mardi 05 juillet

Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence

Les critiques trop dures envers ce dernier épisode me semblent injustifiées. Mais je peux comprendre des manifestations d'animosité, à voir cette fantastique trilogie légèrement galvaudée par les considérations bassement mercantiles qui ont conduit à cette nouvelle série de films.

On prend les mêmes et on recommence, avec les mêmes effets qui ont fait le succès des trois premiers épisodes: cascades invraisemblables, humour décalé et auto-dérision. Ils sont peut-être sur-dosés, comme les ingrédients miracles d'une recette qu'on pense pouvoir recopier à l'identique...

Manque ce souffle épique des deux premiers volets, qui selon moi avait déjà disparu du troisième, beaucoup plus sombre et étouffant. Les nouveaux personnages (Cruz, Mc Shane) manquent totalement de charisme, sans parler de cette pitoyable intervention mélodramatique largement dispensable.

Bon. Je me rends compte que je n'y vais pas non plus avec le dos de la cuiller. Mais qui aime bien châtie bien. Il reste ce vrai sens du spectacle et on rit toujours autant avec le loufoque Jack Sparrow.

dimanche 15 mai

Eating Animals

Le ton, définitivement trop dans l'affect, me fait inévitablement penser au style Carrie Bradshaw. Ce parti pris de rapporter systématiquement les faits aux émotions ressenties soit pendant les interviews, soit dans le quotidien ou dans l'enfance même de l'auteur, enlève au livre de Jonathan Safran Foer le vernis d'une rigueur journalistique qu'on a peut-être trop tendance à attendre, de ce côté-ci de l'Atlantique, d'un tel récit d'investigation.

Ce que ce livre n'est peut-être pas, d'ailleurs.

Pourtant le sujet est important. Enfin le sujet principal disons: l'évolution de la ferme d'élevage américaine traditionnelle vers une organisation toujours plus industrielle, toujours plus corporate, à la recherche du profit maximum – avec toutes les conséquences sur l'environnement et sur la santé publique qu'on peut imaginer: pollution des milieux et destruction de la ressource, maltraitance des animaux, développement de la résistance des virus aux antibiotiques...

Et de glisser tout naturellement vers une justification au végétarisme, mais jamais sans prosélytisme, toujours en rappelant l'objectif premier, celui d'une relation plus raisonnée et responsable avec le monde animal.

Cependant, on en apprend de belles. Les chiffres font froid dans le dos, les anecdotes peu ragoûtantes pullulent, en lisant on revoit défiler les vidéos sur YouTube et les rapports des ONG.

Ce livre est plutôt un eye-opener, le récit de l'évolution de la pensée d'un homme qui, ne pouvant se résoudre à financer même indirectement les usines à viande où les animaux sont entassés par dizaines de milliers, décide de modifier son régime alimentaire et de propager le message. Parallèlement il met le doigt sur l’ambiguïté de notre relation à la nourriture, elle aussi pleine d'affect - parfois malsaine, parfois dénuée de toute raison, et dont les dérives sont à l'origine de tellement d'horreurs.

jeudi 17 mars

Fighter

La multiplicité des niveaux de lecture fera qu'il plaira sans doute à beaucoup: aux amateurs de sport, d'action et de come-backs miraculeux comme aux curieux de cette autre Amérique, celle des villes moyennes, du quotidien quelconque, de la prostitution et des pipes à crack. En résumé: vous pouvez y amener votre petite copine.

Certes, Fighter n'en reste pas moins un patchwork curieux de thématiques déjà beaucoup vues par ailleurs et c'est peut-être là son principal défaut. Même sous le couvert de l'histoire vraie, difficile de ne pas lui reprocher un léger manque d'originalité, tant on se sent en terrain connu: le milieu de la boxe, le désir de rédemption, le poids souvent trop pesant du contexte familial.

Cependant on apprécie la mise en abîme, ce film qui est tourné dans le film et qui apporte, au delà de sa propre ironie, une distanciation rafraîchissante d'un sujet potentiellement casse-gueule - la drogue. On apprécie aussi le rythme des scènes de combat, sobres, efficaces sans jamais être répétitives, les réflexions sur la prison, la fidélité, la renonciation.

Christian Bale est plus que convaincant, tantôt en dandy hilare et complètement allumé, tantôt en personnage sombre et énigmatique qui garde, pour lui et malgré lui, le bénéfice du vouloir bien faire. Sa prestation élève énormément le niveau du film. Les seconds rôles sont aussi interprétés à merveille, toujours justes dans cette description cruelle d'une société désœuvrée, navrante de préjugés, accrochée comme une morte de faim à la moindre lueur d'espoir, qu'importent les risques pour soi et pour les autres.

Pour conclure, plutôt une bonne surprise, donc, éclipsée par les grosses sorties de ces dernières semaines.

samedi 26 février

Black Swan

J'évacue rapidement les quelques points négatifs qui ne font de Black Swan qu'un très bon film et pas une référence absolue. Tout d'abord la présence étouffante de la partition de Tchaïkovsky, quelque sublime qu'elle soit, et même si cette présence est mise en abîme dans la bouche même de Cassel. « Bâché et rabâché » ironise-t-il, je regrette alors d'autant plus n'entendre que ça, j'aurais préféré le contrepoint salvateur apporté par un Mahler, par exemple, dans le Concert de Mihaileanu. Quant à Cassel justement, c'est son absence que je trouve dommage. Une toute autre prestation que celle de ce Don Juan mal fini et sans aucune subtilité aurait apporté une toute autre dimension au film.

Et ne lui cherchons pas de circonstances atténuantes. Mila Kunis, par exemple, incroyablement juste dans cette ambivalence entre jeune ingénue et perverse absolue, rôle qu'elle tenait déjà dans That 70's show, ne se fait pas, elle, éclipser par la performance démentielle de Nathalie Portman. Car il fallait que cela soit dit, évidemment. Et son oscar ne fera selon moi que parachever la reconnaissance des multiples facettes de son talent et de ses choix artistiques. Tout cela lui est dû, elle est et restera dans mon panthéon des actrices américaines. Avec Winona Ryder, dont la chute du personnage n'est pas, elle non plus, sans une certaine ironie.

Quant au reste, que dire? La mise en scène est maîtrisée, jamais gratuite, flippante quand il le faut, pas toujours originale mais troublante, perturbante à l'envi. Pas non plus excessivement malsaine, maîtrisée c'est vraiment le mot. Et puis la 3D apporte... non je déconne. En fait, je n'ai pas grand chose à ajouter, à part des banalités du genre, génial, cool. Donc je vais arrêter là.

lundi 24 janvier

Transitive

Lola est revenue et ça m'emmerde. Ca m'emmerde, j'aurais tant aimé qu'on devienne les meilleurs amis du monde. Mais je n'ai pas grand chose à lui proposer, rien d'autre que moi. Et de moi on ne peut guère faire un meilleur ami. L'autre jour je remplissais un questionnaire, un questionnaire censé t'ouvrir les yeux sur ta personnalité, même si tu es persuadé que tu n'en as aucune, te faire prendre conscience de tes centres d'intérêt et, par corollaire j'imagine, t'apprendre à cultiver ces traits mêmes maigres qui pourraient te donner un semblant d'intérêt. Je l'ai rempli. A moitié.

Je suis fier d'elle. Vraiment. Je la présente à mes potes et je suis fier d'elle, vraiment. Elle a ses façons de raconter, de se raconter, sans aucune prétention mais avec l'entrain de la jeunesse, son été, son voyage, son retour. Elle est comme un livre que tu ouvres et que tu ne peux plus lâcher, pour chacune de ses pages trop courtes mais aussi pour le fin mot de l'histoire, de son histoire, qui te rend impatient, presque avide. Moi c'est à peine si j'arrive à enchaîner deux phrases sans bégayer. Alors oui on est assez différents. C'est étrange d'ailleurs comme je ne m'attache que des amies radicalement différentes de moi.

Un peu par ouverture d'esprit, un peu par esprit de contradiction. Tu m'aurais dit il y a trois ans que je me retrouverai là, dans l'appart d'E., à regarder les photos de leur dernier week-end à la réserve, à discuter bivouacs, camps de survie et vigipirate, je t'aurais ri à la figure. Mais j'y suis. Je m'adapte. Par moments je me surprends, je m'étonne de répliques vulgaires dans la bouche des filles. Mal à l'aise car je ne connais personne, j'ai l'impression de me mêler à un autre monde, bien éloigné du mien, avec une forme dissimulée, réprimée, de condescendance.

Lola me sourit et ça m'emmerde. Ca m'emmerde, si ça se trouve elle pense la même chose. Elle se retrouve chez moi, un apéro entre geeks, mêlée à un autre monde qu'elle ne connaît que peu, peut-être avec amusement. Et cependant elle me regarde comme si j'étais le type le plus intéressant sur terre. Dans la nuit elle me lâche un texto assassin, le texto le plus gentil et le plus adorable. Moi...

dimanche 09 janvier

Somewhere

Difficile de ne pas y voir qu'un bête copier-coller de l'univers Sofia Coppola transposé au monde de Hollywood. Le portrait qui en est d'ailleurs fait, au travers de cet anti-héros aux journées sans relief, caricatures d'une oisiveté pourrie par l'argent, n'est guère reluisant. Le milieu des acteurs et des stars de ciné y est sévèrement décrié comme vain, mesquin, sans profondeur ni aucune subtilité. Évidemment cette paresse languissante est prétexte à ces grands plans contemplatifs où il ne se passe vraiment pas grand chose, dans le plus pur style Coppola; à un point presque caricatural, parfois on se demande si ce n'est pas de la provocation. Il faut par exemple oser, dès le plan d'ouverture, proposer cinq minutes de la vision d'une Ferrari tournant en boucle sur un circuit au milieu du désert. Après, on aime ou on aime pas, on apprécie l'absence de rythme ou on prend son mal en patience - car ce qui vaut malgré tout le coup, c'est la performance salvatrice de la rafraîchissante Elle Fanning, à la fois délurée et subtile dans son rôle de pré-adolescente, légèrement Lolita sur les bords. Et le fourmillement de détails cachés dans chaque scène, qu'on imagine évidemment mûrement réfléchis et qu'on joue presque à chercher comme dans "où est Charlie", tout ce qui contribue à reconnaître cette fameuse patte entre mille. C'est une qualité et c'est un défaut. Enfin, la bande originale est malheureusement un peu en retrait alors forcément on est un peu déçu. Au bout du compte c'est peut-être l'impression qu'il m'en restera.

vendredi 07 janvier

D'autres vies que la mienne

Un avis mitigé, si le début du livre m'a largement enthousiasmé, j'ai été un peu moins séduit par certaines tirades traînant trop en longueur et par un final plein de bons sentiments tout aussi rébarbatif. Évidemment, cette première partie, pour moi encore complètement imprégnée de souvenirs, avait quelque chose de grisant: ces noms, ces descriptions, ce voyage je l'ai aussi fait et il m'a également marqué - pas pour les mêmes raisons, les circonstances n'étant fort heureusement pas les mêmes. Mais j'y retrouvais le confort familier du terrain connu, ce pays: le Sri-Lanka, et une sorte d'ambiance complice qui ne faisait qu’exalter un récit qui s'annonçait prenant. Et soudain, sans qu'on n'en saisisse trop la motivation, le livre se transforme. Sans réellement de transition, voici la juxtaposition un peu capillotractée de deux séries d’événements qui n'ont en commun que leur côté morbide. Du témoignage captivant de touristes occidentaux sur le raz-de-marée de 2003, on passe aux tribulations provinciales d'une vie de famille intellectuelle petite bourgeoise, touchée par un drame qu'on peut certes qualifier d'atroce. L'amitié, les rencontres, la maladie, des thèmes intéressants - il y a notamment quelques passages captivants sur le fonctionnement de l'institution judiciaire (les protagonistes sont magistrats) - mais on a en fin de compte du mal à faire le tri. Entre les histoires, entre les personnages, entre le récit et les souvenirs. On dirait de l'écriture automatique, relevant parfois presque de l'expiation, et on se perd dans le projet sans unité d'un livre fourre-tout, projet pourtant défendu par l'auteur au sein même de son ouvrage. On ne sait pas où il veut exactement en venir. Peut-être nulle part.

mercredi 05 janvier

Pause

Donc en attendant que je m'y remette définitivement, je ne saurais que trop vous conseiller d'aller voir sur twitter et/ou sens critique (si mon avis vous intéresse) et sur flickR pour les photos.

dimanche 10 octobre

Grains de sable

Je regarde ma main gauche avec incrédulité, j'ai littéralement manqué de la broyer en voulant extraire une poussette de sous une voiture, alors que celle-ci reculait — n'eut été un réflexe inespéré, je crois même que j'aurais pu y perdre quelques doigts. J'ai l'impression étrange d'avoir réussi à échapper à une catastrophe, tout en étant incapable de comprendre pourquoi, durant ces quelques secondes où tout aurait pu basculer, j'ai réussi à me sauver et comment un détail aussi infime tenant presque à la chance a pu déterminer une situation normale d'une situation de choc.

Une journée particulière. Des fois c'est juste une question de détails.

Quelque chose d'aussi banal qu'une simple fuite dans une baignoire, par exemple, qui fait dégénérer une situation probablement déjà tendue en engueulade, en panique, en larmes. Et je revis les difficiles soirées de mon enfance où je voyais mes parents s'entre-déchirer, sans doute pour les mêmes broutilles. Je revois ma soeur assise sur le siège passager de mon père pour l'empêcher de démarrer et de quitter la maison.

Je pensais qu'il avait changé, je le croyais apaisé par l'âge. Mais l'impression date peut-être depuis mon départ. Des fois je suis déstabilisé par le manque de patience dont il fait preuve envers sa nouvelle amie et ses beaux-enfants. Je me demande comment il peut en arriver à se plaindre alors que les difficultés de cette situation il les connaissait avant de s'engager. Je me dis qu'il ne mesure pas la chance qu'il a, qu'il refuse d'assumer ses choix, comme un enfant, que parfois les gens s'énervent contre les autres alors qu'ils ne devraient en avoir qu'après eux-mêmes.

La baignoire c'était la goutte d'eau, ce matin le vase a débordé. Quand il m'appelle pour annuler le déjeuner dominical d'une voix sèche et expéditive, je suis déjà sur mon vélo et n'entends pas sonner. Si j'avais décroché, j'aurais fait demi-tour et serais reparti. Encore un détail. J'arrive au contraire et le trouve prostré devant la maison, à l'intérieur Betty en larmes et complètement perdue.

Je n'ai pas les mots, je ne les aurai jamais. Je fais le va-et-vient entre les parties, je parle avec tout le monde, je m'occupe des enfants — peut-être ma présence n'aura servi à rien, peut-être que si. Des fois ça se joue à pas grand chose.

Ce soir je les quitte inquiet. Ma main heureusement est sauve, la baignoire est réparée. Mais si ce n'était que l'arbre qui cache la forêt ?

vendredi 24 septembre

Sensible dégradation

Samedi en revanche, je lâche complètement prise. Et dimanche, c'est un Yvan assez hébété qui reçoit avec incrédulité le récit ubuesque de ses exploits de la veille. Pourtant, je commence au Live, avec Flo et Damien, apéro tranquille en terrasse. Je les connais mieux à présent; parfois j'ai eu des doutes sur d'éventuelles arrières-pensées qu'ils auraient pu avoir à mon égard. Doutes entièrement dissipés désormais. Flo est dans son rôle pince-sans-rire hilarant, Damien dans celui du le mec passionné et touche à tout; ça sonne un peu « mes amis sont formidables » mais j'ai passé un bon début de soirée.

C'est après que c'est devenu n'importe quoi. Ils décollent pour une visite des journées du patrimoine, moi je rejoins Yves et Romain et, de retour au Live quelques pintes plus tard, je bascule en mode boulet intégral. En attendant mon tour au bar, je joue avec la patience de l'(adorable) serveuse, qui n'aura pourtant pas manqué de raisons de me dégager, merci à elle. Dans la salle je vanne gratuitement les trois quarts des (parfaits) inconnus que je croise, ça les fait bien rire du coup je me fais offrir plusieurs verres. A un moment il paraîtrait que j'aie même joué au piano. Vous m'en direz tant.

Mais c'est dehors qu'aura lieu l'apothéose. Course poursuite (à pied) derrière la mairie, saltos arrière dans des cartons, rencontres aléatoires, abordage (ou plutôt sabordage d'ailleurs) d'une pauvrette qui n'avait rien demandé à personne, ridicule poussé à l’extrême et une petite touche de grossièreté également; il semblerait que j'aie été relativement loin. Pourtant je n'avais pas bu autant que ça.

C'est peut-être le contre-coup de l'âge...

Le lendemain, l'air de rien, pique-nique avec l'association coréenne au Grand-Bottereau suivi de retrouvailles avec la (belle-)famille et la petite Suzanne. Il faut croire que j'ai quand même récupéré. Un peu déçu malgré tout de ne pas avoir réussi à m'intégrer plus que ça, surtout qu'il y avait du beau monde — mais je suis sûrement moins sociable, à jeun.

Malgré tout, je ne suis pas mécontent de mon après-midi. J'avais un problème insoluble d'emploi du temps pour réussir à voir tout ce petit monde en quelques heures. Et c'est quand j'en étais presque à choisir entre les uns et les autres que l'idée m'est venue d'inviter les seconds au pique-nique organisés par les premiers. Et ça s'est très bien passé. Il est de ces petites victoires sur le quotidien qui vous remotivent presque.

Le soir, ciné-concert à Scopitone. Là encore, plein de jolies jeunes filles. Des intellos branchouille avec un peu de style et de nonchalance. Mais attention, on ne touche qu'avec les yeux.