire, tant pis si elle est brûlée. Il y a même un risque non négligeable qu'elle soit complètement détruite pendant le développement ou au tirage. Que la photo d'origine soit ratée ou non, après tout cela importe relativement peu.

lundi 20 août 2007

Aveu

Oui je sais, je suis souvent le seul célibataire. Et aussi le treizième à table. Mais je vous emmerde. Mes deux exercices pour cet après-midi grisonnant, subir dix minutes de solitude dans la queue au cinéma, entouré par la cohorte de mioches pas encore repartis à l'école et sous la continuelle menace de voir une tête familière venir me saluer, faire des commentaires, venir me juger aussi. Après j'enchaîne sur le Mac Do, celui accolé au périph, un dimanche soir d'août. Même punition, entre vacanciers sur le retour et parents flemmards. Je vois d'autres compagnons d'infortune, ils préfèrent filer au Drive. Moi je rentre, affronter la foule. Il faut d'abord que j'arrive à me convaincre que la plupart des clients se foutent royalement de mon existence, plutôt que de croire que je suis constamment épié, toisé, condamné de toutes parts. Ensuite il faut que j'arrive à endurer cette situation qui est désormais partie pour durer, que je m'habitue à être seul parmi tous. Pourtant je ne pense pas être quelqu'un d'asocial. C'est juste que parfois, souvent même, je préfère faire ce que j'ai à faire, seul. Sauf que je n'arrive pas toujours à assumer, j'ai toujours au fond de moi cette sorte de culpabilité, celle que me renvoie tous ces gens, en couple, en famille, le regard interrogateur, accusateur. Alors que ce n'est évidemment pas le cas. Voilà pourquoi je m'impose cette gymnastique, pour me convaincre. Et pourtant, n'importe quel observateur un peu perspicace peut de le deviner, si j'aime autant les enfants des autres c'est probablement parce que moi-même je n'en aurai jamais. Et si je recherche autant la présence féminine c'est probablement parce que je n'arriverai jamais à supporter l'idée d'avoir une petite amie à temps plein. Je suis une contradiction vivante mais, que voulez-vous, je ne vais pas me refaire.

jeudi 21 juillet 2005

Considérations automorphes inspirées par un film sur la psychanalyse

Je ne sais pas si le plus triste c'est de constater qu'effectivement, je me complais dans certaines mauvaises habitudes afin de m'éviter soigneusement de faire vraiment face à mes soi-disant problèmes (voire de les régler, mais ne soyons pas trop présomptueux), problèmes par ailleurs suffisamment évoqués ici pour que je vous économise la nécessité de les ressasser une fois de plus – inspiration – je ne sais pas, donc, si le plus triste c'est de m'entendre sortir sans cesse ces fausses excuses ou si c'est de faire semblant de me rendre compte que ce sont effectivement de fausses excuses, et ainsi par la magie de ce jeu de pseudo-auto-analyse relativement foireuse, d'en conclure que je contrôle la situation et que, quand je veux je change, là c'est juste que j'ai pas envie. Si on y réfléchit bien, ça n'est jamais qu'une fausse excuse de plus. Etre une larve, se rendre compte qu'on est une larve, excuser le fait d'être une larve en prétextant que, conscient de son état, on sait comment s'en sortir  et évidemment pire que tout, se rendre compte qu'on est conscient de tout ce mécanisme, se rendre compte qu'on se rend compte, en restant quand même incapable de casser cette spirale faussement infinie. Tout ça pour ne conduire au final qu'au même pathétique résultat. Je me dis que savoir qu'on n'a aucune volonté au fond est bien plus grave, parce qu'on sait et pourtant on ne fait rien.

vendredi 24 juin 2005

Chocolat Café

Passer du temps avec lui en ce moment précis me pèse. Surtout pour faire ce que je suis censé faire. Lui c'est Éric, un de mes cousins réunionnais. Ce que je suis censé faire, c'est l'aider à remettre son ordinateur en état de marche. Ça c'était pour resituer. L'autre jour je parcourais le début de Je suis noir mais je ne mange pas de manioc – je ne sais toujours pas si je dois lire ce livre, remarquez que je me demande si je dois le lire, pas si je veux de le lire, pas s'il me donne envie de le lire ; agir pour paraître et non pas agir pour être, vous connaissez le refrain. Et donc entre autres choses, ce bouquin évoquait la contradiction entre l'absolue distance qu'il peut y avoir entre deux noirs, un professeur d'université et l'autre, disons, balayeur de chiottes, et la pourtant prétendue connivence de classe qu'on a l'habitude de leur attribuer, sous prétexte qu'ils partagent la même couleur de peau. Avec Éric c'est un peu la même chose. Et vous devinez que je ne me donne pas le rôle du balayeur de chiottes.

Mais en même temps, je ne sais pas comment vous présenter ça sans que ça ressemble à du racisme social, voire du racisme tout court, sans passer pour un gros con fascisant. Lui a des origines malgaches comme moi, il a une grosse vingtaine d'années comme moi, il vit loin de la plupart de ses proches comme moi et doit vivre l'intégration dans une société étrangère. Et pourtant on est tellement différents, comment peut-on s'entendre ? On a des goûts différents, on a des attitudes différentes, des attentes et des aspirations différentes. Ce qui nous sépare, son arrivée en France il y a deux ans, moi il y en a dix-huit. Entre temps j'ai tellement l'impression d'avoir oublié ce que je suis pourtant, un noir, un black, que j'en viens à le regarder lui avec curiosité. Et à me regarder en retour. En vérité qu'est-ce qui en moi revendique ma négritude ; au-delà de ça est-ce quelque chose que je doive nécessairement revendiquer ? J'ai été élevé à l'occidentale, ma culture est occidentale, entouré de blancs et en agissant comme eux, comme ceux avec qui j'ai grandi, je me sens plus ou moins naturel, plus ou moins à ma place. Avec d'autres noirs j'ai tout de suite peur de l'amalgame péjoratif, du cliché du voisin qui pue et qui fait du bruit. Ce cliché significatif on me l'a enseigné en le tournant vers l'extérieur, alors qu'étrangement ce cliché je pourrais également en être la cible.

Dans ce monde idéal où l'on voudrait nous faire croire que la couleur, le sexe, la taille, plus rien n'a d'importance car nous sommes tous égaux, tous identiques, est-ce que je dois entretenir mon originalité en cultivant mes différences ou est-ce que je dois me fondre dans la masse et faire comme si de rien n'était ? J'ai toujours voulu croire dans la deuxième proposition, mais je me pose aujourd'hui des questions. Peut-être avec l'habitude ma personnalité perd ses repères, ce qui me fait me réaffirmer d'autres façons. Je remarque qu'hormis de mon teint mat je fais quand même tout pour me démarquer, vêtements criards, goûts musicaux décalés, provocations constantes ; je ne peux pas être différent parce que noir, on m'a appris à l'école que les noirs ne sont pas différents et que ceux qui pensent ça sont de méchants racistes. Mais toutes ces excentricités que je cultive désormais ne sont-elles pas une façon pour moi que de réaffirmer ma différence d'une autre manière, plus politiquement correcte, après toutes ces années à faire de mes origines comme si de rien n'était ? Tout cela bien sûr en faisait semblant d'oublier que les gens, eux, continuent de me considérer au premier degré, continuent de s'arrêter au cliché.

Pour en revenir à Eric, ça aurait été n'importe qui je m'en serais probablement désintéressé assez vite. Reste que c'est mon cousin, d'une part, et qu'il me renvoie d'autre part une image de cette partie de moi qui ne semble plus exister. D'un côté celle du noir qui s'affirme dans des associations et des actions ouvertement revendicatrices d'une culture originelle, la culture malgache, que moi j'ai perdue ; celle aussi de l'individu normal qui a des joies simples et des interrogations carrées, que j'ai un jour cessé d'être pour devenir ce gros monstre d'élitisme et de pédanterie qui vous parle et qui au bout du compte ne sait plus où il en est.

samedi 19 mars 2005

Dans le détail

Point par point, après tout ça me permettra quand même de vous dire tout ce que j'en pense, puisque au fond c'est tout ce dont il est question ici. Jeudi soir on décolle du boulot, complètement à l'arrache, avec un soupçon de culpabilité à laisser les collègues se dépatouiller dans une merde pas possible – mais après tout c'est le chef qui nous a dit de partir à l'heure, alors nous évidemment on part.

Le chef parlons-en, rendez-vous devant chez lui à six heures et demie pour le signal du rassemblement. Banlieue pavillonnaire anonyme, petite bourgeoisie, maison ouvrière rabibochée de tous les côtés pour lui donner des airs de paisible masure, SUV tout chrome mais sans les options et payé par la société, visiblement des gens qui aiment paraître et ça se sent tout de suite. Des gens au demeurant très gentils mais intellectuellement médiocres, surtout sa femme, et motivés par je ne sais quelle envie malsaine de montrer avant tout qu'on existe. On part à sept heures, après avoir pris le temps de faire connaissance avec les pièces rapportées – parce que pour le reste c'est un week-end entre collègues, un truc tellement ambigu dans le concept qu'on finit par se demander, si ce n'est pas juste une vaste opération de relations publiques, histoire de bien se faire voir dans la hiérarchie. Même si je veux croire dans leur sincérité.

J'hérite d'une place dans la voiture de Charles et Guillaume. Ce week-end j'aurais appris à comprendre vraiment ce qu'ils sont, je dis ça sans condescendance. Charles a une compréhension relativement poussée du fonctionnement du monde qui l'entoure, c'est-à-dire qu'il sait exactement comment s'y prendre pour obtenir ce qu'il veut. Sauf que sa façon de faire est détestable, il joue au mec rigolo et chieur, en sachant qu'au second degré les gens finissent par le prendre au sérieux et ça marche. Je ne sais pas si au-delà de ça, il est conscient de cette sorte d'intelligence sociale, je ne crois pas. Guillaume reste lui quand même dans le bon coeur de cible de tout le microcosme socioculturel du ventre mou, même s'il est hyperactif et complètement tête brûlée. Il écoute Calogero, il écoute BFM, il écoute Benabar, pour moi ça veut tout dire.

Benabar, officiellement, je déteste. On s'est tapé le disque deux ou trois fois de suite dans la voiture (pour cause de pénurie de CDs) et donc, après écoute approfondie, je peux dire que je déteste. C'est d'une banalité affligeante, surtout au niveau des paroles, genre je parle des pires platitudes qu'il arrive dans ma vie pourtant géniale et je les chante façon nouvelle scène française, de pathétiques faux airs de poète. Contrairement à Sinclair, qu'on s'est aussi tapé deux ou trois fois de suite et qui mélodieusement est quand même bien plus intéressant. Et pourtant ça plaît, est-ce là le fait d'une fausse originalité soigneusement marketée pour flatter l'ego du plus grand nombre, moi j'aime Benabar et pourtant c'est compliqué comme musique donc tu vois je suis intelligent, est-ce le hasard d'une conjonction mystique entre l'envie d'un public pour des chansons avec un peu plus d'intérêt que celles de la Star'Ac et l'émergence de toute une ribambelle d'artistes prêts à reprendre le flambeau ?

Moi je resterai toujours étonné de rencontrer ces gens du ventre mou, ceux qui précisément font tourner toute une partie de l'industrie du disque, de l'industrie culturelle en général, voire de la société du loisir ou la société tout court, en suivant irrémédiablement le rythme imprimé insidieusement par une certaine oligarchie du commerce mondial, qui sait suggérer assez pour que les gens se sentent libres de leur choix tout en contrôlant en fin de compte le moindre de leurs désirs. En sortant de mon milieu d'étudiants gauchistes je découvre tout un monde de gens communs, pas beaufs, peut-être juste normaux, et chaque fois c'est presque stupéfait, limite curieux, que je constate les mécanismes qui les font suivre le courant. Comme Olivier et Celia, un couple de commerciaux, des crèmes, vraiment, accueillants, compréhensifs, adorables, qui glissent de façon presque surréaliste au-dessus d'une vie qui me semble à des années-lumières de la mienne.

La vie de couple, les tracas avec les beaux-parents, l'organisation de la semaine, la cuisine ; la vie, la musique, j'aime ou j'aime pas, se sont ces gens là qui écoutent NRJ, ce sont ces gens là qui regardent Arthur, ce sont ces gens là qui votent, pour Bayrou, pour Chirac, pour Hollande ; la vie a l'air au fond tellement simple, un fois dénuée de toute interrogation métaphysique voire de tout questionnement sur les raisons qui font que le monde est ainsi fait. Presque sans s'en rendre compte ces gens naissent, grandissent, aiment, se marient, se reproduisent et meurent, comme en suivant un trait rectiligne qu'on leur a un jour montré, probablement durant leur enfance, qu'ils ne quitteront jamais. Et quand bien même leur viendrait l'idée de s'écarter un peu du chemin, ce ne sera qu'à travers de petites niches spécialement étudiées et aménagées pour l'occasion, qu'on leur aura suggéré de prendre dans Télérama avec une sympathique connivence, allez-y, évadez-vous, on comprend que vous vouliez prendre l'air, voilà les escapades qu'on vous propose : Benabar, Les Choristes, Nouvelles Frontières.

Encore une fois je n'ai rien contre eux, voire je les comprends, voire je fais parfois la même chose. Et non je n'échafaude pas non plus une théorie du grand complot, je m'étonne juste du manque de lucidité de certains de mes congénères. Alors qu'après tout je ne suis peut-être moi-même qu'une anomalie contrôlée du système, une sale petite vermine, qui ne rentre pas dans les moules, mais dont on canalise quand même les réactions. Avec de l'argent, avec toutes sortes de dérivatifs.

Mais je me demande enfin. L'espèce humaine s'est-elle organisée dans une sorte de système conscient avec une volonté propre d'aller dans une certaine direction ou est-ce que tout ça ne reste qu'un grand bordel où chacun trace sa route dans son coin ? Existe-t-il comme dans une fourmilière une sorte d'intelligence de groupe qui fait que, vu au niveau de l'individu, chaque action semble atomique et pourtant la multitude semble fonctionner de façon cohérente et réfléchie ? Et dans ce dernier cas, existe-t-il un moyen au niveau individuel de parvenir à influencer fortement la masse, pas seulement au niveau politique mais au niveau du comportement quotidien, de parvenir à casser les codes et à vaincre la monotonie ? La suite de mon séjour métaphysique au ski dans le prochain épisode.

lundi 14 février 2005

Se changer les idées

Voilà exactement ce que j'aime dans mon travail, et rien d'autre. Je m'y suis petit à petit créé un ensemble de référents complètement différent de ce que je peux trouver dans ma vie normale, à la maison ou avec mes (rares) bonnes connaissances. C'est devenu une bulle à part avec ses propres codes, ses propres modèles, ses déceptions, ses petites joies, ses envies et ses désillusions. Ça m'ouvre donc un monde de possibilités inaccessibles par ailleurs, ce qui me change avec soulagement des autres tracas de ma vie quotidienne. Attention, je ne dis pas que c'est tout rose non plus, c'est juste un autre système de valeurs. C'est également pour ça que je cloisonne autant, je ferme les passerelles entre mes différents mondes pour qu'au moins quand un m'ennuie, j'ai toujours le soulagement de repasser dans l'autre, et sans interférences. Quand j'y pense, on peut probablement transposer la réflexion aux groupes de personnes afférents, c'est-à-dire que ce nouveau système est finalement plus lié aux gens, aux collègues, qu'au travail en soi. D'ailleurs en vérité c'est aussi pour ça que je cloisonne tout autant mes relations. Il ne me viendrait pas à l'idée d'inviter ma frangine en même temps que des copains et pareillement, je suis relativement gêné quand je dois la partager avec ses ami(e)s. Il s'agit aussi de la personne que je suis, de sa personnalité qui varie d'un moment à l'autre, et quand les gens se mélangent, quand les contextes se mélangent, mes pinceaux se mélangent également. J'ai un grand besoin d'ordre et de repères. Cet ordre peut prendre une allure tout à fait différente d'un moment à l'autre de la journée, il faut néanmoins des repères qui montrent clairement les limites.

vendredi 11 février 2005

Noir et blanc

Ce qu'il m'explique et ce qui est somme toute une explication relativement banale, c'est que pour lui se sont deux choses complètement différentes, qui évoluent indépendamment, le sexe et les sentiments. S'il arrive à se glisser jusqu'à son lit, et il a l'air bien parti pour, alors il ira. Et là je mesure exactement l'ampleur du grand écart qu'il peut parfois y avoir entre ce que j'aimerais penser et mon vrai ressenti. Je crois que je suis relativement ouvert d'esprit, en fait ma façon d'être reflète un conservatisme des plus pantouflards. J'ai toujours prétendu être quelqu'un de confiant, en y repensant je pourrais tout à fait être le pire des jaloux. À mille lieues de mon côté donneur de leçons il y a la réalité de ma vie qui ressemble probablement à la pire des caricatures. Je désapprouve, oui, sans trop savoir pourquoi et surtout sans (me) comprendre, moi qui avais justement envie de croire en une vie de couple libérale, c'est peut-être le poids de mon éducation judéo-chrétienne. Je voudrais me rassurer en pensant que ce n'est pas tant l'acte que je désapprouve, mais plus la malhonnêteté, le mensonge. Et pourtant je me souviens de ces mots de Jean-Pierre Bacri dans Kennedy et moi que je voulais résumé de mes belles paroles : j'aime que ma femme me mente, par gentillesse, par orgueil, par amour... Et pourtant.

mercredi 09 février 2005

Perspectivisme

Voir certaines femmes musulmanes tenter de faire évoluer leur situation vers la simple acceptation de leur existence en tant qu'être humain à part entière, devrait nous rappeler avec le plus grand des sérieux que les femmes occidentales ne sont extirpées que relativement récemment – quelques dizaines d'années, tout au plus – d'un autre carcan traditionaliste au moins aussi sévère. Ce qui permet de conjecturer que ce n'est probablement pas tant la religion qui opprime, mais les usages surannés de rites machistes qui trouvent des prétextes où ils le peuvent, et le conservatisme forcené d'imbéciles trop satisfaits de conditions qui leur donnent certainement tous les avantages.

mardi 25 janvier 2005

Par ignorance

Je ne sais pas exactement quelle légitimité je peux avoir à discuter relations amoureuses et sexuelles avec ma petite soeur, à peu près celle d'une employée du planning familial qui, après avoir lu et relu toutes les brochures possibles et imaginables sur le sujet, s'arroge le droit de donner des leçons sur la contraception, les MST, les gamins, la vie, les vaches, alors qu'elle n'a pas vu l'ombre d'une bite depuis la saint-glinglin. En l'occurrence je dois quand même avouer que c'est la seule position que j'ai eu le réflexe d'adopter, cadrer dans un hypothétique et consensuel rôle de grand frère, qui ne m'engage ni m'expose, et reprendre de façon monocorde la longue lithanie des banalités d'usage — tant la façon dont c'est arrivé sur le tapis m'a surprise. Ça doit faire deux semaines qu'elle m'a dit avoir un nouveau chéri et depuis elle m'expose à peu près les tenants et les aboutissants de la situation, elle en est même venue assez rapidement à me parler de leurs premières tentatives au lit. C'est sa franchise qui m'a pris de court. Pas que ça m'ennuie ni ne m'intéresse, mais je ne sais vraiment pas comment réagir. Je ferais peut-être tout aussi bien d'être franc et d'arrêter de jouer à celui qui sait tout, lui dire qu'honnêtement je ne peux même pas appréhender le sens de ses interrogations, alors de là à lui donner de conseils... Mais pour le moment, à part me mettre en retrait en feignant de ne pas vouloir être indiscret, de la laisser gérer ça comme elle veut, je ne peux rien faire d'autre.

dimanche 19 décembre 2004

Travailleurs, travailleuses

Où je me rends compte qu'il y a des gens qui font mal leur boulot. Mais je dis ça sans aucun jugement de valeur, c'est juste un constat. Il y a même des gens qui se foutent royalement de mal faire leur boulot, parce que ce n'est clairement pas leur priorité dans la vie. Et ça a l'air tellement anodin comme prise de conscience, mais c'est quelque chose que je n'ai assimilé que depuis peu, qui avant me paraissait totalement saugrenu. J'avais cette image des examens durant toute ma scolarité, où tous les gens qui échouaient étaient écartés sans ménagement. Du coup peut-être inconsciemment j'en étais venu à la conclusion naïve et élitiste que ceux qui voyaient le bout du tunnel, ayant donc réussi toutes les épreuves, étaient forcément à même d'être de bons éléments dans le monde du travail. J'avais tort. Le monde du travail est ouvert à tous, que les gens soient motivés ou pas par ce qu'ils font, qu'ils aient ou pas la conscience mauvaise après ne pas avoir fait les choses comme il faut. Heureusement d'ailleurs. Et encore une fois, ce que je dis n'est absolument pas péjoratif. N'y voyez pas non une quelconque forme de condescendance, juste de la lucidité. Ça ne me dérange pas tellement au fond, si c'est par manque de sérieux ou d'envie, ou pour des centaines d'autres raisons. Par exemple, je comprends maintenant pourquoi certains journalistes peuvent en venir à divulguer des informations erronées, sans aucune vérification, ce sont des êtres humains comme les autres, qui peuvent avoir leurs hauts et leurs bas. Après c'est plus un problème de responsabilité personnelle, qui là me met un peu plus mal à l'aise. Si un boulanger fait mal son pain, il perdra au pire tous ses clients, mais au-delà de sa faillite personnelle cela n'aura pas beaucoup d'autres conséquences. Par contre si un conducteur de bus fait mal son travail et s'il plante son véhicule dans un arbre à l'heure de pointe, ça en devient beaucoup plus problématique. J'excuse volontiers aux hommes la puissance de la flemme, qui nous atteint tous tôt ou tard. Mais je ne comprends pas ce manque de considération envers la responsabilité qu'on engage dans chacun de ses actes. Ce qui au revient peut-être à la même chose, direz-vous, ne pas condamner les gens parce qu'ils sont paresseux mais parce qu'ils sont irresponsables. Peut-être, j'estime en tout cas ce dernier défaut comme beaucoup plus répréhensible.

samedi 18 décembre 2004

Redirection

Comme je le disais, l'habitude de disposer d'une fonction annuler la dernière action est ma pire déformation professionnelle. Je ne sais pas bien si c'est vraiment possible de se défaire de la première impression qu'on donne. Et je crois qu'a posteriori, c'est encore plus compliqué de ne pas rester dans la ligne tracée par cette première impression, de faire comme si cette première fois n'était jamais arrivée, de repartir sur de nouvelles bases. Là où ça en devient tragique c'est quand on se rend compte que, plus le temps passe plus on va avoir du mal à rectifier le tir et que, de plus, chaque occasion de corriger le tir manquée ne fait en fait qu'aggraver encore l'ordre des choses. En même temps, j'imagine qu'il y a bien peu de gens qui accepteraient de faire l'effort de comprendre que je ne suis qu'une pâte à modeler qui s'adapte aux interlocuteurs et que je peux à tout moment changer de forme si la première choisie ne convient pas. J'aimerais aborder les choses comme si j'avais tout oublié, comme si rien de tout ce la n'était arrivé, en revenir là où tout a commencé mais agir en sachant pertinemment quelle ligne adopter. Mais je rêve, je rêve. Reste la perspective décourageante d'un travail de longue haleine pour arriver à gommer mon image résiduelle dans la tête des gens ou plutôt, écraser cette absence d'image par une impression bien plus forte et plus colorée.

lundi 01 novembre 2004

Ni original ni réjouissant

J'ai cette horrible vision de mon père quand il a l'air d'interagir avec les gens alors qu'en fait il se contente de monologuer, quand il essaie de discuter sérieusement avec ses amis mais que tout ce qui en ressort ce sont au mieux des platitudes au pire des inepties. Et ce que je vois c'est moi, moi quand j'essaie d'être naturel et que je finis par être inintéressant, moi quand j'arrête de jouer au clown et que je finis par être muet, parce que le vrai moi n'a absolument rien à dire. Eternal Sunshine of the Spotless Mind m'a laissé un drôle de goût dans la bouche, précisément parce que c'était encore un de ces films qui voulait laisser croire aux loosers finis qu'il y avait encore quelque chose à espérer. Comme je l'ai avoué récemment, je n'attends plus qu'on me comprenne ni qu'on m'écoute ni qu'on s'intéresse à moi ; et je ne cherche plus vraiment à ce que ça soit le cas. J'obtiens cent mille fois mieux votre attention quand je joue un rôle, je suis cent mille fois mieux quand je joue cent rôles, un pour chaque personne qui arrive en face de moi, j'ai besoin de cette distance et de ce bruit que ce moi schizophrène créée avec les autres.

dimanche 24 octobre 2004

Visions du dimanche soir

Dans Minority Report, Tom Cruise enregistrait les rêves prémonitoires des precogs dans des petits rectangles de plastique transparent, à peu près grands comme... un memory stick (les cartes mémoire des appareils photos Sony). Et ça m'a fait tripper, grave. Le fait qu'un film de science fiction dépeigne comme un détail technologique futuriste quelque chose que quelques heures plus tard on pouvait tenir dans ses mains – ou presque, les memory sticks ne sont pas encore transparents. J'ai tendance à croire que la société humaine va au fond évoluer beaucoup moins vite que ce qu'on a pu croire, on aime beaucoup trop nos vieilles choses. Il n'y a qu'à regarder Retour vers le futur 2 et imaginer la différence entre le 2015 d'alors et le 2015 qui va vraiment nous arriver sur la tronche. Et pourtant, si on ne va peut-être pas vers cette vision là, indéniablement il y a des choses dans notre vie courante qui auraient fait frissonner n'importe quel gamin de l'époque. Comme ce qui sort en ce moment des usines BMW, même si ce ne sont que de grosses pompes à fric (et à effet de serre), je resterai toujours fan de toutes ces évolutions radicales de design qui peu à peu vont nous amener vers un nouvel environnement vraiment futuriste cette fois. Je vous avais raconté comment l'autre jour au boulot ils étaient comme des mioches à jouer avec un téléphone UMTS qui faisait vidéo-conférence, et je parle pas de cet appareil horrible qui servait de prétexte à une émission sur Canal, je parle d'un truc fonctionnel amené à voir vraiment le jour, un truc avec lequel les enfants de demain vont grandir comme nous nous avons grandi avec la télévision. Les disques durs de la taille d'un doigt, l'internet sans fil, bordel, ça vous titille pas, vous ?

lundi 18 octobre 2004

Transmission

Il y a des trucs comme ça que j'aurais voulu ne jamais écrire, et pas ces anecdotes banales que je trouve inintéressantes, non les autres. Je me demande où ces idées sont encore le mieux, silencieusement tapies au fond de ma tête ou bien retranscrites imparfaitement et dénaturées de leur sens. Ou pire, juste claires avec exactement les mots qu'il faut, mais enfouies dans l'intarissable mélasse que constituent mes archives, perdues à jamais. J'aimerais que tout cela ne soit qu'un éternel recommencement, j'aimerais pouvoir ressortir ces mots magiques de mon chapeau, me contenter d'un copier/coller de mes émotions d'alors et faire ainsi l'économie d'une énième redite. Ce soir j'ai vu Eternal Sunshine... et ça me fait penser à une phrase, une seule phrase, cette demi-confidence de Kevin à propos de lui, de ce film et de sa copine.

jeudi 07 octobre 2004

Faille

Oui, mais, pour peu que les gens ne soient pas vraiment conscients de cette volonté d'abandon, alors ma théorie tombe à l'eau. L'adhésion à des règles qui vous briment dans le but d'éluder d'éventuelles interrogations métaphysiques n'est vraiment une de renonciation délibérée à sa liberté d'agir que dans la mesure où cette adhésion est consciente. Dans le cas contraire ce n'est jamais qu'une manipulation intellectuelle de plus. L'individu se rend-il réellement compte que le fait même d'obéir à des lois, qu'elles soient écrites ou communément admises, se résume au fond à abandonner une partie de son libre-arbitre afin de ne plus avoir à se préoccuper des problématiques sous-jacentes à ces lois ? Remarquons qu'est cependant admise une certaine idée du bien de la communauté, qui n'est probablement qu'une réponse de plus à une question encore trop complexe. La présence même infime de ce concept suffirait alors partiellement à impliquer le fait que oui, on colle consciemment à des modèles existants pour ne pas avoir à en réinventer de nouveaux. Et peut-être qu'au fil du raisonnement cette idée même du bien de tous n'est devenue elle aussi qu'une habitude, qu'un modèle de plus, ce qui expliquerait l'apparente absence générale de conscience de l'ensemble du processus.

mercredi 06 octobre 2004

Choix

Ah, la vie serait tellement plus simple avec de vraies certitudes. J'ai constaté que je n'étais pas le seul à avoir planifié des objectifs dans le genre trouver un travail, trouver une femme, trouver des gamins. Evidemment, il y en aura toujours pour faire remarquer que si c'était aussi facile, ça serait trop ennuyant. Et d'ajouter qu'il ne s'agit au fond que de modèles conventionnés par la morale judéo-chrétienne. Effectivement je crois bien que c'est le cas. Mais je ne suis pas certain qu'il faille le prendre de façon négative. S'il existe de tels idéaux pour simplifier à l'extrême les problématiques de la vie, c'est peut-être aussi parce que c'est ce que les gens demandent. Je suis de plus en plus convaincu que l'adoption de masse d'un sentiment religieux quel qu'il soit, et plus généralement de règles morales, de codes relationnels et de modèles sociaux, n'est au fond que le reflet d'une profonde volonté d'abandon de son libre-arbitre, histoire de se laisser glisser sans réfléchir dans des moules préfabriqués afin de canaliser au maximum l'immense angoisse existentielle qui, sinon, tiraillerait toute personne réellement consciente de sa condition humaine. S'en remettre à Dieu, comme se conformer à de nombreux rites traditionnels, c'est accepter des règles toutes faites pour la gestion de la vie quotidienne, c'est s'éviter d'avoir à s'assumer grâce à des réponses toutes prêtes. La question étant alors, doit-on considérer cela comme un aveu de faiblesse ? Peut-être, peut-être pas, cela fait peut-être partie de la nature humaine, c'est peut-être un comportement de sauvegarde. Allez savoir.

lundi 20 septembre 2004

Considération pécunières

Mon père nous fait souvent des remarques sur le prix de ce qu'il achète, il n'oublie jamais de préciser que tel ou tel truc lui a coûté très cher, sous-entendu que si c'est aussi bien c'est parce que c'est aussi cher et avec en filigrane l'idée qu'on a bien de la chance qu'il puisse se le payer. Ça m'énerve. C'est peut-être pour ça que j'ai un rapport aussi peu abstrait avec l'argent, à père avare, fils prodigue – sauf que je n'irai pas jusqu'à dire qu'il est avare, ni jusqu'à dire que je suis dépensier. L'un dans l'autre, j'ai quand même légèrement tendance à dépenser des sommes astronomiques dans des futilités. Je réfléchissais l'autre jour, je me disais que justement pour cette raison, je ne partirais pas de chez mon père avec seulement 1300 euros net par mois. En même temps ça fait quand même pas mal d'argent et je me demande comment est-ce qu'on peut se retrouver en interdit bancaire avec 1300 euros par mois – comme on me l'a raconté l'autre jour. Mais je suis peut-être en total décalage avec la réalité, entre le fait qu'on a été très pauvres et qu'on est maintenant très riches, le fait que je n'aie jamais eu à me débrouiller complètement tout seul avec juste mes revenus. C'est vrai que ça me turlupine quand des gens sont un peu trop après leurs sous, rien que pour choisir un paquet de pâtes au supermarché, et à plus forte raison quand ils invitent d'autres personnes à manger... Je sais qu'il y a de bonnes choses et je sais que les bonnes choses sont plus chères, mais jamais je n'ai pu me résoudre à manger n'importe quoi sous prétexte d'économiser un euro par-ci par-là. C'est pour ça que je suis un peu d'accord avec mon père sur le fond. Ce qui m'énerve c'est le fait qu'il s'en vante, sans arrêt, je trouve que c'est de la pédanterie à la limite de la grossièreté. Ma logique a moi, peut-être un peu plus tordue, c'est de croire que les gens se rendent bien compte d'eux-mêmes de l'attention qu'on porte aux choses. Alors quel besoin d'en faire tout un plat ?

mercredi 08 septembre 2004

La pensée du jour

Ce midi à la cantine, Jérôme me pond une boutade sur le fait que soit disant j'étais en train de mater un mec, ce qui entre nous était totalement faux, je suis parfaitement conscient quand je mate et là ce n'était absolument pas le cas, et donc il me sort un truc du genre Non mais après chacun fait ses goûts, hein, si tu préfères regarder les garçons, bla bla. Sur quoi sourire crispé de ma part et question. Faut-il accepter le bon mot ou dénoncer la moquerie bête et facile ? Jusqu'où exactement peut-on rire de quelque chose ? Après, c'est comme les vannes sur les noirs, les petits ou les blondes (deux sur trois, j'ai plus qu'à me teindre les cheveux, moi), parce qu'au bout du compte il faut quand même bien rire de quelque chose et que ce n'est pas forcément dit méchamment. Sauf qu'aujourd'hui on serait censé incendier la moindre personne qui aurait le malheur d'insinuer en se marrant qu'untel a des origines juives, histoire de lutter contre l'antisémitisme dans les petits mots de tous les jours et bannir ces quolibets un peu trop systématiques. Alors quoi ? En comparaison, elle est désormais derrière nous l'époque où Michel Leeb faisait le bamboula à la télé et où ça faisait marrer tout le monde, et au fond qui va se plaindre d'une telle évolution dans la façon dont la langue quotidienne rigole des noirs. Se dire ainsi que certes les opinions avancent lentement, mais au moins elles avancent. Peut-être qu'il faudrait faire un effort, pour les pédés et pour les autres, peut-être aussi que ça va se faire tout seul...

samedi 04 septembre 2004

Constatations

Je n'ai plus grand chose à raconter. Je le sais, ça, que je ne suis pas quelqu'un de fondamentalement intéressant, vu le nombre de fois où on me l'a gentiment fait remarquer, vue aussi cette crainte désormais incroyable que j'ai de me retrouver en tête à tête avec quelqu'un d'autre. J'ai bien deux ou trois lubies qui peuvent faire illusion quelques jours, mais une fois tout cela mis à part on voit rapidement que j'ai une personnalité qu'on peut qualifier de lourde et de stéréotypée. L'autre jour on (la comptable) me faisait remarquer qu'on avait un peu perdu ma situation de vue, comme j'étais un garçon très discret (euphémisme) et que ça n'incitait pas forcément à s'inquiéter pour moi. Comme d'habitude c'est très confus dans ma tête, à savoir si je dois faire un effort ou pas. Et si je ne vous ai pas encore parlé de cette fille (au boulot) que je trouve juste adorable mais que ne sais absolument pas comment aborder, c'était précisément pour ne pas retomber dans cette énième redite de cette bonne vieille blague que j'ai bien dû vous raconter un millier de fois, et donner une fois de plus l'impression de vouloir me faire plaindre. Je ne déplore rien, je constate, c'est tout.

samedi 31 juillet 2004

Mi figue mi raisin

Dernier week-end. Yves me le faisait remarquer, mais c'est pourtant vrai que je ne me sens pas spécialement réjoui par toutes ces nouvelles perspectives. Soulagé certainement, mais encore très loin de l'effusion de joie. C'est peut-être l'indéfectible pessimisme causé par huit mois de déceptions, c'est peut-être l'appréhension. En tout cas, c'est une sensation assez étrange. Je ne suis pas spécialement impatient d'être lundi, 9h30, et en même temps il est grand temps que tout ça finisse et que je passe enfin à autre chose. Même si ce serait à nouveau une belle erreur que de croire que tout va changer fondamentalement. Ma vie n'a décidément pas l'air d'avancer par secousses violentes, plus par légères mutations à peine perceptibles. Heureusement, tout cela fait que je commence enfin à envisager comment aborder les quelques détails qui me tiennent à coeur – écouter, voir, vivre, voyager, être et avoir ; grâce à l'argent, oui, il faut bien le dire, grâce à une nouvelle liberté aussi, toute relative, dans ma tête et dans mes mains. Aujourd'hui, j'ai envie d'y croire, espérer plein de choses mais pas trop, en fait, parce qu'au final, c'est une certaine confiance qui surnage.

dimanche 11 juillet 2004

Thème

T'as jamais cette sensation bizarre quand tu sors du cinoche, d'être tellement rempli par le personnage principal qu'en passant les portes, t'as encore l'impression d'être lui et d'avoir gardé ses super-pouvoirs ? Tu marches vers ta voiture machinalement, tu t'assieds et tu tournes la clé, tu te dis que t'es juste en train de rentrer chez toi – mais pour quelques minutes encore t'as l'impression d'être ailleurs. Les choses ont l'air différentes, les gens ont l'air différents, pour peu tu pourrais changer le monde, d'un geste, comme ça, comme quand le héros il sauve la fille. C'est comme quand tu va voir des films tristes, t'en ressors t'es tout mou, tout moyen, la moindre petite catastrophe te ferait presque pleurer ou comme quand t'as ri comme un imbécile pendant une plombe et que ça s'arrête, toi sur ta lancée tu continues, tu te bidonnes pour rien ou, pour pas grand chose. Bon, ça le fait pas pour tous les films, c'est sûr, et puis des fois ça le fait à la télé aussi, mais c'est plus rare. Et bien moi j'ai une théorie là-dessus. Tu vois, ces gens, ces acteurs, qui te racontent leurs histoires, c'est tous des fichus menteurs – mais c'est vrai qu'ils mentent tellement bien qu'au bout du générique toi t'as encore envie d'y croire. Du coup, tu te dis qu'on t'a mené en bateau pendant une heure et demie, alors au fond quelques minutes de plus ou de moins en te relevant de ton siège, qu'est-ce que ça change ? Ca embête qui, si toi aussi tu te fais ton petit mensonge pendant ces minutes-là, si toi aussi tu te crois le plus beau et le plus fort du monde ? Juste quelques minutes. Après, de toutes façons, les gens ils te la rappellent bien, la vérité, pour peu que tu regardes un peu autour de toi ou que tu les entendes jacasser sur le parking.

mardi 06 juillet 2004

Boite à suggestions

Il y aurait éventuellement quelque chose du genre se faire à la logique de l'échec, histoire de ne plus avoir à l'appréhender. L'échec finit toujours par vous faire peur, à partir du moment où tout le mondre croit, pense, sait que vous allez réussir, que ce n'est pas possible autrement. Alors évidemment vient le moment où vous n'osez plus rien, par crainte. Mais se planter, se planter bien, deux ou trois fois, ça vous habitue, ça vous fait relativiser, ça vous rend, sinon plus serein, au moins moins nerveux, la fois suivante. L'indispensable fois suivante. Ça a bien marché pour les entretiens d'embauche, se faire à l'idée à force d'être jeté, se comporter comme si, pourquoi ce ne serait pas la même chose ?

Quelque chose du genre sourire aux gens. À tous les gens. Les gens dont le regard se posent sur vous ont toujours cet air si fermé, presque invisible. Mais si un jour un enfant se met à sourire en leur tendant le bras, alors d'un coup leurs traits s'ouvrent, leur visage se colore. Ce n'est pas normal que le seul moment où des gens se sourient, c'est quand ils se tendent des pièces de monnaie, quands ils se vendent quelque chose. Un sourire, ce n'est pas une déclaration de mariage. Commencer avec les apparitions les plus furtives, celles qui n'engagent vraiment à rien. Un sourire, gratuit, de l'autre côté de la vitre du bus. Et puis faire plus, petit à petit. Soutenir les regards, ne pas dérober ses yeux. Sourire aux filles. À toutes les filles.

Et puis lâcher cette connerie d'idéalisme, une fois pour toutes. On ne rencontre pas la femme de sa vie à 24 ans. Quelque chose du genre.

jeudi 01 juillet 2004

Aphorisme du matin

Un des trucs les plus chouettes, ce sont ces petites manifestations de tendresse inopinées de la part des gens qui t'aiment, ces petits câlins qui te tombent dessus quand tu t'y attends le moins, alors que toi-même tu te retiens souvent par peur d'être trop envahissant. Un jour, soyons follement optimistes, un jour ça me tombera dessus, avec quelqu'un que j'aime, vraiment, et, ce jour-là, je pourrai dire que je ne serai vraiment pas loin du bonheur.

mercredi 07 avril 2004

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Pendant trente secondes, j'ai eu envie de supprimer le post ci-dessous, alors que j'ai passé toute la journée à le pondre, notemment à cause de cette hantise d'exposer une vision trop simpliste, alors que je critique sans retenue les autres quand ils font la même chose. Et puis je me suis ravisé, je ne sais pas trop pourquoi. Sans doute en me disant que de toutes façons ça passera inaperçu. Des fois, quand ça mouline trop vite là-haut, je regrette de ne pas avoir sous la main quelqu'un, prêt à me contredire. Je remarque aussi que j'ai de plus en plus tendance à construire mes schémas de pensée en fonction de leur retranscription écrite, de réfléchir en ayant constamment l'écriture en arrière plan. Comme quand je fais des photos, j'ai parfois tendance à tout de suite m'imaginer de quoi elles auraient l'air une fois en ligne. Une sorte de déformation professionnelle, mais sans le travail.

dimanche 28 mars 2004

A d'autres

Aux environs du mois de mai, et de la mairie de Neuilly, je vais donc me retrouver invité à la première cérémonie de mariage de ma vie – enfin, de ma vie consciente on va dire. C'est une de mes cousines, enfin je ne sais pas si le terme est exact, la fille du cousin de ma mère. Entre nous, même s'ils ont l'âge, tout ça, j'ai l'impression que ça s'est décidé un peu à la va-vite, cette affaire. Mais je suis qui pour dire ça, moi ?

Au restaurant, mon oncle, le cousin de ma mère, me demande entre la poire et le fromage si j'ai une petite amie, étant probablement parmi les prochains sur la liste dans l'ordre naturel des choses. Le genre de questions auxquelles tu réponds non, pour éluder l'interrogatoire et éviter de donner dans des détails trop personnels. Donc moi je réponds. Non. Mais pour d'autres raisons, que vous devinez bien. J'aurais bien aimé, moi, avoir des détails, lui raconter, entre autres choses, donner dans le trop personnel. Lui dire que, oui, j'ai une petite amie, si c'est sérieux, un peu, j'aimerais bien, deux mois, que non elle n'est pas malgache, d'une parce que j'en croise pas à tous les coins de rue et que de deux, je trouve ça parfois limite ce genre de sectarisme dont tout le monde semble faire preuve, qu'elle s'appelle Aicha, comme dans la chanson, n'importe laquelle, elle déteste autant les deux, qu'elle est caissière au Marché U à la Bourgeonnière, pour le moment, c'est temporaire, qu'elle aimerait bien recommencer ses études de sociologie, mais elle se méfie, parce que la fac de sociologie tout le monde y rentre mais pas grand monde n'en sort, qu'elle ne porte pas le voile mais qu'elle est contre la loi, elle ne fait que détourner l'attention sur un détail sans aller regarder aux racines du mal, que ça me ferait plaisir de les inviter, tous, ici, rien que pour la tête de mon père devant cinquante arabes en train de piétiner la pelouse de sa villa à deux millions. J'aurais bien pu mentir, je n'arrive que trop bien à faire croire des choses aux gens. Mais pas avec ce genre d'histoires. J'aurais fini par me tromper moi-même.

Ca me fait penser à Raphaël Tisserand, qui s'est vu convaincre, à une table d'une discothèque aux Sables d'Olonne, le soir de la Saint-Sylvestre, que tout était foutu, que quoi qu'il arrive désormais, il serait toujours orphelin de ses amours d'adolescence qu'il n'aura pas connu. Je me le suis demandé après mes lectures de Houellebecq, à nouveau maintenant devant les romans de Labro, comment font les écrivains pour arriver à retranscrire d'une manière si proche de la réalité, de ma réalité, des sentiments si complexes que même moi qui suis en plein dedans je n'arrive pas à parler ? Est-ce que c'est parce qu'ils ont eux-mêmes vécu ces situations qu'ils les évoquent avec tant de justesse, où est-ce qu'ils ont fait beaucoup d'interviews ? Peut-être que c'est juste ça, le talent, savoir tourner les phrases, savoir saisir ses idées et les rendre compréhensibles sans justement trop les transformer. Ou alors c'est seulement de l'auto persuasion de ma part, je cherche tellement à me retrouver ailleurs, histoire de me rassurer, de justifier mes échecs, ou plutôt de les excuser, ça n'arrive pas qu'à moi, que je m'émeus de la moindre phrase.

dimanche 14 mars 2004

Illusions

Le meilleur moment dans les livres, c'est quand les gens s'embrassent. Pas que dans les livres en fait. Mais je ne devrais pas dire ce genre de choses, parce toutes ces histoires m'ont par trop persuadé que même les crapauds peuvent épouser des princesses. Vaste fumisterie.

mardi 09 mars 2004

Changer

Je compte aussi beaucoup sur le fait de trouver un travail pour redonner une sorte de nouvelle direction à ma vie. Ce n'est pas un changement de cap complètement artificiel, je suis censé entrer dans le monde des grands pour de vrai, gérer mon argent, payer des impôts, tout ça. L'une des idées c'est d'en profiter pour essayer d'être constructif, m'occuper des choses qui comptent vraiment, faire du caritatif, aller dans des associations, essayer de faire bouger les choses. Vous me rétorquerez que je pourrais tout aussi bien commencer maintenant, au lieu de passer mes journées à ne rien faire. J'y pense, mais je me dis que ça ne vaut peut-être pas la peine de s'investir dans quelque chose pour l'abandonner dans trois semaines parce que je dois partir à Paris ou à Toulouse. Peut-être aussi que ce ne sont que de belles paroles, ce ne serait pas la première fois que je ferais des plans sur la comète, qui se transforment en gribouillages informes puis en rien du tout, au moment venu. Mais je dois au moins ça à l'ado idéaliste que j'étais il y a quelques années. Et comme j'en ai déjà parlé, ça pourrait me permettre de réaliser un peu de ce que j'aurais sans doute adoré faire au lieu de devenir informaticien.

mardi 17 février 2004

Les années fac

J'allais vous pondre mes impressions sur un débat bon enfant avec Raymond Barre et Jacques Delors, ce soir sur France 2 ; un débat qui faisait un peu vieille rencontre de dinosaures de la politique, on aurait dit les retrouvailles de vieux amis qui malgré d'anciennes divergences sont au fond taillés dans le même moule – et sortis du même bocal rempli de formol ; un débat qui bien qu'intéressant, la sagesse de l'âge faisant son petit effet, n'avait strictement rien à voir avec l'accroche annoncée Voter, pour quoi faire ? ; un débat qui ressemblait plutôt à un collage vite préparé de sujets plus ou moins d'actualité, bien loin de l'interrogation fondamentale sur le fait électoral à laquelle je m'attendais ; un débat si plein de politesses et de je suis tout à fait d'accord avec qu'on aurait pu se demander si c'était vraiment un débat, quelque part.

Et puis je suis tombé sur cette citation chez Hemisphair de cet article de l'Express, à propos de l'université qui va ne pas bien, etc. Alors, forcément, malgré tout le respect que je dois à M. Delors, qui reste pour moi le plus grand couard que la gauche ait connu, je me devais de dire quelque chose.

Je suis sorti du lycée avec un dossier scolaire qui aurait pu me faire rentrer où je voulais. J'exagère à peine. Avec l'accord tacite de mes parents et malgré les vociférations haineuses de mes profs qui me voyaient déjà... j'avais choisi d'aller à l'université. Justement parce que tout le monde disait que c'était un pis aller, une voie de garage, une formation ramasse-miettes. Moi, je voulais croire par-dessus tout dans l'éducation de la République, ses capacités à fournir une formation de qualité au plus grand nombre, cette espèce de vision idéaliste que tout le monde avait ses chances, pourvu qu'on leur donne l'occasion de le prouver. J'étais aussi profondément marqué par sept ans dans un collège/lycée élitiste privé catholique intégriste, le genre d'épreuves dont on sort soit nazi soit anarcho-communiste. Faire une sélection à l'entrée d'une formation était fondamentalement injuste, parce qu'entre le dernier reçu et le premier de la liste d'attente se joue, je ne sais pas, peut-être un dixième de point sur une moyenne générale de terminale. Chaque bachelier devrait avoir la possibilité de faire études de son choix. C'était ça pour moi la fac, une formation égalitaire accessible à tous, avec une grande variété de profils, qui demandait travail et investissement personnel tout en fournissant enseignement hyper-théorique, épanouissement et grande rigolade. Et pas juste un cirque où les professeurs malmènent sadiquement des bêtes de concours dans le seul but d'augmenter le taux de réussite et donc la réputation de leur prépa/école et par voie de conséquance leur salaire/ego personnel.

En première année, on devait être un millier, rien qu'en fac de Sciences. Les examens se déroulaient dans une grande salle polyvalente à l'autre bout de la ville, seule capable d'accueillir une telle quantité d'étudiants. Les grandes messes à la Trocardière. Les cours, c'était un immense bordel et je me souviens avoir adoré ça. Selon la capacité et la motivation des profs, les enseignements allaient d'intéressants à vaguement soporifiques et donc totalement dispensables. Heureusement, la fac avait les moyens de nous payer des travaux dirigés en petit groupe – je dis ça parce que dans l'article ils mentionnent que ce n'est parfois pas le cas. La section Sciences était plutôt bien lotie, comparée à la fac de Lettres par exemple, dont les travaux de rénovation viennent de commencer, pour se terminer en 2010 – pour vous dire qu'il y a du boulot. J'ai quand même eu la joie de faire mes premiers TP de Pascal sur un terminal DEC1, une console 23 lignes × 80 colonnes, texte orange sur fond noir, reliée à une machine centrale avec un processeur Alpha qui tournait à 64MHz. C'était en 1998, pour resituer. Et rien que ça, c'est mythique, je veux dire que j'ai presque bossé sur une pièce de musée, et mine de rien, pour ma culture informatique, ça compte.

Lors du passage en deuxième année, le premier constat à faire était celui du taux de réussite aux examens. Environ 50%. Et du reste ça se sentait qu'il y en avait qui venaient, mais bon c'est comme s'ils n'étaient pas là, et même ceux qui ne venaient pas, mais tant mieux on était moins en cours. On leur a donné leur chance et ils ont fait n'importe quoi. Tant pis pour eux. La question de savoir si l'inscription en fac était ou pas une roue de secours pour certains, voire un alibi pour d'autres a vite été résolue. C'était effectivement le cas, mais heureusement ça ne gênait pas ceux qui étaient là pour travailler, et plus les semaines passaient, plus ça se voyait, au nombre d'abandons. L'article mentionne une sélection par l'échec, je dirais plutôt une sélection à la motivation.

Quant à savoir si le système en lui-même est dans l'impasse, c'est sans doute plus compliqué. Je ne sais plus qui disait qu'il y a quelques dizaines d'années, la études supérieures étaient divisées en deux catégories. Les écoles formaient les cadres et l'université les chercheurs. La demande en cadres se faisant plus pressante et les écoles étant incapables de suivre – ah !, l'élitisme à la française – c'est l'université qui a encaissé, parce qu'elle avait les capacités d'accueil et d'adaptation pour, et surtout l'obligation d'accueillir tout le monde. Sauf qu'on lui demandait de former des gens pour intégrer un milieu professionnel auquel elle était totalement étrangère. Pire, on donnait l'illusion aux futurs étudiants que la formation est faite pour ça, alors que ce n'est pas du tout le cas. Un exemple, si je ne m'étais pas un peu bougé le cul – et pourtant vous savez que ce n'est pas mon genre – je n'aurais fait qu'un seul stage dans mon cursus, là où d'autres élèves d'autres formations professionnalisantes en auront fait quatre ou cinq.

Comme dans beaucoup de domaines, on a demandé à l'université (au service public) de supporter le poids d'une évolution de la société, pour ne pas avoir à prendre le risque d'une refonte de l'ensemble du système. Et évidemment on rend l'université responsable des échecs et des abus. Au début ça marchait plus ou moins bien, aujourd'hui, c'est n'importe quoi. Les étudiants s'en rendent compte et ils font grève. Bon c'est pas vraiment pour ça qu'ils font grève. Mais ça va bien dans mon argumentation. Le problème des moyens financiers alloués à l'Université a peut-être aussi à voir avec cette augmentation rapide du nombre d'étudiants et du nombre de missions qu'elle a à accomplir, augmentation qu'on lui a mise sur le dos sans lui fournir les ressources pour l'assumer. Comme l'Éducation Nationale dans son ensemble, en fait.

En sortant de mes cinq années de fac, je dirais que j'ai reçu une formation plus ou moins bonne, enfin plutôt plus. Je noterai aussi le décalage entre mes premières années de fac, plutôt généralistes, distantes et théoriques, et mon DESS, diplôme professionnalisant, sélection à l'entrée, enseignants vachement sélectifs, ambiance marathon. La fac s'est mise à adopter les méthodes des formations d'ingénieur et a oublié sa vocation première. Un peu à mon dégoût. Cette dernière année n'a pas été des plus agréables, niveau cours j'entends. Mais c'est ma faute, j'aurais dû continuer et faire de la recherche, ne pas cautionner cette dérive. Sauf que moi aussi, je suis un couard, le plus grand couard que j'aie connu.

jeudi 12 février 2004

Déprime

Essayer de se rassurer en se disant que de toutes façons, c'est cyclique, et que si par moments l'énervement et le dépit finissent par prendre le dessus, ce n'est que temporaire. Oui, bon. Ça ne m'enlèvera pas de la tête que tout ça c'est de la merde et qu'au final, les gentils se font toujours enculer. Quelque part. Ça peut paraître un peu radical comme point de vue, voire complètement conditionné par un état de fait qui peut changer du jour au lendemain – mais franchement, entre nous, les gentils se font toujours enculer. Ça ne sert à rien d'avoir toutes les attentions du monde, ce n'est pas ça qui vous donne droit à quoi que ce soit. Ça ne justifie même pas le fait que vous méritiez quelque chose au fond, parce que bon, faut pas exagérer. C'est juste un illusion pour vous rendre plus sympathique envers les autres, alors que les autres, en vrai, ils s'en foutent. Du reste ce n'est pas le genre de choses qui va m'inciter à changer, j'ai mes raisons, sans doute, même si je ne sais pas lesquelles exactement. Peut-être que j'aime me faire battre, peut-être que je crois que c'est la seule façon d'agir. Conneries. C'est juste pour réclamer encore plus de considération. C'est pareil quand j'écris, d'ailleurs. Hm. Des fois je me demande à quoi je peux bien penser pour pondre des trucs pareils.

lundi 05 janvier 2004

The Station Agent

En même temps, évitez de me prendre trop au sérieux quand je sors des argumentations qui se veulent un peu intelligentes. Parce que je les considère toujours avec le fond d'autodérision qui m'habite actuellement. J'avais éventuellement en projet d'exposer ma grande théorie sur l'absence de sens absolu de ce monde. Théorie qui n'est d'ailleurs pas si négative que ça, vu qu'elle justifie à peu près tous les comportements possibles et imaginables, y compris l'adhésion en masse à la bonne vieille morale judéo-chrétienne. Théorie qui a de plus le mérite d'être un modèle cohérent, sans que se soit une raison suffisante à son exactitude. Les espaces non-euclidiens sont des mondes géométriques où certaines lois généralement considérées comme naturelles sont violées, sans pourtant que cela ne conduise à des abérrations fondamentales qui prouveraient leur non viabilité et donc leur inexistence. Ils se suffisent alors à eux-mêmes dans leur anormalité. Inhabituel mais pas impossible. J'aime assez.

Ce matin, deux personnes, dont votre serviteur, assistaient à la projection en version originale de The Station Agent, à l'UGC Ciné-cité Atlantis. Dans un sourire matinal la caissière/ouvreuse m'a dit de me mettre où je voulais, il n'y a pas grand monde. Plein centre, donc, pour quatre-vingt-dix minutes de superbes plans de coupe. Picturalement, j'entends. L'histoire en elle-même n'est pas fondamentalement originale. Un nain ronchon qui se laisse malgré lui envahir par l'amitié de ses nouveaux voisins dans un trou paumé du New-Jersey – quel mauvais pitcheur je fais. Mais l'ambiance est là, un peu décalée, recherchée, disons. N'importe lequel de ces plans ferait d'ailleurs une magnifique photo. Et je sais de quoi je parle, j'en rate personnellement un sacré paquet, depuis plusieurs mois. Un de ces films qui pourraient me convaincre que c'est simple de vivre. Malgré quelques détails improbables et une ou deux scènes agaçantes, car trop convenues. Vaut bien ses cinq euros, conclurais-je.

dimanche 04 janvier 2004

Réflexions routières

L'observation des véhicules qui défilent sur la droite à un rythme soutenu, à mesure qu'on les dépasse, permet de conjecturer de certaines réalités sur leurs occupants. Réalités que l'on peut d'ailleurs appréhender dans d'autres situations, un train, une terrasse de café, un hall d'accueil, pourvu en fait qu'il y ait du passage. Cependant, l'analyse routière apporte un nombre d'indices supplémentaires, qui facilitent l'étude. En plus de la tête des voyageurs, le modèle de la voiture, son état de propreté générale, le contenu du coffre, la plaque minéralogique sont autant d'éléments qui permettent de dire qui revient de vacances familiales sur la côte, qui rentre d'un week-end pêche-aux-coquillages, qui retourne avec des petits yeux des réminiscences d'un réveillon copieusement arrosé.

Autoroute 11, peu après midi. Papa conduit vite, comme à son habitude. Pire que cela, il conduit de manière agressive. Il est de ceux qui vous collent au pare-chocs, le clignotant nerveux, quand ils estiment que vos dépassements s'attardent un tantinet. Il paraît que sur certaines autoroutes allemandes, la vitesse n'est pas limitée, sans qu'il n'y ait pour autant pas plus d'accidents qu'en France. La vérité c'est que la conduite est érigée en course de vitesse et de mufflerie à un échelon national, dont mon père n'est qu'un banal concurrent. En ville c'est pire. À Paris, il doit jouer des coudes dans sa berline surpuissante. Il est dans son élément. Définitivement. Sauf qu'il n'a pas le sens de l'orientation.

Pendant qu'il roule, je finis Extension du domaine de la lutte, version papier cette fois. Puisqu'il faut comparer, le livre est certes plus complet. On y comprend mieux les argumentations, comme certaines théories et certains exemples ont été supprimés lors du passage sur grand écran. De manière générale, le film en ressort moins sombre, plus optimiste. À se demander si Houellebecq, qui a co-signé l'adaptation avec Philippe Harel – bénit soit Philippe Harel – à se demander donc s'il n'était pas moins dans le creux de la vague que lors de la première écriture. La fin à ce propos est particulièrement significative.

Du reste, je viens de terminer mon deuxième livre de l'année. Deux livres en quatre jours. Proportionnellement, je devrais donc lire 183 ouvrages en 2004. Je repense à Attention Danger Travail, qui argue de la frénétisie d'achat de notre société consumériste pour justifier du fait que l'on peut, en réalité, vivre relativement bien avec peu d'argent, pourvu qu'on se contente de l'essentiel en oubliant le superflu. Par superflu, on entend la résidence secondaire en Bretagne, la berline à cent mille euros, le téléphone dernier-cri. Le fait est que dans mon exemple, mes 183 livres vont au fond me revenir assez cher. Même avec une carte de bibliothèque, l'abonnement n'est pas donné, surtout quand on ne bénéficie plus, comme moi, du statut étudiant. Je n'estime définitivement pas que l'accès à la culture soit superflue. Pour vivre avec peu dans le système actuel il faut donc sacrifier une partie de l'essentiel. Ma soeur qui sort beaucoup ampute une bonne partie de son budget nourriture pour aller à l'Opéra ou voir des concerts. Ce n'est pas normal d'avoir à faire ce choix.

lundi 15 décembre 2003

Demi-portions

En même temps, je me rends bien compte à quel point ce que je peux raconter peut sembler stupide – ou du moins simpliste. Je sais que je ne pourrai jamais justifier complètement mon raisonnement, mes réflexions et mes références intellos à deux balles. Alors il me prend une vague envie d'arrêter. Principalement à cause de la platitude de mes mots qui sortent de ma bouche, de ces idées que d'autres ont relatées bien mieux que moi, et face auxquelles je me sens un peu penaud.

Dans tout ce que j'ai fait, j'ai toujours cherché à produire quelque chose d'original, à échapper aux sentiers battus. Mais la vérité c'est que je me sens parfois petit et incomplet – que je sais faire certaines choses un peu mieux que la moyenne, mais qu'au fond je ne me démarque pas de la masse. Le malaise vient peut-être de ce que je ne sais pas ce que je veux. Si j'avais été doué dans un seul domaine et un cancre partout ailleurs alors au fond, cela aurait été bien plus facile. Mais là, j'ai l'impression d'avoir parfois la bonne intuition sans avoir les moyens intellectuels d'arriver à l'exprimer correctement.

C'est vrai dans beaucoup de domaines, surtout des domaines artistiques. De temps en temps, avec un peu de chance, j'arrive quand même par hasard à de jolies choses. Alors j'ai envie de croire que j'ai un peu de talent. En vérité, la plupart du temps, j'éprouve les pires difficultés à matérialiser l'idéal que j'ai en tête, que ce soit par écrit, par des images, par des photos. C'est pour cela qu'il m'arrive d'avoir envie de ne pas avoir ces demi-capacités ; qui au lieu de m'encourager ne font en fait que me frustrer.

C'est aussi pour cela que si j'ai eu envie de re-bloguer, c'était en voulant raconter juste ma vie, sans ces démonstrations bancales ou ces cogitations batârdes. Mais chassez le naturel...

jeudi 11 décembre 2003

Assez

Je suis peut-être en train d'abandonner l'idée absurde que j'ai toujours gardée de vouloir faire partie de ce monde alors que je m'y sens si mal. Oui, franchement, j'ai de plus en plus envie d'abdiquer, de ne plus insister, de ne plus chercher à faire partie de cette chose qui me rejette, ou plutôt de laquelle je me débats énergiquement pour sortir, à peine y ai-je plongé. Il m'arrive souvent, quand je dois l'affronter, d'avoir des bouffées de chaleur, une sorte de malaise chaud, qui me fait encore plus perdre mes moyens. Comme ces écoliers timides qui deviennent rouge écarlate dès qu'on leur adresse la parole. Sauf que, heureusement, ma couleur de peau fait que je ne peux pas rougir. J'ai l'impression de dégouliner de sueur, plutôt.

C'est toujours un calvaire que de demander un conseil à un vendeur, surtout que je ne sais pas comment m'y prendre. Soit je demande exactement ce que je veux, mais dans un baragouinage tellement incompréhensible que je suis obligé de m'y reprendre à trois ou quatre fois – soit je passe pour une bonne poire incompétente, auquel cas j'ai le droit à leur horripilante condescendence. Et l'impression quand je me meus d'avoir toujours ces centaines de regards qui pointent sur moi, à regarder si je ne fais pas les choses correctement, et prêtes à ricaner au moindre écart. Comme quand il me faut trois marches-arrière pour me garer. Comme quand je me trompe de guichet ou que je demande quelque chose qui n'existe pas. Dimanche dernier, énième révelation, lors d'un repas en famille à Paris, où je n'ai pas sorti un mot de tout le déjeuner.

Je me dis qu'il vaut vraiment mieux que j'arrête, que je me contente d'exister en dehors de tout ça, d'y interagir le moins possible ; de trouver un travail, même inintéressant, mais qui ne me demande pas trop d'efforts d'intégration, avec des collègues polis et distants ; de limiter mes relations au strict minimum, et surtout de me contenter de ce strict minimum, parce qu'au delà, je ne sais pas faire ; de vivre de manière transparente, de me fondre dans la banalité. Car même mon malaise est banal, au fond, tout comme la manière dont je l'exprime. À croire que je m'y fais, petit à petit.

lundi 08 décembre 2003

Un autre dimanche sur la route

On revient d'une livraison express d'un piano à Paris ; piano que mon père a acheté un peu sur un caprice de ma soeur, pour qu'elle puisse s'exercer dans son appartement – et accessoirement se changer les idées. Ces derniers temps, je me suis souvent fait la remarque qu'heureusement, on a ce luxe de ne pas avoir de soucis d'argent ; que maman, dans sa prévoyance tristement prémonitoire, avait pris soin de tout assurer, sa vie, son salaire conséquent, les crédits de la maison, les dépenses de santé... Avec tout ce qui nous est tombé dessus et la manière dont c'est tombé, ça aurait pu mal tourner. Et même si l'argent ne fait pas le bonheur, ça fait quand même un gros souci de moins. Papa peut claquer 1500€ en une après-midi et moi je peux rester un peu plus de temps ici.

Je repense à cette discussion avec Yacine sur le fait que nos parents respectifs gagnaient confortablement leur vie, et j'essaie de m'imaginer ce que les gens dans une toute autre situation peuvent endurer face à une telle épreuve. Par exemple, la sécurité sociale a versé par erreur le capital décès sur le compte de maman, qui est bien entendu vérouillé. Heureusement qu'on peut se contenter de pester sur leur négligeance, au lieu d'avoir à batailler de toutes parts pour récupérer rapidement cet argent, s'il avait été indispensable. C'est terriblement injuste au fond, et j'ai beau me lamenter sans cesse sur les dérives de l'économie de marché, c'est dans ce genre de situation que je ressens vraiment le malaise viscéral qui ronge ce monde.

Je me demande à quel moment le monde est devenu un tel bordel. Tout ça parachève juste de me convaincre que le but de l'humanité n'est définitivement pas de tendre au bonheur, sinon les choses ne se passeraient pas comme ça. Au fond, la lutte liée aux deux systèmes de différenciation sociale que sont le sexe et l'argent, cette lutte est peut-être inévitable. Le monde ne peut pas être juste/égalitaire si la lutte est inscrite dans le comportement humain. Le problème c'est que, si la lutte sexuelle peut avoir un fondement naturel (animal, dirais-je), à savoir la volonté d'un individu de perpétuer son patrimoine génétique, je ne vois aucune justification de la lutte pour le capital. Au fond, je me demande pourquoi et comment la propriété privée a fait son apparition dans le développement des sociétés humaines. Peut-être que la raison est là, que l'être humain est fondamentalement mauvais et pervers, au point de s'inventer des moyens supplémentaires de pression et de domination sur ses semblabes. Ça expliquerait pas mal de choses.

samedi 15 novembre 2003

Une petite dernière

C'est fou ce que la déprime peut me faire écrire comme horribles choses. Je ne dis pas que je ne les pense pas, il y a un peu de vrai dedans, mais en ce moment je vois tout en noir, et ça se ressent, trop. Peut-être qu'un jour ça ira mieux, et je pourrai à nouveau observer le monde avec mon regard contemplatif. Pour le moment, j'ai l'impression que de foncer dans un mur, et chaque jour qui passe me dit que je n'aurai pas la vie que je voulais. Peut-être parce que je mettais trop d'espoirs en elle, mais je crois maintenant qu'elle restera affreusement banale. Je me dirige tout droit vers la caricature de l'informaticien solitaire, idéaliste et affreusement con ; celui qui n'achète que des portions individuelles à Monoprix, celui qui rentabilise les suppléments chambre individuelle des tour-operators, celui qui consent à être la risée des autres pour qu'au moins les autres lui prêtent attention, celui qui fait les choux gras des clubs de rencontres. Peut-être que je ferai une ou deux choses intéressantes, peut-être je connaîtrai quelques instants de bonheur, mais tout le reste s'annonce d'une monotonie implacable. J'avais déjà eu cette sorte de mauvais présentiment quand, en rentrant crevé d'une journée de stage, je me rendis compte que je n'avais même pas la force de m'atteler aux choses qui me tiennent vraiment à coeur. Si je re-travaille, ce sera à nouveau le cas. Et j'ai peur de m'installer dans cette routine du quotidien qui va me vider petit à petit de mes envies, de mon sens, de ma personnalité.

jeudi 13 novembre 2003

Désillusions

Réveillé ce matin avec, pour la première fois depuis longtemps, aucune envie de me lever. J'aurais préféré rester dans ce monde si simple du sommeil, où tout m'échappe sans que j'aie besoin de m'en soucier. Dans mon rêve, une working-girl m'engueulait sèchement parce que je l'avais grossièrement gênée pour sortir du tram. Elle me traitait de con, en me soulignant de manière acide que la seule différence que j'avais avec les vrais cons, c'était le plaisir. Je ne tirais aucun plaisir à être con, c'était involontaire, irréfléchi et donc d'autant plus méprisable.

Je pense de plus en plus que mes gênes ne sont pas faits pour se reproduire. Je ne suis pas une combinaison génétique viable. En un sens tant mieux. Si je pouvais m'en convaincre totalement, j'arrêterais au moins de me tourmenter à ce propos. Et de toutes manières, l'orgasme présentement me lasse. Il y a quelques mois, à force de pratique, je réussissais systématiquement à atteindre un plaisir intense. J'arrivais à une connaissance parfaite de mon corps et de la manière dont il voulait être satisfait. Avec l'habitude, aujourd'hui j'éjacule avec dépit, voire avec dégoût. La chaleur humaine, oui, ça me donne encore envie. Le reste, je ne suis pas franchement convaincu de son intérêt.

Ce n'est pas tant que ça m'obsède, mais ça faisait partie d'un certain schéma de vie que j'avais intégré. Appelez ça du déterminisme social, le poids des traditions ou la fibre paternelle, mais j'entretenais jusqu'à peu l'idée qu'à défaut, perpétuer l'espèce jusqu'à ce que quelqu'un lui trouve une raison d'exister, était une tâche sinon noble, au moins défendable. D'ailleurs, pour quelle autre raison le plaisir sexuel existerait-il ? Je vogue maintenant dans un espace d'incertitudes, où ce schéma comme tant d'autres (travailler, échanger, se cultiver) a volé en éclats. Et je cherche vainement des repères auxquels m'accrocher.

Ma connerie n'avait ni justification ni intérêt pour moi. Ma vie n'a d'ailleurs aucune justification ni intérêt. Et voilà qu'elle a perdu ses raisons d'espérer.

vendredi 07 novembre 2003

Regrets

Il commença à penser qu'en fait, tout ce qu'il avait désiré, il l'avait toujours eu, et à intervalles réguliers, à portée de main; mais il n'avait jamais tendu le bras, parce qu'il avait peur. Ce n'était pas de la timidité, c'était vraiment de la peur. D'être ridicule, d'en demander trop, d'avoir des réactions inappropriées. Il repensait encore à sa rencontre de la veille avec Éric. Il repensait aussi à Cordula, cette stagiaire en marketing, avec qui leurs regards s'étaient croisés à plusieurs reprises avec insistance, et dont il avait senti dans la voix une joie de petite fille, les rares fois où il lui avait adressé la parole devant la machine à café. C'était sans doute plus facile de continuer à se lamenter tout seul; et moins risqué. Il se méprisait avec résignation.

mercredi 05 novembre 2003

On the outside

Les gouttes frappaient la toile de tente avec un bruit mat,à quelques centimètres de son visage, mais il était à l'abri de leur contact. Il eut soudain le pressentiment que sa vie entière ressemblerait à ce moment. Il traverserait les émotions humaines, parfois il en serait très proche; d'autres connaîtraient le bonheur ou le désespoir; rien de tout cela ne pourrait jamais exactement le concerner ni l'atteindre. À plusieurs reprises dans la soirée, Annabelle avait jeté des regards dans sa direction tout en dansant. Il avait souhaité bouger, mais il n'avait pas pu.

La transcription écrite qu'il avait produit de ces années de sa vie prenait maintenant des airs de longue lithanie. Il y avait là deux cent quatre-vingts pages d'assez inégale valeur, qui transmettaient maladroitement ses impressions sur sa propre vie. Assez réservées à l'origine, ces textes gagnaient peu à peu une autre dimension, beaucoup plus intimiste et introspective. On pouvait y ressentir ce sentiment d'observateur d'un monde qu'il n'arrivait pas à appréhender et dans lequel il cherchait cependant par tous les moyens à rentrer. Avoir besoin d'appartenir à un ensemble, aussi marginal fut-il, apporte un sentiment de chaleur et de reconnaissance que la solitude ne fait que sublimer. Et même si la volonté de se décrire comme au-dessus de ces considérations lui faisait donner des justifications existentielles plausibles aux autres, il ressentait ce manque profond qui lui lacérait le coeur.

Peut-être était-ce une chance que d'avoir ces pages. Il repensait à ces nouvelles mal écrites qui retranscrivaient avec passion sa détresse d'adolescent, qu'il avait aimé relire pour y retrouver la néanmoins relative sécurité que sa naïveté lui offrait alors. De plus en plus souvent, il retrouvait également son malaise dans les paroles d'autres, écrites, chantées ou filmées. Comme si ledit malaise avait toujours existé, à des formes et des époques différentes. Il se sentait vaguement rassuré de savoir qu'au delà de considérations bassement matérielles, il pouvait se retrouver dans ces modèles de personnages inadaptés, inconfortables dans le monde où ils étaient plongés et donc profondément distants.

La société humaine a peut-être tendance dans son évolution à produire des êtres qui se sentent étrangers à elle. Comme les erreurs de duplications du code génétique sur lesquelles se fonde la théorie darwinienne, il existe peut-être un mécanisme identique d'évolution sociale. Mais dans ce cas, le sort qu'il vivait d'être accidentellement extérieur à cet univers était rempli d'une horrible détresse sentimentale.

jeudi 30 octobre 2003

Transitivité

C'est étonnant de se rendre compte de la manière dont les gens parlent de vous. Bien que j'en avais déjà eu quelques retours, j'ai récemment constaté que ma mère mettait beaucoup de superlatifs sur ma personne quand elle discutait avec ses collègues médecins. Et que la plupart de mes faits et gestes étaient psychanalysés par ses soins devant par la moitié d'un service d'urgences. Y compris certains détails personnels. Ma soeur aussi parle de moi avec beaucoup de fierté, d'après ce que j'ai pu comprendre. Je me demande ce qui peut bien se raconter à mon sujet aux quatre coins du pays, en bien ou en mal. Parce que je me suis rendu compte qu'on en arrivait facilement à discuter de certaines personnes à certaines autres, parce que ça vient dans la conversation, même si ça n'a d'autre intérêt que de meubler. Je me souviens avoir parlé à Olivier de cette personne du DESS qui avait raté son année et son stage et qui s'était fait recaler. Je me demande combien de personnes, par connaissances interposées, ont entendu parler de moi, et s'en souviennent. Je me demande de combien de gens j'ai marqué, même légèrement, la mémoire. Je me demande ce qu'on leur a raconté sur moi et comment ils m'imaginent. L'autre jour j'ai rêvé de Damien, en lui attribuant un physique rafistolé à partir d'images mentales et d'assosciations d'idées. Je me demande combien de ces avatars existent de moi dans l'esprit de parfaits inconnus. Combien pensent que je mesure environ 1m80. Combien pensent que je suis blond. Combien pensent que j'ai de sérieux problèmes à la tête. Ce que les gens savent et ce qu'ils extrapolent. Je ne contrôle pas cette image de moi chez les autres. Je contrôle encore moins l'image qu'ils donnent de moi à encore d'autres personnes. Au final je ne suis peut-être pour beaucoup de gens qu'une vague pensée liée au souvenir d'un bout de conversation avec un tiers. Et donc qu'au final, je compte bien peu. En même temps, ramené à la population mondiale, c'est effectivement le cas.

samedi 25 octobre 2003

Kid-o

C'est facile d'écrire quand on a treize ans. Il suffit de mettre en mots les vagues bribes de répartie comique que vous commencez à développer pour vous protéger des autres. C'est facile d'écrire quand on a quinze ans. Il suffit de transposer les idéaux romantiques qu'on imagine pour soi sur des personnages parfaits et généralement opposés à votre condition. C'est facile d'écrire quand on a dix huit ans. Il suffit de formuler clairement les réflexions apparemment intelligentes sur la manière dont vous considérez la société et comment il faudrait la faire évoluer. Et maintenant ? Avoir juste infiniment conscience de son état et du fait qu'il n'y a peut-être rien à faire pour y remédier, c'est bien trop amer pour épiloguer dessus, non ? C'est écrire avec beaucoup trop de cynisme et d'auto-dérision. Mais c'est pas comme si ça faisait un an que je le faisais, par l'intérmédiaire de mon bélogue. Stupid life.

Je me disais qu'il y a encore quelques mois, je me sentais vraiment prêt à avoir des enfants. Et que si l'occasion s'était présentée, j'aurais été heureux. Vraiment. Et vous n'imaginez même pas dans quel état je devais être pour me faire ce genre de réflexions. Ni dans quel état je suis pour repenser à ça. Mais quoi, j'adore les gamins, c'est plus fort que moi. Enfin les tout petits, juste avant qu'ils deviennent de vrais emmerdeurs – et surtout avant qu'ils prennent conscience qu'ils peuvent être de vrais emmerdeurs. Mais voir l'intelligence (le bon sens, les déductions de base, les réflexes, ...) tout gentiment s'éveiller dans ces yeux ébahis, moi ça me fait fondre. Et puis j'avais la tête pleine d'illusions, j'espérais encore vaguement. Conneries. Je crois que je vais attendre encore un petit peu, finalement.

Peut-être que je devrais devenir instituteur en maternelle ou quelque chose comme ça. Ça ne fait jamais partie que de la vague centaine de métiers que je m'imagine aimer faire. Je ne sais pas si au jour le jour, c'est aussi idyllique que je pense, ni si à la longue ça ne devient pas intellectuellement rébarbatif. Mais il y a des choses comme ça, que j'aurais peut-être appréciées. Dont beaucoup de métiers manuels, comme boulanger ou ébéniste. C'est pas super compliqué et ça vous donne assez de satisfaction de la part d'autrui pour motiver votre travail quotidien. Je me souviens avoir projeté des idées de société où on n'était pas à vie fixé dans une occupation professionnelle bien précise, où l'on pourrait choisir d'être un jour informaticien et le suivant garde forestier. C'était très inspiré de je ne sais plus qui, Marx peut-être. Ce serait vraiment agréable. Et sinon, au pire, je me contenterai de m'occuper d'une crèche parentale, ou d'être bénévole dans une assosciation. Une fois que j'aurai un vrai boulot. Non, ça avance pas trop, de ce côté là.

mercredi 22 octobre 2003

Pride

Depuis que j'ai mon appareil numérique, il y a deux ou trois clichés dont je suis assez content. Même si la plupart du temps, c'est de la chance. Vu que je mitraille à tâtons, la probabilité que je sorte quelque chose de joli est au final loin d'être nulle. Heureusement d'ailleurs, sinon je serais vite découragé de vouloir perséverer plus, comme ces fois où je traîne longtemps devant une scène que je trouve jolie, sans arriver à en faire une seule photo potable. Je me dis qu'avec un peu d'entraînement, je pourrais arriver à quelque chose.

Mais je ne suis pas quelqu'un d'artistique. J'ai juste conscience de ce que trouve joli et je me contente d'appliquer des méthodes empiriques pour obtenir ce que j'apprécie. Quand, en entretien, on m'a demandé des précisions sur la photographie amateur, que j'avais cité dans mon CV comme centre d'intérêt, j'ai été incapable d'expliquer pourquoi. C'est juste que j'aime ça: c'est facile et c'est beau. Je ne cherche rien de plus.

vendredi 26 septembre 2003

Inanité

Je supporte de moins en moins lire les diatribes larmoyantes des autres bélogues. Alors que j'écris exactement le même genre de choses. La différence c'est que je ne fais subir ça à personne. La question reste quand même. À quoi bon transcrire ce qui n'a aucun intérêt ?

jeudi 25 septembre 2003

Missing (2)

Sérieusement, je ne sais même pas comment ça va se passer, si jamais ça arrive. Je me demande si je ne suis pas définitivement périmé pour avoir une relation amoureuse. Je me demande si je n'ai que trop réfléchi sur les détails du comment et du pourquoi. Je sais que j'idéalise trop, et qu'au final ce sera toujours horrible, si jamais ça arrive. Je me demande même si je suis encore dans un état assez serein pour laisser ça venir sans que ce soit trop poussif/prémédité. Je ferais peut-être tout aussi bien d'oublier et de me concentrer sur autre chose. Sauf que tout à l'heure, je regardais par ma fenêtre et j'ai senti la douleur du manque m'envahir en quelques secondes.

Il faudrait peut-être accessoirement que je me demande pourquoi ça a autant d'importance pour moi. La concept d'avoir des gens qui m'apprécient pour ce que je suis, il y a de ça, mais pas que. Peut-être que j'en suis au point où je pense que c'est la seule raison pour justifier (excuser ?) ma présence dans ce monde, si jamais ça arrive, et qu'à part ça j'imagine mal d'autres raisons de continuer à espérer – c'est terriblement faux et cruel, mais tant pis.

Peut-être aussi que je continue à entretenir tout ça parce que ça me permet de m'apitoyer sur moi-même sans trop de difficultés. De faire la victime, pour attirer l'attention.

Missing

Je ne te connais pas encore. Pourquoi alors me manques-tu tellement ? Je pourrais continuer à aligner ces mots que d'autres ont écrits, pour te parler de nous deux. Mais à quoi bon ? Je sais que je t'aimerai avec toute l'attention du monde, avec la tendresse de mes bras frêles et la douceur de mes silences contemplatifs. Je sais que tu finiras par te lasser d'autant d'attentions. Je sais que je souffrirai de te voir partir. Peu importe. Je te veux, au moins une fois, que tu enflammes mon coeur, que tu m'épuises et que tu me massacres. Pour de vrai. Pour vivre. Pour apprendre.

À quoi bon ?

Je pourrais juste me contenter de bloguer pour raconter ma vie, sans forcément chercher à trop réfléchir à ce qu'il s'y passe, et sans vraiment vouloir avancer en écrivant. Juste revenir à la base du log, c'est-à-dire garder une trace écrite systématique de ce qu'il se passe, sans arrière pensées et sans cogitations superflues. Juste pour le plaisir de ne pas oublier. Je pourrais, oui. Comme quand on raconte sa vie à des gens qui au final n'en ont pas grand chose à foutre. Comme quand on remplit les silences avec du bruit qui ne sert pas à grand chose non plus. Comme quand on évacue ses moments à ne rien faire avec des occupations pas vraiment constructives. Sauf qu'en ce moment, j'ai besoin d'autre chose – je ne sais pas quoi. J'ai bien une petite idée, mais je n'ai pas envie de finir complètement ridicule aujourd'hui.

mardi 23 septembre 2003

Miroir

Je me dis que c'est sans doute mauvais d'y réfléchir comme ça. Pas que j'aie envie de refouler ce genre de sentiments, mais juste que trop d'introspection en ce moment peut ne pas forcément servir à grand chose, sinon à me rendre encore plus mélancolique que ce que je suis déjà, et plus que ce que je me permets normalement d'être – et qui garantit ma santé mentale. Ou pas, peut-être que je devrais continuer de remuer le couteau dans la plaie, en bloguant par exemple, pour évacuer. Hm. Je doute.

mercredi 10 septembre 2003

Du contact physique

C'est quand j'ai presque l'impression d'avoir tout le reste que ça me manque le plus. C'est quand tout le reste semble aller bien que son absence me fait le plus mal. Et pas juste le sexe. Plus le fait de sentir des mains vagabonder sur ma peau. Plus le fait de sentir des bras m'étreindre avec langueur. Et un sourire me retenir quand je pars. Et une bouche me voler des baisers. Et la chaleur. Je fais le fier : c'est très surfait tout ça, mais ça me chamboule à chaque fois que j'y pense. Et le peu que j'en ai reçu m'en donne encore plus envie. Il va falloir que je fasse quelque chose.

lundi 01 septembre 2003

Air de rentrée

Tiens, bizzare, cette année je n'aurai pas (et je n'aurai sans doute jamais plus) l'occasion de ricaner grassement sur tous ces petits imbéciles qui s'agitent à l'idée d'une rentrée des classes qui approche. Enfin, si, bien sûr, je peux toujours le faire, mais cette fois-ci, je ne suis plus dans le lot et je ne peux donc plus user du même dédain par rapport à ma rentrée à moi, qui elle se passe toujours bien (enfin, au moins ces trois dernières années). En fait, ça a toujours signifié le début d'un nouveau cycle, alors que cette année ce sera juste un mois ordinaire. La fin d'une ère où je me laisser porter par le courant. Le début de celle où je tombe irrémédiablement dans le vide, en m'accrochant à ce que je peux.

dimanche 31 août 2003

People

On a souvent tendance à oublier que derrière les fonctions, les postes, les interlocuteurs qu'on voit tous les jours, il y a aussi des gens. Cet après midi, je somnolais devant un reportage de la cinquième sur la première année scolaire d'une jeune prof. Et en fait on se rend compte que derrière l'enseignant, il y a aussi toute une vie qui, selon le professionnalisme de l'individu, déteint plus ou moins sur son travail. Je n'ai jamais considéré autrement mes profs que comme des gens qui remplissaient mon temps au lycée ou à la fac. Je n'ai jamais réfléchi au fait qu'ils avaient eux aussi, si ça se trouve, une vie privée trépidante, que peut-être il leur arrivait des drames terribles, mais que rien de tout cela ne transparaissait devant nous. Pareil pour mes collègues. C'est peut-être mieux, du reste, que rien de tout cela n'interfère. Mais juste, qu'il ne faudrait pas oublier que la caissière, la DRH, la factrice ont aussi des vies en dehors du temps ou j'interagis avec elles, histoire de ne pas déshumaniser complètement mon monde, histoire de me rappeler qu'il y a aussi quelque chose au delà de tout ça.

mardi 26 août 2003

Mes petit(e)s gênes

Je me demandais aussi si au final nous n'étions pas tous pleinement conditionnés par nos gênes. J'ai cru comprendre que des comportements comme l'infidélité étaient peut-être le fruit de l'évolution, des gênes qui ont naturellement muté pour inciter les êtres humains à tromper leurs partenaires, justement pour assurer un plus grand brassage du patrimoine génétique de la population.

Peut-être c'est aussi valable pour la psychologie. Peut-être le darwinisme social favorise plus les gens qui ont une tendance dépressive (bien que je voie mal quel genre d'avantage ça pourrait avoir dans l'évolution) ou simplement tristes (l'histoire de l'échec de la première matrice parfaite). Sinon pourquoi y aurait-il autant de gens gris dans ce monde ?

Peut-être même ne suis-je qu'un des essais de la nature, qui tente des centaines de combinaisons de caractéristiques génétiques afin de faire évoluer l'espèce, et qui par hasard produit sa flopée d'êtres romantiques, solitaires, contradictifs, pour voir s'ils sont viables en tant qu'êtres humains – et donc en tant que reproducteurs, puisque si ces caractéristiques sont vraiment avantageuses, elles se diffuseront à grande echelle.

Peut-être aussi que c'est la société qui veut ça, puisqu'on est en passe d'atteindre un stade où l'humanité va maîtriser son évolution – ne le fait-elle pas déjà, en favorisant la reproduction d'un certain type d'individus et en imposant une solitude monacale à ceux qui ne sont pas adaptés à un certain mode de vie ? Je suis peut-être une anomalie génétique, d'où le rejet. Je ne suis peut-être pas fait pour ce monde, d'où ma distance. Je ne dois peut-être pas essayer d'en faire partie, car que je suis une combinaison trop instable.

Changement de cap ?

Je réfléchissais, ce matin, dans ma douche. La douche, grand moment solitaire, propice à tout genre de réflexions (entre autres choses – vous avez pas vu American Beauty ?). Et je me suis demandé et si je reprenais mes études ? Drôle de question pour quelqu'un qui va juste sortir de son bac +5, mais je me dis que je retournerais bien à mes premières amours. Soit en allant chercher un boulot d'informaticien à l'Agence Spatiale Européenne ou assimilés (ça doit bien exister, ça, bon sang – en plus ça n'a pas complètement rien à voir avec ce que je fais, enfin d'un certain point de vue); soit en reprenant (peut-être en parallèle | cours du soir) cette licence de Maths (ou de Physique, je sais toujours pas) que j'ai lâchement abandonnée il y a trois ans pour faire de l'informatique. Secteur porteur à l'époque. Aujourd'hui vide de substance et à la portée de tous. Tout le monde peut faire de l'informatique. On n'a plus besoin de spécialistes. Alors qu'il manque des étudiants dans les formations plus traditionnelles. Et de profs aussi. Et donc si je ne m'abuse, de chercheurs.

Est-ce qu'on peut, comme ça, décidér sur un coup de tête de changer d'avis ? Sans bouée de sauvetage (aka un job alimentaire) ? Non parce que re-vivre chez mes parents, merci, mais non merci.

jeudi 21 août 2003

J-3

Ça va bientôt faire un an que je blogue, et je ne sais pas trop quoi dire. Ce matin je repensais à ce qu'était ma vie l'année dernière: bien reglée dans ses convictions. La journée, j'allais à la fac, vaguement persuadé que j'allais y apprendre quelquechose (sic), le soir je revenais chez mes parents et j'avalais ma dose de télé quotidienne (avec ses rendez-vous hebdomadaires que je ne ratais pour rien au monde...) Je me rends aussi compte qu'à l'époque, je ne parlais presque que pour ne rien dire, si ce n'est des considérations de geek mal luné.

Aujourd'hui, ma vie n'a certainement pas plus d'épaisseur, mais moi j'ai un peu changé. Pas seulement parce que je me suis habitué à vivre seul. Parce qu'il y aura eu ces petits morceaux qui vont sans doute me marquer pour un bout de temps. Je ne dirai pas que l'enfance me manque, que sa simplicité et son confort familier me semblent bien loin face au froid de ma vie actuelle. Juste que les temps changent, que les époques défilent, à une vitesse tellement folle que des fois j'ai l'impression que ma vie me passe au-dessus de la tête. À moins que ce soit moi qui passe complètement à côté.

mardi 19 août 2003

Changement de cap

La question subsidiaire étant bien sûr: Et maintenant je fais quoi ? Passer à autre chose ? Je suis bien trop fragile pour espérer tenter quoique ce soit, et je ne sais pas vers qui me tourner.

Aux États-Unis (et sans doute dans d'autres pays), les organes vitaux de l'état ne doivent jamais se retrouver tous stricment au même endroit, parce qu'en cas d'incident, ça garantit qu'au moins une entité restera disponible pour gérer la crise. Là je me dis que c'est le genre de confort dont j'aimerais disposer. Précisément parce que la seule personne à qui j'aurais pu raconter mes malheurs est impliquée dans l'histoire.

Et même si c'est totalement de ma faute si ce confort m'échappe. Peut-être c'est aussi la raison pour laquelle je blogue. Ça me donne au moins une soupape pour évacuer mes confidences. Je me demande comment je faisais avant – quand mon blog n'était pas anonyme – pour arriver à me censurer autant.

Je me demande comment je faisais avant – quand je ne prenais pas le temps d'évacuer mes émotions – pour arriver à me censurer autant.

Perdu

En fait, j'avoue que je suis un peu perdu en ce moment. Je logue ici des réflexions qui vont dans tout les sens, avec des choses dont je ne suis pas toujours convaincu, mais qui reflètent sans doute le flou dans lequel je suis. Entre le désespoir (mâtiné de résignation) de ne jamais pouvoir au final être avec des gens, et l'envie d'espérer que je ne suis pas complètement spoiled à ce niveau.

J'ai peur aussi. Peur de finir seul. Pas parce que j'aurai fait le vide autour de moi (quoique). Plus parce que je n'aurai pas su garder les gens.

Mate

En fait, je ne sais pas si ça m'énerve autant que ça que de voir des gens amoureux, que ce soit dans la rue ou sur le net (dans ce dernier cas, c'est plus par blog interposé, mais bref). Évidemment, je suis profondément jaloux, et cette mièvrerie du trop meugnon m'agace.

Mais parfois juste ça fait du bien que de vivre ça par procuration. De s'imaginer à la place de cette fille ou de ce garçon et d'apprécier l'autre de manière complètement égoïste. Ça dure pas longtemps en général. Les picotements reprennent vite le dessus.

Névroses

Il y a quelques temps, en lisant les Q&A des sites médicaux, j'aurais plutôt eu tendace à me moquer des questions stéréotypées et des réponses façon cas social données par les psychologues. Genre si aujourd'hui j'ai du mal avec mon mari c'est parce que j'ai eu une expérience traumatisante avec une chèvre à l'age de 12 ans.

Je me rends aujourd'hui compte qu'en fait, je ne suis guère plus sain d'esprit dans mon inconscient. Peut-être si je suis seul c'est justement parce que j'ai tendance à être trop exigeant envers les autres, à leur demander beaucoup trop d'affection/temps/attention/qualités pour pouvoir les garder autour de moi. Aussi bien dans le sens rejet/oubli que j'ai tendance à suivre vis à vis de certaines de mes connaissances, que dans le sens Je fais peur aux gens.

Peut-être si je suis encore vierge c'est parce que je vois pas le sexe comme une chose banale, mais plutôt comme un acte plein de signification qui rapproche deux personnes qui tiennent vraiment l'une à l'autre. Et je me demande comment les gens font. Pour voir ça comme un acte anodin qui conclut une soirée sans lendemain, par exemple. Pour laisser entrer dans leur intimité/espace vital des personnes dont ils n'ont au final rien à foutre faire. Non, je ne saurai pas baiser gratuitement.

So what ? On s'en fout. Pas que j'en sois fier. Mais pour moi, oui, ça veut dire quelque chose et je n'ai sans doute rien à faire avec des gens qui ne peuvent pas comprendre ça.

mardi 12 août 2003

Les autres

Peut-être qu'il faudrait aussi que j'arrête avec mes préjugés sur les gens et que j'apprécie seulement le fait d'être avec eux, sans condescendance. Pourquoi pas ? Je veux dire, il faut peut-être que j'arrête de me plaindre et accepter les gens comme ils sont. Et ne plus être aussi distant/hautain/snob aussi. Ce midi, je suis resté un petit peu avec les gens à la caféteria et je n'ai pas trouvé ça désagréable.

Fréd m'a fait remarquer que si j'étais si seul, c'est peut-être parce que je personne autour de moi n'était digne d'intérêt (avec mes critères d'intérêt). Mais peut-être aussi que, trop marqué par mes a priori, je ne prends même plus le temps de gratter un peu pour voir comment sont vraiment les gens, au delà de l'aspect forcément superficiel qu'implique une discussion de bureau. Ou que je suis trop exigeant. Car je ne suis pas non plus obligé de faire de tous les gens que je rencontre mes grands amis pour la vie. Juste accepter l'échange à sa dose nécessaire.

Après réflexion, je me dis que, si, j'ai essayé de vivre avec les gens. J'ai déjà fait cet effort de passer au delà la première impression. Et que ça n'a jamais mené à rien. Mais peut-être qu'il y a une justice. Peut-être que je n'ai pas eu de chance. Peut-être, sans présomption, que je finirai par trouver, voire que je mérite de trouver. Peut-être que ce n'est pas complètement ma faute.

Edit: Je n'arrive pas à dire si ce dernier paragraphe est prétentieux ou optimiste.

lundi 11 août 2003

Pas de peau

Je ne dirais pas que j'ai jamais été proche physiquement des gens que j'ai aimé (mis à part ma famille). Bises, mains serrées, certes. Mais sinon, rien. Tout au plus des mains sur mes épaules ou des pieds sur mes genoux. Peut-être que ça ne se fait pas beaucoup entre garçons, peut-être aussi que ma distance n'incite pas à la proximité. Ça ne fait jamais qu'une énième chose dont l'absence me mine.

samedi 09 août 2003

Dans mes chaussettes

Je me suis rendu compte que j'avais petit à petit réussi à oublier la plupart de mes a-normalités physiques, comme ma taille, ma corpulence... Bon, pas dans toutes les situations, et il m'arrive encore de prendre de jolies claques, mais des fois, oui, pour moi ça passe au second plan. Disons juste que je suis beaucoup plus à l'aise que je ne l'ai été. Ça m'a pris une bonne dose d'auto-dérision et de fatalisme. Et le fait que personne n'ai jamais plus osé trop faire de remarques à ce sujet, peut-être par politesse. À défaut de mieux, voilà au moins une chose que j'assume.

vendredi 08 août 2003

Troc

J'ai envie de rendre les gens heureux. Ou au moins que le temps que nos vies s'interceptent leur soit le moins désagréable possible. Aussi court soit-il. Certainement parce que j'ai infiniment besoin de leur affection. En fait, j'achète leur amour avec ma gentillesse.

mercredi 06 août 2003

Back and forth

Bizzare comme d'anciens posts sonnent, non pas prémonitoires, mais annonciateurs. Il m'arrive parfois, quand je sais que je vais faire quelque chose dans un futur proche, d'y réfléchir délibérément, et de me dire que quand ce moment viendra, il faudra que je repense à l'instant passé ou j'avais prédit ce futur. Explication pas claire, je sais. Juste envie d'écrire la première chose qui me passe par la tête.

dimanche 03 août 2003

Platitudes

Des fois j'aimerais juste prendre le plaisir de faire des réflexions aussi banales que "Ah, si la vie était aussi simple que dans Les Sims". Trouver du travail rien qu'en listant le journal, apprendre à cuisiner/bricoler/étudier rien qu'en parcourant rapidement des livres, trouver des amis rien qu'en discutant avec ses voisins, juste cliquer sur flirter pour voir un petit coeur apparaître à côté de l'icône d'une personne quelconque. Mes sims sont toujours de très bonne humeur. J'ai exactement compris comment fonctionne cette vie là. Et je *veux* la même.

vendredi 01 août 2003

Oh my

En prenant ma douche ce matin, j'ai ressenti un de ces grands moments de bonheur qu'il m'arrive d'avoir depuis quelques jours/semaines. De vrai et simple bonheur, de satisfaction interne, de contentement égoïste. Je repense à des réflexions, à évènements, à des paroles, qui me font franchement sourire. Et si je prends la peine de laisser mon coeur divaguer un peu, il m'amène souvent dans un état quelque part entre la contemplation bête et l'envie de crier et de sauter partout. Il suffit de peu de choses, mais vous savez quoi, ce peu de choses me rend fou de joie.

Vue biaisée

Oui, j'ai un peu tendance à rapporter les expériences de ma vie à des scènes de films. Autrement dit, j'ai tendance à faire des rapprochements entre certaines choses que je vis et certaines choses que je vois. Comme on en parlait l'autre jour, cela tient sans doute au fait que mon éducation a été principalement assurée par des media extérieurs plutôt que par de vraies personnes. Et que donc mon système de références, la manière dont je considère chaque chose, est fondamentalement influencé par des fictions qui ne représentent qu'une vision partielle et romancée de la vie d'homme.

Sentimentalement, par exemple, la plupart de mes présupposés sont liés soit aux comédies romantiques dont je me suis gavé pendant ma jeunesse, soit aux soap opéras et autres séries télévisées. Or force est d'admettre que la plupart du temps, on ne doit considérer ces choses que comme des versions édulcorées de la réalité, le genre de scénarii qui n'arrivent jamais dans la vraie vie.

Mais le fait est que j'ai souvent eu tendance à prendre ces choses pour argent comptant, et que donc j'ai sans doute trop tendance à idéaliser, par exemple, la relation amoureuse. J'ai tendance à considérer, par exemple, que le fait de rencontrer quelqu'un peut se faire aussi facilement que dans les films. Que le fait de gérer mes relations à autrui peut se faire aussi simplement. Et que tout doit forcément bien se finir. Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. La réalité est toute autre. Et c'est campé sur mes convictions que je suis saisi à froid par cette vérité, tous les jours, en pleine figure.

mercredi 30 juillet 2003

Vantard

Oui, c'est vrai, il m'arrive parfois de faire le fier à propos des rares évènements intéressants qui sont arrivés; un peu pour essayer de me convaincre que ma vie n'est pas aussi vide que ça; un peu pour avoir quand même des bons souvenirs à raconter quand je serai vieux; un peu pour montrer un côté plus ou moins lisse/poli aux gens à qui j'ai envie de plaire (plaire au sens large, ndlr). Même si ce ne sont que des apparences que j'essaie de sauver.

samedi 26 juillet 2003

Overthinking

Tant il est vrai que j'ai souvent tendance à tout planifier à l'avance dans mes actions/réactions. Je veux dire, non, je ne suis pas froid et calculateur, mais par exemple, je réfléchis souvent au préalable à la manière dont je vais communiquer avec les gens. Quand ladite communication est préméditée évidemment, par exemple quand je passe des coups de fil. Alors qu'en fait, je suis bien plus à l'aise (et sans doute bien meilleur à vivre) dans ce qui m'arrive inopinément (comme l'autre soir avec Mathieu, ou encore quand je discute par IM). C'est pour cela que je me dis qu'il vaut mieux que j'arrête de réfléchir à tout comme ça et de prendre les choses comme elles viennent. Tout simplement parce que c'est bien plus agréable, et pour moi, et pour les autres.

mercredi 23 juillet 2003

Lassitude

Peut-être que c'est moi qui finalement me fais des idées, et que les relations humaines peuvent parfois s'épuiser au point de ne plus donner envie à leurs acteurs. Oui, bien sûr, dit comme ça, ça a l'air d'être une vérité toute faite. C'est juste que, je crois que j'idéalise trop le sujet pour en avoir une perspective claire. Je veux dire, c'est sans doute vrai pour les relations amoureuses (voir le nombre de vieux (adultes, je veux dire) couples qui se déchirent), c'est visiblement vrai pour les relations amicales, et ça me fait horriblement peur. Et de la peine aussi, quand je vois ça arriver.

vendredi 18 juillet 2003

A mon coeur

Excuse-moi de ne pas m'être plus souvent occupé de toi, de ne pas t'avoir plus souvent montré au monde, de t'avoir gardé loin de toutes ces choses agréables tout simplement parce que j'avais peur que tu souffres. Excuse-moi de t'avoir pris comme une chose trop fragile qui ne mériterait que les meilleures expériences, en te privant ainsi de simples bouts de vie, ceux qui t'auraient un peu cabossé mais qui t'auraient sûrement appris à mieux protéger. Excuse-moi de ne t'avoir jamais laissé prendre des initiatives de toi-même, de ne t'avoir jamais laissé prendre des risques, de ne t'avoir jamais laissé te construire, seul face aux autres. Excuse-moi de ne pas avoir réussi à te confier à des inconnus quand tu en avais marre de moi et que tu avais envie de voir autre chose (et aussi de te montrer). Excuse-moi de te ressortir comme ça, aussi brusquement, et de te laisser malmener par quelque chose que je ne contrôle pas. Excuse-moi pour tout ça, et pour tout le reste.

Liar

Le fait de ne pas être à la norme m'incite souvent à me chercher des excuses plus ou moins "plausibles", simplement destinées à me permettre de vivre. Comme par exemple, le sexe en fait c'est très surfait, ce n'est pas vraiment quelque chose d'important (et dans la vie de tous les jours et dans les relations amoureuses). Je ne suis certainement le premier à me permettre ce genre de petits mensonges, c'est juste qu'en me voilant constamment une partie du monde (celle qui me rend sensiblement "bancal"), je me force peut-être trop à vivre dans une vision hautaine (la tête dans les nuages) d'une vie idyllique et parfaite. Je sais très bien mentir aux autres, et probablement que j'arrive tout aussi bien à me mentir à moi-même. Sauf que quand je tombe, ça fait *vraiment* mal.

jeudi 17 juillet 2003

The smoking gun

Comment font les gens pour fumer une clope quand il fait 35° à l'ombre ? Déjà que moi la seule chaleur me tue, déjà que quand je suis à proximité d'un fumeur par ces températures je suffoque, alors eux j'imagine même pas. Peut-être qu'ils sont vraiment masochistes. Oui, ça doit être ça.

Amorphe

A defaut de pouvoir trouver exactement comment en sortir, je vais tenter de mettre des mots sur mon état actuel. Physiologiquement, j'entends. Grosso modo, je dois avoir un regard vide avec des larmes à la limite des yeux. J'ai de temps en temps le souffle coupé, ce qui me fait respirer par saccades et tirer de grands soupirs. Je passe des grandes périodes à ne rien faire et à repenser à des détails (je vous en parle plus tard). J'ai des sueurs froides à cause de la clim' et des fois je tremblotte. J'ai le rire jaune quand mes collègues se mettent à faire les pitres. Par moments je contracte puis relâche tous mes muscles. Une sorte de mélancolie vague et taciturne occupe mon esprit. Ca va aller; ça va aller.

Errance

Je ne sais pas trop comment me sortir de cette situation. Peut-être avec le temps, les petits bouts vont se recoller tant bien que mal. Peut-être qu'il faut vraiment que j'en parle pour évacuer. Mais je n'ai personne pour me prêter son oreille et me remonter le moral.

Pourtant les choses ne vont pas si mal, après tout. Bon, qui est-ce que j'essaie de convaincre là ?

mardi 15 juillet 2003

Oh my god

Des fois je me demande si internet n'est pas quand même une sorte de miroir grossissant de la connerie humaine. Il y a coupdegueule.com (bien que je pense qu'il faille le prendre vraiment au second degré), il y a les commentaires chez Geradon, et plein d'autres petites choses. Heureusement qu'on peut encore choisir quoi apprécier. Pas comme à la télé, j'entends.

vendredi 11 juillet 2003

Crush

Avec le temps, j'ai fini par savoir détecter le fait que je soie vraiment accroc à une personne. C'est une sorte de grosse remontée d'air, comme avant de pleurer, qui remplit mes poumons et remote du coeur au cerveau, à chaque fois que je repense à elle/lui, à son absence.

Pourquoi j'ai besoin comme ça de réfléchir systématiquement au fonctionnement de mon cerveau ? Sans doute une envie de raitionnaliser et d'expliquer tout cela, afin de me donner l'illusion que je peux vaguement contrôler les choses. Mais il ne faut pas que je me leurre.

Genre

Si je devais psychanalyser mes légers penchants homosexuels, je ne dirais pas qu'ils sont dus à l'absence d'un modèle paternel (bien qu'il y ait sans doute un peu de ça), mais plutôt au fait qu'avec les années, mon manque cruel d'affection m'a conduit à considérer toute personne pouvant éventuellement s'attacher à moi comme possible acteur d'une amourette. Ce manque crée chez moi une sorte d'effet de vide qui aspire de manière incontrôlée tout ce qui passe autour, sans chercher à faire la distinction entre l'intérêt purement amical et autre chose. Au fond même de mon esprit, je ne suis même plus sûr de pouvoir dire si je fais vraiment la différence entre les deux.

jeudi 10 juillet 2003

Cutie pie

Comme on en parlait hier avec Fréd, je me suis retrouvé assez penaud quand elle m'a demandé ce qui me plaisait chez une fille (ou un garçon). Il faut bien avouer que je n'ai pas non plus beaucoup de spontanéité à discuter de ce sujet. Du coup j'y ai réfléchi a posteriori, pour me rendre compte qu'en fait, plutôt que des traits physiques généraux (visage, fesses...), c'était plus quelques légers détails qui m'attiraient. Surtout quand ces détails expriment une sorte d'originalité chez la personne concernée. Ça peut-être des choses voyantes comme une tenue, une attitude, une coloration de cheveux (bien que bon, en ce moment, c'est trop galvaudé), ou bien un piercing/tatouage discret, ou bien des petites choses mignonnes et apparemment insignifiantes. Bon bien sûr, il y a des gens qui sont empiriquement mignons, mais juste qu'il ne faut pas qu'il s'en servent trop, sinon ça m'agace.

mardi 08 juillet 2003

Yop

En ce moment, tout n'est pas super rose dans ma tête, je n'ai pas envie de retourner au stage, je n'ai pas envie de chercher du travail, je n'ai envie de rien faire. Si, j'ai envie d'une chose, c'est vrai, et aussi de remplir mes posts avec plein de liens croisés dans tous les sens.

vendredi 04 juillet 2003

Moins

Je logue moins parce que le flot des réflexions quotidiennes se tarit au fur et à mesure que l'attrait de la nouveauté s'évapore sous le poids des habitudes. Je logue moins parce que j'ai trouvé des gens adorables à qui je peux confier mes petits malheurs. Je logue moins parce vivre les épisodes par procuration de mes deux bélogues du moment me suffit à épancher ma soif de littérature.

mercredi 25 juin 2003

Bouc émissaire

C'est un peu facile de se moquer/dire du mal ainsi bêtement des manifestations et des organismes représentatifs correspondants. Même si c'est du second degré; quelque part, j'espère.

mardi 24 juin 2003

Première fois

Juste que c'était la première fois que je faisais ça hier soir, alors évidemment je sonnais complètement faux, j'ai eu toute la peine du monde à me forcer à le faire et donc ça s'est ressenti dans ma conversation, pas toujours claire/compréhensible ni élégante. Ça fait toujours ça, la première fois, cite-t-il, essayant de se coller un demi-sourire à la commissure gauche.

mercredi 18 juin 2003

Dico

Définition de la séduction (entendue dans Ça se discute, donc bon, mais elle se défend): Chercher à rentrer dans l'intimité de l'autre en lui parlant, avec les questions qui vont avec, de sujets plus ou moins orientés qui dépassent les sempiternelles discussions de prime abord (Tu aimes quoi comme musique, tu as vu tel film...).

Tristesse

Comme si d'en reparler avait juste réussi à me foutre le cafard, et la fatigue aidant, je ressens ce début de blues qui me prend de temps en temps. J'essaie de montrer aux gens (à Fréd en particuler) que j'ai un naturel assez optimiste à la base, et je crois que c'est probablement vrai. Parce qu'en parler, ça aide à avoir les idées claires là dessus. C'est juste que des fois, pas que tout semble aller de travers, mais j'ai des petites mélancolies qui repartent souvent aussi vite qu'elles sont arrivées. Ne vous en faites pas, ça va aller.

Souvenir

Oui, je l'ai fait aussi, le dernier purity test en date, et comme d'habitude, mes résultats sont plus qu'extrêmes. En même temps, pour quelqu'un qui n'a même jamais embrassé une personne du sexe opposé, ça n'a rien d'étonnant.

Hier, je voulais vous parler d'Alexandra, une des filles que je regrette le plus dans la longue liste de frustrations qui hantent mon adolescence. On était en troisième ensemble, et à raconter cette histoire, je ne me rajeunis pas. Parce que je n'ai pas vraiment le physique qui va avec, on nous avait mis avec quelques autres dans le groupe des "mauvais" au rugby. Avec pas mal de filles aussi, parce que bon.

Et donc à force de placages et de blagues pas drôles comme je sa(va)is en faire, je me suis retrouvé à sympathiser avec elle, et petit à petit on est devenus assez proches. Assez proches pour qu'elle largue son petit copain de l'époque et qu'elle fasse une annonce publique à peine voilée qu'elle voulait qu'on sorte ensemble. Mais les choses étant ce qu'elles sont (enfin surtout moi), il ne s'est finalement rien passé.

Quand j'y repense, ça me ronge encore de savoir pourquoi je n'ai rien fait. Je veux dire, je sais bien pourquoi en fait, mais vu ce genre d'occasions n'arriverait malheureusement plus trop souvent par la suite, je ne peux que regretter.

Sans vouloir être prétentieux ou quoi, je crois être quelqu'un de sympa, pas trop moche, et je saurais plaire sous certaines conditions. Le problème c'est que vu comment les choses tournent, que j'ai fini la fac (qui était un grand laboratoire à rencontres), je vois mal comment est-ce que je pourrais trouver. Pas le boulot, le hasard, la rue, le net, je ne désespère cependant pas. Ou juste un peu.

mardi 17 juin 2003

Plans sur la comète

Fréd me confiait hier qu'elle en avait marre de construire des relations personnelles avec les gens parce qu'à la fin cela la faisait toujours souffrir (d'où ?). Je veux dire, je ne sais pas ce qui lui est arrivé, mais cela est fondamentalement en désaccord avec ma façon optimiste de vivre. Ce n'est sans doute pas très original de dire ça, mais quoiqu'on fasse de bien, on prend toujours un risque d'en subir la fin, c'est toujours un pari qui peut se révéler désastreux. Mais être obnubilé par ce risque, par cette désillusion hypothétique, c'est quelque part tout saborder avant même que cela commence. Comment alors espérer avoir une existence épanouie si on prend peur dès que la première occasion de bonheur se présente ? Parce qu'évidemment, les chances pour que tout se passe bien ne sont pas non plus nulles. Et je crois qu'il vaut mieux le voir comme ça. Verre à moitié vide, verre à moitié plein.

dimanche 15 juin 2003

Relecture

Des fois je m'entends parler et je me demande si je suis crédible pour un sou dans le rôle que j'essaie de me donner.

A l'usine

Ah, hum, j'avais oublié, demain, je travaille. Presque sérieusement, est-ce que le jour viendra où je commencerai à me lasser de faire ce que je fais, et à considérer mon boulot juste sur un plan alimentaire ?

Le travail ne devrait pas être une obligation pénible et ennuyeuse simplement destinée à la survivance. Il devrait être la réalisation de l'individu, au service de la société. Il ne devrait pas être perçu comme un facteur de normalisation sociale, mais comme une manière de participer volontairement et avec entrain à l'épanouissement de la communauté.

Le capital a perverti le travail en le transformant en une simple suite d'actions dédiée à produire du profit et l'a détourné de sa fonction première qui est de donner un peu de son temps à la société pour qu'elle avance (et accessoirement, que ce temps soit agréable, mais pas forcément).

Le capital a sectorisé le travail de manière à ce que chacun ne puisse pas jouir de la liberté de participer comme il veut, en étant de temps en temps d'astreinte aux tâches pénibles. Le capital a décidé qu'il valait mieux tayloriser les tâches pour les rendre plus efficaces, quitte à aliener toute un pan de la société humaine dans un travail qui justement a perdu toute ses qualités formatrices.

Le capital est la source de tous les maux. A bas le capital.

Désespérant

Les jeunes sont fondamentalement cons, je crois. Voilà exactement un post de Geradon qui dénonce l'éducation forcée, les mauvais réflexes de la pensée conditionnée, les schémas de réflexion par lieux-communs. Et ça n'a pas loupé, dans les commentaires, plein de petits jeunes pour bénir profondément ce qu'il vient de dire (genre ah, ouais, trop génial), comme si le post ne manifestait justement pas contre le moutonnisme et plaidait la réflexion autonome.

samedi 14 juin 2003

Détournement

Les artistes qui utilisent avec de grossières erreurs des considérations techniques ou scientifiques pour justifier leur travail, je les trouve d'un ridicule affligeant. Quand ils s'expliquent, ils sortent alors des arguments complètement faux, saupoudrés de raisonnements simplistes et parfois d'images mystiques ou religieuses. Et le pire, c'est qu'ils ont l'impression d'avoir compris le concept dont ils croient se servir. Non le pire, c'est qu'il y a des gens en face pour adhérer niaisement à leurs arguments.

Blocage

Et du coup, ce serait presque une sorte de vraie censure, pas juste une censure de blog. Je m'explique. L'idée d'ouvrir ce site c'était justement de faire sauter la censure que je m'imposais au regard des gens qui me lisaient et qui donc pouvaient être influencés par mes propos.

Mais donc si je me mets à me censurer sur cette page volontairement libre, c'est soit que le concept lui-même ne peut pas tenir, et que j'ai besoin de restreindre la façon dont j'exprime mes impressions; soit que moi-même je restreins naturellement certaines choses auxquelles je pense parfois, une sorte de refoulement psychologique ou quelquechose du genre.

Déblatérations

C'est vrai qu'une fois planté devant un calvier et un écran, et lancé dans le délire je raconte n'importe quoi par écrit, je suis à peu près inarrêtable. Et je ne sais pas à quoi ça tient, parce que même sur IM je ne suis pas aussi prolixe.

Je sais que, comme tout le monde sans doute, je n'arrête pas d'avoir des idées qui passent dans ma tête, comme des sortes de réflexions personnelles. La plupart du temps, je n'ai pas l'occasion de les en sortir, heureusement d'ailleurs. Sauf que là, vu comment les choses se présentent, ça me vient plus naturellement. Comme une sorte de vanne qu'on ne peut plus fermer une fois ouverte.

vendredi 13 juin 2003

Beurk

En fait, je ne suis pas aussi asocial que ça; c'est juste qu'il me faut un peu de temps pour m'habituer assez aux gens et commencer à être sympathique avec eux. Parce c'est vrai que de prime abord, et bien involontairement, je suis assez distant. Ah ? C'est l'exacte définition d'asocial ? Enfin ouais, je veux dire que peut-être que tout être asocial assez longtemps "travaillé au corps" peut devenir un gars sympatoche. Je sais pas.

mercredi 11 juin 2003

Copie

Je n'aime pas donner l'impression de suivre comme un mouton; quand parfois, une suite de coïcindences et de réflexions d'autres personnes m'incitent à agir comme eux. Je n'aimerais, même si c'est totalement improbable, même si c'est tout dans ma tête, qu'on puisse une seconde penser que je ne fais que copier les autres. Sans doute parce qu'au fond il y a un peu de vrai et que ça me gêne que ça se sache.

lundi 09 juin 2003

Vide

Oui, je sais que fondamentalement, ça me manque, de ne pas avoir de gens autour de moi qui ont choisi de m'aimer -- pas comme la famille, j'entends, bien que quelquepart, c'est idiot cette remarque, mais je ne sais pas comment le dire autrement. Bien sûr, avoir quelqu'un à aimer au sens eros, ça me manque aussi, mais pas seulement.

J'ai déjà parlé du fait que je n'aie personne à qui me confier. J'aimerais aussi me prouver à moi même que je suis aimable au premier sens du terme (quote from Fréd, quelque part, la flemme de chercher). Et puis le fait de tenir des gens dans mes bras, le fait d'avoir de vrais amis avec qui on n'échange pas juste que des bruits, vagues semblants de conversation.

Je me souviens de ces cours de philo qui parlaient de la relation maitre-esclave avec autrui. Peut-être aujourd'hui je me sens justement faible parce qu'esclave de cette envie.

mardi 03 juin 2003

Langage châtié

Pourquoi est-ce que j'ai l'impression qu'ici je peux être naturel et parler à peu près comme je le veux, alors que sur l'autre site je ressens le besoin de faire très attention aux répétitions, aux contradictions (qui font toute ma pensée) et aux erreurs de raisonnement ? Peut-être que je cherche à donner une image polie et lissée de moi-même, alors que quelquepart, cela ne correspond pas du tout aux genre de choses que j'ai envie de produire quand j'écris.

dimanche 01 juin 2003

New

Même si toutes les choses sont faites pour êtres essayées, et comme j'ai toujours un peu tendance à m'enflammer à propos des nouveautés. Comme quand je suis passé à Movable Type. Ou comme aujourd'hui, ou j'ai rempli ce blog plus que de raison. Peut-être que ça fait justement partie de la phase de tests. Non, qui est-ce que je cherche à convaincre ? C'est juste l'attrait de la nouveauté, et cette absolue liberté dont je peux jouir qui m'enthousiasment.

lundi 26 mai 2003

Vieux grincheux

Je me sens maintenant totalement étranger aux considérations des petits jeunots de 18 ans qu'il m'arrive d'écouter parler dans le bus ou dans le train. Le bac, le permis, les études... Mais la mention maintenant est-elle bien nécessaire ? Je ne sais pas si j'ai vraiment survolé cette période, elle ne m'a pas vraiment marqué, ou si ce genre de réflexion m'est naturellement passé complètement au-dessus de la tête. Toujours est-il que ça me fait rire de voir ce qu'ils racontent à de tels sujets.

samedi 24 mai 2003

Mail d'hier

Je me souviens d'un cours de philo en terminale, sur la théorie du langage. En gros ça disait que, puisque le langage n'est qu'une manière standardisée de communiquer, qui n'est souvent pas assez complexe pour exprimer les pensées humaines, le simple fait de mettre des mots sur ce que l'on a envie de dire déformait les idées qu'on voulait transmettre. Et donc que les concepts que nous avions dans la tête passaient nécessairement par une étape de simplification avant d'être proposées aux autres. Enfin bon, ça marche pas pour tout, hein. Quand je dis par exemple que j'ai envie d'aller chier, il n'y a guère d'ambiguité là dedans.

Ma vie est peuplée de moments de vides, des moments où l'action que je suis en train d'effectuer n'a pas de sens en elle même et ne sert que de lien entre les autres périodes. Pendant la demi heure de marche pour aller au bureau, quand je monte les escaliers, quand je cuisine... Je comble généralement ces trous avec des réflexions aussi profondes qu'éphémères, que j'oublie souvent dès le moment où je reprends une activité normale. Des fois c'est des trucs intéressants, si si, je vous jure.

Tout ça pour dire donc qu'en fait, le mieux, ce serait de mettre une sorte de prise entre le cerveau et un ordinateur. Ah ? On y a déjà pensé ?

vendredi 09 mai 2003

Instant Messaging

Sommes-nous une génération un groupe de personnes qui a dématérialisé complètement les relations humaines au point de les réduire à une simple expression abstraite, des impulsions électriques qui voyagent d'un point à l'autre, des messages électroniques qui transitent dans des mondes irréels ?

Et est-ce qu'il faut voir ce processus comme l'appauvrissement du dialogue, la perte de plusieurs dimensions (physiques, sociales, ...) dans l'échange entre personnes ? Ou faut-il au contraire le considérer comme la sublimation de la communication, l'abstraction de toute une couche superficielle et la mise en avant du contenu du message lui-même, plutôt que du vecteur qui le porte ?

dimanche 04 mai 2003

Soit je...

Soit j'arrête d'agir de manière aussi calculée, soit j'arrête d'avouer aux autres que je le fais.

mercredi 30 avril 2003

Tout est relatif

J'avais l'habitude de penser que je me faisais vieux. Et puis en fait, je cotôye une grosse tripotée de trentenaires dans ma boîte. Et je me rends compte que j'en suis pas encore à parler de bricolage, de construction de piscines, d'activités pour les enfants. Quelque part ça me rassure. Mais quelque part, je sais que ça viendra aussi. Sauf si notre génération arrive à garder cet esprit "grands enfants élevés par la télé". Ce qui n'est peut-être pas un bien non plus.

Pipelette

Bon j'étais parti pour me lamenter sur le fait que ça fait beaucoup trop longtemps que je suis seul. Et puis je me suis dit que ce post allait prendre une tournure bien chiante. Mais en même temps, des fois j'ai l'impression a posteriori d'avoir raconté de telles énormités, que je me demande si les gens s'en rendent pas compte. Ça c'est chiant. Des fois j'aime ce que j'écris. Des fois je me trouve lourd, creux, transparent, irréfléchi. Je ne sais pas trop à quoi ça tient. Au sujet, probablement.

dimanche 27 avril 2003

Euh

L'avantage quand on a une humeur aussi changeante que la mienne, c'est de savoir que quand on a un coup de blues, bin ça va jamais durer très longtemps.

mardi 25 mars 2003

Psycho

Au delà de la certaine aigreur que le ridicule de ma situation actuelle ne fait certes qu'accentuer, vient l'inévitable question de la remise en cause de soi. Pourtant il ne me semble pas que je fasse les choses aussi mal que ça, ou alors c'est qu'il y a un élément qui m'échappe. Quand bien même je me conduirais de la pire des manières possibles lors de mes entretiens, le fait accompli d'être le seul dans ma position m'amène évidemment à imaginer les pires des explications. Je n'irai quand même pas jusqu'à remettre en cause le capital ou les dérives du salariat, je n'irai pas non plus chercher des explications fachisantes que je regretterai de vous avoir exposées (et je le regrette déjà). Mais l'un dans l'autre, soit je suis une larve, soit l'ensemble des équations comporte une certaine inconnue impossible à résoudre.

A ce moment précis, ce n'est plus vraiment la désolation qui m'anime. Ni la haine, cela ne l'a jamais été, et je peux dire que dans l'ensemble de tout ce processus de recherche, elle ne m'a jamais éffleuré l'esprit -- malgré tous les refus. C'est plus un sentiment mêlé de désillusion et d'envie pressante de ne plus rien faire. A quoi bon ? L'envie de ne rien faire, vous en conviendrez, est un concept entier à elle seule, tant dans le subtile paradoxe qu'elle suggère, que dans la molle résignation qu'il faut pour en arriver à elle. Et ce chemin est triste, croyez-moi. C'est une longue route qui descend légèrement mais sûrement vers les plus profonds abîmes de l'état de loque humaine.

Demain j'ai un exam de droit auquel je ne ferai certainement pas l'honneur d'être révisé, puisque je me dis qu'arrivé là, il n'y a plus grand chose à attendre. Sauf une réponse de la jolie DRH de Smart-up, sur laquelle je ne compte même plus, malgré ses yeux clairs et sa calculatrice. Non la seule solution, ce serait... que je la tue. Oui, je ne vois que ça. C'est la seule issue possible. Mais bien sûr, pourquoi est-ce que je n'y ai pas pensé plus tôt ? Si je la tue, tous mes soucis seront reglés.

Oui, sentir la raideur de son cou se gorgeant de sang sous mes paumes, entendre les petits cris étouffés qu'elle suffoquera, voir la détresse dans ces yeux suppliant d'abbréger le supplice, et l'odeur des gouttes de sueur qui perleront sur son front quand le moment venu, elle se rendra compte que plus rien ne viendra la sauver. Cela fera parfaitement l'affaire. Ah, je reprends goût à la vie. J'ai de nouveau une bonne raison de me lever demain matin. Ouf, un moment j'ai bien cru que je ne m'en remettrais pas.

jeudi 20 mars 2003

Echo (2)

Bon tout d'abord merci pour vos remarques à propos de ce post. Je tenais juste à vous dire que, d'une part j'avais écrit ce post sans trop réfléchir et sans penser aux arrières-pensées que vous avez pu me prêter par la suite (blues, recherche de reconnaissance, ...). Désolé si j'ai été mal interprété, et si j'avais su, je me serais retenu. Ou peut-être pas.

Ensuite, la remarque que je m'étais faite était plus introspective, et je ne me plaignais ni de ne pas être populaire, ni de ne pas être apprécié. Et cela ne me déplait pas, ni dans un sens, ni dans l'autre. Enfin je sais pas si je me fais comprendre. Je ne cherche pas spécialement à avoir du monde. Mais je ne m'en fous pas non plus. Le simple fait de savoir que je suis lu par certains anonymes (et vos messages me l'ont confirmé) que je recherche, peut-être pour me justifier, peut-être pour me motiver, peut-être par simple vanité.

Enfin, malgré les incitations à l'arrêt (je déconne bien entendu), je n'arrêterai bien sûr pas de bloguer. Parce que c'est une des seules choses à laquelle j'arrive à me tenir, et parce que j'aime ça, tout simplement.

mercredi 19 mars 2003

Echo

Malgré la vague impression d'être entendu de loin par une petite poignée d'irréductibles, qui me lisent parce qu'ils se sentent obligés ou parce qu'ils espèrent de temps à autre tomber sur ces petites perles qu'il m'arrive d'écrire, c'est le sentiment de parler dans le vide qui me domine le plus. Ça, et le fait de redire constemment la même chose. Et puis aussi de contemment chercher à me justifier.

mardi 18 mars 2003

G.I.Joe

Et c'est pas ce qu'on voit à la télé des soldats américains dans le désert au Koweït, avec leurs bibles camouflées, leurs bêtes illusions de faire le bien et leurs matchs de base-ball entre deux entrainements à massacrer de l'irakien, qui va me faire changer d'avis sur l'armée. J'en reste toujours au Parachutiste de Maxime Leforestier (mp3otw).

Tu avais juste dix-huit ans
Quand on t'a mis un béret rouge,
Quand on t'a dit : Rentre dedans
Tout ce qui bouge.
C'est pas exprès qu' t'étais fasciste,
Parachutiste...

mardi 04 mars 2003

Justification

Je ne conteste absoument pas que j'ai peut-être des goûts de merde et que ce que je raconte c'est n'importe quoi. Peut-être que ce que je dis sur la scène indé française est totalement injustifié et ne se base que sur un a priori négatif qui ressort sur moi après les quelques pauvres heures que j'ai passées à écouter le Mouv' et les quelques dizaines de CD qu'on m'a prêté. Admettons que je n'aie alors qu'une vision restreinte du sujet.

Ce que je tenais à signaler dans ce post ce n'est pas le fait qu'on ait le droit ou pas d'avoir un avis sur telle ou telle chose (et en particulier dans le post en question, sur un certain cinéma ou une certaine musique). Je tenais à faire comprendre que je trouverais bien de considérer les choses au delà de la première idée que l'on s'en fait, et de ne pas forcément chercher à analyser les choses sur le vif en n'y connaissant rien. D'ou la remarque sur l'école.

Et de considérer en plus que ce que je raconte n'a pas force de loi, mais comme on est sur un blog, bin ça ressort forcément comme des vérités toutes faites, et que mon avis sembe le seul avis pertinent (puisque c'est le seul visible sur ce site - d'où l'intérêt des commentaires), alors qu'au final ce n'est que la retranscription (biaisée sans doute) de la pensée d'un individu sur un sujet particulier. Un post n'est pas un article du monde censé refléter une quelconque réalité. Ce n'est que mon opinion, mais comme elle est présentée seule et sans modération, elle peut paraître un brin décalée. Mais là encore, il faut bien lire ce que je raconte au delà de la première idée, et bien penser que ce ne sont que des réflexions, et pas des démonstrations.

mercredi 05 février 2003

#N/A (bis)

Si je me répète, hésitez pas à faire la remarque hein. C'est vrai que des fois ,j'ai l'impression que j'ai déjà dit cette chose des centaintes de fois. Parce que bon j'écris tellement de conneries que, dans le lot, bin il y en a forcément qui reviennent. C'est comme ce pote que j'ai qui a souvent tendance à ressortir deux fois les mêmes blagues. Alors bon nous on dit rien, ça lui fait tellement plaisir de penser qu'il a été drôle les deux fois. Bin moi ça me fait plaisir de penser que je suis tout le temps intéressant.

mardi 04 février 2003

Méfiez vous

Je mens très bien.

Zéro de conduite

Ce que je reproche, La chose que je reproche, Une des choses que je reproche aux racailles à certains jeunes de nos chères banlieues c'est d'avoir réduit quasiment à néant la faible marge de manoeuvre que nous avions. Je veux dire, dans le temps, les jeunes avaient le droit de faire quelques conneries dans leur vie, on leur pardonnait, parce que c'était de jeunes et qu'il faut bien que jeunesse se passe. Le plaisir de se ramener avec un caddie dans le métro et que les vieilles vous regardent avec des yeux de merlan frit. Ou de vous arrêter sur l'autoroute pour voler un plot sur le terre plein central. Je veux dire, on avait le droit de jouer aux cons avant. Maintenant, certains en ont trop abusés et c'est l'état policier et l'ordre moral qui sont revenus, et je plains les jeunes d'aujourd'hui qui pourront bientôt plus rien faire. Même Michel Field respecte Sarkozy. On sait plus où on va.

dimanche 02 février 2003

Introspection

Vous ne vous êtes jamais posé des questions sur votre existance en tant qu'être humain ? Je veux dire, on passe son temps à réfléchir à des choses, à se raconter des trucs à soi même (comment les sourds font pour réfléchir, est-ce qu'ils s'entendent parler ?). Mais au bout du compte vous n'avez plus rien à vous dire. Et face à ce vide, bin vous commencez à penser à vous. Qu'est-ce que je suis ? Est-ce vraiment moi qui habite ce corps et ce crâne ? Est-ce vraiement moi qui suis en train de parcourir les inépties débitées par ce blog à la con ? Oui c'est vous, mais n'avez vous pas l'impression que ça ne changerait pas grand chose si c'était quelqu'un d'autre ?

Je sais pas si beaucoup de gens ont vraiment conscience de leur condition. Je veux dire, ils vivent leur vie, soit. Mais est-ce qu'ils se rendent comptent ô combien au final tout ça est futile ? C'en devient imbécile, à bien y penser, que certaines personnes aiment ou détestent certaines autres, alors qu'au final ces sentiments n'ont rien de réel. Ce ne sont que des connexion neuronales, et si on les effaçait, tout pourrait se reconstruire dans l'exact ordre inverse de ce qui était auparavant. Et ça ne choquerait personne.

Parce que la vérité c'est que nous ne sommes sans doute rien. Que l'immatérialité de votre être, de vos amours, de votre personnalité ne se raccroche à rien en particulier, et que l'on pourrait bien inverser toute la marche du monde, y compris ce qui se trotte dans votre cerveau, que personne n'y verrait rien et que tout continuerait à arriver comme si de rien n'était.

mardi 28 janvier 2003

dot com

Un truc que j'ai toujours hésité à faire c'est de donner mon adresse sur mon nom de domaine quand je réponds à des annonces de stage. yvan at machin dot com, bin ça en jette quand même, mais d'un autre côté, si le recruteur est un tant soit peu curieux, qu'il vient sur mon blog, et qu'il lit une phrase du genre "tous les recruteurs sont des cons", bin ça la fout mal. Pas que je pense ça, hein. Non pas du tout. Je vous promets que non.

Une autre question que je me demande c'est s'ils font exprès de nous souhaiter bonne chance pour la suite à la fin de leurs lettres pour répondre "non". Si c'est pour nous dire, "bin, bonne chance, parce que bon, avec le profil que vous avez, de la chance il va vous en falloir, si vous voyez ce que je veux dire", ou alors si c'est pour plus ou moins se décharger d'éventuelles conséquences psychologique à leur réponse. Genre si je me suicide par exemple.

Parce que c'est ce qui va finir par arriver, hein, sinon. Bon.

dimanche 26 janvier 2003

Déjà lu

La première fois c'est pas terrible, mais en fait avec le temps, c'est plutôt pas mal. Le café, le vin, les albums des Red Hot, conduire, l'alcool, acheter ses propres fringues, les blogs, rendre service. J'aurais aussi aimé penser que je suis le premier à faire ce genre de réflexion.

lundi 30 décembre 2002

Haute résolution

Je ricane doucement au fond de moi en pensant à toutes les bonnes résolutions du nouvel an que je n'ai jamais tenues. Pourtant ça n'a rien de spécial, ça doit arriver à beaucoup de monde, de se fixer un but pour l'année à venir, sans pourtant jamais y arriver. Arrêter de fumer. Arrêter de boire. Arrêter de harceler les voisins par téléphone.

Mais à force, on en vient à savoir pertinemment que, quoiqu'on dise, tout ce qu'on peut bien espérer faire n'arrivera certainement jamais. Et alors on est soulagé. On sait que l'on peut prendre les résolutions les plus farfelues, comme de toute manière on sait qu'on n'arrivera pas à s'y coller. Bon en 2003, je décide de tout faire pour la paix dans le monde. Ou alors je décide de révolutionner la lutte contre le cancer. Ou je décide d'être moins distant avec les gens que j'aime.

Advienne que pourra, c'est ma maxime du moment, et bonne et heureuse années aux hommes et aux femmes de bonne volonté.

lundi 02 décembre 2002

Enigmatique

Ecrire les choses c'est déjà avouer qu'on les pense. Je ne veux pas croire que je pense ces choses. C'est pour cela que je ne les écris pas. Mais quand même...

mercredi 27 novembre 2002

Je disais donc

Parce qu'on m'a fait la remarque, que j'ai beaucoup moins de mal à raconter ma vraie vie sur internet qu'à raconter ma vie en vrai à de vrais gens. Vraiment. D'une part parce que j'aime pas les gens. Beuark. Pouerk. Sauf les filles qui me sourient dans le tram. Bygones. D'autre part parce que j'écris beaucoup plus facilement que je ne parle.

Mais ça, je veux dire, enfin je veux écrire plutôt, quelque part, ça se tient. Quand vous écrivez, vous avez tout le temps de réfléchir aux touches que vous allez subtilement enfoncer pour imprimer cette miriade de petits caractères sur l'écran. Quand vous parlez, vous pouvez difficilement vous arrêtez d'un «Attends, je réfléchis à ce que je vais bien pouvoir dire après.» Enfin, bon, si, ça, je le fais aussi. En général, c'est parce que j'ai pas beaucoup de conversation. Mais je le dis pas tout haut non plus. Je suis pas complètement taré. Juste un peu. Là, dans ce coin là.

mardi 05 novembre 2002

Sympathie

Dans la jungle, ou plutôt, dans la forêt clairsemée de mes relations, je crois savoir à peu près ce que les gens pensent de moi. Je suppose que personne ne me déteste ni m'aime viscéralement, non. Il s'agirait plutôt d'un subtil dégradé allant de l'indifférence la plus totale à une vague acceptation de mon existence, en passant par la Lorraine, avec mes sabots. Je m'en serais bien contenté, n'eut été cet étrange devoir de perpétuation de l'espèce inscrite dans mes gènes. Mais que voulez-vous. On ne se refait pas. Oui, vous avez raison, bosquet conviendrait mieux.

lundi 04 novembre 2002

Platitudes

A force de chercher à avoir l'esprit le plus large possible, on finit par errer dans les méandres du conscensus mou. Parce que n'avoir pas d'idée cernée sur un sujet, c'est bien pour ne pas être sectaire et accepter d'écouter les opinions des autres. Mais c'est aussi en venir à comprendre pourquoi certaines personnes pensent certaines choses et, en répétant ce schéma à grande echelle, statistiquement, à accepter les reflexions du plus grand nombre, pour finir dans ce que je nomme le conscensus mou. Toujours écouter. Ne jamais dire non. N'envoyer personne paître. Il faudrait qu'on aille acheter à manger.

lundi 21 octobre 2002

Non mais

Il y a une raison pour laquelle je vous dis pas tout ce qui me passe par la tête. Sinon, vous me prendriez pour un taré.

jeudi 17 octobre 2002

Liberté

On ne peut pas faire ce qu'on veut parce que tout le monde regarde. Mais peut-être que si.

mercredi 25 septembre 2002

Question piège

Qu'est-ce qui vous a le plus manqué/vous manquera le plus quand vous êtes partis/partirez de chez vos parents ?

Euh je sais pas, les chaines télé du câble ?

mercredi 18 septembre 2002

Abandon

J'ai souvent la fâcheuse habitude d'abandonner la plupart des projets que j'entame (suivez mon regard). Je me demande si ça vient du fait que soit je n'aime pas considérer mes travaux comme finis, et que donc je remets toujours à plus tard (voire à jamais) le fait de les terminer, soit justement que je considère trop tôt que mon travail est fini, alors que je devrais le poursuivre encore plus avant. En fait, je crois que je suis trop volatile, car incapable de me concentrer plus de deux jours (heures ?) de suite sur la même idée.

dimanche 15 septembre 2002

Logique

"Peut-être que si j'étais habitué à parler beaucoup avec beaucoup de gens, je finirais fatalement par aborder certains sujets avec certaines personnes" dixit moi-même sur ICQ.

dimanche 08 septembre 2002

Einstein es-tu là

Dans la série je réfléchis à la douche (ouais moi aussi si je veux), je me posais une vague question de courbure de l'espace, le genre de celles qu'on déballe comme ça, dans des soirées, histoire de se la péter un peu, jusqu'à ce qu'un mec encore calé/pire que vous, et qui s'avère être étudiant en physique, vienne gentiment vous ridiculiser en public. Lecteur, si tu la connais, tu m'arrêtes.

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samedi 07 septembre 2002

Aléatoire

Pile ou Face ? Flunch ou Mac Do ? Rouge ou Gris ? Confier ses choix quotidiens à une pièce de monnaie, cela peut paraître acceptable. Mais laisser son avenir entier entre les mains du hasard, c'est beaucoup moins anodin.

L'indécision a toujours tenu une place importante dans les choix que j'ai été amené à prendre. Au jour le jour, il m'arrivait souvent, parce que je ne pouvais pas choisir de moi même, de décider au hasard quelle tenue mettre. Quelle bouteille boire. Quel film regarder. Au hasard, en regardant le cadran de ma montre, et en fonction de la parité du chiffre des secondes, préférer telle chose à telle autre.

Quand de moi même je ne trouvais pas de bon justificatif à l'alternative, je m'abandonnais à ce petit jeu, qui choisissait pour moi. Étrange. Plus étrange encore, je me suis également servi de ce stratagème pour des choix autrement plus importants. Pour ma spécialité au Bac par exemple.

Cela peut sembler totalement déraisonnable. Pas dans le sens où je refusais la responsabilité d'assumer telle décision, que j'aurais pu regretter à l'avenir. Mais plutôt dans l'idée que je refusais parfois l'alternative elle-même. Avoir à préférer telle ou telle chose. Quand je voulais de manière égale les deux. Comment en abandonner une ?

"L'Alchimiste" de Paolo Coelho m'a d'ailleurs conforté dans l'idée que je pouvais abandonner ma décision à l'aléatoire. Dans ce roman (dont je reparlerai sans doute), le héros tient dans sa poche deux cailloux magiques, Ourim et Toumim, un noir et un blanc, oui et non. Ces cailloux peuvent répondre aux questions que l'on se pose, il suffit d'en tirer un de sa poche et selon sa couleur, on a la solution.

Pour éviter à tout prix de choisir. Ne pas imaginer le pour ou le contre. Ne pas chercher des arguments. Mais après tout, pourquoi pas ? Au delà de cette indécision, je faisais quand même un choix. Je décidais de ne pas choisir, mais de laisser un élément extérieur le faire à ma place. Et comme le disait Sartre, choisir de ne pas choisir, c'est encore choisir.

Sélectionner au hasard A ou B est une décision qui a autant de valeur que de prendre A ou de prendre B avec telle ou telle justifications. Il ne s'agit que de modifier les raisons pour lesquelles on a choisi. Plutôt que de dire je préfère A avec tel argument, je choisis de prendre A avec le hasard comme argument. Le hasard peut être une justification en lui-même.

Le hasard peut être un choix en lui même. Le hasard dans cette optique n'intervient pas tout seul. C'est celui qui doit décider qui tranche, et qui préfère laisser le hasard agir. Il préfère ne pas avoir à choisir. Mais il choisit quand même.

Et au final, cette prise de conscience du concept du choix me faisait réfléchir, et je me rendais vite compte de l'exactitude de l'alternative obtenue par le hasard. Si le hasard avait annoncé la solution que je préférais vraiment, je ne me posais pas plus de questions. Et à l'inverse, je me suis parfois rendu compte que la réponse ne me satisfaisait pas. En tout état de cause, je restais conscient du choix qu'on avait fait pour moi.

jeudi 05 septembre 2002

Repeat & Fade

Certaines choses ne sont vraiment intéressantes que par le fait qu'elles soient éphémères. Prenez les posts d'un blog par exemple. Leur durée de vie se limite à quelques jours, au mieux ils seront relus dans un ou deux mois par quelqu'un qui utilisera le moteur de recherche. Et donc, dans quelques heures, tout ce que je peux vous raconter en ce moment se sera évanoui, et dans la mémoire collective des quelques lecteurs que j'ai, et dans la masse incroyable d'informations contenues sur l'internet.

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mercredi 04 septembre 2002

Lol

L'humour, c'est vraiment la qualité que je préfère chez les gens. Surtout quand ils sont de mauvaise humeur et qu'ils arrivent quand même à être drôles.

Sainul

Je trouve ça un peu nul les gens qui viennent critiquer parce quelqu'un raconte sa vie et/ou ses états d'âme sur son site. Dans l'absolu, personne ne les force à visiter lesdits sites et s'ils ne sont pas contents ils n'ont qu'à pas revenir.

Je ne critique pas le feedback constructif qui contribue à rendre le site plus agréable aux visiteurs(e.g. "ce serait plus pratique si ce menu était à droite"). Ni les commentaires qui viennent en complément/contradiction du contenu (e.g. "non je suis pas d'accord, MacOs c'est trop bien"). Mais les remarques de fond qui remettent en cause le principe même du site (e.g. "etaler ses souffrances sur un blog c'est assez immonde"), je ne vois ni l'intérêt ni le but.

Et le premier qui me trouve la signification latine de e.g. aura un cadeau bonus.

lundi 02 septembre 2002

Comme dirait...

On est adulte quand on a répondu à toutes les questions qu'on se posait quand on était gosse.

Sauf si vous vous posiez des questions existentielles genre "Dieu existe-t-il ?", mais à quatre ans, on a généralement d'autres préoccupations.

Star Académie

J'ai retrouvé ce post datant un peu, mais je pensais qu'il ne méritait pas son triste sort d'être abandonné au fin fond de mon disque dur. Ça parle de François Cheng, le premier chinois admis à l'Académie française.

Alors comme ça un chinois est entré à l'Académie Française. Eh bien, dans quel autre pays est-ce qu'on aurait pu voir ça ? Nulle part vous allez me dire, puisque l'Académie Française, elle n'existe qu'en France; et si dans les autres pays ils avaient aussi un temple dédié à l'art d'emmerder les gens à écrire correctement, ce serait étonnant qu'ils l'appellent l'Académie Française (quoique). Ce à quoi j'ajouterais: d'ailleurs ça existe l'Académie Allemande ?

Bref, le pays de Hugo et de Bigard (l'assosciation peut paraître doutese, je conçois) reste donc une terre d'accueil et de diversité culturelle, malgré le fait que 20% de gens ont voté nazi récemment. Et de penser que malgré les défaites, tout va encore pour le mieux pour la France, qui saura se remettre de ses échecs. Un peu comme au début de la coupe du monde... On sait tous comment ça a fini.

Imitations

Je n'ai eu à vrai dire que peu d'idées originales. La plupart du temps je ne faisais qu'imiter ceux que j'admirais, en espérant stupidement faire aussi bien.

Tout du moins c'est comme ça que j'ai commencé. Copier le style incisif de Pierre Desproges, par exemple. C'est comme ça que j'ai tenté d'écrire les paragraphes de mon premier (et malheureusement pas seul) livre. J'allais jusqu'à reprendre les mêmes jeux de mots, à la syllabe près. Après les avoir lu et ri d'eux une dizaine de fois, je me plaisais à essayer de les répéter ça et là. Avec plus ou moins de bon goût.

Adolescent dépressif, j'ai copié Hugo et Baudelaire, tentant en vain de m'approprier leur style et leurs rimes. Adolescent engagé (sic), j'ai copié Sartre et Malraux, tentant en vian de m'approprier leur verve et leur éloquence. Adolescent mielleux, j'ai copié ces stupides drames romantiques, tentant en vain de m'approprier leur facilité et leur eau de rose.

À bien y réfléchir, j'aurais fait un excellent moine copiste. Un moine qui cependant aurait la fâcheuse tendance de remanier à son goût les mots de l'oeuvre originale.

Je ne sais plus si je m'en rendais compte. Mais il ne me semble pas, par exemple, avoir été conscient de dérober les expressions "haine ordinaire" et "cheval-melba" des livres de Desproges. Je le faisais sans vraiment prêter attention, certainement trop heureux de penser que je pouvais réellement arriver à faire quelque chose de bien.

Ou peut-être me rassurais-je en me disant que ces mots volés n'étaient que ma manière étrange de rendre hommage à ces hommes de talent.

dimanche 01 septembre 2002

Bonne poire

Faire un truc dont je me branle comme de la méthode traditionnelle de construction des igloo en pays inuit, tout ça pour faire plaisir à quelqu'un, des fois je me dis que je suis trop gentil, que je cherche trop souvent le bien pour les autres et que je passe toujours après.

Remarquez, il y a pire comme défaut.

samedi 31 août 2002

Mwa !

J'ai l'impression que je suis en train de développer un ego largement surdimensionné par raport à la personne que je suis réellement et je ne sais pas quoi en penser.

vendredi 30 août 2002

Du Langage

De mes vagues souvenirs de philo sur le sujet, les problèmes liés au langage et à la manière dont il retranscrit ce que l'on pense sont plus que jamais d'actualité.

C'est à la fois un avantage et un inconvénient, le fait que le langage parlé ou écrit ne permette, dans la plupart des cas, que de ne transmettre qu'une partie incomplète ou déformée de l'idée que l'on veut formuler. Inconvénient parce que le nombre limité de lexèmes ne permet pas de couvrir l'intégralité des concepts imaginables, et qu'on a toujours une perte d'information lors du passage de la pensée au verbe. Et qu'on ne peut donc jamais expliquer parfaitement ce à quoi on pense.

Avantage parce que ce manque impose une réflexion supplémentaire sur l'idée, afin de la mettre mieux en forme, pour que sa transcription, même fausse, soit la plus fidèle possible. Et que donc à chaque fois que l'on veut bien expliquer, on est obligé de repenser plusieurs fois à l'idée à transmettre. Et cette réflexion permet de réorganiser le concept dans son esprit et de le rendre plus clair à soi-même.

En partant de cette constatation, on se pose naturellement la question: le langage est-il un frein ou un tremplin à l'évolution de l'espèce humaine ? Dans une première partie, j'exposerai pourquoi on peut certainement penser que, suivant une approche darwiniste, l'apparition du langage chez les premiers hommes a sans doute été un facteur d'amélioration de l'organisation sociale de l'espèce, face aux pressions naturelles du milieu extérieur, et que c'est pour cela que le caractère s'est maintenu au cours de son évolution.

Dans une seconde partie, je démontrerai néanmoins que les barrières liées à la forme même du langage, imparfaite et incomplète, a conduit de tout temps à la perte ou à la non transmission d'informations capitales, notemment à cause des différentes langues utilisées, et que si une civilisation extraterrestre, capable de télépathie fidèle et intégrale des concepts mentaux, venait à nous rencontrer, elle nous considèrerait comme des êtres primitifs ou inférieurs.

Enfin dans une troisième partie, j'expliquerai comment bien au contraire d'affaiblir sa communication, l'imperfection du langage a cependant permis de développer toute une considération artistique autour des divers sens, ambigüités et quiprocos liés à son utilisation même, et a permis l'émergeance de grands génies créatifs comme Félicien du Loft ou Joey Starr.

mercredi 28 août 2002

Guérilla

Les étudiants en informatique n'aiment pas les étudiants en commerce parce que c'est des putains de capitalistes de merde. Les étudiants en commerce n'aiment pas les étudiants en informatique parce que ce sont des putains d'anarchistes de merde.

dimanche 25 août 2002

Emulation

Je n'ai jamais fait du mieux que je pouvais qu'en la présence de gens dont je voulais être apprécié. Et il faut que j'arrête d'écrire des chapeaux incompréhensibles.

Il y a sans doute une explication psychologique à tout ça, mais quand je savais qu'on me regardait, que des gens encore inconnus observaient ma façon d'agir, c'est à ces moments-là que je donnais le meilleur de moi-même. Je crois que c'était inconscient. Dans le sens où je ne voulais pas délibérément qu'on m'apprécie, et de ce fait, je ne faisais pas spécialement d'efforts. Cependant, j'étais plus efficace, plus rapide, plus attentif qu'à l'accoutumée.

Et cela a commencé très jeune. Aussi loin que je me souvienne, les premières fois que je jouais au foot, j'étais assez bon joueur. Et puis au fur et à mesure que je m'habituais à la présence de mes partenaires de jeu, je courais moins, je shootais plus souvent à côté, je me prenais davantage les pieds dans le tapis. Mais il suffisait qu'on jouât contre de nouveaux adversaires et je retrouvais ma fougue originelle.

A posteriori, on pourrait donc faire l'hypothèse que je recherchais un certaine forme de considération. Et cette considération, je ne la cherchais qu'auprès des gens que je venais juste de recontrer. Une fois obtenue, je me reposais en quelque sorte sur mes lauries, ou plutôt je partais à nouveau en quête de considération, auprès d'autres personnes.

Et cela aussi bien à l'école, avec mes amis, à la maison. La raison est sans doute simple, et je l'ai déjà évoquée. Je ne sais d'ailleurs pas si quelqu'un s'en est rendu compte un jour.

En ce qui me concerne, je m'en suis rendu compte assez tôt, sans que cela changeât quoi que ce soit. Que pouvais-je faire ? Je suis d'un naturel assez paresseux, et je ne pouvais donc pas me forcer à être au meilleur de ma forme en permanence. Ce compromis, avec ses moments meilleurs que les autres, était sans doute une solution acceptable, et je crois qu'aujourd'hui encore, je continue à l'appliquer.

mercredi 05 juin 2002

Les manchots passent le bac

Pour autant que je m'en souvienne, je n'ai jamais ressenti de pression particulière avant un quelconque examen. Et plus généralement, je n'ai jamais eu d'appréhension particulière avant des moments difficiles. Un petit frisson, des fois, mais rien de marquant.

Je sais même pas pourquoi je parle de ça, mais en gros, ma méthode consiste la plupart du temps à imaginer comment ça va se passer juste après. Quand je serai revenu chez moi et que je penserai, bon, une bonne chose de faite.

Et donc à proprement parler, l'évenement en lui même n'a pas eu d'existance pour moi. Je me revois pas, par exemple, en train de noircir ma copie de philo au bac. Les conneries subtilement masquées que j'ai pu débiter, je ne m'en souviens que parce que je suis retourné voir ma copie, avant qu'ils ne la mettent à brûler.

C'est là que me suis dit que le correcteur devait tellement avoir de merdes du même acabit à corriger qu'il n'a pas pu apprécier ma production.

Oui oui, j'aime bien me vanter.

mercredi 20 janvier 1999

Sans Titre

À ce qu'il paraîtrait, la beauté a totalement disparu de mon environnement. Et je le déplore.